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Rapport annuel des évêques

Année: 1883
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie
Rédacteur:Mgr Bigandet -Duhand


LETTRE DE MGR BIGANDET, ÉVÊQUE TITULAIRE DE RAMATHA,
VICAIRE APOSTOLIQUE DE LA BIRMANIE MÉRIDIONALE,
A M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL CENTRAL
DE LA PROPAGATION DE LA FOI (LYON).


Rangoon, le 15 octobre 1893.

« Monsieur le Président,
« J’ai l’honneur de vous adresser le compte-rendu des travaux de l’exercice 1892-93 dans la Birmanie méri-dionale. Nous n’avons eu, cette année, que 1.041 baptêmes d’adultes ; mais le nombre de nos catéchumènes, qui est vraiment considérable, nous fait espérer une abondante moisson à brève échéance. Le P. Kromer, missionnaire à Yandoou, me dit que, dans une seule circonscription de son district, une centaine de néophytes se préparent au baptême. Ce cher confrère, aidé par le P. Bonnet, que je viens de lui donner comme auxiliaire, pourra se consacrer presque exclusivement à l’œuvre de l’évangélisation des païens.
« Transportez-vous avec moi, si vous le voulez bien, à l’ouest de la mission, dans le district dont le P. Kern a la charge depuis 9 ans, et qui lui a fourni régulièrement une moyenne de 140 baptêmes d’adultes. Cette année, le chiffre ordinaire est dépassé ; le nombre des baptêmes d’adultes s’est élevé à 242. — Ajoutez à cela que les villages païens, qui entourent la résidence du P. Kern, paraissent n’attendre qu’un souffle de la grâce pour s’ébranler en masse et embrasser notre sainte religion. Les conversions se multiplient chaque jour et bon nombre de familles païennes sont disposées à se tourner vers celui qui seul peut les rendre heureuses en ce monde et en l’autre. Dieu veuille que nos espérances se réalisent bientôt et que l’Esprit de ténèbres ne tienne pas plus longtemps les yeux des pauvres Birmans fermés à la lumière de la vérité !
« Le catéchiste du P. Kern est un homme de foi et de dévouement, comme on en voit peu. Tout dernièrement, le Père était appelé auprès d’un malade, dans un village ravagé par le choléra. Le catéchiste refusa de le laisser partir seul ; il quitta sa femme et ses enfants pour suivre le missionnaire et affronter avec lui le danger qu’il allait courir.
« Nous avons fondé, à Myoung-mya, une école de catéchistes. Le besoin de cette institution se faisait sentir depuis longtemps, et je remercie le bon Dieu de nous avoir procuré les ressources nécessaires à sa création. L’école est située dans un pays très sain ; les appartements en sont bien aérés et l’établissement ne laisse rien à désirer au point de vue de la solidité des constructions. Nos jeunes gens y trouveront donc tout ce qu’ils peuvent raisonnable-ment souhaiter sous tous les rapports. Ils seront entre-tenus aux frais de la mission, et leurs études ne dureront pas moins de 3 ans. Nous les enverrons ensuite dans les différents districts, où ils seront à même de rendre aux missionnaires des services signalés. Les élèves catéchistes sont actuellement au nombre de 15 ; tous présentent de sérieuses garanties pour l’avenir. J’ai tenu à me rendre compte par moi-même de leur assiduité au travail et du bon esprit qui les anime, et j’ai dû les féliciter des progrès qu’ils ont déjà faits, depuis l’ouverture de l’école (20 août dernier) dans la science et la vertu.
« A Bassein, le P. de Chirac a été très éprouvé par la maladie, qui l’a empêché, pendant 6 mois, de faire la visite de ses chrétientés. Dès qu’il s’est vu suffisamment rétabli, notre confrère s’est remis au travail, et le bon Dieu a béni ses efforts en lui amenant beaucoup de catéchumènes.
« A Gyobingank, M. Luce, activement secondé par le prêtre indigène, Andréas, et un jeune clerc à qui j’ai donné la tonsure l’année dernière, a pu faire face à toutes les difficultés de sa position et obtenir des succès consolants en différents endroits de son district. Convaincu du besoin qu’il avait d’une école, il a demandé et obtenu du gouver-nement le terrain nécessaire pour bâtir et nous ne tarderons pas à avoir un bel établissement de plus, à Gyobingank.
