| Année: |
1874 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Bigandet |
Birmanie méridionale
1874
Le zèle des ouvriers apostoliques s’exerce dans ce vicariat sur trois éléments divers : Les Birmans , les Carians et les Indiens . Les uns et les autres offrent des difficultés et des espérances , mais on peut dire avec vérité , que ce sont les premiers qui sont les moins accessibles à la prédication de l’Évangile .
« Les Birmans proprement dits sont boudhistes , écrit Mgr. Bigandet , et il ne faut pas s’imaginer que le Boudhisme soit ici un corps sans vie , comme il l’est en Chine et en Corée . Il est soutenu par toute la force des Talapoins , qui sont les seuls instituteurs de la jeunesse . Il est devenu le culte national et la base de toutes les institutions civiles , domestiques et politiques de ce peuple . Embrasser une religion étrangère équivaut , dans leur esprit , à perdre sa nationalité ; de là cette fatale expression : un tel est devenu un étranger , pour dire qu’il est devenu chrétien .
« Il est facile de comprendre combien , avec de pareils préjugés , la parole évangélique leur paraît rude et barbare . Pour combattre ces idées , une Mission a été établie dans un dictrict dont la population est purement birmane . Elle a été confiée à un prêtre indigène qui a déjà obtenu des succès bien consolants . Il a formé une petite chrétienté d’environ 200 âmes .Je regarde ce résultat , qui paraît peu de chose en lui-même , comme très-important ; c’est une victoire obtenue sur le Boudhisme et qui ne sera sans influence , je l’espère , sur l’avenir religieux de ce peuple . »
Les Carians sont des peuplades plus abordables que les Birmans . Un certain nombre de conversions ont été faites parmi eux et les dispositions de ces nouveaux néophytes paraissent si bonnes , qu’on a l’espoir fondé de trouver , chez eux , des prêtres indigènes qui deviendront, un jour , les apôtres de leur pays . Déjà la Mission possède dans la ville de Bassein , sur la branche la plus occidentale du Delta de l’Irawaddy , un établissement où les Frères des écoles chrétiennes élèvent les jeunes Carians et forment des catéchistes ,des maîtres d’école ; des étudiants pour l’état ecclésiastique . C’est ainsi que l’œuvre du clergé indigène marche de pair avec l’évangélisation des païens .
Depuis que les Anglais ont occupé la Birmanie méridionale , un grand nombre de leurs sujets , de la côte de Coromandel , se sont transportés , pour chercher fortune , sur les rives de l’Irawaddy et , en particulier , dans la ville de Rangoon . Les uns sont domestiques des Anglais , les autres soldats , quelques-uns employés du Gouvernement . La plupart , sans doute , sont païens ; on trouve cependant , parmi eux , un bon nombre de familles chrétiennes . Une chrétienté a été organisée pour eux et un missionnaire leur est spécialement consacré ; c’est M. Le Rouvreur qui s’occupe de cette œuvre beaucoup de zèle et de dévoûment.Nul doute qu’en préservant , au milieu des sectes protestantes , la foi des émigrés catholiques , il n’en augmente le nombre par les conquêtes qu’il fera sur leurs compatriotes idolâtres .
Les établissements de la Mission , dirigés par les Frères à Rangoon , à Moulmein et à Bassein , sont un puissant auxiliaire pour les missionnaires . Les couvents tenus par les Sœurs du Bon-Pasteur d’Angers et les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition , donnent une excellente éducation aux jeunes filles de cette colonie anglaise et arrachent bien des âmes au démon .L’établissement des Sœurs du Bon-Pasteur étant insuffisant , il a fallu le rebâtir en grand . La dépense a été considérable , mais le gouvernement anglais est venu au secours de Mgr.Bigandet pour le succès de cette oeuvre .
En résumé , tous les confrères , au milieu de leurs épreuves , trouvent leurs consolations . « Je suis occupé , écrit M. Le Rouvreur , à bâtir une église et une école pour mes chers Indiens ; il y a toujours là quelque épi à glaner , quelque petit ange à envoyer au ciel . » « J’envoie mon obole au Saint-Père , mande de Thayet-Mio M. Petit : c’est le produit d’une souscription faite parmi mes catholiques européens et indigènes , à laquelle j’ai ajouté mon offrande à notre Père commun . Pourquoi ne pas dire aussi que , sur le total de 750 fr. , il y a 150 fr. , don généreux de plusieurs officiers protestants touchés des malheurs du vénéré Pie IX ? » « Mes Carians me donnent beaucoup de consolations , raconte M. Bertrand , de Kanazagoon . J’ai deux écoles , une de garçons et une de filles ; celle-ci est dirigée par des religieuses carianes , nées dans le poste de Kanazagoon . Les chants du culte catholique leur plaisent beaucoup , et à certaines solennités , j’ai plus de cent chantres qui se tirent de nos Vêpres assez bien . Le Père de Cruz qui réside à Bassein est un excellent missionnaire , humble , pieux , zélé et parlant très-convenablement cinq langues . »
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