|
M. GRANIÉ
MISSIONNAIRE DE LA BIRMANIE SEPTENTRIONALE
M. GRANIÉ (Eugène-Antoine), né à Saint-Cirgue (Albi, Tarn), le 24 octobre 1869. Entré tonsuré au Séminaire des Missions-Etrangères le 7 septembre 1889. Prêtre le 24 septembre 1892. Parti pour la Birmanie Septentrionale le 26 octobre 1892. Mort à Chanthaywa le 5 mai 1919.
M. Eugène Granié naquit à Saint-Cirgue (Tarn), le 24 octobre 1869. Nous manquons de détails sur son enfance et ses années de collège. Nous savons seulement qu’il se trouvait à Paris quand la loi militaire de 1889 entra en vigueur et qu’il fut de la première classe de lévites appelés sous les drapeaux ; mais, quinze jours à peine après son arrivée au régiment, on le réformait pour cause de myopie. Il s’empressa de rentrer à Paris. Ce que furent ses années de préparation à la vie apostolique on le devine sans peine : ennemi du bruit, il sut passer inaperçu, continuellement plongé dans les livres, car l’étude était sa passion. Ordonné prêtre aux Quatre-temps de septembre 1892, il reçut sa destination pour la Birmanie Septentrionale ; et, vers la Noël de la même année, il arrivait à Mandalay.
Mgr Simon qui nourrissait de vastes projets d’évangélisation et avait un besoin urgent d’ouvriers, l’envoya, sans tarder, à Nabek auprès de M. Foulquier, aujourd’hui Vicaire Apostolique de la Mission.
M. Granié se mit immédiatement à l’étude de la langue birmane et, au bout de quelques mois, fut en état de rendre service. On tentait alors de nouvelles conquêtes. Jusqu’à l’occupation anglaise en 1885, les rois de Birmanie avaient toujours empêché les missionnaires de travailler à la conversion des païens. Les Anglais, en prenant possession du pays, leur donnèrent toute liberté d’action. On essaya aussitôt de fonder de nouvelles chrétientés dans les milieux entièrement bouddhistes. M. Granié arrivait à point. On l’envoya dans le Sud pour entamer le district de Pyinmana ; puis, la tentative ayant échoué il fut adjoint à M. Herr dans le district de Shwebo. .
C’est d’ailleurs dans ce district que s’écoula la plus grande partie de sa carrière apostolique. Après avoir administré quelque temps les anciennes chrétientés de Chaungyo, de Chanthaywa et de Yeu, il redevint, en 1910, le vicaire de M. Herr, et s’installa dans le village de Payan où devaient s’écouler les neuf dernières années de sa vie. Il avait trouvé là une retraite tout à fait à sa convenance. Le village était isolé au milieu des rizières ; le presbytère et l’église s’élevaient en dehors du village ; il pouvait donc satisfaire ses goûts de cénobite et passer ses journées au milieu de ses livres.
La solitude lui plaisait et ce ne fut pas sans peine qu’on le décida à célébrer le 25e anniversaire de son ordination sacerdotale, en septembre 1917. Mais après coup, il n’eut qu’à s’en féliciter, car presque tous les confrères de la Mission assistèrent à la fête, et les chrétiens lui donnèrent des marques non équivoques de sympathie.
M. Granié pensait bien finir ses jours dans sa solitude de Payan, quand une circonstance imprévue bouleversa sa vie. Dans les premiers jours de mars 1919, M. Vulliez mourait des suites d’une appendicite à l’hôpital de Rangoon ; et le poste de Chanthaywa se trouvait de ce fait sans titulaire. Mgr Foulquier demanda à M. Granié de vouloir bien se charger de ce poste, au moins provisoirement. Le dévoué missionnaire partit sur-le-champ et se mit à la besogne. Il se trouvait depuis plus d’un mois dans sa nouvelle résidence lorsqu’un fâcheux accident arrêta ses travaux.
Le 16 avril 1919, le mercredi de la semaine sainte, il s’était levé de bonne heure, selon son habitude ; et, comme le sacristain était en retard pour l’Angélus, il se rendit à l’église pour sonner à sa place. Malheureusement la corde se rompit. Notre pauvre confrère tomba, et, dans sa chute, se brisa la jambe. L’os fracturé traversa les chairs et fit une plaie d’où le sang jaillit en abondance. A son appel, les chrétiens accoururent, le relevèrent et voulurent le transporter à l’hôpital de la ville voisine ; mais il s’y opposa, parce qu’il pensait n’avoir besoin qu’un simple rebouteur. Un de ceux-ci réussit, en effet, à réduire sa fracture et, pendant quelque temps, tout parut s’arranger. Les Sœurs pansaient chaque jour la plaie du blessé, les chrétiens admiraient avec quelle résignation il supportait ses souffrances et l’incommodité de sa position dans le mois le plus chaud de l’année. Par malheur, le 27 avril, une hémorragie se produisit et détermina une syncope. M. Couillaud, venu ce jour-là à Chanthaywa pour célébrer la sainte messe, se trouvait alors à l’église ; il s’empressa auprès de M. Granié et voyant son état de faiblesse, lui proposa les derniers sacrements qui furent joyeusement acceptés. Un mieux notable se produisit ensuite mais ne dura guère. On finit par s’apercevoir que la plaie était gangrenée.
M Herr, informé le premier, arriva très rapidement avec l’intention bien arrêtée, de conduire le cher confrère à l’hôpital et de le faire opérer s’il le fallait ; mais déjà M. Granié n’était plus transportable. M. Herr dut se borner à l’avertir charitablement qu’il n’y avait pas de guérison à espérer. Le malade remercia et le lundi 5 mai, à 11 heures du matin, il rendait son âme à Dieu. Il avait conservé jusqu’au dernier moment toute sa lucidité d’esprit et répondu à toutes les pieuses invocations qu’on lui suggérait. L’inhumation eut lieu le lendemain dans le cimetière de Chanthaywa.
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|