« Malgré toutes les oppositions qui lui étaient faites, M. Freynet a fini par prendre pied et s’est maintenu dans son poste de Paou-sen-bé. A cette occasion, il a eu maille à partir avec les anabaptistes américains et les fumeurs d’opium, birmans ou carians, de l’endroit ; mais, grâces à Dieu, il est sorti vainqueur de la lutte. Pour arrêter la vente de l’opium, il n’a pas craint de dénoncer et de faire punir les contrebandiers qui en alimentaient le commerce. Quant aux anabaptistes, il les a réduits au silence à force de patience et d’énergie, supportant leurs insultes lorsqu’il ne pouvait faire autrement, mais ne reculant pas devant un procès en règle, lorsqu’ils se mettaient évidemment dans leur tort. La sentence du juge a plus d’une fois refroidi le zèle intempérant de ces sectaires, et le P. Freynet peut maintenant, en toute liberté, répandre autour de lui la bonne semence de l’Evangile. Son troupeau se recrute non seulement parmi les païens, mais aussi parmi les anabaptis-tes eux-mêmes, qui l’écoutent volontiers et abjurent l’erreur entre ses mains.
« Dans cette chrétienté naissante, la grâce du bon Dieu a déjà inspiré à quatre jeunes filles le désir de se consacrer à Notre-Seigneur d’une manière toute particulière. Elles sont actuellement au couvent de Rangoon, où elles se préparent à devenir de bonnes religieuses. Le P. Freynet a administré le baptême à 116 païens adultes.
« Le district de M. Bringaud a té édivisé en trois parties à peu près égales : il était beaucoup trop étendu pour un seul missionnaire. Les PP. Butard et Maigre en ont pris chacun une partie, et le P. Bringaud s’est réservé la troi-sième.
« Ce cher confrère fonde les meilleures espérances sur les Khiens, peuplades qui habitent les montagnes de l’ouest : « Au commencement de février, m’écrit-il, pen-dant la trop courte « visite que je fis dans la vallée du Hanna, plus de 40 familles promirent d’embrasser notre « sainte religion. J’avais procuré des terres et rendu quel-ques petits services à ces pauvres « sauvages ; ils avaient confiance en moi. Leur conversion eût été facile à cette époque, si « j’avais eu près de moi un confrère qui pût passer six semaines chez eux avec un catéchiste. « J’essayai bien, dans la dernière quinzaine de mai, d’aller m’assu-rer de nouveau des bonnes « dispositions de mes catéchumènes khiens, mais je fus arrêté par les pluies à moitié route. « Impossible d’avancer ; les chemins n’existaient plus. Mon cheval lui-même m’était devenu « inutile et je dus voyager en radeau pour regagner Mittagon. Somme toute, je n’ai pu « baptiser que les khiens d’un petit hameau voisin du grand village birman de Nyoung-« Kidoung. »
« A Dambi, le P. Butard a régénéré dans les eaux du baptême 37 adultes, durant les quelques mois qu’il a passés dans ce nouveau district. Il m’écrit que les fidèles s’approchent régulièrement des sacrements et sont très heureux de recevoir la visite du missionnaire. Il travaille actuellement à la construction d’une résidence, et les chré-tiens, voyant que le Père veut se fixer définitivement au milieu d’eux, s’attachent de plus en plus à lui.
« Nos écoles de garçons et de filles, dans les différents districts, sont très prospères. Les missionnaires adoptent et suivent à la lettre les programmes tracés par le Directeur de l’Instruction publique, et les inspecteurs officiels des écoles me disent eux-mêmes qu’ils sont entièrement satis-faits des résultats obtenus par nos enfants. C’est là un encouragement pour nos confrères, et je suis surpris qu’avec es faibles moyens dont ils disposent ils puissent obtenir de pareils succès. — Quant aux écoles de Rangoon et de Moulmein, je n’ai rien à ajouter aux éloges que je leur ai déjà donnés dans mes précédents comptes-rendus et qu’elles méritent sans contredit. C’est aux efforts persévérants de nos Frères et de nos Sœurs que nous sommes redevables de tout le bien qu’elles procurent à la mission.
« J’ai réservé pour la fin de ma lettre l’événement le plus important de l’année ; je veux parler du sacre de Sa Grandeur Monseigneur Cardot, évêque titulaire de Limyre et mon coadjuteur. La cérémonie a eu lieu le 24 juin : tous les confrères de la Birmanie méridionale y assistaient. L’église était trop petite pour contenir la foule des chré-tiens accourus de tous les points de la mission. La solennité était rehaussée par la présence de Mgr Gasnier, évêque de Malacca, et de Mgr Tornatore, vicaire apostolique du Tongoo. Ce fut un jour de joie pour tout le monde, mais très particulièrement pour moi ; car je me disais avec rai-son que, désormais, je pourrais mourir tranquille, quand il plairait à Dieu de m’appeler à lui.
« Avant de clore cette lettre, permettez-moi, Monsieur le Président, de vous exprimer ma reconnaissance et celle de mes confrères pour la généreuse aumône que vous avez eu la bonté d’accorder à notre mission. Nous continuerons, comme par le passé, à prier pour nos bienfaiteurs et pour l’œuvre providentielle à la tête de laquelle vous vous trou-vez si dignement placé.
« Agréez...

