Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1891
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridiona1e
Rédacteur:Mgr Bigandet


III. — Birmanie Méridiona1e.

Population catholique 25.911
Baptêmes d’adultes 1.746
Baptêmes d’hérétiques 20
Baptêmes d’enfants de païens 84


Mgr Bigandet écrit :
« C’est pour moi un véritable bonheur de vous faire connaître comment nos missionnaires ont courageusement fait leur devoir et travaillé avec un admirable dévouement à défricher la portion de la vigne qui leur est confiée. Ce que je dis ici doit s’appliquer aussi aux Frères des Écoles chrétiennes et aux Sœurs du Bon-Pasteur et de Saint-Joseph de l’Apparition, qui ont la charge de nos écoles de garçons et de filles. Pour moi, c’est merveille de les voir se dévouer à la tâche de l’instruction de la jeunesse, même pendant la saison chaude, sans jamais se plaindre de leur position qui doit être extrêmement pénible. On dirait que le travail qui pèse lourdement sur eux et sur elles les encourage à s’occuper de leurs emplois respectifs avec un zèle et un dévouement qui sont au-dessus de tout éloge.
« M. Bringaud, qui est aussi vaillant que jamais, m’a envoyé un rapport très détaillé et très intéressant sur le district dont il est chargé avec son confrère M. Lefebvre. Comme il serait impossible de le résumer en quelques lignes, je vous l’envoie pour que vous puissiez en prendre connaissance. Il vous donnera une idée du travail des missionnaires de la Basse Birmanie parmi les populations dont ils ont à s’occuper.
« M. Luce, dans son nouveau district de Gyobingank, a aussi obtenu des succès considérables, au delà même de ceux que j’aurais osé espérer. Il a construit une nouvelle église en bois de teck. Il a obtenu une grande étendue de terrain qui le mettra à même d’élever plus tard des écoles pour les garçons et pour les filles. Voici ce qu’il m’écrit au sujet d’une partie de sa nouvelle chrétienté : « Grâce à des efforts persévérants, les habitants du village « karian, situé à sept milles de Gyobingank et composé de trente maisons, savent maintenant « leurs prières et se font un devoir de les réciter, chaque soir, dans la maison du chef du « village ; après quoi les enfants chantent quelques cantiques en birman. Rien de plus « touchant que ces réunions quotidiennes ! En outre, deux hameaux dépendant de ce village « ont pour chefs les deux frères du chef du village dont je viens de parler. Mais comme le « démon voit de mauvais œil le bien qui se fait dans cet endroit, il a suscité un persécuteur « dans la personne d’un petit chef birman païen. Heureusement nos chrétiens, encouragés par « la présence d’un vieillard, ont résisté si courageusement que le persécuteur a été obligé de se « taire et de laisser nos gens tranquilles. Laissez-moi vous parler de ce vénérable vieillard « auquel quinze lustres n’ont pu parvenir à diminuer la vigueur des jambes. Voyez-le au « kioung (chapelle) avec sa femme, demandant tous deux le baptême. La foi est vive : mais « hélas ! plus de mémoire pour apprendre les prières. Renvoyé une première fois, le bon vieux « ne perd pas courage. Il revient à la charge, cinq jours après, sachant faire le signe de la croix « et prononcer les saints Noms de Jésus et de Marie. Impossible de résister plus longtemps, et « je laissai couler l’eau sanctifiante sur ce front de prédestiné. L’Esprit-Saint en a fait un « véritable apôtre. Il est à peine régénéré que déjà il veut un chapelet. « A quoi bon un « chapelet, lui dis-je, puisque tu ne sais pas les prières ? — Je les apprendrai, en attendant je « dirai « Jésus, Marie. » Je porterai le chapelet à mon cou pour faire peur au diable. » Six « milles de marche ne sont point pour lui un obstacle pour se rendre à la chapelle : même par « le temps le plus mauvais et sous des ondées torrentielles, il nous arrive fier et gaillard. « N’es-tu pas fatigué, lui demandai-je ? — Oh non, répondit-il, quand on vient pour adorer « Dieu on ne peut se fatiguer. » Son zèle et sa foi ne se sont jamais démentis. Il a commencé « d’abord par procurer la grâce du baptême à ses fils et à ses filles ; après ses enfants, ce sont « ses autres parents et ses amis que ce fervent chrétien nous amène les uns après les autres. »
« M. Luce me dit encore qu’il a éprouvé une grande consolation, dans la ville de Prome, où il a eu le bonheur de baptiser un autre beau vieillard birman de quatre-vingt-trois ans. C’est sa petite-fille, élève du couvent des Sœurs de Rangoon, qui a été l’instrument dont Dieu s’est servi pour amener cet homme à la connaissance de notre religion et à la réception du baptême. L’abondante récolte de 274 baptêmes d’adultes que le bon Dieu a accordé à notre confrère prouve, en même temps, et le zèle que ce missionnaire a déployé et aussi l’espoir que l’on peut fonder sur ce poste.
« J’ai eu le plaisir d’aller bénir l’église de M. Freynet qui a pris possession de son nouveau poste de Pou-tsein-be. C’est une nouvelle chrétienté qui promet de devenir florissante. M. Freynet a eu, pour cette première année, 116 baptêmes d’adultes. M. de Cruz qui est chargé des villages karians, dans les environs de Bassein, me fait part d’une triste nouvelle. L’opium et les liqueurs fortes sont les deux grands obstacles à la propagation de l’Évangile. Il n’est pas rare de voir des jeunes gens de dix-sept à vingt ans rassemblés pour combiner le moyen de voler le bien d’autrui et de répandre le mauvais exemple. On dirait que le démon s’est déclaré leur chef pour les conduire avec une audace inouïe dans les mauvaises voies.
« A Moulmein, les protestants ayant bâti un nouveau temple ont voulu vendre l’ancien. M. de Chirac, ayant appris la chose, se dit qu’il ferait bien d’acheter cet immeuble qui lui fournirait abondamment les matériaux nécessaires à la construction d’une église pour ses Malabars. Il nourrit cette idée, jusqu’au jour où l’on devait vendre l’immeuble à l’encan . Il envoya sous-main un homme de confiance avec ordre de ne pas offrir plus de 1,000 à 1,100 « rupees ». Il eut la bonne fortune d’obtenir le temple pour 1,050 rupees, ce qui est à peu près le cinquième de sa vraie valeur.
« J’aime à constater que la dévotion au Sacré-Cœur, qui s’est encore beaucoup développée, depuis l’année dernière, continue à donner les résultats les plus consolants. C’est à cette dévotion, sans nul doute, qu’il faut attribuer l’augmentation de ferveur et l’assistance plus assidue aux offices que l’on constate parmi nos chrétiens, soit à Rangoon, soit à Moulmein .
« Dans sa chrétienté de Sinlou, M. Rouyer a été cruellement éprouvé par la petite vérole qui y fait beaucoup de victimes.
« Dans le nouveau poste de Lethama, au nord de Bassein, M. Maigre s’est mis vaillamment au travail et a formé une chrétienté déjà florissante pourvue d’une église, d’une résidence pour le missionnaire et d’une maison d’école. Il a baptisé 206 païens durant cette année. C’est un très beau commencement pour cette nouvelle mission. »

