| Année: |
1895 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr USSE |
IV. — Birmanie Septentrionale
Population catholique 5.248
Baptêmes d’adultes 225
Conversions d’hérétiques 20
Baptêmes d’enfants de païens 77
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LETTRE DE MGR USSE, ÉVÊQUE TITULAIRE DE SELGE,
VICAIRE APOSTOLIQUE DE LA BIRMANIE SEPTENTRIONALE,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
« Mandalay, le 1er novembre 1895.
« Bien chers et vénérés Directeurs,
« Il m’est doux de constater que les efforts et le zèle de mes chers confrères sont toujours bénis du bon Dieu. La population catholique de la Mission a enfin dépassé 5.000. Deo gratias ! Des 225 adultes baptisés au cours de cet exercice, 38 jouissent déjà du bonheur du Ciel. Nous aurions pu régénérer quelques autres catéchumènes qui se préparent au saint baptême depuis longtemps ; mais la prolongation de l’épreuve à laquelle ils sont soumis les rendra plus fermes dans la foi et la pratique des vertus chrétiennes, et notre moisson, l’an prochain, n’en sera que meilleure.
« Actuellement, nous avons 943 catéchumènes ; ce beau chiffre, sans précédent dans les annales de notre Mission, fait honneur à mes confrères, qui ont besoin de tout leur dévouement pour mener de front l’administration des catholiques et l’instruction des néophytes. Cette année encore deux des nôtres seront inscrits au nécrologe des missionnaires. Nos rangs décimés par la mort l’ont été aussi par la maladie. MM. Accarion et Pelletier se sont vus obligés de suspendre tout travail : le premier pendant quatre mois, le second, pendant deux ; un moment aussi, nous avons craint pour la vie de M. Jarre. Puissent les épreuves que nous traversons être un gage des bénédictions que l’infinie miséricorde nous destine dans un avenir prochain.
« Pour la première fois, j’ai procuré à nos catéchistes le bienfait d’une retraite qui a eu lieu à Mandalay, du 20 au 30 septembre. J’espère un grand bien de ces exercices qui ont donné aux catéchistes l’occasion de se voir, et m’ont fourni le moyen de leur tracer une ligne de conduite uniforme dans l’enseignement de la doctrine. Ils repartirent tout joyeux et munis d’un diplôme qui les distinguera des simples chrétiens, et leur donnera une autorité qu’ils n’avaient point jusqu’ici.
« Nous avons 1.755 catholiques à Mandalay, 895 fréquentent la cathédrale du Sacré-Cœur : c’est une augmentation de 60 sur le chiffre de l’an dernier. Elle est due aux 25 baptêmes d’adultes, aux 9 conversions d’hérétiques et aux 59 baptêmes d’enfants de chrétiens que mon zélé provicaire, M. Huysman, a eu la joie d’enregistrer. J’attribue ce résultat à la dévotion toujours croissante de nos catholiques et surtout de nos bien-aimés Birmans au Sacré-Cœur de Jésus et à la Vierge Immaculée. Le premier vendredi du mois, 180 associés de la Ligue sainte viennent s’agenouiller à la sainte Table ; il en est de même dans tous les postes du Vicariat, où cette dévotion a ranimé la ferveur des catholiques. Mes confrères n’ont qu’une voix pour proclamer les heureux effets qu’elle produit.
« La retraite prêchée en anglais et en birman à la cathédrale pendant le carême, a contribué, elle aussi, à la sanctification des âmes, et je suis heureux de constater que la jeunesse est toujours à la tête de ce mouvement dans notre marche en avant. Ces résultats, si consolants qu’ils soient, le seraient encore bien davantage si M. Huysman n’était pas surchargé de travail. En dehors des chrétiens de la cathédrale, il s’occupe des soldats, parmi lesquels nous comptons 235 catholiques. Il surveille en même temps la construction de l’évêché. Nous bâtissons aussi une nouvelle école de garçons sur un terrain que nous avons fini par obtenir du Gouvernement, malgré l’opposition de l’évêque anglican de Rangoon.