« † P. BIGANDET,
« Évêque tit. de Ramatha. »

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LETTRE DE M. DUHAND, SUPÉRIEUR DE LA MISSION DE BIRMANIE
SEPTENTRIONALE, A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.


Mandalay, le 15 novembre 1893.

« Bien chers et vénérés Directeurs,
« L’année dernière, nous avions perdu trois confrères, les PP. Lecomte, Fercot et Verstraeten. Cette année, la divine Providence, dont les desseins sont toujours impé-nétrables, a demandé deux bien grands sacrifices à notre chère mission. Le 28 mai, le P. Cadoux, l’apôtre des sau-vages Kachyns, mourait de la fièvre qu’il avait contractée dans les forêts. Deux mois plus tard, le 20 juillet, les cloches de toutes les églises du Vicariat, faisant écho aux notes lugubres du bourdon de la cathédrale de Mandalay, annonçaient aux chrétiens de la Birmanie septentrionale la mort de leur premier Pasteur, Mgr Adrien-Pierre-Fer-dinand Simon, évêque titulaire de Domitiopolis. Je ne veux pas m’étendre, dans ce compte-rendu, sur les travaux de notre vénéré défunt, ni sur les vertus qu’il savait si bien nous prêcher par ses exemples encore plus que par ses leçons ; mais qu’il me soit permis du moins de dire ici que les regrets de tous les confrères l’ont suivi dans la tombe et que son souvenir restera à jamais gravé dans nos cœurs.
« Le dernier exercice a été visiblement béni de Dieu. En effet, dans la plupart de nos villages d’anciens chré-tiens, nous avons constaté une augmentation de foi chez les bons, moins de routine et plus de régularité chez les autres ; pour beaucoup la loi a cessé de se faire craindre, elle est plutôt aimée ; on prie, on va à l’église, on fréquente les sacrements non plus par nécessité, mais par dévotion et par amour. La foi n’est plus seule à parler, c’est plutôt la charité qui fait agir et qui commande à l’âme de cher-cher son bonheur dans ce qui la nourrit, l’ennoblit et la sanctifie. La dévotion au Sacré-Cœur, au Saint-Rosaire, aux Ames du Purgatoire, est mieux comprise et plus généralement pratiquée. Les sueurs de nos confrères ont donc été fécondées d’une manière extraordinaire : la mois-son a été déjà recueillie dans certains districts ; ailleurs, elle mûrit et paraît assurée.
« A Mandalay, la population catholique se compose de Birmans, d’Indiens, d’Eurasiens et d’Européens. Le Bir-man est facile à conduire ; il ne discute point les enseigne-ments du missionnaire et accepte humblement tout ce qu’on lui prêche, sans rien critiquer. L’Indien, au con-traire, dicterait volontiers au prêtre catholique la ligne de conduite qu’il doit suivre et se ferait facilement à lui--même un décalogue à part. L’Eurasien et l’Européen assis-teront aux offices, quand ils ne seront pas dérangés par l’heure de la messe ou la longueur du sermon.
« C’est le P. Usse qui est chargé des Birmans, des Eura-siens et des Européens à Mandalay. Il se prodigue, le cher Père, avec un zèle que Dieu seul peut apprécier :
« Je suis bien consolé, écrit-il, par le nombre des communions faites à la cathédrale, cette « année ; il dépasse de 720 celui de l’an dernier. Je le dois à la ferveur des membres de la « Ligue du Sacré-Cœur : ils sont 200. J’ai une moyenne de 125 communions, tous les « premiers vendredi du mois. Les Birmans se font remarquer entre tous par leur fidélité à « s’approcher de la sainte Table. Je suis moins satisfait des Eurasiens et des Européens, qui « laissent, hélas ! beaucoup à désirer sous le rapport de l’assiduité aux offices et de la pureté « des mœurs.»