EXTRAIT DU RAPPORT DE M. BRINGAUD

« Grâce à mes chrétiens zélateurs, à nos catéchistes si dévoués, aux anciens enfants de nos « écoles, mais aussi aux filles non encore établies, qui ont aidé à enseigner les prières, grâce « surtout au travail du P. Lefebvre, toujours prêt à se prodiguer et à mettre en pratique le « moindre de mes désirs, nous avons encore, cette année, au milieu de difficultés de tout « genre, obtenu une abondante moisson. L’administration et la visite des différents postes, « même là où il n’y a point de chapelle, s’est faite régulièrement. Partout les néophytes ont « montré de la docilité à s’instruire et de l’empressement à s’approcher des sacrements : « personne, que je sache, n’a refusé de se confesser. Il y a de la vie et de l’animation, on « discute les matières religieuses et les conversions continueront. Le nombre des baptêmes « d’adultes s’est élevé à 391.
« A Mittagon, nous avons fait une acquisition importante par l’arrivée d’un homme jeune « encore, riche, influent, instruit et de bonne conduite, qui, tout en faisant son travail, nous « sert de catéchiste volontaire et nous aide à recevoir les nombreux étrangers qui viennent le « dimanche et pendant la semaine. Il s’appelle Raphaël Lombon, est marié à une chrétienne « et a trois jeunes enfants. Orphelin à l’âge de douze ans, il aida sa mère à tenir la maison, « travailla avec ordre et intelligence, paya les dettes laissées par son père et peu à peu se créa « un petit capital qui, sagement administré, le met aujourd’hui à l’abri du besoin et au nombre « des gens à l’aise.
« Lorsqu’il avait treize ans, il lui vint une tumeur de la grosseur de la tête d’un petit enfant, « sur le devant et le haut de la cuisse droite. Il en souffrit pendant trois mois. Les nerfs de la « jambe se contractèrent, les reins se roidirent et le genou forma un coude ; impossible de « marcher, de remuer et de s’étendre.
« La tumeur rouge et dure pendant les premiers temps, était devenue molle et noire ; les « chairs étaient graduellement rongées et une excavation où un œuf d’oie aurait pu s’enfoncer « avait été creusée. Les médecins birmans et karens furent consultés ; ils ne purent faire autre « chose que de conseiller les superstitions et on les congédia.
« Noël approchait, la mère de Raphaël brûlait du désire se rendre aux fêtes de Mittagon « pour se confesser, communier, prier pour son enfant. Elle réunit quelques compagnes et se « mit en route de bonne heure, le 24 décembre 1875. On lui disait bien qu’elle faisait mal, « qu’elle ne devait pas abandonner ainsi le malade, même pour aller prier, mais elle n’écoutait « rien. En route, elle s’arrêta pourtant quelques minutes hésitante, se demandant si elle faisait « bien, et si ceux qui lui conseillaient de rester n’avaient pas raison ; puis elle mit sa confiance « en Dieu, le chargea de son enfant et continua son chemin.
« La nuit, l’oncle du jeune homme, Nganouny, frère cadet de Tapalo, l’énergique néophyte « qui aurait défendu le Christ avec son da s’il se fût trouvé à Jérusalem au moment de sa « passion, vint le veiller et coucher près de lui : « Ma sœur est folle, murmura-t-il ; laisser « ainsi ce pauvre garçon sans savoir même si quelqu’un aura la bonté de lui apporter un peu « de riz… cette religion lui a tourné la tête. »
« Les cloches de Mittagon avaient sonné, les chrétiens étaient réunis à l’église pour la « messe de minuit, une femme venue de loin priait avec ferveur pour son fils laissé infirme à « la maison. Et ce fils était couché près de son oncle ; il ne dormait pas, mais croyait dormir ; « il ne rêvait pas, mais croyait rêver : quelqu’un lui enlevait sa tu-meur ! il pouvait étendre la « jambe et marcher, mais il croyait toujours rêver. Il éveilla son oncle et lui dit : Où est donc « allé mon mal ? Il a disparu ! Voyez, touchez l’endroit, il n’y a plus rien ! Je ne souffre « plus ! » Cet homme, endurci jusqu’alors, pleura de joie et de bonheur, son cœur s’était « brisé, il était converti. Il demanda pardon d’avoir traité sa sœur de folle et se fit baptiser à la « première occasion avec sa famille. Il a toujours été un fervent chrétien et est mort de la « petite vérole, il y a trois ans, avec sa femme et deux de ses enfants ; Lombon a pris les trois « autres chez lui. A son retour de Mittagon, la fervente Karenne monta dans la chambre où « l’avant veille elle avait, laissé son fils : il n’y était plus, il était allé garder les buffles. La « guérison fut complète, radicale ; et ce qui est plus étonnant, c’est que cette boule hideuse « disparut instantanément, sans laisser aucune trace, aucune cicatrice, aucune marque pour en « montrer la place .
« Raphaël n’a jamais oublié la faveur insigne qu’il a recue du Ciel ; il se considère comme « le sujet d’un miracle, il en est reconnaissant. C’est cette reconnaissance qui l’a conduit à « Mittagon : il y est venu par pitié, dit-il, pour m’aider, me servir, me tenir compagnie. Il a un « cœur excellent et m’aime comme son père, on l’a trouvé quelquefois pleurant sous mes « fenêtres, au moment où je me trouvais dangereusement malade. Il nous rend toute espèce de « services, et sa maison, la plus belle du quartier, bâtie à la porte de l’enclos, est une sorte de « catéchuménat où les gens bien disposés se réunissent pour s’informer et s’instruire. Il sort « aussi pour prêcher dans les villages et prend quelquefois dans nos voyages la place d’un « catéchiste malade ou empêché.
« Nous vivons en paix avec tout le monde, même avec les anabaptistes qui ne se fâchent « pas trop lorsque nous leur enlevons quelque bon sujet . Nous n’avons pas d’ennemis connus, « l’opinion nous est favorable, et ceux qui n’ont pas le courage de changer de vie proclament « quand même que notre religion est la meilleure de toutes. Les employés subalternes du « Gouvernement, myoks, tyuggs, constables et autres, nous aident, nous écoutent et nous « respectent . Les officiers chargés de l’administration du district nous sont tout dévoués, nous « en obtenons aisément les services dont nous avons besoin . L’ancien ordre de choses a été « aboli, de nouvelles lois ont été formulées et promulguées, l’administration et la surveillance « des villages ou groupes de hameaux ont été changées.
« Partout où cela a été possible et nécessaire, le major Butler, notre député-« commissionnaire, et le colonel Speurman, gouverneur de la province, y ont établi pour chefs
« des Karens et des chrétiens présentés par nous. Il nous ont fait l’honneur de passer un jour à « Mittagon et de s’asseoir deux fois à notre table, nous rendant ainsi, sans le savoir, sans le « vouloir peut-être, un grand secours pour l’évangélisation de la contrée, car tant que nous « aurons les chefs de notre côté, les employés inférieurs pas plus que la gent qui vit d’eux et « autour d’eux, n’oseront rien dire, rien faire contre nous ni contre la doctrine que nous « prêchons. »




<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam