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Rapport annuel des évêques

Année: 1889
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Simon

IV.─ Birmanie Septentrionale.

Population catholique 4020
Baptêmes de païens 112
Baptêmes d’enfants de païens 152

« L’année qui vient de s’écouler, nous écrit Mgr Simon, a vu heureusement la fin des scènes de désordre et de pillage, qui, depuis l’époque de l’annexion anglaise, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, avaient marqué chaque année d’une empreinte de sang et de ruines. Les derniers vestiges de la rebellion ont disparu devant l’habileté de la tactique, et les mesures d’une répression énergique. Il faut dire aussi que la faim et la difficulté de s’approvisionner, ont été de très utiles agens de pacification. Tout est enfin rentré dans l’ordre :et les pauvres gens des campagnes, longtemps et naïvement illusionnés par l’espoir de quelque retour de fortune, comme l’apparition soudaine de quelque puissant rejeton de la famille des Allompra, qui les mènerait à la victoire, ou de quelque flotte française dans les eaux de l’Irrawaddy, commencent, bon gré mal gré, à accepter le régime actuel comme définitif. C’est encore un obstacle levé devant nos pas. Les populations des campagnes, en général simples et inoffensives, et qui, trop souvent jusque là, n’avaient pu prêter qu’une oreille distraite à la parole du missionnaire, se montrent de plus en plus avides de nous entendre.
« J’ai mis à profit ces premiers jours de calme, pour faire une visite générale de toute la mission, depuis Bhamo, notre poste le plus septentrional, jusqu’à Pyinmana, nouvelle station à l’extrême sud de la mission, qui confine à la Birmanie Méridionale. A l’occasion de ces isites, j’ai eu la joie de présider les premières communions, et d’administrer le sacrement de Confirmation à 168 chrétiens ; partout, j’ai été particulièrement édifié de l’esprit de piété qui anime les fidèles, grands et petits, dans ces fêtes si touchantes de notre sainte religion.. Ces visites donnent toujours lieu à de grandes démonstration, dont sont très amateurs nos chrétiens birmans. La nouvelle s’est répandue que l’évêque vient les visiter : aussitôt tout s’ébranle dans le village ; on revêt les habits aux couleurs voyantes, les femmes et les jeunes filles se couvrent la tête d’un voile ; les hommes se ceignent le front du koung-boung (turban) national. Tous les chars sont réquisitionnés, les chevaux et les fusils de même, et on s’avance dans la forêt à 2, 3 et 4 milles, jusqu’à ce que l’on signale l’arrivée de l’évêque. Et alors, se font entendre les détonations de toute l’artillerie. On descend des chars ou de cheval ; sous un grand arbre de la forêt, des tapis ont été préparés, un fauteuil vous tend les bras, des rafraîchissements à l’eau de palmier, des noix de coco, des bananes, des gâteaux, aux formes et aux goûts les plus variés, tout vous invite. Les chrétiens viennent tour à tour vous complimenter et vous baiser la main ; puis le Magister lit un discours d’honneur, savamment étudié ; un petit drame de bienvenue est même quelquefois joué par les enfants de l’école, et on reprend le chemin du village, où le son joyeux des cloches nous conduit infailliblement. On entre un instant à l’église, où, après quelques prières ou chants, l’évêque bénit l’assistance.
