| Année: |
1887 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Bigandet |
III._ Birmanie Méridionale.
BIRMANIE MÉRIDIONALE
1887
Population catholique 19.600
Baptêmes de païens 1.592
Baptêmes d’enfants de païens 221
Cette année a été marquée pour la Birmanie Méridionale par une grande joie. Le 7 février, Mgr Bigandet célébrait le cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale. Chrétiens et païens, catholiques et protestants, amis et étrangers, particuliers et gouvernants, tous ont voulu s’associer dans un même élan d’admiration, d’amour et de sympathie pour le vénéré Prélat, qui a déjà donné cinquante années de sa vie aux rudes labeurs de l’apostolat.
On avait voulu une fête de famille, on eut, sans l’avoir cherchée, la plus enthousiaste des manifestations. Un comité, choisi en réunion publique, sans distinction de classe ni de religion, en a pris l’initiative. Il a eu la délicate pensée d’associer le nom de Mgr Bigandet à une fondation destinée à promouvoir l’enseignement dans la province. C’était reconnaître au mieux les services rendus par Sa Grandeur à la Birmanie, pour cette œuvre capitale de l’éducation. Une souscription ouverte a réuni en quelques jours les premiers fonds, et, comme hommage de sympathie, le gouvernement s’est engagé à en doubler le montant. Ces témoignages spontanés, partis en même temps de tous les cœurs, sont le plus bel éloge de l’homme qui a mérité de les réunir.
Tous les missionnaires s’étaient donné rendez-vous à la fête de leur Père. Venus exprès de Mandalay, de Singapore et de Tong-hoo, NN. SS. Bourdon et Gasnier, et le P. Conti, supérieur de la Birmanie Orientale, en rehaussaient aussi l’éclat par leur présence. S. E. le Cardinal Simeoni, préfet de la S. C. de la Propagande, avait daigné obtenir pour le vénérable évêque la bénédiction apostolique, qu’il fit parvenir avec ses félicitations. Notre séminaire s’était aussi empressé d’adresser ses hommages et ses vœux au digne doyen de nos évêques ; nous serons certainement les interprètes de tous les membres de la Société, si nous en renouvelons ici l’expression, pour souhaiter une fois de plus au vénéré Seigneur de Ramatha de fournir encore une longue et féconde carrière. Ad multos annos !
« Le tableau d’administration de la mission, nous écrit Mgr Bigandet, vous fera voir que Dieu a aidé d’une manière toute spéciale nos missionnaires dans l’œuvre de la propagation de la foi. Le nombre des baptêmes d’adultes l’emporte de beaucoup sur tous les chiffres des années précédentes. Il est plus du double de celui de l’année dernière, qui était le plus élevé que nous ayons obtenu.
« N’est-il pas surprenant qu’au milieu des bouleversements et des agitations de tout genre, au milieu de la guerre et de ses funestes conséquences, on soit parvenu à obtenir un résultat semblable ? Les populations étaient affolées par la terreur qu’inspiraient les bandes de voleurs et de prétendus patriotes, mettant tout à feu et à sang, sous prétexte de soutenir le gouvernement Birman, qui avait complètement disparu du pays. Mais Dieu se sert des moyens qui en apparence sont les moins propres pour obtenir un certain résultat, afin d’arriver au véritable but qu’il se propose.
« Plusieurs de nos confrères ont eu grandement à souffrir dans la personne d’un grand nombre de leurs chrétiens, dont les maisons ont été brûlées, et les provisions pillées et enlevées. Maintenant, que Dieu soit béni ! les choses ont changé de face. La tranquillité se rétablit dans le pays. Je souhaite que les bonnes dispositions qu’on a montrées dans différents districts, continuent à produire d’heureux résultats, semblables à ceux que je signale. »
M. Bringaud a obtenu le chiffre magnifique de 349 baptêmes d’adultes. Son district a été fondé en 1867. « Pendant ces vingt années, écrit ce missionnaire, les progrès de la mission ont été continus. En commençant, j’ai eu le bonheur de baptiser près de cent personnes. Depuis lors, tous les ans il y a eu des conversions ; tous les ans aussi les œuvres se sont accrues et développées ; et si, de temps en temps, nous avons eu des troubles et des désordres, Dieu, dans sa miséricorde, à cause de notre faiblesse et des prières des néophytes si bons, si chastes, si dociles et si fervents, nous a donné la force de les surmonter, et la grâce de continuer la régénération de ce vaste district.
« Il y a vingt ans, il n’y avait ici aucun catholique, et aujourd’hui, dans un rayon de 50 milles entre Lai-myaina, Henzada, Myanoung, le fleuve et les montagnes de l’Aratran, ils sont au nombre de près de 4,000. Le nord forme déjà une nouvelle mission sous l’habile direction du P. Rouyer, dont le troupeau s’augmente et s’affermit. Dans la partie qui me reste, outre les bâtiments de Mittayon, se trouvent vingt chapelles dans les groupes principaux, sept écoles et environ 3,000 chrétiens ; car je n’en connais pas le nombre exact, vu les changements continuels et l’émigration des familles. Et cette année, qui est pour moi peut-être la dernière, est la plus importante pour les résultats acquis.
