| Année: |
1887 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Duhand |
IV. – Birmanie Septentrionale.
Population catholique 3,000
Baptêmes de païens 89
Baptêmes d’enfants de païens 288
Mgr Bourdon, dont la santé était depuis quelque temps très éprouvée, s’est trouvé, dès les premiers mois de cette année, dans la nécessité d’interrompre tout travail. Craignant de voir cet état de fatigue se prolonger au préjudice de sa mission, Sa Grandeur s’est déterminée à offrir au Saint-Père sa démission de la charge de Vicaire apostolique.
Depuis la retraite de Mgr de Dardanie, la Birmanie Septentrionale a été administrée par le provicaire, M. Simon. C’est lui qui nous a adressé les chiffres qui précèdent des résultats de l’année. Ces résultats sont notablement supérieurs à ceux obtenus jusqu’ici dans cette mission. Nous n’avons pas de compte rendu général des travaux des missionnaires, mais les détails qu’on va lire, sur un district particulier, donneront une idée du mouvement favorable provoqué par les derniers événements politiques.
« Notre chère mission, écrit M. Duhand, se remet peu à peu des secousses terribles qu’elle a éprouvées depuis l’occupation des Anglais. Le calme se fait dans tout le pays, et on peut déjà apprécier la situation plus favorable qui nous est faite. Au début de la guerre, les Birmans ont été effrayés de la facilité avec laquelle les Anglais sont arrivés à Mandalay et ont pris possession du palais. Le départ soudain de toute la famille royale a achevé de les consterner, et leur a inspiré une telle frayeur des Anglais, qu’ils n’ont plus songé qu’à baisser la tête sous le joug des vainqueurs. Les pauvres villageois, ignorants des lois, us et coutumes de leurs nouveaux maîtres, se sont tournés vers nous, et de même qu’ils étaient venus nous demander assistance contre les Dacoïts avant l’arrivée de la police anglaise, ils sont venus de nouveau implorer notre médiation et protection, pour traiter avec les autorités nouvellement constituées. Et comme les Anglais nous ont toujours reçus avec bienveillance, et montré beaucoup d’intérêt, les choses s’arrangeaient pour le mieux du monde, et à la grande satisfaction des Birmans ; ces derniers nous ont accordé, en retour, confiance, affection et reconnaissance.
« En voyant surtout nos chrétiens de Khyaong-oo, favorisés de plusieurs privilèges et exemptés de maintes charges, beaucoup de se dire entre eux : « Que nous serions heureux, si « nous avions le prêtre chez nous, et si nous étions ses disciples ! » Plusieurs me demandèrent respectueusement si je pensais rester toujours à Khyaong-oo, si je n’avais pas l’intention de voyager ; qu’ils seraient fort honorés, s’ils pouvaient me recevoir chez eux et me donner l’hospitalité. Devant ces dispositions, si clairement manifestées, je promis de me rendre à leur invitation, d’aller les voir et même de m’établir chez eux, s’ils consentaient sincèrement à m’entendre et à devenir, comme ils disaient, mes disciples.
« En décembre dernier, n’ayant plus rien à craindre du côté des Dacoïts, je partis pour Amyen. Cette ville, célèbre dans l’histoire de la Birmanie, était au siècle dernier (1777) la résidence princière d’un des fils du fameux Alompra, le fondateur de la dynastie qui vient de s’éteindre par la chute du pauvre roi Thibau. Elle est située au sud-ouest de Khyaong-oo, sur le Chin-dwin, à 15 lieues environ de l’embouchure de cette rivière dans l’Iraouaddy.
« Les deux chefs et les grands d’Amyen me firent une magnifique réception, m’exprimèrent de nouveau le désir de me voir établi parmi eux, me promettant leur concours pour les constructions nécessaires, et surtout m’assurant qu’ils enverraient leurs enfants aux écoles.