« Le couvent des Sœurs de Saint-Joseph est toujours à la tête des autres maisons d’éducation en Haute-Birmanie. Les succès obtenus par les élèves aux examens sont une preuve du dévouement absolu des maîtresses à leur œuvre de charité. Elles ont 130 élèves dans les classes anglaises, et leur orphelinat est devenu trop étroit pour contenir les nombreuses enfants qui demandent à y être admises. — Les bonnes vieilles du Refuge (au nombre de 15) sont heureuses comme des reines : « Nous voulons, disent-elles aux Sœurs, « adorer le Dieu que vous adorez et aller ensuite au même endroit que vous. » Sans savoir au juste ce qu’est le Ciel, ouvrières de la onzième heure, elles y vont tout droit après avoir appris quelques prières et les vérités élémentaires de la doctrine chrétienne. Les religieuses ont préparé 18 adultes au saint baptême.
« La paroisse tamoule administrée par M. Moysan compte 487 catholiques et a donné 7 baptêmes de païens.
« L’église du centre de la ville, Saint-François-Xavier, demeure toujours inachevée, « m’écrit notre confrère, mais les gros travaux sont terminés, et je ne saurais vous dire, « Monseigneur, combien mes paroissiens sont fiers de leur nouveau sanctuaire. Parmi les « catéchumènes, se trouve une femme mariée il y a dix ans. Elle élève ses trois enfants avec « soin et serait la plus heureuse des femmes si son mari était moins dur pour elle et lui « permettait de se faire catholique. Cet homme, d’abord païen, est devenu protestant et, « comme tous les protestants, il ne paraît guère disposé à la tolérance religieuse ; plus d’un « orage domestique l’a déjà prouvé. Souvent il tourmente sa pauvre femme en lui débitant ses « boniments de Wesleyen. Inutile de dire que le protestant déteste le missionnaire et que ce « dernier doit choisir ses moments pour aller porter une parole de consolation à sa vaillante « catéchumène. La Providence cependant semble prendre les moyens de mettre à la raison le « maître du logis. La femme demande un jour la permission d’aller à l’église, le mari refuse « brutalement ; or, le soir du même jour, il rentre à la maison dans un état pitoyable : son « cheval s’était abattu, sa voiture et son harnais avaient été brisés, et lui-même était blessé. La « catéchumène en le soignant lui dit : « C’est Dieu qui t’a puni pour ton refus de ce matin, et « il t’arrivera d’autres malheurs encore, si tu n’y prends garde. » — 15 jours plus tard, il « tombait de cheval, après avoir de nouveau refusé à sa femme la même permission. Comme « cette personne est instruite, elle a appris toute seule la doctrine catholique et l’enseigne à sa « fille aînée, âgée de 8 ans, qui sait déjà les prières et tout le petit catéchisme. Bientôt, je « l’espère, je mettrai le comble au bonheur de notre fervente catéchumène, en la baptisant « avec ses trois enfants. »
« L’église de Notre-Dame de Lourdes, à l’est de Mandalay, et l’église de Saint-Lazare à quelques centaines de mètres de l’Irawaddy, sont desservies aussi par M. Moysan ; de cette manière, les Tamouls, dispersés aux quatre coins de l’immense ville, ont toute facilité pour assister à la sainte messe et pratiquer leurs devoirs religieux.
