| Année: |
1892 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr SIMON |
IV. — Birmanie Septentrionale.
Population catholique 4.500
Baptêmes d’adultes 302
Conversions d’hérétiques 8
Baptêmes d’enfants de païens 65
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LETTRE DE MGR SIMON, ÉVÊQUE TITULAIRE DE DOMITIOPOLIS,
VICAIRE APOSTOLIQUE DE LA BIRMANIE SEPTENTRIONALE, A MM. LES
DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
Mandalay, le 20 novembre 1892.
« Chers et vénérés Directeurs,
« L’année qui vient de s’écouler, si elle nous tenait en réserve de bien douces consolations, devait être marquée au sceau des grandes épreuves : la mort et les maladies ont décimé nos rangs. En quatre mois, trois confrères étaient successivement enlevés à notre affection ; M. Lecomte, doyen d’âge de la mission, ouvrait cette série de deuils, le 21 février, et s’éteignait doucement, après quelques semaines de souffrances courageusement supportées. Pendant trente-cinq années d’un apostolat souvent aride, il s’est prodigué sans mesure ; il a été témoin et souvent acteur dans les transformations successives des missions de Birmanie, depuis leur début jusqu’à ce jour. Ses chrétiens et ses orphelins dont il avait fait une paroisse modèle l’aimaient comme un père. Il est tombé sur la brèche, portant encore vaillamment le poids de ses soixante-quatre ans.
« M. Fercot le suivait, à un mois de distance. Enfin un jeune confrère plein d’espérances, M. Verstraeten, en juin dernier, était emporté en moins de neuf heures par une attaque foudroyante de choléra. Ces trois confrères, pris dans les trois âges de la vie apostolique, laissent un grand vide parmi nous. Je dois ajouter qu’un de nos prêtres indigènes les avait précédés dans la tombe.
« Sur ces entrefaites, je reçois un quatrième courrier de Job : trois autres confrères, dont deux, missionnaires chez les sauvages, nous arrivaient à Mandalay n’ayant plus qu’un souffle de vie, pendant que moi-même, sur l’ordre des médecins, je devais quitter ma chère mission pour aller chercher ma guérison sous un ciel plus bienfaisant.
« Dieu, toutefois, tempérait l’amertume des épreuves en bénissant visiblement nos efforts dans le développement de nos travaux apostoliques et l’œuvre des conversions.
« Par suite de la diminution du personnel, nous avons dû changer de tactique et concentrer nos forces dans les postes déjà conquis. Les résultats ont dépassé notre attente : 302 baptêmes d’adultes, 8 conversions d’hérétiques et 65 baptêmes d’enfants de païens nous ont consolés de nos deuils. C’est de beaucoup le chiffre le plus élevé que nous ayons atteint, et tout nous fait espérer qu’il augmentera encore. Ces conversions ont été obtenues parmi l’élément bouddhiste, où jusqu’ici nous n’avions fait que glaner par ci par là quelques rares épis. Le système n’était pas bon, et nous avons enfin trouvé notre voie. Au lieu de nous heurter aux gros villages birmans, où nous rencontrions inévitablement l’opposition haineuse des Punghis (bonzes) et des chefs, nous nous sommes faits colons. Nous recueillons les familles que nous jugeons les mieux disposées, puis nous les groupons en village. Parmi ces pauvres gens, les uns se font agriculteurs, d’autres charretiers, d’autres éleveurs de poules, porcs, etc... Naturellement ce sont pour la plupart des gens sans ressources : «les pauvres sont évangélisés, pauperes evangelizantur. » Aussi sommes-nous obligés de les aider un peu, au début, soit en leur mettant entre les mains les instruments nécessaires à leur industrie, soit en leur donnant des terres à cultiver. Au point de vue spirituel, leur formation chrétienne est aussi extrêmement facilitée par cette méthode : séparés des païens et placés directement sous la tutelle du prêtre, qui les instruit, les encourage, les suit, jusque dans leurs travaux, ils abandonnent bientôt leurs préjugés, écoutent docilement la doctrine et se font résolûment chrétiens.