« En janvier, quand S.G. Mgr Bourdon vint visiter notre chrétienté de Khyaong-oo, nous allâmes ensemble à Amyen. La réception fut aussi franche et aussi grandiose que la précédente, et les mêmes promesses nous furent renouvelées. On nous offrit de choisir, ce jour-là même, le terrain qui nous conviendrait le mieux. Les chefs nous montrèrent alors une magnifique pièce de terre sur les bords du fleuve, au côté nord de la ville, mais non séparée des habitations. Vaste, propre, uni, le sol est élevé de 25 pieds au-dessus des eaux du Chin-dwin en été, et jamais les plus hautes eaux n’atteignent à son niveau. Quant à la vue dont on jouit sur le fleuve et sa rive opposée, elle est des plus belles. Évidemment cette place, qui pourrait satisfaire des goûts plus difficiles, nous convint parfaitement.
« Comme le terrain était jadis une terre royale, occupée par plusieurs monastères de Ponghis, elle appartenait de droit au gouvernement anglais. Je la demandai au gouverneur des provinces du Chin-dwin qui me fit cette réponse bienveillante : « Si le terrain que vous « désirez n’appartient à personne, prenez-le, vous n’avez aucune permission à demander ; « choisissez, et prenez toute la terre qu’il vous plaira. » Cette parole, qui fait honneur à celui qui l’a prononcée, suffit pour montrer avec quels égards nous sommes traités ici.
« En quelques semaines, grâce à la bonne volonté et au concours généreux de plusieurs futurs chrétiens, qui se sont chargés de l’achat des premiers matériaux, une solide palissade en bambous tressés entourait ma future résidence. Le terrain enfermé mesure 110 yards en longueur sur 90 en largeur. Une vieille pagode, qui menaçait ruine et obstruait la belle vue de la terrasse, tombait à terre avec fracas, et venait se réduire en poudre sur la terre de notre enclos. Je dois dire toutefois que cette exécution sacrilège s’est faite avec le consentement des chefs d’Amyen, et même en présence de plusieurs ponghis.
« Quelques semaines après, les deux écoles pour garçons et filles étaient bâties, et aujourd’hui un chrétien de Khyaong-oo y fait la classe et le catéchisme, quand je reviens à ma résidence.
« Le démon, jaloux d’un si beau mouvement, a cherché à l’entraver. Le principal de mes catéchumènes d’Amyen, celui qui me secondait avec le plus de dévouement, un riche et laborieux cultivateur, fut la première victime de notre ennemi. Sans parler de mauvaises fortunes accidentelles qui l’empêchèrent de planter la plus grande partie de ses champs, aussitôt notre maison d’école construite, il perdit en dix jours, douze de ses buffles et les plus beaux des vingt qu’il possédait. Le coup me frappa plus fortement que lui, d’autant plus que quelques ennemis jaloux, bouddhistes enragés, ne manquèrent point de proclamer partout qu’il était puni pour avoir voulu embrasser la religion des Européens. Mais, mille grâces à la Reine des Cieux, qui sera la patronne de notre nouvelle station, elle a triomphé comme toujours. Notre ami n’a pas murmuré, ses intentions n’ont point changé et son zèle ne se ralentit pas. Il est toujours à l’œuvre, d’une activité étonnante, et aussi impatient que moi de voir terminer la construction de ma maison.
« A la fin de l’année, le tout sera achevé, et le poste nouveau définitivement établi. Avec un pied-à-terre à Amyen, il me sera facile de parcourir les autres villages au nord et au sud, et même à l’ouest de la rivière ; la plupart des villages de l’ouest que j’ai assistés, autant qu’il était en moi, pendant les troubles des deux dernières années ; me conservent beaucoup de reconnaissance et me sont sincèrement attachés.
« Cela veut-il dire qu’ils vont de suite renoncer à leurs idées religieuses, répudier le bouddhisme et tomber au pied de la croix ? Non évidemment : l’heure de la grâce nous est inconnue ; elle sonnera tôt ou tard. Et si nous ne pouvons que piocher et jeter notre semence, nous piocherons et nous sèmerons. Espérons que Dieu réserve de belles moissons à nos successeurs ! Quoi qu’il en soit, il est certain que dans les conditions présentes, les plus grandes difficultés extérieures ont disparu » (1).
(1) Par brefs du 21 février 1888, le Saint-Père a daigné nommer M. Simon évêque titulaire de Domitiopolis et Vicaire apostolique de la Birmanie septentrionale.
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