« Quant à la paroisse tamoule, placée sous la houlette du P. Boulanger, je ne saurais mieux vous la faire connaître qu’en mettant sous vos yeux la peinture si bienveillante qu’en trace le cher confrère qui la dirige : « La paroisse indienne catholique de Mandalay, écrit-il, est « composée de deux éléments absolument distincts : les soldats anglais et les « civiliens », « gens pauvres venus de l’Inde et qui gagnent leur vie au service des Européens. Je n’ai que « des louanges à donner aux soldats ou « cipayes » pour leur fidélité à remplir les devoirs du « chrétien et leur zèle en ce qui touche à la religion. Grâce à eux, les offices publics se « célèbrent avec une solennité que pourrait nous envier plus d’une paroisse de France. Le « dimanche, à la messe et à la bénédiction, ils réjouissent mes oreilles, jadis un peu « musiciennes, par leurs chants pieux que soutient la fanfare du régiment. Le gouverne-ment « de Sa Gracieuse Majesté Britannique, ne se doutait certes pas qu’en formant à notre belle « musique d’Europe de pauvres Indiens dont l’idéal ne s’était jamais élevé plus haut que le « tambour et la cornemuse aux sons criards, il nous donnerait le moyen de célébrer en « d’harmonieux cantiques le Dieu de l’Eucharistie et la Vierge Immaculée. C’est ainsi que « Dieu fait converger toutes choses à ses fins.
« Mes « civiliens » sont un peu moins exemplaires. Mais l’homme impartial, qui saura « tenir compte de leur situation particulièrement difficile, ne manquera pas de leur accorder le « bénéfice des circonstances atténuantes ; il pourra même trouver chez eux des sujets « d’édification. Comme je l’ai dit, la plupart d’entre eux sont engagés au service des « Européens en qualité de cuisiniers, de maîtres d’hôtel ou de simples domestiques. Ils ne « jouissent que d’une indépendance très relative et il leur est parfois impossible de se dérober « aux exigences de leur condition pour venir, le dimanche, assister aux offices et remplir « leurs devoirs religieux. Ils sont éloignés les uns des autres et perdus en quelque sorte dans « cette immense ville de Mandalay. A mon avis, il leur faut une dose plus qu’ordinaire de « bonne volonté pour parcourir à pied une distance de 2 à 3 milles et venir entendre la sainte « messe. Et cependant un grand nombre de ces pauvres Indiens trouve tout naturel de « s’imposer, chaque dimanche, une semblable fatigue sous notre climat de feu.
« La vieille église provisoire qui nous a servi jusqu’ici ne tardera pas à être remplacée, s’il « plaît à Dieu, par une autre que j’ai l’intention de bâtir au centre même de la ville. Mes « chrétiens pourront alors venir régulièrement à la messe et n’en seront plus empêchés par « leur éloignement. Mes plans comportent en outre la construction de deux écoles, une de « garçons et une de filles, tout à côté de l’église ; et, j’en suis persuadé, mes chrétiens « quitteront les quartiers excentriques et se rapprocheront de moi.
« Voilà de beaux projets, sans doute ; mais vous savez comme moi que tracer un plan et « l’exécuter sont deux choses fort différentes : je veux dire que le manque de ressources « pécuniaires paralyse assez souvent les meilleures bonnes volontés. Cependant, ici encore, je « suis heureux de voir que mes chrétiens sont prêts à me seconder. Une souscription « mensuelle a été organisée parmi eux : ils se sont inscrits, qui pour une roupie, qui pour 8 « annas, qui pour 4 ; j’ai déjà recueilli 500 roupies. A vrai dire, nous sommes encore « énormément loin de la somme nécessaire à la réalisation de mes projets, mais avec de la « persévérance nous arriverons au but : « Petit à petit l’oiseau fait son nid.
