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Rapport annuel des évêques

Année: 1895
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr CARDOT

III. — Birmanie Méridionale.

Population catholique 34.498
Baptêmes d’adultes 1.616
Conversions d’hérétiques 26
Baptêmes d’enfants de païens 59
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LETTRE DE MGR CARDOT, ÉVÊQUE TITULAIRE DE LIMYRE,
VICAIRE APOSTOLIQUE DE LA BIRMANIE MÉRIDIONALE,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.


« Rangoon, le 1er décembre 1895.

« Bien chers et vénérés Directeurs,
« Le tableau de l’administration du Vicariat, pendant l’année 1894-95, comparé à celui de l’exercice précédent, vous montre que nos espérances se sont réalisées. De 956 le chiffre des conversions de païens s’est élevé à 1.616, et, s’il était permis de juger de la moisson prochaine par les espérances que nous donne la fertilité du sol sur la plupart des points de notre Mission, et le nombre des catéchumènes que nous comptons déjà, nous oserions vous prédire humblement pour 1896, des résultats non moins encourageants.
« Malheureusement diverses maladies, le choléra en particulier, nous ont fait perdre bon nombre de chrétiens, cette année, surtout dans les districts de Bassein et d’Henzada.
« La main de Dieu qui s’appesantissait sur ces chrétientés frappait au nom de la justice irritée.
« Plus d’un chrétien, depuis longtemps peu soucieux de sa religion, reconnut, à la dernière heure, la justice du châtiment et mourut résigné dans la joie d’un humble repentir. D’autres, saisis de crainte à la vue de ces coups foudroyants, se réveillèrent de leur mortelle apathie, et revinrent généreusement à la pratique de leurs devoirs religieux ils avaient « le commen-cement de la sagesse ».
« Je crois vous avoir fait suffisamment connaître, l’an dernier, les races diverses sur lesquelles nous avons à travailler, sans qu’il soit besoin d’y revenir.
« Je me bornerai à vous dire sommairement le travail accompli dans chacun des districts de la Mission, les difficultés rencontrées par nos chers confrères et les succès dont Dieu a daigné couronner leurs persévérants efforts.

I. — DISTRICT DE BASSEIN

1. Paroisse de Bassein (1.020 chrétiens).

« Sous l’habile direction du vénéré P. D’Cruz, la paroisse et la mission de Bassein progressent d’une manière visible et s’améliorent de jour en jour, malgré l’âge avancé de ce bon prêtre et de son assistant, tous deux sexagénaires.
« 71 baptêmes d’adultes ont été administrés. Le beau chiffre de 3.550 confessions et de 3.000 communions de dévotion témoigne assez de la ferveur des chrétiens.
« La Ligue du Sacré-Cœur et le culte de la Sainte Vierge y sont en grande dévotion. Les processions publiques en l’honneur de la Mère de Dieu sont fréquentes et suivies pieusement par un grand nombre de fidèles.

2º Paukseinbé (779 chrétiens).

« M. Freynet, chargé de ce poste, a été, pendant plusieurs mois, sérieusement éprouvé par la maladie. Aujourd’hui, rendu à la santé, il s’apprête à entreprendre l’œuvre héroïque pour laquelle il s’est généreusement offert ; je veux parler de la fondation d’un asile de lépreux dans le voisinage de Rangoon. En attendant, M. Iffly, assisté du P. Joseph, travaille avec succès, 51 conversions de païens ont été enregistrées au cours de cet exercice, et tout porte à croire que le nombre ne fera qu’augmenter. Les écoles de garçons et de filles sont très florissantes : elles ne comptent pas moins de 78 élèves, dont 24 entièrement à la charge de la Mission.

3º Kiontalok (865 chrétiens).

« 11 baptêmes d’adultes dans le cours d’une année, n’est pas un brillant résultat, m’écrit « M. Cartreau. Cette année, j’ai eu tous les malheurs. D’abord, mon catéchiste a fait faux-« bond, et je n’ai pu lui trouver un remplaçant aussi vite que je l’aurais désiré. Puis, le choléra « m’a enlevé une des deux religieuses chargée de l’école des filles et un de nos grands « khiaong-tagas (chef de chrétientés). Tout cela a jeté le désarroi dans les écoles et le village. « Pendant près de 3 mois, j’ai été prisonnier dans ma résidence : au moment où je comptais « voyager et faire quelques conversions, la plupart de mes gens ont eu le beri-beri, et, parmi « les chrétiens, il ne me restait pas un rameur valide pour conduire ma barque. »


II. — DISTRICT DE MYAUNG-MYA

1º Paroisse de Myaung-Mya (3.020 chrétiens).