« Le premier village fondé de la sorte en 1890, au milieu d’une lande sauvage, est aujourd’hui en pleine prospérité. La piété de ces néophytes n’a fait que s’accroître avec la grâce du baptême. Un chrétien leur a bâti une jolie petite église que j’ai bénite solennellement, cette année ; sa flèche élégante et svelte, émergeant au milieu des cocotiers et des manguiers touffus, fait l’admiration de tout le monde. Le village est établi le long d’une large avenue qui mène droit à l’église ; et de cette artère principale, partent des rues secondaires, à droite et à gauche. A cent milles à la ronde, vous ne rencontreriez pas un village plus coquet que Chantha-gon. Par suite de l’admission de nouvelles familles, nous avons eu la joie d’enregistrer, dans cette chrétienté, 48 nouveaux baptêmes d’adultes, et 7 d’enfants de païens. C’est M. Pelletier, aidé d’un prêtre indigène, qui est chargé de l’administration de cette intéressante station et de tout le district. Je ne doute pas que ce village ne prenne, avec le temps, des accroissements considérables ; mais Rome ne s’est pas fondée en un jour : tantœ molis erat .... »
« A ces considérations générales, permettez-moi d’ajouter quelques détails particuliers sur chaque district.
« A Mandalay, nos sœurs de Saint-Joseph continuent vaillamment leurs œuvres d’éducation et de charité. Elles ont eu 23 baptêmes d’adultes, tant à l’orphelinat qu’à l’hospice des vieilles femmes, et 8 d’enfants de païens. Leurs écoles tiennent toujours le premier rang : toutes les tentatives des Protestants pour leur faire concurrence ont échoué. Les constructions du nouveau couvent, commencées en avril, seront terminées dans les premiers mois de l’année prochaine. En attendant, on s’arrange comme on peut pour loger 100 orphelines et 120 élèves ; je ne doute pas que ce nombre ne soit bientôt doublé. Le nouveau couvent ne nous coûtera pas moins de quarante mille roupies... Où trouver une pareille somme ? Âmes généreuses, vous penserez à nous.
« La population catholique de la cathédrale, composée d’Anglais, d’Eurasiens et de Birmans, atteint le chiffre de 800 : cette augmentation est due aux catholiques qui nous arrivent de l’Inde et aussi aux 35 baptêmes d’adultes enregistrés par le zélé curé de la cathédrale. Grâce à la ligue du Sacré-Coeur, qui compte une centaine de membres, la piété des fidèles s’est ravivée ; les confessions et communions annuelles ont été très nombreuses. Tous les premiers vendredis du mois, plus de quatre-vingt-dix personnes se présentent à la table sainte : bénissons le Sacré-Cœur !
« Les catéchismes de persévérance des jeunes gens continuent à préserver bien des âmes des dangers et de la contagion du monde environnant, où règne en maîtresse l’immoralité la plus effrénée.
« La divine Providence nous a de nouveau protégés contre les fureurs d’un terrible incendie, qui,en quelques heures, réduisait en cendres tous les quartiers voisins de la mission. Les flammes léchaient déjà nos murs ; le petit séminaire seul devint leur proie et nos jeunes enfants eurent grand’peine à fuir par les fenêtres. En 15 ans, je puis dire que j’ai vu brûler toute la ville ; seule la mission catholique, si exposée par sa situation aux accidents de ce genre, a été épargnée.
« L’intéressante population tamoule, qui compte près de 800 âmes, s’est sensiblement améliorée sous la direction du P. Richard. Plusieurs ménages mal assortis et qui auparavant se souciaient fort peu de leurs devoirs, ont repris la bonne voie, et 44 familles, de païens nouvellement converties se montrent exemplaires.
« L’administration de ces chrétiens est assez pénible : ils sont disséminés dans la ville à des distances de plusieurs milles les uns des autres. Près du port, on leur a élevé une troisième chapelle dédiée à saint Lazare. Elle est devenue un lieu de pèlerinage qui attire chaque semaine de nombreux chrétiens. Le Père gouverne admirablement tout ce monde et, le dimanche, les cérémonies sont très attrayantes, grâce au concours de la fanfare du contingent Madrassis, qu’il a formée à la musique religieuse.