« J’ai pu ainsi étudier de près, avec mes confrères, les besoins et les ressources de chaque district, et conférer avec eux sur les moyens les plus efficaces pour développer le bien déjà accompli, et édifier de nouvelles stations au milieu de nouveaux centres païens. Hélas ! j’ai plus d’une fois senti mon cœur se serrer à la vue de si beaux champs, ouverts devant nous, quand je venais à considérer en même temps nos moyens d’action si limités. Une chose qui m’a frappé depuis longtemps, mais dont j’ai reconnu la nécessité plus vivement encore, au cours de ces visites, c’est le besoin urgent de nombreux catéchistes, cette grande ressource de presque toutes les missions. J’ai compris le bien immense pouvait faire ici une petite armée de catéchistes, bien disciplinée, prévenant la venue du missionnaire dans les villages païens, aplanissant les voies devant lui, abaissant la barrière des vieux préjugés, le remplaçant enfin, au besoin, dans les stations déjà établies. Tous mes confrères sont convaincus avec moi de cette nécessité, et, à la dernière retraite, des mesures générales avaient été arrêtées dans le but de la formation d’une école de catéchistes. Les résultats n’ont pas répondu, hélas ! à notre bonne volonté. Nos pauvres chrétiens, tenus, sous le régime des rois Birmans, dans l’éloignement des affaires, et regardés comme une caste à part, se sont rop habitués à voir dans le païens un ennemi putôt qu’un frère. De là, le peu de force qu’a pris chez eux l’idée de prosélytisme. Aussi, ils se font difficilement à l’idée de voir le prêtre s’évangéliser les villages païens ; ils se croient alors volontiers abandonnés, et leur piété court grand risque de se refroidir. Cela tient peut-être aussi à l’influence contagieuse des usages païens, qu’ils ont sous les yeux. Là, le punghi (prêtre) est véritablement inamovible, dans toute la force du terme, ce qui lui est facile, n’ayant qu’à mâcher son bétel du matin au soir, et à manger et dormir. Une fois étendu sur sa bienheureuse natte, aux pieds de ses bouddhas, pour lui le reste du monde n’existe plus. Et on ne lui en demande pas davantage. Nous essayons de réagir contre cet espris d’égoïsme et d’exclusivisme, si contraire à l’esprit de l’Evangile, et nous espérons, à la longue, faire disparaître ces mauvaises tendances, en infusant dans les cœurs un sang plus catholique.
« Cependant, nous avons déjà former, avec beaucoup de peine, quelques bons catéchistes, qui se montrent vraiment dignes de notre confiance, et j’augure beaucoup de ces premiers efforts, tentés en vue d’une œuvre si belle et si importante. Malgré notre petit nombre d’ouvriers, et l’attention spéciale que nous devons continuellement donner à nos chrétiens, nous avons pu, grâce à ces précieux auxiliaires, jeter la semence de l’Évangile dans plusieurs centres importants ; et, si les résultats de cette année sont modestes, au point de vue des baptêmes, nous avons la consolation d’avoir préparé, pour l’année qui va suivre, une moisson beaucoup plus abondante. Nous comptons déjà environ 350 néophytes ou catéchumènes, qui, si l’esprit de tout mal ne vient renverser de si chères espérances, seront inscrits l’année prochaine au nombre des enfants de la sainte Église.
« Dans la ville de Mandalay, nous allons voir s’achever, dans quelques mois, notre nouvelle cathédrale, dont les fondements avaient été jetés en avril 1888. Elle sera consacrée au Sacré-Cœur de Jésus. Tout le monde ici en attend l’inauguration, comme un véritable événement. A cette occasion aussi, je ferai la consécration publique et solennelle de notre chère mission au Divin Cœur.
« La cathédrale, bâtie sur le point le plus culminant de la ville, dominera de sa flèche toutes les pagodes et monuments bouddhistes. Les colonnes de l’édifice, les autels et les différentes parties d’ornementation sont entièrement dorés. Tout cela sera d’un effet saisissant aux yeux des païens. Nos processions de la Fête-Dieu et de l’Assomption ont eu lieu, cette année, avec un éclat inaccoutumé : la statue de la sainte Vierge était portée, sur un trône doré, par 20 soldats catholiques, au milieu des grandes rues de la ville, au son de la fanfare militaire et de toutes les voix des enfants de nos écoles, et à la grande édification des païens.