« Confié au zèle de M. Kern, ce poste, un des plus anciens et des plus importants de la Mission, s’est accru, cette année, de 294 conversions de païens. Une moisson plus riche encore s’annonce pour l’an prochain.
« Toutefois, une plainte s’échappe du cœur du missionnaire. — « Une lourde « responsabilité, m’écrit-il, pèse sur moi ; que deviendront ces nouveaux convertis si le prêtre, « par de fréquentes visites, ne peut veiller sur eux et continuer à les instruire, pour les former « à la pratique des devoirs religieux ? Il n’est pas difficile de faire entrer ces gens simples « dans la vigne du Père de famille, mais les faire travailler pour gagner le denier de la vie « éternelle, leur inspirer l’amour de la vertu, voilà la grosse difficulté ! »
« Les écoles pour les enfants des deux sexes sont très fréquentées, et contiennent 130 élèves.

2º Kanatzogon (3.500 chrétiens).

« Parmi les chrétiens de Kanatzogon, écrit M. Bertrand, nous en avons un millier qui sont « aussi bons que possible. Ceux du village et des environs laissent peu à désirer. Dans les « autres stations, il y en a qui sont aussi fort bons. 5 ou 600, dispersés un peu partout, sont « assez indifférents. Cependant, lorsque le prêtre va les voir, ils s’approchent des sacrements « sans la moindre difficulté. Malheureusement, nous en avons au moins 300 qui sont loin « d’être fervents. Tout bien considéré, l’état du poste de Kanatzogon est satisfaisant. »
« C’est très humblement dit, mais j’ajouterai, sans la permission de notre cher confrère, que sa nombreuse chrétienté est regardée par tous comme une congrégation modèle.
« Le 13 février dernier, toute l’île de Kanatzogon était en fête. Le Vicaire apostolique, entouré d’un grand nombre de missionnaires, bénissait solennellement la nouvelle église que M. Bertrand, battant en retraite devant le flot dévastateur, rebâtissait pour la troisième fois depuis 30 ans.
« L’édifice solidement construit à plusieurs centaines de mètres du rivage, au centre d’une couronne d’arbres séculaires, laisse voir au loin les grandes lignes architecturales de sa façade et les voyageurs qui montent à Bassein, en côtoyant « l’île de M. Bertrand », se montrent les uns aux autres ce monument élégant qui tranche si fort sur les modestes cabanes de nos pauvres Carians.

III. — DISTRICT D’HENZADA

1º Maryland (2.000 chrétiens).

« Les 7 chrétientés, énumérées dans le compte-rendu ci-joint, écrit M. Tardivel, ont donné « chacune leur petit contingent de conversions et toutes sont animées d’un bon esprit. M. « Ballenghien que Votre Grandeur a bien voulu m’adjoindre comme auxiliaire, est très « satisfait de la manière dont nos chrétiens assistent aux offices et récitent leurs prières. La « chrétienté qui a donné le plus de conversions, cette année, est celle de Taukyi dans la « direction d’Yandoon. Le 25 février dernier, j’y baptisai 25 païens. Quelque temps après, M. « Ballenghien en régénérait 10 autres ; ce qui fait un total de 35 nouveaux chrétiens en cet « endroit, et il en reste encore un bon nombre qui se disposent à abandonner le culte du démon « pour celui du vrai Dieu.
« Je trouvai dans ce village un petit Japonais qui m’a donné beaucoup de consolation. « Depuis qu’il est chrétien, il est venu demeurer près de moi. Il est d’une piété vraiment « angélique. Si c’est là le type du Japonais, je ne m’étonne pas que ce soit un peuple de « martyrs. »

2º Sagagyi (300 chrétiens).

« En dépit de la propagande effrénée que font, dans ces parages, les ministres anabaptistes, le P. Carolusa réussi à augmenter son troupeau de 35 nouvelles brebis. Privé de bons catéchistes capables de lui frayer la voie dans les villages infidèles des environs, son zèle est forcément paralysé, d’autant plus qu’il doit personnellement veiller sur les écoles établies chez lui et dans lesquelles il compte déjà 58 élèves.

3º Thinganaing (1.200 chrétiens).