« Mes Indiens, comme tous les Orientaux, aiment les démonstrations extérieures. Aussi « est-ce merveille de voir avec quel soin ils ornent, chaque année, l’autel de la sainte Vierge, « pour la fête du Mont-Carmel. En 1887, ils organisèrent, à l’occasion de cette fête, une « procession à travers les rues de Mandalay. La statue de Marie fut portée sur un magnifique « brancard au milieu de la cité païenne, tout étonnée d’un spectacle qu’elle n’avait encore « jamais vu et qui, depuis lors, s’est renouvelé chaque année. Je ne doute point que ce culte « extérieur, si dignement pratiqué par mes chers Indiens, n’ait fait une impression salutaire « sur les païens qui en ont été témoins. C’est là peut-être que des âmes simples ont puisé la « première étincelle de cette foi qui devait, dans la suite, éclairer leur cœur de ses rayons et les « amener insensiblement à la vérité. » Le recensement fait par le P. Boulanger accuse un « chiffre de 442 catholiques indiens. Il a eu 310 communions annuelles,18 baptêmes d’adultes « et 3 conversions d’hérétiques.
« Ne quittons pas Mandalay sans mentionner une des œuvres les plus importantes de la mission : je veux parler du couvent des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition. Nos excellentes religieuses m’en voudraient si de ma plume tombait l’ombre même d’une louange à leur adresse mais elles n’ont pas le droit de vouloir tenir cachés les succès obtenus dans leurs écoles. Chaque année, après les examens de Noël, Monsieur le Directeur de l’Instruction publique nous avise officiellement et « régulièrement » que les meilleures notes ont été méritées par les élèves du cou-vent catholique de Mandalay : c’est tout dire. Le nombre des élèves est de 182, dont 64 jeunes filles européennes et eurasiennes et 118 orphelines birmanes. La piété est en honneur parmi elles, et les étrangers sont frappés d’admi-ration quand il leur est donné de les voir s’approcher de la Sainte Table avec cette modestie simple et naturelle qui les caractérise. Beaucoup de bonnes mères de familles sont déjà sorties du couvent de Saint-Joseph, et nous leur sommes redevables en grande partie de l’amélioration que nous constatons avec bonheur chez nos chrétiens de Man-dalay et des environs.
« M. Legendre, chargé de Monhla et de Khyaung-yo, m’écrit : « Si vous comparez le « chiffre des confessions de cette année avec celui de l’an dernier, vous verrez qu’il a doublé. « Je dois cet heureux résultat à l’établissement, dans mes diverses chrétientés, des confréries « du Très Saint Rosaire et du Scapulaire. La sainte Vierge a attiré à elle tous les jeunes gens « et leur ferveur grandit de jour en jour.
« Une autre institution qui produit aussi d’excellents fruits est celle des réunions du soir. « Après le coucher du soleil, quand les travaux sont finis, la cloche appelle les chrétiens sur la « plus grande place du village. On s’installe sur des estrades recouvertes de nattes, les « hommes d’un côté, les femmes de l’autre ; et je m’assieds moi-même à la birmane au milieu « de mes enfants. L’entretien roule d’abord sur des sujets religieux ; chacun a le droit de « prendre la parole pour demander une explication ou proposer une objection. Cette année, je « me suis attaché à leur démontrer les bienfaits de la sainte Eucharistie et l’utilité de la « confession fréquente. J’ai été compris et je n’ai que des actions de grâces à rendre à Dieu « pour les avantages spirituels que les anciens chrétiens, aussi bien que les néophytes, ont « retiré de ces réunions. La confé-rence terminée, on parle des affaires courantes et des « nouvelles du jour ; puis, à un signal donné par le caté-chiste, l’assistance se met à genoux et « récite la prière du soir en commun. Le chant de l’In manus tuas couronne la journée. »
« Le P. Foulquier, qui dirige la paroisse de Nabeck, a eu de beaux succès, lui aussi. Parmi ses 300 chrétiens, six seulement n’ont point rempli le devoir pascal. Ses écoles, l’une anglaise et l’autre birmane, se sont mainte-nues sur un bon pied grâce à son dévouement et à sa vigilance continuelle. Aux derniers examens, 21 élèves, sur 26, ont obtenu d’excellentes notes. Le regretté P. Lecomte semble avoir légué en mourant au cher P. Foulquier, son successeur, l’amour paternel qu’il eut toujours pour les enfants.