« Mais ce qui fait toujours l’objet de mes plus vives préoccupations, c’est la question capitale des écoles. J’ai la douleur de vous dire qu’elle n’a pas fait un pas depuis l’année dernière. La pétition que j’avais adressée au gouverneur général, en vue d’obtenir une concession de terrain à cet effet, a été envoyée devant le gouvernement de l’Inde, et je n’ai pu tirer un mot de réponse. Les pretestants, que la question d’argent n’arrête jamais, sont arrivés ici tout outillés, et sont parvenus promptement, au moyen du tout-puissant dollar, à se pourvoir de vastes écoles, où se dirige, chaque matin, la meilleure partie de la jeunesse, pour s’abreuver du poison de l’erreur. Et, supposé la concession du terrain accordée, où prendrons-nous les fonds nécessaires à une entreprise si considérable, et pour laquelle cependant rien ne devrait être épargné ? Nos sœurs de Saint-Joseph tiennent toujours, il est vrai, le premier rang pour l’éducation des jeunes filles, parce que leur dévoûment, que j’ai eu mille fois occasion d’admirer, supplée à tout : leur pensionnat compte à peu près 100 élèves, mais je vous ai déjà fait savoir que les locaux sont devenus insuffisants, et que cela nous a déjà mis dans la dure nécessité de refuser de nouvelles demandes d’admission. Elles pourront tripler le chiffre de leurs élèves, du jour où elles auront des bâtiments pour les recevoir. Là, nous possédons un vaste et beau terrain ; mais la mission, déjà obligée d’entretenir l’établissement, ne peut leur venir en aide pour l’érection de nouvelles constructions. Le refuge des vieilles femmes païennes abandonnées, tenu par les sœurs, continue de prospérer, et leur a donné la joie de présenter au baptême 20 de ces pauvres infortunées. Notre petite école malabare, fondée l’année dernière dans la partie est de la ville, s’accroît de jour en jour ; elle compte déjà une cinquantaine d’élèves. Notre chrétienté malabare est devenue une portion très intéressante de notre cher troupeau de Mandalay ; elle compte plus 300 fidèles.─ Nous avons eu 40 baptêmes d’adultes à Mandalay.
« Je vous parlais, l’année dernière, de nos projets d’établir de nouvelles stations, sur la ligne du chemin de fer qui relie Mandalay à Rangoon. C’est aujourd’hui un fait accompli. Le cher P. Huysman s’est établi dans la ville de Yemethen, qu’il avait visitée deux ans auparavant, comme aumônier de l’expédition anglaise. Yemethen est à 120 milles de Mandalay, et possède une gare considérable, en raison de sa position centrale entre Mandalay et Toungoo. C’était une place fortifiée au temps des rois Birmans. C’est là que le cher confrère débarquait au lendemain de la fête de Pà-ques, « sans un toit pour s’abriter et sans un sou pour s’en construire un », comme il disait lui-même. J’allai aussitôt après mon arrivée, écrit-il, rendre visite au premier chef de l’endroit, je lui exposai ma situation, et finis par obtenir un terrain, magnifiquement situé, sur lequel se trouvait un ancien monastère bouddhiste abandonné. La construction était solide encore, mais certaines réparations s’imposaient, et je n’étais pas riche avec mes poches vides. J’exposai encore mes besoins à ce monsieur, qui, quoique protestant, souscrivit avec plusieurs autres pour m’aider dans le besoin, et me fournir de quoi construire une école et une chapelle. Maintenant j’ai une petite école, qui s’accroît de jour en jour, et devient insuffisante pour le nombre des élèves. Cette école sert surtout à nous attirer l’estime du peuple, qui aime à voir le soin que nous prenons de ses enfants. »
« Le poste compte déjà une quarantaine de chrétiens, tant Birmans qu’Eurasiens. Ce confrère s’occupe en même temps de l’etablissement d’un autre poste, sur la ligne, à Pyinmana, ville de près de 20,000 âmes, située à notre frontière méridionale. L’œuvre, commencée dans les mêmes conditions qu’à Yemethen, aura, j’en suis sûr, un égal succès. Les premiers obstales sont déjà levés, par l’acquisition gratuite d’un vaste et beau terrain. Nous avons là 50 catholiques. Au milieu d’un travail matériel si absorbant, le cher Père trouve encore le temps de visiter les autrs stations de la ligne, où se rencontrent partout quelques catholiques. Meiktila, autre centre très important, à 13 milles dans l’intérieur, et où il espère fonder un poste cette année, est aussi l’objet de ses fréquentes visites. Sur tout le parcours de la ligne du chemin de fer, à l’est s’étend la rangée des montagnes Shans : c’est le Laos de notre mission. Quand nous sera-t-il donné d’y envoyer une colonie de missionnaires , pour porter à ces peuples leur part de la lumière de l’Évangile ?
