| Année: |
1893 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Bigandet |
III. ? Birmanie Méridionale.
Population catholique 26.458
Baptêmes d?adultes 1.041
Conversions d?hérétiques 95
Baptêmes d?enfants de païens 32
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LETTRE DE MGR BIGANDET, ÉVÊQUE TITULAIRE DE RAMATHA,
VICAIRE APOSTOLIQUE DE LA BIRMANIE MÉRIDIONALE,
A M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL CENTRAL
DE LA PROPAGATION DE LA FOI (LYON).
Rangoon, le 15 octobre 1893.
« Monsieur le Président,
« J?ai l?honneur de vous adresser le compte-rendu des travaux de l?exercice 1892-93 dans la Birmanie méri-dionale. Nous n?avons eu, cette année, que 1.041 baptêmes d?adultes ; mais le nombre de nos catéchumènes, qui est vraiment considérable, nous fait espérer une abondante moisson à brève échéance. Le P. Kromer, missionnaire à Yandoou, me dit que, dans une seule circonscription de son district, une centaine de néophytes se préparent au baptême. Ce cher confrère, aidé par le P. Bonnet, que je viens de lui donner comme auxiliaire, pourra se consacrer presque exclusivement à l??uvre de l?évangélisation des païens.
« Transportez-vous avec moi, si vous le voulez bien, à l?ouest de la mission, dans le district dont le P. Kern a la charge depuis 9 ans, et qui lui a fourni régulièrement une moyenne de 140 baptêmes d?adultes. Cette année, le chiffre ordinaire est dépassé ; le nombre des baptêmes d?adultes s?est élevé à 242. ? Ajoutez à cela que les villages païens, qui entourent la résidence du P. Kern, paraissent n?attendre qu?un souffle de la grâce pour s?ébranler en masse et embrasser notre sainte religion. Les conversions se multiplient chaque jour et bon nombre de familles païennes sont disposées à se tourner vers celui qui seul peut les rendre heureuses en ce monde et en l?autre. Dieu veuille que nos espérances se réalisent bientôt et que l?Esprit de ténèbres ne tienne pas plus longtemps les yeux des pauvres Birmans fermés à la lumière de la vérité !
« Le catéchiste du P. Kern est un homme de foi et de dévouement, comme on en voit peu. Tout dernièrement, le Père était appelé auprès d?un malade, dans un village ravagé par le choléra. Le catéchiste refusa de le laisser partir seul ; il quitta sa femme et ses enfants pour suivre le missionnaire et affronter avec lui le danger qu?il allait courir.
« Nous avons fondé, à Myoung-mya, une école de catéchistes. Le besoin de cette institution se faisait sentir depuis longtemps, et je remercie le bon Dieu de nous avoir procuré les ressources nécessaires à sa création. L?école est située dans un pays très sain ; les appartements en sont bien aérés et l?établissement ne laisse rien à désirer au point de vue de la solidité des constructions. Nos jeunes gens y trouveront donc tout ce qu?ils peuvent raisonnable-ment souhaiter sous tous les rapports. Ils seront entre-tenus aux frais de la mission, et leurs études ne dureront pas moins de 3 ans. Nous les enverrons ensuite dans les différents districts, où ils seront à même de rendre aux missionnaires des services signalés. Les élèves catéchistes sont actuellement au nombre de 15 ; tous présentent de sérieuses garanties pour l?avenir. J?ai tenu à me rendre compte par moi-même de leur assiduité au travail et du bon esprit qui les anime, et j?ai dû les féliciter des progrès qu?ils ont déjà faits, depuis l?ouverture de l?école (20 août dernier) dans la science et la vertu.
« A Bassein, le P. de Chirac a été très éprouvé par la maladie, qui l?a empêché, pendant 6 mois, de faire la visite de ses chrétientés. Dès qu?il s?est vu suffisamment rétabli, notre confrère s?est remis au travail, et le bon Dieu a béni ses efforts en lui amenant beaucoup de catéchumènes.
« A Gyobingank, M. Luce, activement secondé par le prêtre indigène, Andréas, et un jeune clerc à qui j?ai donné la tonsure l?année dernière, a pu faire face à toutes les difficultés de sa position et obtenir des succès consolants en différents endroits de son district. Convaincu du besoin qu?il avait d?une école, il a demandé et obtenu du gouver-nement le terrain nécessaire pour bâtir et nous ne tarderons pas à avoir un bel établissement de plus, à Gyobingank.
« Malgré toutes les oppositions qui lui étaient faites, M. Freynet a fini par prendre pied et s?est maintenu dans son poste de Paou-sen-bé. A cette occasion, il a eu maille à partir avec les anabaptistes américains et les fumeurs d?opium, birmans ou carians, de l?endroit ; mais, grâces à Dieu, il est sorti vainqueur de la lutte. Pour arrêter la vente de l?opium, il n?a pas craint de dénoncer et de faire punir les contrebandiers qui en alimentaient le commerce. Quant aux anabaptistes, il les a réduits au silence à force de patience et d?énergie, supportant leurs insultes lorsqu?il ne pouvait faire autrement, mais ne reculant pas devant un procès en règle, lorsqu?ils se mettaient évidemment dans leur tort. La sentence du juge a plus d?une fois refroidi le zèle intempérant de ces sectaires, et le P. Freynet peut maintenant, en toute liberté, répandre autour de lui la bonne semence de l?Evangile. Son troupeau se recrute non seulement parmi les païens, mais aussi parmi les anabaptis-tes eux-mêmes, qui l?écoutent volontiers et abjurent l?erreur entre ses mains.
« Dans cette chrétienté naissante, la grâce du bon Dieu a déjà inspiré à quatre jeunes filles le désir de se consacrer à Notre-Seigneur d?une manière toute particulière. Elles sont actuellement au couvent de Rangoon, où elles se préparent à devenir de bonnes religieuses. Le P. Freynet a administré le baptême à 116 païens adultes.
« Le district de M. Bringaud a té édivisé en trois parties à peu près égales : il était beaucoup trop étendu pour un seul missionnaire. Les PP. Butard et Maigre en ont pris chacun une partie, et le P. Bringaud s?est réservé la troi-sième.
« Ce cher confrère fonde les meilleures espérances sur les Khiens, peuplades qui habitent les montagnes de l?ouest : « Au commencement de février, m?écrit-il, pen-dant la trop courte « visite que je fis dans la vallée du Hanna, plus de 40 familles promirent d?embrasser notre « sainte religion. J?avais procuré des terres et rendu quel-ques petits services à ces pauvres « sauvages ; ils avaient confiance en moi. Leur conversion eût été facile à cette époque, si « j?avais eu près de moi un confrère qui pût passer six semaines chez eux avec un catéchiste. « J?essayai bien, dans la dernière quinzaine de mai, d?aller m?assu-rer de nouveau des bonnes « dispositions de mes catéchumènes khiens, mais je fus arrêté par les pluies à moitié route. « Impossible d?avancer ; les chemins n?existaient plus. Mon cheval lui-même m?était devenu « inutile et je dus voyager en radeau pour regagner Mittagon. Somme toute, je n?ai pu « baptiser que les khiens d?un petit hameau voisin du grand village birman de Nyoung-« Kidoung. »
« A Dambi, le P. Butard a régénéré dans les eaux du baptême 37 adultes, durant les quelques mois qu?il a passés dans ce nouveau district. Il m?écrit que les fidèles s?approchent régulièrement des sacrements et sont très heureux de recevoir la visite du missionnaire. Il travaille actuellement à la construction d?une résidence, et les chré-tiens, voyant que le Père veut se fixer définitivement au milieu d?eux, s?attachent de plus en plus à lui.
« Nos écoles de garçons et de filles, dans les différents districts, sont très prospères. Les missionnaires adoptent et suivent à la lettre les programmes tracés par le Directeur de l?Instruction publique, et les inspecteurs officiels des écoles me disent eux-mêmes qu?ils sont entièrement satis-faits des résultats obtenus par nos enfants. C?est là un encouragement pour nos confrères, et je suis surpris qu?avec es faibles moyens dont ils disposent ils puissent obtenir de pareils succès. ? Quant aux écoles de Rangoon et de Moulmein, je n?ai rien à ajouter aux éloges que je leur ai déjà donnés dans mes précédents comptes-rendus et qu?elles méritent sans contredit. C?est aux efforts persévérants de nos Frères et de nos S?urs que nous sommes redevables de tout le bien qu?elles procurent à la mission.
« J?ai réservé pour la fin de ma lettre l?événement le plus important de l?année ; je veux parler du sacre de Sa Grandeur Monseigneur Cardot, évêque titulaire de Limyre et mon coadjuteur. La cérémonie a eu lieu le 24 juin : tous les confrères de la Birmanie méridionale y assistaient. L?église était trop petite pour contenir la foule des chré-tiens accourus de tous les points de la mission. La solennité était rehaussée par la présence de Mgr Gasnier, évêque de Malacca, et de Mgr Tornatore, vicaire apostolique du Tongoo. Ce fut un jour de joie pour tout le monde, mais très particulièrement pour moi ; car je me disais avec rai-son que, désormais, je pourrais mourir tranquille, quand il plairait à Dieu de m?appeler à lui.
« Avant de clore cette lettre, permettez-moi, Monsieur le Président, de vous exprimer ma reconnaissance et celle de mes confrères pour la généreuse aumône que vous avez eu la bonté d?accorder à notre mission. Nous continuerons, comme par le passé, à prier pour nos bienfaiteurs et pour l??uvre providentielle à la tête de laquelle vous vous trou-vez si dignement placé.
« Agréez...
« ? P. BIGANDET,
« Évêque tit. de Ramatha. »
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