| Année: |
1892 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Méridionale |
| Rédacteur: | Mgr BIGANDET |
III. — Birmanie Méridionale.
Population catholique 26.458
Baptêmes d’adultes 1.246
Conversions d’hérétiques 17
Baptêmes d’enfants de païens 31
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EXTRAIT D’UNE LETTRE DE MGR BIGANDET, ÉVÊQUE TITULAIRE
DE RAMATHA, VICAIRE APOSTOLIQUE DE LA BIRMANIE MÉRIDIONALE,
A M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL CENTRAL DE LYON.
Rangoon, 1er octobre 1892.
« Monsieur le Président,
«J’ai l’honneurde vous adresser le compte-rendu des travaux de l’exercice 1891-1892, dans la Birmanie rnéridionale. Vous serez peut-être surpris de voir que le nombre des baptêmes ait un peu diminué ; mais si vous regardez l’ensemble du travail accompli, vous trouverez que les résultats ne sont pas inférieurs à ceux de l’an dernier.
Voici d’abord ce que m’écrit M. Luce, de son poste de Gyobingank :
« La nouvelle église de Gyobingank a été solennellement bénite au commencement de « cette année, en présence d’une foule accourue de tous les points du district et qui a emporté « de cette fête un souvenir impérissable. Trois braves montagnards Carians, au costume « bizarre, y sont venus, attirés par la grâce, et la lumière de la foi, semblable à l’étoile des « Mages, a illuminé leur cœur et chassé de leur âme les ténèbres de l’idolâtrie. A peine de « retour dans leurs montagnes, ils n’ont eu rien de plus pressé que de raconter à leurs parents « et amis toutes les merveilles dont ils avaient été témoins. « Et super omnia montana « divulgabantur verba hœc. » A leur parole, plusieurs se lèvent, franchissent leurs montagnes, « et arrivent ici, désireux de connaître notre sainte religion, après quoi ils s’en retournent « consolés et joyeux. Il ne leur manque plus qu’à apprendre les prières et à recevoir le « baptême. Le missionnaire et le catéchiste se transportent chez eux et achèvent de les « instruire. Le premier mai, le divin sacrifice est offert pour la première fois sans doute au « sommet des monts Yomas dans une modeste chapelle et sur un autel en bambous. Le cœur « de Dieu se laisse toucher ; les anges descendent du ciel pour assister à la messe dite dans ce « site sauvage ; la bonne Mère sourit à ses enfants, et le village de Thunday devient chrétien. « Déjà 40 baptêmes y ont été administrés et beaucoup d’autres suivront. Daigne Notre-Dame « de Lourdes prendre ces chères âmes sous sa maternelle protection. C’est à elle que j’en ai « confié la garde d’une manière toute spéciale.
« En descendant dans la plaine, la première chrétienté que nous rencontrons est celle de « Myokine, qui compte une vingtaine de familles. A l’est du village, on vient d’élever une « gracieuse chapelle, dédiée au Sacré-Coeur. Hommes, femmes, jeunes gens, tous ont « contribué pour leur part aux frais de construction. Le premier vendredi du mois, la messe est « dite dans cet oratoire par l’un des prêtres en résidence à Gyobingank.
« Le village de Myokine est appelé, par sa position, à devenir un centre important, d’où le « missionnaire pourra rayonner et étendre sa sphère d’action dans la direction des montagnes, « d’autant que la moisson semble devoir être des plus abondantes de ce côté. Hélas ! pourquoi « faut-il que les ouvriers soient si peu nombreux, insuffisants même pour la cueillir ? « J’appelle de tous mes vœux le jour où ces braves montagnards Carians auront un « missionnaire pour s’occuper d’eux exclusivement. Ils sont souvent malades ; la mort fait « parmi eux de nombreuses victimes, chaque année : la présence d’un prêtre est donc « indispensable.
« Au sud-est, se trouve un groupe de villages carians où notre sainte religion paraît « s’implanter d’une manière on ne peut plus consolante : un de ces villages est entièrement « chrétien. Comme à Myokine, un oratoire-école serait d’un grand secours pour maintenir ces « chers néophytes dans leurs bonnes dispositions.
« Au sud et à l’ouest de Gyobingank, l’évangélisation rencontre plus de difficultés, à cause « du mélange des Carians et des Birmans et de l’influence funeste de ces derniers sur les « sauvages.
« Grâce à Dieu et à la libéralité du gouvernement local, j’ai pu, cette année, obvier en « partie à cet inconvénient, en obtenant une forêt, à trois milles de Gyobingank, où 22 familles « chrétiennes vont bientôt s’établir et défricher une superficie de terrain d’environ 110 acres. « Ce nouveau village sera le centre de la mission de Gyobingank. Le district de Prome, dans « le nord de la Mission, promet beaucoup pour l’avenir. Les habitants sont animés de « dispositions excellentes. Plusieurs ont reçu le baptême, d’autres les imiteront, quand nous « aurons assez de catéchistes maîtres d’écoles pour aller les instruire à de grandes distances. « Beaucoup en effet sont trop éloignés du missionnaire pour qu’il puisse les visiter et les « maintenir dans la bonne voie ; c’est pourquoi la prudence me fait un devoir de retarder « l’heure bénie de leur régénération. Et cependant tous soupirent après cette grâce, tous « demandent qu’on leur apprenne la doctrine. Ils sont prêts à faire les dépenses nécessaires « pour les églises et les écoles.