« La cause, ne l’attribuez pas à des efforts plus grands, un travail plus appliqué, à des courses plus multipliées ; car c’est le contraire qui a eu lieu. J’ai été plus souvent et plus sérieusement indisposé que par le passé, et mon vieux catéchiste, qui est dans la soixante-quatorzième année de son âge, cassé, brisé, malade, lui aussi, de temps en temps, mais toujours vaillant et courageux, n’a pu me seconder autant que je l’aurais voulu. Puis, la mort m’a enlevé des Khyoungtagas influents et zélés, entre autres cet énergique vieillard, Abraham Tapolo, qui tenait si bien son village de trente familles chrétiennes, et dont les bons exemples portaient des fruits partout aux environs. C’est, sans contredit, le caractère le plus viril que j’aie rencontré jusqu’ici, et après quinze ans, j’ai encore présent à la mémoire, comme au premier jour, ce qui se passa avant son baptême. Lorsqu’on expliquait la passion de N. S., il se leva tout à coup et s’écria indigné : « Mais ses apôtres que faisaient-ils donc ? _ Ils avaient « peur et se cachaient, lui dit le catéchiste._ Les lâches, laisser tuer leur maître ! Si j’avais été « là, j’aurais coupé avec mon da tous ces méchants Juifs. »
« La cause première de cette abondante récolte, autant que je puis en juger, doit être attribuée à ce qui a été fait, non seulement pour le secours des chrétiens, mais encore pour le maintien de l’ordre dans toute la mission. Les populations nous ont su bon gré des efforts que nous avons faits pour amener la pacification du pays. L’opinion s’est prononcée en notre faveur, les gens qui nous échappaient sont revenus en nombre, et plusieurs ont embrassé notre sainte religion.
« Si les baptistes ont eu ici les premiers succès, il y a longtemps qu’ils ne font plus de prosélytes, et la seconde cause de notre progrès est la conséquence de l’abandon où ils se trouvent. Une vieille femme, Mme Thomas, d’un fanatisme outré, s’occupait depuis plusieurs années de la conversion des Khiens ; elle commençait à réussir, lorsque mon attention fut attirée vers ces pauvres gens, meilleurs et plus faciles que les Birmans, mais de beaucoup inférieurs aux Karens de ce district. Peu à peu ses disciples l’abandonnèrent, et comme le P. Rouyer se joignit ensuite à moi, perdant tout espoir pour l’avenir, elle passa dans l’Aratran. Son fils qui lui avait succédé pour la direction de la mission karenne, malade, disent les uns, dégoûté, disent les autres, est parti pour l’Amérique, laissant tous ses adeptes aux soins d’un ministre indigène. « Le Phonghi, remarque-t-on, expose sa vie pour protéger ses disciples, « mais le Tsara les abandonne au moment du danger. » Et cette remarque, commentée, développée par nos zélateurs, produit un excellent effet.
« La troisième cause, et je m’en tiendrai là, est dans l’état même de la province : la peur et l’intérêt nous ont attiré bien des gens. Pour triompher de la rébellion, les employés du gouvernement ont été obligés d’avoir recours à des mesures de rigueur ; les jeux ont été interdits ainsi que ces abominables fêtes qui se donnaient la nuit. Il y a par conséquent beaucoup moins de tentations de ce côté-là, et les Birmans railleurs, sous la crainte des damias, d’une part, et des armes des Karens, de l’autre, se sont retranchés dans un prudent mutisme. Enfin les indigènes des autres tribus, rassurés, par les succès des Anglais, ne croient plus ni à la possibilité de les rejeter à la mer ni au retour du roi Birman. Confiants dans l’avenir, ils renoncent au bouddhisme et au démon, pour embrasser la religion du Dieu éternel qu’adoraient leurs ancêtres. »
« M. d’O’Crux, continue Mgr Bigandet, a enregistré 338 baptêmes d’adultes dans le district de Bassein. Il m’écrit que, si les dispositions parmi les populations de son district continuent à être aussi favorables, il espère un bien plus grand nombre de conversions pour l’année prochaine.
« Il en est de même aussi dans les districts de Myoung-mya et de Kanotzogon. Je suis heureux d’avoir aussi à constater que parmi les Malabares de Rangoon, il y a une amélioration très marquée. Non seulement ils cherchent à se soutenir dans les pratiques de la religion, mais aussi ils travaillent à la conversion de leurs parents, de leurs amis et de leurs connaissances, qui sont encore dans le paganisme.
« J’aime aussi à constater un fait qui est consolant, et en même temps attristant, c’est que dans la plupart des endroits, les églises deviennent trop petites. On sent le besoin de les agrandir. Elles peuvent contenir à peine un peu plus de la moitié des chrétiens. Voilà certes qui est très consolant. Mais où trouver les moyens pour donner aux édifices les dimensions suffisantes ? Voilà ce qui attriste, quand on ne peut faire face aux besoins actuels. Pour n’en mentionner qu’une seule, je parlerai de l’église des Malabares. Il faudrait une somme de 15,000 francs, pour lui donner l’agrandissement nécessaire. Dans la ville de Rangoon, la principale église se trouve dans le même cas.
« Je ne ferais que répéter ce que j’ai dit dans les comptes rendus des précédentes années, si je voulais entrer dans les détails des succès marquants qu’obtiennent nos écoles des Frères et des Sœurs, et aussi l’école Malabare, dans la mission. Les résultats obtenus par les maîtres et maîtresses de ces institutions sont si bien appréciés par le public que le nombre des élèves va toujours en augmentant. Les bâtiments ont été construits sur une vaste échelle, et cependant ils sont trop petits pour contenir tous les enfants qui se présentent pour obtenir d’y être admis. Ici encore il faut agrandir, et agrandir dans des proportions considérables. Mais où trouver, c’est encore le cas de le répéter, où trouver les moyens d’exécuter ces travaux cependant si nécessaires ? »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|