« Ce serait me répéter que de passer en revue tous nos postes chrétiens. Qu’il me suffise de dire que nos con-frères se sont dépensés pour le salut des âmes et que leurs efforts ont été partout bénis de Dieu, plus que jamais peut-être.
« Je passe maintenant aux stations nouvellement fon-dées dans les pays où règne le Bouddhisme. A Bhamo, le P. Cadoux a eu la joie, avant de mourir, d’offrir à Notre--Seigneur les prémices du peuple Shan qu’il évangélisait. Le village de Naong-kaïpa, fondé par notre regretté confrère, était en fête le 11 février dernier : 27 adultes rece-vaient le baptême, après trois années d’épreuve. Depuis cette époque, onze familles sont encore venues augmenter le troupeau de Naong-kaïpa et le P. Ruppin, qui en est chargé, espère, pour l’an prochain, une moisson encore plus abondante.
« Un peu plus au nord, nous rencontrons une autre station, fondée également par le P. Cadoux. Elle se com-pose de huit familles Kachynes qui demandent sincère-ment à se convertir: M. Accarion les instruit et ne tardera pas à les baptiser. Ce cher confrère administre en même temps le poste de Hakan, dont l’origine ne date que de quelques mois et qui cependant donne déjà les plus belles espérances ; il y a établi une école pour les enfants.
« Au témoignage des confrères, l’heure paraît venue pour nous de moissonner ce que les anciens missionnaires de Birmanie ont semé, au prix de vingt ans de labeur, à Bhamo et aux environs. Les principaux obstacles qui s’op-posaient à la conversion des Kachyns ont disparu : ils sont aujourd’hui moins attachés à leurs montagnes, et leur mé-pris pour l’étranger a déjà beaucoup diminué. Sans cesse en relation avec les Shans et les Birmans, ils se civilisent peu à peu, descendent volontiers dans la plaine, cultivent des champs et élèvent des animaux. Le commerce lui-même ne les laisse pas indifférents, surtout quand il paraît devoir être lucratif. Malheureusement, nous ne sommes pas seuls à profiter de ce changement de mœurs chez les Sauvages : les protestants nous font une concurrence que le manque de ressources pécuniaires ne nous permet pas de soutenir. Plus de vingt ministres américains travaillent à la perversion des Kachyns ; ils les attirent à l’hérésie avec l’or et les promesses ; ils forment des villages au milieu des immenses plaines arrosées par les affluents de l’Iraouaddy ; et, si nous ne recevons pas, à bref délai, de nouveaux con-frères, nons serons réduits à glaner çà et là les rares épis que nos ennemis jurés voudront bien nous abandonner.
« A l’autre extrémité sud de la mission, sur la ligne du chemin de fer de Mandalay à Rangoon, le P. Wehinger, secondé par un prêtre indigène, a fondé, au commencement de l’année, le poste de Chayegon, qui compte actuellement 22 familles birmanes. Elles étudient avec ardeur les prières et le catéchisme ; dans quelques mois, elles seront prêtes à recevoir le baptême. Le P. Granié réside à Chayegon ; il n’épargne rien pour instruire les néophytes et leur inspirer en même temps l’amour du travail. A Mnoébo, le P. Herr a baptisé 26 adultes et 9 enfants de païens.
« Après avoir beaucoup souffert sans résultat appréciable pendant plus de trois ans à Gangaw, les PP. Laurent et Jarre ont dû renoncer à évangéliser les Chins de cette con-trée et sont venus se fixer dans le district de Minboo. Le P. Jarre y a été atteint de la fièvre des bois et s’est vu forcé de venir se faire soigner à Mandalay. L’intrépide P. Laurent reste donc seul sur la brèche. Dieu veuille le pré-server de tout mal et lui accorder les secours dont il a un si grand besoin pour triompher des obstacles que Satan ne cesse d’opposer à la conversion des Chins.

« Daignez agréer……

« DUHAND, Supérieur. »







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