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Rapport annuel des évêques

Année: 1875
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie septentrionale
Rédacteur:Mgr Bourdon

Birmanie septentrionale
1875

Nous tirons d’une letter de Mgr Bourdon, en date du 10 octobre dernier, les détails qui suivent :
La première année du séjour de nos confrères à Bhamo a été très-ardue, très-difficile, comme tous les débuts. C’est d’abord l’inévitable fièvre des bois, qui leur a fait payer un tribut très-onéreux. Elle a attaqué, successivement, M. Biet, qui n’était pas encore complétement rétabli à l’époque où écrivait S.G., M. Lyet, dont on avait quelque temps désespéré à Rangoon et qui est allé jusqu’à Hong-Kong pour se refaire, et M. Lecomte, provicaire de la Mission, qui avait dû redescendre aussi à Mandalay, où il éprouvait encore de fréquents accès.
Naturellement, tous ces contre-temps ont retardé de beaucoup l’oeuvre de la Mission. D’ailleurs, avant tout, il fallait préparer les armes, c'est-à-dire apprendre les langues, étudier le terrain et ses habitants. MM. Lecomte et Lyet se sont livrés, avec grand zèle et au prix de grandes fatigues, à ce travail préliminaire, pendant la belle saison. Voici, en raccourci, ce qu’ils ont déjà pu constater :
La province de Bhamo est, de toutes celles qu’ils connaissent dans le pays, la plus misérable et la moins peuplée. Les Birmans proprement dits y sont très-peu nombreux. Il y a quelques villages de Shan birmans. Mais, outre que ces tribus sont essentiellement nomades, ces gens sont encore plus pauvres et plus abjectement esclaves des chefs birmans que les Birmans eux-mêmes. D’ailleurs, ces populations paraissent douces, simples et bonnes, et, dans d’autres circonstances, elles accueilleraient probablement volontiers le missionnaire.– Les Ka-Kiens, qui, d’après ce qu’on nous écrivait l’année dernière, avaient inspiré la confiance d’être assez faciles à gagner au christianisme, sont tout autres qu’on ne les avait d’abord supposés. Ce sont de hardis montagnards, remplis de duplicité et de fourberie ; ils sont continuellement en guerre, de tribu à tribu et de village à village ; ils fument l’opium, pillent et assassinent au besoin. Les bonnes dispositions que quelques chefs avaient d’abord témoignées, en appelant même le prêtre au milieu d’eux, n’étaient qu’une ruse de leur part. Il faut donc rabattre beaucoup des espérances conçues à leur endroit. Toutefois, la grâce de Dieu peut subjuguer ces natures énergiques et sauvages, et, une fois converties, elles donneraient de meilleurs chrétiens que ne sont les Birmans, plus ou moins abrutis par l’esclavage. – Restent les Shan chinois. Ceux qui vivent sous la domination du roi ressemblent beaucoup aux Shan birmans, et courbent leurs épaules sous le joug, sans mot dire. Les autres, qui vivent indépendants, sont plus industrieux et plus robustes, au physique et au moral. Il en existe, en remontant un peu plus au nord, de nombreux villages. Si on parvenait à se fixer au milieu d’eux, on trouverait peut-être là un terrain propre à recevoir la semence de l’Évangile. Mû par ces espérances, M. Lecomte pendant les cinq mois de pluie qui condamment forcément le missionnaire à garder sa cabane, a réuni tous les éléments d’un bon dictionnaire shan : et pendant la belle saison, il essaiera un effort suprême, pour fixer sa tente parmi les Shan chinois. Mais, avant tout, il faut le munir d’une autorisation royale ; autrement, il lui est impossible de faire un seul pas en avant.
Les événements politiques qui sont en voie de s’accomplir du côté du nord de la Birmanie, apporteront, sans nul doute, des modifications qui ne peuvent que favoriser, au moins matériellement, la propagation de l’Évangile dans ces parages. Déjà le roi de Birmanie a construit des steamers, établi des lignes télégraphiques, etc. Les Anglais paraissent poursuivre aussi très-activement leur projet de relier la Chine avec l’Inde, par une route allant de la Birmanie au Yun-Nan. A la faveur de tout ce mouvement, les missionnaires obtiendront plus facilement la permission de s’établir çà et là, dans les endroits où il y a déjà quelques chrétiens, et, ainsi, la bonne nouvelle pourra se propager de proche en proche.


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