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Rapport annuel des évêques

Année: 1874
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie septentrionale
Rédacteur:Mgr Bourdon

Birmanie septentrionale .
1874

Ce n’est que depuis deux ans que la Birmanie septentrionale , sur l’initiative et d’après le désir formel de la S. Congrégation , a été érigée par le Saint-Siége en vicariat distinct . Nous n’avons donc eu qu’à accepter ce que la S. Congrégation avait jugé à propos de faire .
Les débuts de cette mission sont pénibles et difficiles , et les douleurs ne manquent pas à son berceau . Mgr. Bourdon ne comptait encore que cinq collaborateurs ; une mort prématurée est venue lui en enlever deux qui promettaient , par leur zèle et leurs talents , de devenir d’utiles auxiliaires . Le ministère des deux ensemble n’a duré que trois ans ; juste assez de temps pour connaître et aimer ces peuples, vers lesquels la divine Providence les avait envoyés , et se creuser une tombe au sein de leurs montagnes .
Le peu d’espérance de conversions qu’offrent les Birmans est très-pénible pour les cœurs apostoliques , mais il y a dans ces pays des tribus à demi sauvages qui peuvent donner un jour des consolations à leurs apôtres . Mgr. Bourdon , avec les jeunes confrères que nous venons de lui envoyer , gardera les postes déjà occupés et tentera de fonder des établissements parmi les peuplades que le boudhisme n’a pas infectées de ses erreurs et qui seront , par là même , plus accessibles à la prédication de l’Évangile .
Bhamo est le poste le plus avancé de la Birmanie septentrionale . C’est de là que Mgr. Bourdon écrit le 8 mai 1874 : « Me voici à cet endroit fameux qui doit être le trait d’union entre la Chine occidentale et la Birmanie , la route future de nos missionnaires du Yun-Nan et même du Thibet . Les Anglais la cherchent pour leur commerce , et nous pour y faire passer les messagers de l’Évangile ; mais je crois que les uns et les autres nous l’attendrons longtemps encore . »
L’empereur birman et son gouvernement ne se montrent point hostiles aux missionnaires ; extérieurement même , les rapports sont polis et obligeants ; mais les Birmans n’en savent pas moins que ceux qui se feraient chrétiens seraient mal vus de l’autorité , et que des vexations secrètes ne manqueraient pas de les atteindre . A Bhamo même , où résident deux missionnaires , le gouverneur birman est obéi comme un dieu ; il a fait dire , sous-main , à tout le monde , de ne pas aller du côté de nos confrères , et son ordre est parfaitement observé . Restent donc les tribus sauvages et , en particulier , celles que les Birmans appellent Ka-Kiens . Au milieu d’eux , peut-être , sera-t-il possible de faire naître de nouveaux enfants à l’Église .
Dans une lettre de M. L. Biet , du 8 septembre , nous trouvons les détails qui suivent , sur la situation actuelle :
« Je suis depuis quelque temps à Bhamo , avec le P. Lyet , attendant la fin des pluies pour tenter quelque chose au milieu des tribus sauvages . L’essai sera long et pénible , mais j’espère que le bon Dieu le bénira . A Bhamo , nous n’avons pas de familles chrétiennes .La place est importante parce qu’elle est frontière et nous met à 2 ou 3 jours de marche des limites du Yun-Nan . La population des villages qui bordent les rives de l’Irawaddy , quoique soumise au roi birman , est de race Shan .
« D’assez hautes montagnes encaissent le fleuve de toutes parts , et sont peuplées de tribus indépendantes qui s’appellent Sim-Pan , dans leur propre langue , et que les Birmans nomment Ka-Kiens . C’est à ces montagnards que nous voulons essayer de porter la lumière de l’Évangile .Outre ces tribus , il en est encore d’autres sur la route du Thibet qu’on appelle Taïks , en birman Shans . Ces derniers sauvages sont d’une humeur douce et sociable , très-laborieux , ici esclaves des Birmans , là des Chinois , ailleurs indépendants . C’est parmi eux, à Moné , que vient de mourir , d’une violente attaque de fièvre, un jeune officier français , l’excellent M. Moreau . M. Fau , son compagnon de route et d’exploration , ne lui a pas survécu longtemps ; il a repris le chemin de Mandaley , mais , atteint lui-même par la maladie, il a bientôt succombé .
« Les Chinois veulent gagner l’amitié des montagnards en leur donnant de l’opium , les Birmans les contiennent par la crainte , les Anglais cherchent à les attirer par l’argent . Voilà donc comme trois agents destructeurs de ces tribus sauvages , l’opium qui abrutit , la haine qui exaspère et l’argent qui corrompt . Nous allons , nous , pour les soumettre , employer d’autres armes ; puissent la mortification de la Croix , la douceur de l’Agneau et la pauvreté des missionnaires venir à bout de ce triomphe où nous ne cherchons que les âmes . »




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