« Comme je vous le disais, l’an dernier, ce poste est depuis longtemps fort éprouvé. M. Naude-Theil, toujours retenu dans sa chambre par l’âge et les infirmités, ne peut plus lui-même conduire son troupeau, et l’excellent prêtre indigène sur qui retombait la lourde charge de l’administration, y a épuisé ses forces et ruiné sa santé. J’ai dû le retirer de là pour lui confier la direction de notre nouveau petit séminaire de Moulmein.
« M. Théophile Bohn a pris sa place, mais il se contente pour le moment de travailler à l’étude de l’anglais et du birman, et il le fait avec d’autant plus d’ardeur qu’il voit combien est grande la tâche qui lui est réservée.

4º Okpho-Myittagon (3.000 chrétiens).

« En l’absence de M. Bringaud, parti en France pour refaire sa santé, c’est son assistant M. Ambiehl qui m’envoie le compte-rendu de cet important district. « Non seulement nos « chrétiens sont fervents, m’écrit ce jeune confrère, mais encore bon nombre de païens « demandent à embrasser notre sainte Religion. Ils finissent par ne plus croire à leurs « superstitions diaboliques qu’ils savent être sans effet. — Cette année, dans une chrétienté du « voisinage, un Carian païen fut tellement tourmenté par le démon, qu’il résolut de se couper « la gorge. Il essaya, mais ne réussit qu’à moitié dans sa triste besogne, et, quand on le trouva « baigné dans son sang, la blessure, bien que grave, n’était point mortelle. On le transporta à « l’hôpital le plus proche, où soigné par un médecin habile et dévoué il se rétablit « complètement. Ses parents craignant qu’il ne fût poursuivi et condamné à la prison, pour « avoir attenté à ses jours, vinrent me supplier d’intercéder pour lui, me promettant de se « convertir, si j’obtenais son pardon. Je me hâtai de faire les démarches nécessaires et sa grâce « me fut accordée. Aujourd’hui, mon protégé et sept autres membres de la famille ont tenu « leur promesse et reçu le sacrement de la régénération. »
« Tout en administrant les nombreux chrétiens dont il a la charge, notre confrère a trouvé le temps de cueillir la belle gerbe de 125 conversions, dont un bon nombre parmi les Tchins.

5º Lethama (700 chrétiens).

« M. Maigre m’écrit : « Les 54 baptêmes d’adultes que j’ai l’honneur de présenter à Votre « Grandeur sont une bien mince récolte. Cependant si je me reporte au compte-rendu de « l’année dernière, je dois remercier Notre-Seigneur pour les résultats obtenus. C’est peu, « mais, en dépit des tracas suscités l’an dernier par le démon, et continués d’une autre « manière, cette année, par la calomnie, les bénédictions du Ciel ont dépassé mes espérances. « Et maintenant le mouvement vers notre sainte Religion s’affirme plus que jamais, et je « compte, pour l’année prochaine, sur une moisson plus abondante. »

6º Dambi (700 chrétiens).

« L’événement principal de cette année dans le poste de Dambi est certainement l’achèvement et la bénédiction solennelle de l’église Saint-Joseph. C’est une construction en bois aussi élégante que solide. Ce fut une grande joie pour moi de l’ouvrir au culte, le 27 octobre 1895.
« Le nombre des baptêmes de païens (27), m’écrit M. Butard est encore bien modeste. J’avais cru un moment qu’il me serait donné d’en enregistrer deux fois plus. Mais plusieurs familles qui déjà s’étaient fait instruire ont failli à leurs promesses. Est-ce simplement un retard, comme elles me l’assurent ? Est-ce un refus d’embrasser la vraie Religion ? L’avenir nous le dira.

7º Sinlu et Myanaung (1.126 chrétiens).

« Voici ce que m’écrit M. Rouyer. « Le chiffre de 48 conversions pour cette année est sans « doute bien peu consolant, mais depuis 1890, je n’ai plus de santé, ou plutôt je manque de « forces suffisantes pour voyager comme je le désirerais. Dans un district aussi étendu que le « mien, il faudrait, je ne dirai pas pour faire de nouvelles conversions, mais seulement pour « maintenir et améliorer les anciens chrétiens, il faudrait que le missionnaire fût toujours sur « les chemins. Heureux encore, s’il en trouvait des chemins ! A l’exception de 3 ou 4 groupes « assez rapprochés de Sinlu, les postes chrétiens sont très éloignés. Ne voyant que rarement le « missionnaire, les fidèles perdent peu à peu leur ferveur première et manquent de zèle pour « aider à la conversion de leurs parents et amis. »

IV. — DISTRICT DE THAYETMYO

Paroisse de Thayetmyo (600 chrétiens et 400 soldats catholiques).