« M. Boulanger nous donne les nouvelles les plus encourageantes sur son district de Myingyan ; il signale un changement très sensible dans les dispositions générales des païens à notre égard ; la défiance des premiers jours a fait peu à peu place à la confiance. A l’extérieur, le cher confrère a fondé deux postes, à Noue-ni et à Koung-koue. Le premier possède déjà sa petite chapelle ; nous comptons dans chacun de ces villages une dizaine de familles de catéchumènes. Deux membres influents de ces familles ont déjà reçu le baptême, en raison de leurs dispositions particulièrement satisfaisantes. Dans ma visite à Myingyan, je me plus à les interroger moi-même, et ils me répondaient avec un aplomb imperturbable, sur toutes les questions de la religion. Les jugeant dignes de la grâce de la régénération, je les baptisai avant mon départ. Rien n’égale la ferveur de ces premiers néophytes. Au sortir de leur baptême, ils vinrent aussitôt me trouver, et sans autre préambule, me demandèrent dans l’ardeur de leur foi nouvelle : « Et maintenant, où voulez-vous nous envoyer prêcher l’Évangile ? » Je ne trouvai rien de mieux que de les établir chacun dans leur village, pour préparer la conversion de leurs frères, qu’un si bel exemple ne manquera pas d’antraîner. La conversion de l’un deux s’est accomplie dans des circonstances particulièrement difficiles.
« Lorsque nous le rencontrâmes pour la première fois, l’année dernière, me raconte le P. Boulanger, il était sur le point de s’enrôler chez le missionnaire anabaptiste. Il nous fut assez facile de lui montrer de quel côté est la vérité, et, éclairé d’en Haut, bientôt il soupira après la grâce du baptême. Sa foi cependant fut mise à une rude épreuve, dont il sortit heureusement victorieux. Peu de temps avant l’époque où il devait être baptisé, un jour qu’il se trouvait avec sa femme chez son beau-père, on le saisit à l’improviste, et il fut cruellement battu, sans autre motif que son intention de se faire chrétien. Sa femme, apparemment la principale instigatrice de tout ce petit complot, lui déclara ensuite qu’elle se séparait de lui et ne le reconnaissait plus pour son mari. Tout cela n’a pas ébranlé les bonnes dispositions du brave homme. Il est aujourd’hui chrétien, et travaille à la conversion de ses frères. Là, comme à Noueni, je vais incessamment construire une petite chapelle, et, la grâce de Dieu aidant, dans quelques années, Koung-koue sera un village en grande partie chrétiens . »
« Le Père visite aussi régulièrement la petite station de Minboo, fondée l’année dernière sur l’Irrawaddy, à la frontière anglaise. Nous y comptons déjà 30 catholiques.
« Malgré les calamités de toutes sortes, qui sont venues fondre sur le district de Nabek, choléra parmi les hommes peste parmi les animaux, sécheresse extraordinaire, ou peut-être un peu à cause même de ces calamités, le cher P. Lecomte a réussi à réunir une quinzaine de familles païennes, qui apprennent régulièrement la doctrine, et montrent beaucoup de bonnes dispositions, comme j’ai pu m’en convaincre moi-même. Les progrès sont lents, mais solides. « Ah ! ce n’est plus comme au temps de saint François Xavier, m’écrit ce confrère ! On est lent. Les vieux se perdent dans les articles du Credo, et la semaine présente efface le peu que la semaine précédente avait gravé dans les espris. Cependant les choses avancent, et le P. Thomas qui les instruit, espère les présenter au baptême dans quelques semaines. » Ce petit troupeau de néophytes compte plus de 70 personnes, grands et petits.
