| Année: |
1884 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Bigandet |
Birmanie méridionale .
1884
« En parcourant le tableau de l’administration, que j’ai eu l’honneur de vous envoyer, écrit Mgr Bigandet, vous verrez que le nombre des baptêmes d’adultes est de beau-coup plus considérable que celui des années précédentes.
« C’est avec bonheur que je me plais à vous signaler les résultats que l’on commence à obtenir parmi les Birmans, soit à Rangoun, soit dans la banlieue. M. Kromer travaille avec un zèle infatigable à leur conversion. Afin de donner quelque consistance à l’œuvre qu’il a entreprise, il vient de faire construire une église dans le quartier où les con-versions sont plus nombreuses. Cet édifice est fort beau ; le sous-sol sert pour une école, qui est fréquentée par plus de trente enfants. Le ministère auprès des Birmans exige une grande patience pour supporter leurs grossièretés et souvent leur intolérable orgueil ; de plus, il est néces-saire d’avoir une connaissance solide et approfondie de la religion bouddhique ; car, ils ont tous étudié cette religion, et beaucoup d’entre eux ont une science qui sou-vent nous surprend. Avec un travail opiniâtre et le secours de la grâce, M. Kromer détruira l’idée fausse qu’ont plu-sieurs personnes au sujet des Birmans, à savoir : qu’ils sont inconvertissables. C’est une espèce d’expression blasphé-matoire qu’il faut faire disparaître le plus tôt possible.
« L’œuvre des Chinois, qui est à la charge du même missionnaire, aidé d’un minoré, ancien élève du collège de de Pinang, marche lentement à cause de la persécution sourde et quelquefois ouverte des païens contre les chré-tiens et les catéchumènes. La plupart de ceux qui se sont convertis ou qui se disposent à le faire, sont des ouvriers, tailleurs ou cordonniers. Les maîtres, qui sont païens, refusent souvent de les employer, parce qu’ils sont chré-tiens ou qu’ils étudient la doctrine chrétienne. Ces tracas-series, pour le moment, entravent les progrès du saint Évangile, mais je suis sûr que finalement il arrivera ici ce qui a toujours eu lieu depuis la fondation de l’Église, c’est que la vérité triomphera de l’erreur .
« La mission Carianne, qui est la plus étendue et la plus prospère du vicariat, continue à fructifier sous les efforts actifs de nos confrères. M. Bringaud, au nord de la mission, ne cesse pas d’obtenir les plus consolants succès, ils sont la juste récompense de son zèle infatigable. Dans ses courses, il s’est mis en relation avec une tribu qui habite le versant oriental et au pied des montagnes de l’Arracan . C’est un rameau de la grande famille des Singphas , que les Birmans appellent Khyins . Ils paraissent offrir au zèle apostolique un champ qu’il ne serait pas difficile de cul-tiver avec l’espoir d’une récolte abondante. Il faudrait un missionnaire qui s’occupât d’eux uniquement . Tous parlent la langue birmane; il ne serait donc pas nécessaire d’apprendre une nouvelle langue pour en être compris .
« M. Kern, dans le poste qui lui est confié, a infusé une nouvelle vie dans l’âme des anciens chrétiens; il fait germer la semence de la bonne nouvelle chez les païens, et ceux-ci semblent tout disposés à se faire instruire et à recevoir le baptême. Il a deux écoles ; l’une pour les filles, tenue par deux Sœurs indigènes ; et l’autre pour les garçons, confiée à des maîtres laïcs et indigènes. Son église, construite en bois du pays, est vieille , les planches sont dévorées par les fourmis, et elle menace ruine. Le zélé missionnaire a résolu d’en construire une nouvelle en brique, pour en assurer la durée et la solidité. Il met sa confiance en Dieu d’abord, puis en lui-même, en son indomptable courage. Je suis moralement certain qu’il viendra à bout de son entreprise.
« La mission malabare, jusqu’ici si florissante, a passé par une rude épreuve. Le démon de la discorde s’y est glissé et y a mis quelque temps le désordre. Mais les choses se calment maintenant, et l’on peut dire avec certitude que sous peu la tranquillité et la paix règneront de nouveau comme autrefois, parmi ces chrétiens qui ont été, comme partout, des instruments inconscients entre les mains de quelques individus mal intentionnés.
« Qu’il m’est doux de pouvoir déclarer, sans crainte d’être contredit, que nos missionnaires, par leur zèle, leur activité, leur patience , leur amour pour la pauvreté ont fait ce qu’ils ont pu en vue d’étendre le royaume de Dieu ! Leurs écoles propagent l’instruction parmi les enfants et la jeunesse ; celles des villes, sous la direction des Sœurs du Bon-Pasteur et de Saint-Joseph, pour les filles ; et sous celle des Frères des Écoles chrétiennes, pour les garçons, sont admirablement bien tenues. Aux examens faits par les officiers du gouvernement, elles ont obtenu les plus grands succès et ont primé les autres. Par leur bonne tenue et leur prospérité, elles font l’éloge des habiles maîtres et maîtresses qui les dirigent. Que Dieu soit loué pour tous ces heureux résultats ! »
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