« M. Sadoux, chargé de cette importante station militaire, malgré sa mauvaise santé qui m’inspire de vives inquiétudes, a fait les plus héroïques efforts pour se mettre à la hauteur de sa tâche et se dépenser tout entier pour son cher troupeau. Mais le cher Père s’épuise visiblement, et si Dieu ne lui rend de nouvelles forces, il devra certainement s’avouer vaincu et se résigner au repos.

V. — DISTRICT DE PROM E

Chrétienté de Prome (100 chrétiens).

« Cette station administrée une fois par mois par M. Luce conserve le statu quo des années précédentes. Les subdivisions de Paung-de et Shwedaung comptent actuellement une quarantaine de chrétiens. Les espérances y sont sérieuses pour l’avenir.
« Comme c’est la partie la plus éloignée du district de M. Luce, et partant la plus difficile à évangéliser, j’ai pensé à l’en décharger pour la confier à M. Pavageau. Les Carians sont nombreux de ce côté, et on peut estimer, je crois, à 5.000 les habitants de la plaine qui vivent sans religion et sans Dieu : c’est plus que suffisant pour exercer le zèle d’un missionnaire, et, la grâce de Dieu aidant, je ne doute pas que le succès ne vienne bientôt couronner ses efforts.

VI.— DISTRICT DE THARRAWADDY

1º Goybingauk (1.200 chrétiens).

« Le total de 365 conversions obtenues au cours du dernier exercice, écrit M. Luce, est de « beaucoup le plus élevé qu’il m’ait été donné d’enregistrer depuis mon installation à « Gyobingauk. Chose aussi remarquahle que consolante, c’est sur tous les points du district à « la fois que le mouvement s’est dessiné cette année. La partie-sud jusque là plus ou moins « rebelle à l’évangélisation, possède maintenant une chrétienté qui promet beaucoup pour « l’avenir. Grâce au zèle d’un ancien chrétien venu du district de M. Tardivel, 60 baptêmes de « païens y ont été administrés.
« Je m’occupe en ce moment de grouper tous ces bons néophytes en un seul village dans la « forêt voisine, qui d’ici peu sera ouverte à la culture du riz. Les demandes ont été adressées « au « Deputy commissioner ». Le vif intérêt que cet officier, irlandais d’origine, porte aux « missions catholiques est un gage assuré de succès. De mon côté, je vais, en bon Normand, « en profiter pour faire l’acquisition du terrain nécessaire à la construction d’une chapelle et « d’une école, etc.
«. La position de cette station à l’extrémité-sud de ma chrétienté est des plus heureuses. « Elle est déjà un rempart assuré contre les attaques de nos rivaux, les anabaptistes, plus « nombreux là que partout ailleurs. Non contents de nous tenir sur la défensive, nous espérons « guerroyer avec eux et compter bientôt nos adeptes et les leurs.
« A Paukabin, sur les Yomas, 180 conversions ont été enregistrées. Vous avez vu vous-« même, Monseigneur, la foi simple et naïve de ces bons montagnards. C’est bien la plus belle « portion de ma vigne et celle qui me donne le plus de consolations. Que ne pouvons-nous « visiter ces braves gens plus souvent !
« Permettez-moi de recommander instamment à votre sollicitude pastorale tous ces chers « Carians des Pegu-Yomas. »
« Une nouvelle école de filles a été solennellement bénite et inaugurée en avril dernier à Gyobingauk même.

2º Thonzé (700 chrétiens).