« Mais l’œuvre à laquelle le cher Père a donné tout son cœur et toute son âme, c’est l’œuvre des écoles et des orphelins. Il faut voir défiler ses 8 petits enfants, tous deux à deux, se tenant par la main, pour se rendre à l’église. Chaque matin ils entendent la messe ; le dimanche, la messe est toujours solennellement chantée, et jamais je n’ai vu messe de Dumont si bien enlevée que par ces petits enfants. Le soir, chapelet en commun ; puis tout rentre dans le silence, après le chant de la belle prière de la sainte Eglise : In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum. Je n’oublierai de ma vie l’impression que me fit un soir ce chant, que j’entendais pour la première fois dans ces bouches enfantines. Le missionnaire a dû se donner des peines infinies pour discipliner tout ce petit monde, mais il ne paraît pas s’en douter, et si on lui en parle : « Ah ! je les ai tant et si longtemps désirés, ces petits enfants, » répond-il. Outre le bienfait qu’ils reçoivent d’une instruction religieuse très solide, ces enfants sont instruits dans l’étude de l’histoire, de l’arithmétique, et des langues birmane et anglaise.
« La petite école anglaise va bien, mécrit le Père. En ce moment une vingtaine des plus grands traduisent couramment les 60 leçons de leur livre. Les dictées sur ce texte sont à peu près correctes. Bref, les langues se sont déliées, et la reine Victoria s’extasierait d’admiration, en entendant les conversations du soir dans sa langue ! Les enfants païens sont nombreux, et le deviendront davantage, si nous en avons la volonté. La masse des enfants chrétiens est très bonne, et leur conduite m’est d’un grand secours pour l’éducation et la formation des enfants païens. Parmi ces derniers, les uns, entrés chez nous un peu grands, ne quittent pas leurs habitudes d’indépendance sauvage du jour au lendenmain. Dans la famille, ils ont été des maîtres dorlotés, adorés, ou souvent abominablement maltraités, selon les parents ; mais corrigés, jamais. Pour ces enfants, il faut un soin particulier, il faut leur témoigner une affection peu commune, et les suivre patiemment pendant plusieurs années, encore se débarrassent-ils difficilement de ce fond de caractère. Il n’en est pas de même de deux qui nous viennent à âge tendre, et c’est le très grand nombre. Le gouvernement semble faire pour nous ce qu’il fait ailleurs. S’il nous donne pour payer les maîtres, c’est quelque chose, s’il nous donne des fournitures d’école ce sera encore mieux, on n’écrira plus par terre, on étudiera la géographie à l’aide de belles cartes, on se procurera des dictionnaires, ect… En un mot, on ressemblera àquelque chose, que vous n’aurez plus qu’à qualifier d’un grand nom. »
« A Khiaong-oo, le P. Usse a continué de se dépenser sans mesure, menant de front l’administration de sa chrétienté, le soin des malades et la conversion des païens. Son zèle a été récompensé par 18 baptêmes d’adultes, et 50 baptêmes d’enfants in articulo mortis. Il a eu 760 confessions, et 650 communions. De plus, il donne ses soins à 30 catéchumènes . Le cher Père s’est fait beaucoup d’amis dans Khiaong-oo et dans les villages environnants, et je suis assuré que ces semences jetées en bonne terre produiront leurs fruits. Il administre aussi la petite chrétienté de Monywa, sur le Chindwin, où il vient d’obtenir une concession de terrain pour l’érection d’une chapelle. Le vaillant missionnaire vient d’entreprendre un long voyage d’exploration sur le haut Chindwin, dont j’attends les meilleurs résultats. Les dernières nouvelles nous annoncent qu’il a visité successivement Menghin, Kalewa, Kendat, puis, traversant le fleuve à cet endroit, il s’est porté du côté de l’Ouest, en plein pays des Chins, peuplades sauvages sur les confins du Munipoor.