« J’essaie de former des catéchistes ; malheureusement je n’ai pas le temps de m’occuper « assez de cette oeuvre. Ce ne sont pas seulement les instituteurs qui manquent, c’est la place. « Ainsi j’ai ouvert, il y a deux mois, une école anglaise dans ma propre maison, et je ne puis « loger tous les jeunes gens qui se présentent. Parmi les 50 élèves, il y a une quinzaine de « pensionnaires, Carians pour la plupart, sur lesquels je fonde de légitimes espérances.
« Le P.Andréas et un jeune étudiant continuent à rendre à la mission les plus éminents « services. Grâce à leur zèle infatigable,à leurs instructions réitérées et surtout à leurs bons « exemples, la foi grandit au cœur de nos chrétiens de Gyobingank. Notre nouveau tonsuré, en « particulier, montre par la régularité de sa conduite et son obéissance prompte et joyeuse, que « la grâce de l’ordination n’a pas été vaine en lui : espérons qu’elle ne fera que croître avec le « temps. Il a commencé, cette année, à prêcher un peu sur les montagnes, dont il semble avoir « pris les habitants en grande affection.
« Les chrétiens de Prome ont été depuis un an plus réguliers et plus fervents. Dans cette « station, le besoin d’une école malabare se fait vivement sentir. J’arrête ici le compte-rendu « de la Mission de Gyobingank et je demande pour elle votre meilleure bénédiction. »
« La partie est de la Mission, dont le chef-lieu est Pégu, avait été forcément négligée. J’y ai envoyé M. Mignot. Il s’occupe avec un grand zèle de ces populations en grande partie Carianes, qui donnent les meilleures espérances pour l’avenir, mais qui ont failli devenir « baptistes ». Aujourd’hui qu’elles connaissent le Père et qu’elles le voient se fixer au milieu d’elles, ce danger est écarté. Le Père s’est établi dans un gros village appelé Nyaung-lé-bing. Dans une de ses tournées, il rencontra un Carian fameux dans toute la contrée. Ancien disciple de Bouddha, il n’avait pas été satisfait de sa doctrine, ni de celle des anabaptistes. Alors il se fit une religion à lui et prêcha l’abstinence de toute chair, de tout poisson et de toute liqueur. Il portait un habit blanc ainsi que ses disciples, et jouissait auprès de ses compatriotes de la plus haute réputation. S’il se convertit, les Carians suivront son exemple par centaines.
« La mission du Père Bringaud a été éprouvée par l’influenza et le choléra. L’influenza a emporté un homme qui avait aidé, en 1867, le missionnaire à fonder ce district. Les paroissiens du Père Rouyer sont de pauvres nomades qui cherchent un peu partout le pain de chaque jour et qui, par suite de leur vie errante, échappent à l’influence du prêtre.
« Le choléra a fait de profonds ravages dans le poste du Père Maigre, à Lethama, où les païens montrent un grand empressement à s’instruire de la religion. A Myoung-mya, M. Kern a retrouvé un village composé d’une dizaine de maisons et dont les habitants avaient depuis longtemps cessé tout rapport avec les prêtres. Il s’y arrêta, commença par se faire connaître de ces pauvres gens et les ramena tous au bon Dieu.
« Les espérances conçues à Bassein par M. de Chirac n’ont pas pu se réaliser, à cause de la longue maladie de ce bon Père et de la mort de son catéchiste, tombé victime de la charité en assistant les cholériques et en leur rendant les derniers devoirs.
« M. Bertrand écrit que les superstitions, si profondément enracinées dans les habitudes de la population, paraissent avoir complètement disparu. Les offices sont bien suivis, les sacrements sont très fréquentés, l’esprit religieux se manifeste dans le détail de la vie. Aussi le Père Bertrand, dont les efforts ont produit ces beaux résultats, est-il très fier de son district.
« M. Kromer, qui a son poste principal à Yandeou, rayonne dans toutes les directions, et met la dernière main à une belle église à laquelle il a travaillé pendant quatre ans. Elle sera achevée bientôt, et la bénédiction en est fixée au 27 de ce mois. — M. de Chirac est occupé à donner un développement sérieux à la nombreuse chrétienté malabare de Moulmein et des environs. Pour recueillir les fonds nécessaires à la construction d’une église, il s’est adressé à saint Joseph, et saint Joseph est venu à son secours. Un terrain admirablement situé et une très belle maison avec toutes ses dépendances ont été trouvés à un prix relativement restreint.
« Je n’ajouterai qu’un mot à ce compte-rendu. Les chrétientés de Rangoon et de Moulmein donnent la plus grande satisfaction aux pasteurs qui en ont la charge. L’esprit religieux se développe parmi eux de jour en jour, grâce à la dévotion au Sacré-Cœur qui a intimement pénétré dans les âmes. Notre vieille église devient trop étroite et menace ruine. L’hérésie bâtit autour de nous de superbes édifices qui font avec les nôtres un contraste humiliant pour les catholiques. Daigne la divine Providence, si bonné et si prévenante, nous octroyer les ressources nécessaires pour élever un temple plus digne d’Elle !
« Soit à Rangoon, soit à Moulmein, les écoles des Frères et des Sœurs donnent toujours de très bons résultats. Il est vraiment édifiant de voir comment les maîtres et les maîtresses supportent les fatigues de l’enseignement, surtout pendant la saison chaude.
« Nos écoles, établies dans les différents districts de la Mission par les missionnaires, sont à la hauteur de celles de la ville. Les inspecteurs du gouvernement, qui les visitent, n’ont que des louanges pour les professeurs et les élèves.
« Daignez agréer …
« † Paul BIGANDET,
« Évêque tit. de Ramatha. »
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