« M. Perroy, chargé de ce poste, est tout à la joie, comme son voisin M. Luce. Aussi m’envoie-t-il un long et intéressant rapport. En voici quelques extraits.
« Le nombre de baptêmes (121) que j’ai l’honneur et la joie de présenter à Votre Grandeur « pour le dernier exercice excède de beaucoup ceux des années précédentes. C’est à 6 milles « ouest de Lépadan, au milieu d’une vaste plaine toute peuplée de Carians (Tambohla) que « j’ai obtenu en grande partie ces résultats.
« Déjà, presqu’au début de mon ministère à Thonzé, j’avais visité ces parages, mais j’en « revins avec peu d’espérance. Et cependant je venais de semer le grain qui me vaut la récolte « de cette année.
« En effet, un jeune homme, nommé Ko-tha-Gaong, se convertissait bientôt et venait « demeurer, pendant près de deux ans, aux environs de Thonzé, jusqu’à ce que, l’an dernier je « l’engageai comme catéchiste. Il ne tarda pas à m’amener tous ses parents et amis et, grâce à « lui, j’ai maintenant à Tambohla deux petites chrétientés, distantes l’une de l’autre d’environ « 3 milles. L’une possède déjà une chapelle-école, avec 30 enfants et l’autre aura la sienne « l’an prochain.
« J’ai obtenu là 100 conversions ; les 20 autres ont été glanées dans les environs de « Thonzé. J’ai tout lieu de croire que mon petit noyau se développera et me permettra de « fonder une station sérieuse qui méritera bientôt de figurer sur la carte comme village « chrétien. »
« Les écoles et orphelinats de Thonzé donnent pleine satisfaction à M. Perroy : ils contiennent 130 élèves. Mais notre cher confrère aurait besoin d’un auxiliaire pour l’aider dans la culture d’un champ si vaste et si fertile. Que d’œuvres commencées avec succès sur différents points et qui demandent pour se soutenir et progresser, les soins vigilants et incessants du missionnaire ! Que de temps et de tracas de toutes sortes pour grouper les nouveaux convertis, leur bâtir chapelle et écoles, leur ouvrir des sources de subsistance et assurer surtout leur instruction religieuse !
« Et quand le missionnaire se sent attiré ailleurs, là où des conversions se font pressentir, où il sait que ses labeurs seront visiblement bénis, qu’il lui en coûte de ne pouvoir se multiplier, pour assurer tout à la fois la sanctification de ses chrétiens et la conversion de ses frères infidèles !

VII. — DISTRICT DE PEGU

Nyaung-le-bin (371 chrétiens).

« L’évangélisation de ce nouveau poste confié au zèle de M. Mignot continue de se propager. De 19 le chiffre des conversions s’élève à 66, résultat magnifique, si l’on considère les difficultés que rencontre notre confrère pour se procurer un bon catéchiste.
« Les espérances sont des plus belles dans cette vaste portion du Vicariat qui comprend, outre celui de Pegu, l’ancien district de Shwegyin et une partie de celui de Toungoo.
« Le cœur se serre en pensant que tant de milliers d’âmes sont encore sous le joug de Satan et que la pénurie d’ouvriers évangéliques ne me permet pas d’aller les chercher pour les mettre sur la voie du salut.
« Là encore les anabaptistes nous ont devancés et ont pris pied de divers côtés. Mais les divisions et les querelles publiques qui se sont élevées entre les pasteurs ne laissent pas de troubler les pauvres Carians, séduits par eux, et il nous serait facile aujourd’hui de profiter de ces guerres intestines de nos ennemis pour pêcher dans leurs eaux.

VIII. — DISTRICT DE THONGWA

1º Yandoon (745 chrétiens).

« En dépit de mille difficultés qu’il a rencontrées cette année, M. Kromer a réussi à obtenir 72 nouvelles conversions.
« Vous savez que notre confrère est actuellement à Hongkong. — Le manque de personnel me force, pour le moment, à laisser son poste sans missionnaire, et je suis obligé d’envoyer, de temps à autre, un des confrères voisins pour faire l’administration de la chrétienté.

2º Letkopin (1.081 chrétiens).

« Après avoir remis une partie de son ancienne chrétienté de Letpan entre les mains de M. Bonnet, le P. Thomas est allé fixer sa tente dans ce nouveau poste qui s’étend depuis l’Irawaddy jusqu’à la mer. 74 baptêmes d’adultes constituent un beau début : aussi les espérances qu’entretient ce prêtre indigène sont-elles propres à le soutenir dans les premiers travaux d’évangélisation qui sont toujours les plus pénibles.

3º Nyangon (600 chrétiens).

« C’est un poste également de fondation récente et où M. Bonnet espère grouper autour de lui les anciens chrétiens du P. Domingo et de M. Schmitt.
« Le champ est vaste et hérissé de nombreux obstacles. Cependant j’ai confiance que le cher confrère sera à la hauteur de cette lourde tâche.
« Dès cette première année, il a pu régénérer 35 païens. Mais il manque d’église et d’écoles. Le Père va donc diriger tous ses efforts sur ce point et chercher à pourvoir aux besoins du culte et de l’éducation de l’enfance.

IX. — DISTRICT DE MOULMEIN

1º Paroisse Saint -Patrick (450 chrétiens).

« A part 6 indifférents, me dit M. Lefebvre, tous les chrétiens ont rempli le devoir pascal. « Beaucoup persévèrent dans la communion mensuelle, et le reste s’approche des sacrements « plusieurs fois l’an. Ici, la consolation du prêtre ne consiste pas à prêcher la religion aux « païens et à les convertir, mais à élever chrétiennement la jeunesse et à mener dans la voie de « la perfection les Frères et les Religieuses chargés de nos établissements scolaires. »
« Les 2.814 confessions de dévotion entendues par notre confrère témoignent que sa paroisse est loin d’être une sinécure.

2º Mayangon (1.210 chrétiens).

« Le retour en France de M. de Chirac, pour raison de santé, a été une cause de surcroît de travail pour M. Lefebvre.
« Il s’est particulièrement occupé des chrétiens Malabares.
« Avec un bon catéchiste, me dit-il, une bonne école et des instructions religieuses, on « pourrait faire beaucoup de bien parmi eux. »
« Hélas ! l’église et l’école dont M. de Chirac avait presque terminé la construction ne sont plus. Vous connaissez tous les détails de ce triste incendie. De cette belle propriété de Rockville, il ne reste plus que la maison devenue maintenant le petit séminaire de la Mission.

X. — DISTRICTS DE TAVOY ET MERGUI

(720 chrétiens)

« Malgré le mauvais état de sa santé, M. Schmitt a pu administrer son poste. Vous vous rappelez, sans doute, cette foule de Manillois, dont je vous entretenais l’an dernier, accourus à Mergui pour la pêche des perles. Ils sont loin d’être des chrétiens modèles. Néanmoins M. Schmitt se plaît à constater parmi eux un retour marqué à de meilleurs sentiments : « Quelques-uns, dit-il, se sont approchés des sacrements. J’ai pu bénir aussi plusieurs « mariages.
« A Tavoy, les choses vont leur train ordinaire. Tous, à l’exception d’une seule famille, ont « rempli le devoir pascal.
« A Kadé, chez les Carians, les conversions se trouvent ralenties par la faute du catéchiste « dont le zèle laisse à désirer et que je compte pouvoir bientôt remplacer.

XI. — DISTRICT DE RANGOON

1º Paroisse de la cathédrale (2.800 chrétiens)
(20 baptêmes d’adultes).

« La charge est d’autant plus lourde pour le vaillant M. Saint-Guily, que l’église actuelle est insuffisante à contenir la masse des fidèles qui s’y pressent tous les dimanches. Notre confrère a dû biner toute l’année, et aux deux messes, l’église est comble.
« Il nous tarde de voir s’élever de terre notre nouvelle cathédrale. Malheureusement, par suite de la mauvaise qualité du sol qui nous oblige à construire sur pilotis, les travaux ne marchent pas vite. Et puis, les ressources nous manquent. Je me permettrai donc de recommander cette œuvre, d’une nécessité si urgente, à votre sympathie et à vos prières.

2º Paroisse du Cantonnement (400 chrétiens).

« Notre vénéré provicaire, M. Guérin, a joui cette année, d’une meilleure santé que l’an dernier.
« Composée en majeure partie d’Européens pour la plupart officiers civils ou militaires, la population catholique du cantonnement est plus ou moins flottante. Si elle a perdu en nombre, la ferveur y est toujours la même.
« Sous la sage direction d’un capitaine nouvellement converti, homme d’une ferveur exemplaire et qui brave fièrement tout respect humain, le cercle militaire est très fréquenté par les soldats catholiques.

3º Paroisse Saint-Jean (600 chrétiens).

« En me présentant sa petite gerbe de convertis (21), M. Perret s’excuse de n’avoir pu obtenir davantage à cause du surcroît de travail que lui a donné la construction de sa nouvelle maison. C’est grâce au concours d’une âme charitable que notre cher confrère a pu mener cette entreprise à bonne fin. Le bâtiment tout en briques est élégant et bien disposé.
« Il sert aussi de procure à la mission.
« Le nombre de 1.290 confessions montre la ferveur de cette intéressante paroisse, où toutes sortes de races se rencontrent pour adorer le vrai Dieu.
« Un autre travail qui s’impose, dit M. Perret, c’est l’agrandissement de l’église. J’espère, « avec le secours de la Providence, faire face à ce besoin en l’espace de 2 ou 3 ans. »

4º Paroisse Saint-Antoine (4.43I chrétiens).

« Tout en répondant aux exigences d’un ministère incessant auprès de leurs nombreux chrétiens de la ville et de la campagne, MM. Mourlanne et Xavier Bohn ont trouvé moyen de régénérer une vingtaine de païens.
« Nous avons, cette année encore, écrit M. Mourlanne, continué à régulariser quelques « mariages mal assortis. La tâche devient de plus en plus difficile. Pour un bon nombre, la « séparation s’impose ; mais hélas ! peu se sentent la force de faire cet acte quasi héroïque.
« Parmi les stations que nous visitons dans l’intérieur du pays, nous en trouvons une « dizaine qui possédent de petites chapelles, véritables huttes en terre où nos chrétiens se « réunissent le dimanche pour la récitation des prières de la messe. Nous irons, cette année, « explorer d’autres centres fréquentés par les Malabares. Peut-être ces cœurs simples et droits « seront-ils plus disposés que nos « hauts hupés » de la capitale à recevoir la bonne nouvelle « de l’Evangile.
« Notre école de garçons a fait, cette année, des progrès réels. Les résultats des examens « ont été très satisfaisants.
« Comme vous le savez, Monseigneur, nous avons ouvert une école de filles. Les débuts en « sont bien humbles ; mais la crainte d’avoir à supporter de trop fortes dépenses nous a « empêchés jusqu’ici de la mieux organiser. »

ÉCOLES

« Toutes nos autres écoles, tant dans les villes que dans l’intérieur du Vicariat, donnent d’excellents résultats. La plupart ont remporté des succès signalés aux derniers examens. Cela s’applique surtout aux écoles de garçons.
« Quant à l’éducation des filles de beaucoup plus difficile, elle n’est qu’à son aurore. A part les villes et plusieurs postes anciens, la majorité de nos stations des bois n’ont pas encore d’écoles de ce genre. Cependant la chose s’impose. Bon nombre de missionnaires me demandent instamment des religieuses indigènes pour commencer l’œuvre, mais, en ce moment, les sujets manquent et je dois me contenter de répondre par des promesses.

CATÉCHISAT

« Cet établissement connu sous le vocable de « Saint-Thomas’ Institute » et dont M. Gandon a la charge, continue à nous donner pleine satisfaction. Des 18 élèves qui le fréquentaient, l’an dernier, 5 l’ont quitté pour le petit séminaire de Moulmein. Les 13 qui restent font concevoir les plus belles espérances. Plusieurs vont terminer leur cours de 3 ans. Il nous tarde les voir seconder puissamment nos confrères dans leurs travaux d’évangélisation.

PETIT SÉMINAIRE (MOULMEIN)

« Le bon Dieu bénit les efforts du P. Moïse, chargé des 5 étudiants mentionnés plus haut. La conduite des latinistes est parfaite. J’ai toute confiance que dans quelques années ce nouvel établissement nous fournira de bons élèves pour le collège général de Pinang, qui à son tour nous formera de jeunes lévites bien instruits et vertueux.
« J’ai eu la joie de conférer cette année les ordres du sous-diaconat et du diaconat à un de nos étudiants et je pense l’ordonner prêtre à Noël prochain. C’est peut-être aller vite en besogne ; mais nous avons un si grand besoin d’ouvriers !!
« Voilà, Messieurs et vénérés Directeurs, une revue sommaire des travaux de nos confrères, pendant le dernier exercice, et des résultats de leur zèle et de leur dévouement.
« Mais je ne suis pas sans inquiétude au sujet de plusieurs d’entre eux, chargés de postes importants, et dont la santé est loin d’égaler le courage. Déjà MM. Bringaud et de Chirac nous ont quittés pour aller en France reprendre des forces.
« Vous avez bien voulu nous envoyer depuis le 15 août dernier, trois nouveaux confrères : je vous en remercie de tout cœur. Il nous faudrait actuellement une dizaine au moins de nouveaux ouvriers pour faire face aux immenses besoins du Vicariat et rompre le pain de la parole évangélique à ces braves Carians, encore païens, dont le nombre s’élève à plus de 500.000 d’après le dernier recensement.
« N’oublions pas non plus la concurrence terrible que nous font les ministres anabaptistes. Dix fois plus nombreux que nous, ils se sont implantés presque partout sans avoir pu heureusement couvrir toute la Birmanie méridionale de leurs immenses filets. Sur bien des points, ils n’ont pas encore lancé leurs émissaires ; sur d’autres, ils ont reculé devant les premiers insuccès.
« Le temps presse donc si nous voulons profiter de leur retard et de leur impopularité en certaines parties de la Mission. Dans vingt ans d’ici, il nous sera impossible de faire, avec deux fois plus de missionnaires, ce que nous espérons faire aujourd’hui, avec des difficultés incomparablement moins grandes, si vous daignez, Messieurs, nous accorder le personnel strictement nécessaire que je me crois obligé de solliciter de votre bienveillance.
« Une autre raison, non moins importante, milite encore en faveur de l’évangélisation immédiate de nos chères tribus cariannes. Le temps n’est plus où ces pauvres gens vivaient entièrement isolés des Birmans, leurs maîtres. Sous la domination anglaise, ils sont justement protégés et jouissent de la plus complète liberté d’action. De là vient qu’ils tendent malheureusement à se « birmaniser », c’est-à-dire à se pervertir au souffle de l’indifférentisme bouddhiste : « Jadis, dit M. Rouyer, il était rare de rencontrer un Birman vivant dans un « village carian. Aujourd’hui les Birmans paresseux, fumeurs d’opium ou joueurs de « profession, trouvent plus simple de vivre aux dépens des Carians. Par la cajolerie d’abord, « puis par la ruse ou la force, ils arrivent à s’implanter chez eux et trop souvent à les « déposséder. Ainsi mêlés à l’écume des Birmans, les Carians si faibles se laissent vite « entraîner par le mauvais exemple, et la prédication devient presque impossible.
« La religion des Carians n’est pas le bouddhisme : « Néanmoins, dit M. Mignot, au « contact des Birmans, bon nombre sont déjà bien imbus des idées d’insouciance du Birman « pour ce qui regarde l’au-delà. »
« M. Luce va bien plus loin encore. Il me dit avoir rencontré au nord de son district plusieurs villages carians tellement birmanisés qu’ils ont perdu l’usage de leur langue maternelle. Beaucoup ont déjà contracté des alliances avec les Birmans.
« Le Christianisme peut seul arrêter un si grand mal et préserver à jamais la race si intéressante des Carians. Quel malheur pour ces braves gens et pour nous, s’ils devaient un jour être absorbés par les Birmans !
« Les mêmes remarques peuvent s’appliquer aux Tchins qui vivent sur le versant Est des montagnes de l’Arracan, dans les districts de Thyetmyo, Prome et Henzada. Le dernier recensement élève leur nombre à 30.000. Eux aussi sont des gens simples qui n’attendent que le missionnaire pour embrasser la vraie Religion.
« Hélas ! là encore les anabaptistes nous ont précédés et comptent déjà de nombreux adeptes.
« Nous aurions certainement les mêmes résultats si nous pouvions nous en occuper plus directement et plus activement : témoin les conversions que M. Ambiehl et M. P. Rouyer ont glanées parmi eux. — Ils en auraient eu un bien plus grand nombre, me disent-ils, s’ils avaient pu s’occuper des Tchins d’une manière plus assidue.
« J’ai visité, cette année, tous les postes de la Mission et j’ai eu le bonheur d’administrer 1.500 confirmations. — Au cours de ces visites, j’ai été à même de me rendre un compte exact de ce qui reste à faire.
« A part la province de Tenasserim où tout est encore à commencer, et où cependant les espérances sont loin de manquer, il m’est doux de constater que la bonne semence de L’Evangile commence à germer sur la vaste étendue de ce Vicariat. Elle ne demande qu’à mûrir sous l’action bienfaisante de la grâce et à récompenser les semeurs de leurs travaux et de leurs fatigues par une abondante moisson.
« Operarii autem pauci. Laissez.moi vous le répéter, et faites, je vous prie, Messieurs, que les bras ne nous manquent pas, in tempore opportuno.
« Souvenez-vous de nous dans vos bonnes prières et
« veuillez agréer...

† A. CARDOT,
« Év. tit. de Limyre. »




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