« Les belles espérances que nous avions fondées l’année dernière sur les débuts de notre station naissante d’Amyen ne se sont malheureusement pas réalisées. Nous n’avions pas compté que ce petit troupeau de néophytes possédait dans son sein un loup dévorant, qui y exerçait ses ravages dans l’ombre. La plupart, trop peu affermis dans la foi, n’ont pu supporter la violence du coup et se sont dispersés. Une dizaine seulement sont restés fidèles.
« Un heureux évènement est venu nous consoler un peu de cette défection. Pendant que je visitais ce poste en juin dernier, le chef d’un village important, à quelques milles en amont d’Amyen, descendait la rivière dans une barque toute pavoisée, escortée de deux autres, montées chacune par 20 hommes. Il vanait nous solliciter d’aller nous établir dans son village, et promettait d’y bâtir une église à ses frais, et de se convertir avec tous ses gens. Sur son invitation d’aller visiter la place, nous partons. A notre arrivée, un grand bruit de tam-tam se fit entendre.
C’était pour convoquer le peuple : les grands hommes du village, vieillards à cheveux blancs, qui forment le conseil du chef, vinrent nous saluer, et avec de grandes démonstrations, déclarèrent également vouloir se faire chrétiens. Comme preuve de leur bonne volonté, ils nous menèrent sur le terrain destiné à la construction de l’église : le site est magnifique ; au milieu se dresse un gigantesque tamarinier, que les siècle ont respecté, et dont 3 hommes suffiraient à peine à embrasser le tronc. Le chef, âgé de trente cinq ans environ, est un homme d’une robuste constitution, et d’un caractère d’une trempe peu commune. Il a tenu parole ; aujourd’hui l’église est en cours de construction. Dieu daigne bénir et faire mûir de si belles espérances !
« Dans les districts du Nord, MM. Laurent et Giraud ont travaillé à la reconstruction de leurs églises et presbytères brûlés par les Dacoïts, dans les années qui suivirent l’annexion. A Ye-u, nouvelle station sur la rivière du Moo, formée par les réfugiés chrétiens, qui avaient fui dans les bois pendant la guerre, le P. Laurent a élevé une magnifique petite église en planches, et un presbytère, dont il s’est fait lui-même l’architecte et l’entrepreneur. Outre ces travaux matériels et les soins qu’il a dû donner à l’administration de ses chrétiens, il a eu la joie de donner la vie de la grâce à 14 adultes.
« A Bhamo, le P. Fercot, laissé seul dans cette partie de la mission par le départ du cher P. Cadoux en France, pour cause de maladie, n’a pu, en raison de ses occupations d’aumônier des troupes et du soin des écoles, consacrer que ses quelques heures de loisir à la conversion des païens. Il a eu baptêmes d’adultes. Il me donne les plus consolantes nouvelles sur les Katchiens. Ces peuples sauvages n’ont pas oublié le séjour que firent successivement parmi eux les PP. Lyet, Cadoux et Faure. « Ils nous réclament de tous côtés, m’écrit M. Fercot. Les une ont connu les Pères Cadoux et Faure ou en ont entendu parler ; d’autres, ceux de Sama, n’ont pas encore touché aux livres du pauvre P. Lyet, descendu de leurs montagnes en 78, pour venir mourir à Mandalay. Ils venaient encore dernièrement réclamer un prêtre… » Le P. Cadoux avait repris cette œuvre, au commencement de cette année, avec un courage au-dessus de tout éloge ; malheureusement, la fièvre et la dyssenterie l’obligèrent de redescendre au bout de quelques jours. Quand pourrons-nous reprendre cette œuvre, qui nous a déjà coûté tant de travaux et de sueurs, et qui s’offre à nous aujourd’hui dans des conditions de succès si encourageantes ?
« Pour terminer, je mentionnerai une petite station naissante, située à quelques heures de Mandalay, où le P. Tobias, un de nos prêtres indigènes, a réuni une vingtaine de familles, qu’il instruit et prépare pour le baptême. »






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