« Je vous avais signalé, l’année dernière, un projet d’établissement pour les lépreux : j’ai la joie de vous dire que ce projet caressé depuis si longtemps est pleinement réalisé. Voir ses semblables réduits à la dernière misère, couverts de guenilles qui cachent à peine d’horribles plaies et d’affreux ulcères, était un spectacle trop navrant pour ne pas nous décider à venir en aide à de si grandes souffrances. Le nouvel hôpital situé à quatre milles de Mandalay, dans de vastes terrains plantés d’arbres, abrite aujourd’hui, moins d’une année après son érection, 92 lépreux, hommes et femmes. « Le soir de la fête de saint François-Xavier, écrit le cher P. « Wehinger, j’avais le bonheur de m’y installer en compagnie de deux lépreux. Ils m’aidèrent « beaucoup, dans les difficiles commencements de mon apostolat, et firent si bien leur office « de recruteurs, que bientôt d’autres lépreux se présentèrent, me suppliant de leur donner « asile. A la fin de janvier, l’hôpital était rempli. Il fallut en bâtir un plus grand qui à son tour « fut vite occupé. D’autre part, les femmes lépreuses voulaient également avoir leur place « dans la nouvelle léproserie ; comment ne pas céder à leurs instances ? Un troisième hôpital « fut construit sur un coin séparé de la concession et entouré d’une haie. Tout était achevé en « mars. Le mois suivant, l’établissement comptait quatre-vingts pensionnaires. Ils « manifestèrent le désir d’embrasser notre sainte religion, et on songea à construire une « chapelle. En attendant, ils envahissaient ma maison, assistaient au saint sacrifice de la « messe, et, le soir, à la prière et au chapelet. Au mois de mai, ils savaient déjà toutes les « prières et une bonne partie du catéchisme. Alors, d’un commun accord, ils me demandèrent « le saint baptême, voulant, disaient-ils, devenir de vrais disciples de Jésus-Christ et aller au « ciel. Votre Grandeur, frappée elle-même de leur sincérité et de leurs bonnes dispositions, « jugea cependant bon de les faire attendre encore quelque temps, afin de les éprouver « davantage. Tous, anciens et nouveaux, continuèrent à se montrer bons catéchumènes, et « avec une régularité toute monastique, suivirent les exercices quotidiens : sainte messe avec « prière du matin, catéchisme et lecture dans l’après-midi, prière du soir et chapelet à la « tombée de la nuit. Le chant chrétien même ne leur est pas étranger. Il faut les entendre « terminer leur journée par un hymne en birman (qui n’est qu’un acte de foi, d’espérance et de « charité mis en chant), et les invocations en latin aux saints Cœurs de Jésus et de Marie.. Les « enfants non atteints de la lèpre sont logés et nourris séparément, et soumis à un traitement « préventif ; une école a été établie pour leur procurer le bienfait de l’instruction... »
« Depuis lors, nos chers lépreux ont vu l’accomplissement de leurs désirs. Le 10 novembre dernier, 54 ont été régénérés dans les eaux du baptême, sans compter une dizaine d’entre eux déjà baptisés auparavant in articulo mortis.
« Grâce à des cœurs amis qui nous ont secourus, l’œuvre est fondée, il s’agit maintenant d’en assurer l’avenir. Il faut au moins 800 francs par mois pour subvenir aux frais d’entretien, médicaments, etc... ; les souscriptions sont loin de suffire aux besoins. Notre confiance est dans la divine Providence : laissera-t-elle les membres souffrants du divin Maître exposés à toutes les rigueurs de la faim, de la soif, du froid et de la chaleur ? Les laissera-t-elle périr dans le dénûment et l’abandon, Elle qui nourrit si libéralement les oiseaux du ciel et habille si magnifiquement les fleurs des champs ? Depuis quelques mois, j’ai chargé le Père Martin de continuer l’œuvre : ce cher confrère, remplit déjà ses fonctions à merveille, parce qu’il y met toute son âme et se prodigue sans mesure.
« Nos deux missionnaires, tout en travaillant à leur œuvre chérie (celle des lépreux), ont trouvé encore le temps de fonder un nouveau village de catéchumènes, sur le modèle décrit plus haut. Il y a déjà une cinquantaine d’habitants et on attend de nouvelles familles.
« M. Herr, chargé de la station et du district de Shwebo, écrit : « Le bon Dieu a « spécialement béni ce petit coin de notre Mission : 46 païens et hérétiques ont été régénérés « dans les eaux du baptême. Ce nombre a surpassé mes espérances, et, ce qui est encore plus « consolant, tous se montrent bons chrétiens, par leur ferveur et leur régularité aux offices et « aux prières. Près de 50 catéchumènes sont venus s’adjoindre aux nouveaux convertis ; mais « nous avons eu le revers de la médaille. J’étais encore tout à la joie du baptême de mes chers « néophytes, quand un terrible incendie a détruit, en quelques heures, ma maison, mon église, « mes écoles et la moitié du petit village chrétien. Pour comble de malheur, j’étais en tournée « dans le district : présent, j’aurais sans doute sauvé mon calice, mon ciboire, mes ornements « sacrés et autres objets religieux. Mais les pauvres chrétiens perdirent tout, en perdant « d’abord la tête. Maintenant, je suis encore sans abri et la misère de mes chers enfants égale « la mienne. Avec quelles ressources recommencer nos constructions achevées avec tant de « peine, depuis quelques mois seulement !... »
« Ce cher confrère s’occupe également des soldats catholiques de la garnison, dont les casernes sont à deux milles et demi de la ville, ce qui l’oblige à biner chaque dimanche. Cette année, le gouvernement a fait les dépenses nécessaires pour la construction de la chapelle des soldats, à laquelle il a consacré environ 7,000 roupies. Elle est convenable et répond suffisamment aux besoins du moment.
« Au nord de Bhamo, Dieu commence à bénir visiblement nos persévérants efforts. Le vaillant Père Cadoux, en s’enfonçant à dix milles dans la forêt, découvrit un jour de vastes terrains de culture, qui ne demandaient qu’à produire au centuple pourvu que la main de l’homme voulût bien les défricher. Le Père publia sa découverte : bientôt quelques familles vinrent se grouper autour de lui et on s’achemina vers l’endroit indiqué. Là, il marqua à chacune son emplacement. En quelques jours, on vit émerger au-dessus des hautes herbes une quinzaine de petites huttes, à l’aspect le plus primitif, il est vrai ; mais le but était atteint. On se mit à la culture. Soit épreuve de la Providence, soit inexpérience de ces braves gens, qui n’avaient pas su ménager l’eau des rizières, la récolte fut nulle. Il fallait vivre cependant et attendre la prochaine saison. Le Père se multiplia pour venir en aide à ses chers catéchumènes. J’apprends avec joie que la nouvelle moisson est pleine d’espérance et chargée d’épis d’or. De plus, la petite colonie s’est accrue par l’adjonction de nouvelles familles. Les prières se récitent avec ferveur et régularité, et M. Cadoux m’annonce avec une joie bien légitime que, dans quelques semaines, il admettra au saint, baptême ses catéchumènes les mieux préparés, une quarantaine environ.
« Les chers confrères établis chez les peuplades sauvages de l’ouest de l’Irawaddy, appelés Chins, ont été très éprouvés par la maladie et des contradictions de toute sorte : le Père Laurent, seul, est resté debout. Ces vaillants missionnaires continuent à travailler en dépit des obstacles inattendus qu’ils rencontrent. Expulsés brutalement d’Haka, ils ont tenté un nouveau voyage d’exploration dans le but d’asseoir définitivement leur mission. Dieu bénisse leurs généreux efforts !
« M. Bérard, chargé depuis quelques mois du district de Myngyan, a eu déjà 8 baptêmes d’adultes. Ce district, vu l’éloignement des catholiques disséminés un peu partout le long de l’Irawaddy, dans l’intérieur et jusqu’à l’ancienne frontière, est particulièrement pénible à desservir : le missionnaire doit se multiplier. Dans ce peu de temps, outre la belle église qu’il est en train de se bâtir à Myngyan, lieu de sa résidence, le Père a élevé une jolie chapelle à Pakokoo, station importante, à l’embouchure du Chindwin, et reconstruit celle de Minboo.
« Sur les autres points de la mission, les confrères dépensent leur zèle à maintenir la ferveur et la piété dans le cœur des anciens chrétiens. Nos stations du Nord et de l’Ouest, toutes composées de vieux chrétiens, ont bien souffert de la famine, fléau extrêmement rare en Birmanie. « Mes pauvres gens sont dans la détresse, écrivait M. Legendre ; plus de riz, plus de maïs, plus rien.»
« Malgré ces épreuves, peu à peu, et presque avec le seul secours de leur industrie, nos confrères ont réparé les ruines amoncelées par les Dacoïts, et relevé les églises et les presbytères.
« Recevez...
« † P. F. SIMON,
« Év. tit. de Domitiopolis. »
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