« M. Léon Lafon, procureur de la Mission, administre la nouvelle église chinoise. Son troupeau compte actuellement 13 catholiques et 30 catéchumènes : c’est un petit noyau qui est appelé à devenir un grand arbre. Le 11 septembre dernier, j’eus le bonheur de bénir solennellement l’église de Saint-Joseph et l’orphelinat : ce fut un beau jour pour notre sainte Religion. Les païens ne nous connaissaient guère dans cette partie de la ville où il n’y avait pas encore un seul catholique. Ils vinrent en grand nombre et furent émerveillés de la pompe de nos cérémonies. Désormais, un missionnaire habitera là pour leur montrer le chemin du ciel. Les Chinois adultes se convertissent difficilement, car ils ont trois grands obstacles à surmonter : le jeu, l’opium et les unions illégitimes ; mais la grâce de Dieu est toute puissante, et les résultats déjà obtenus nous en font espérer de bien plus consolants dans un avenir prochain.
« L’orphelinat nous donne des espérances très sérieuses, car les enfants que nous y recueillons n’ont pas encore contracté les habitudes mauvaises qui rendent si difficile la conversion de leurs parents. Ils connaissent les prières et apprennent le catéchisme avec entrain, et je suis heureux d’aller de temps en temps écouter les louanges du bon Dieu chantée en la langue des fils du ciel.
« Passons à la léproserie dont M. Huysman a la direction, en l’absence de M. Wehinger, et où M. Martin se consacre tout entier au bonheur de ses chers malades. Son zèle a été bien récompensé. En ville, il a baptisé 12 enfants in articulo mortis et 32 adultes qui n’ont pas tardé à aller prier pour lui et pour nous tous au Paradis. D’un autre côté, le 9 octobre, je régénérais moi-même dans les eaux du saint baptême 44 de ces infortunés lépreux qui aujourd’hui ne voudraient pas échanger leur bonheur contre une couronne. C’est donc 76 baptêmes que notre confrère a enregistrés ; il tient la palme, cette année encore.
« Notre léproserie Saint-Jean vient de recevoir le précieux concours d’une personne charitable entre toutes, Mlle Arma Jégu, du diocèse de Laval. Cette héroïque chrétienne a quitté la France pour se consacrer au service des plus misérables d’entre nos lépreux. Elle est arrivée à Mandalay, le jour même de la fête de saint Jean, apôtre de la charité et patron de notre hôpital. Depuis lors, elle accomplit la tâche qu’elle s’est librement imposée, avec une simplicité et une gaieté de cœur qui ravissent d’admiration tous ceux qui visitent l’établissement.
« Suivons le même ordre que l’an dernier dans la revue des postes de la Mission.
« Au Sud-Est, nous trouvons Pyinmana (66 catholiques, 1 baptême d’adulte, 1 conversion d’hérétique).
« Je suis heureux de le constater, notre séminaire de Saint-Louis de Gonzague est en progrès. Le nombre de nos jeunes latinistes a plus que doublé depuis un an. Parmi nos 25 élèves, il y a des enfants de 10 à 12 ans qui, pour la piété, l’application au travail et le bon esprit, feraient honneur aux meilleurs collèges de France. Le P. Augustin dirige la maison avec un zèle digne de tous mes éloges. Je voudrais la transférer à Mandalay, où nos jeunes séminaristes donneraient l’exemple à leurs amis d’enfance qui sans doute se laisseraient facilement entraîner à leur suite. L’argent est nécessaire pour mener à bonne fin l’œuvre de la formation du clergé indigène, qui est la première de notre chère Société, et j’aime à espérer que les âmes charitables voudront bien se rappeler à l’occasion les besoins pressants de notre séminaire de Saint-Louis.
« M. Rupin m’écrit de Thiyagon, sa résidence ordinaire : « En jetant un coup d’œil sur « l’année qui vient de s’écouler, je bénis Dieu de m’avoir donné un grand sujet de l’aimer « davantage. Outre les 10 baptêmes d’adultes que j’ai eu le bonheur d’administrer, je me « réjouis avec les anges de la persévérance des 89 justes qui furent régénérés l’an dernier, « dans les eaux du baptême. Il y a sept mois seulement que l’eau sainte a coulé sur leurs « fronts, et déjà, pour s’approcher de plus en plus près de Celui qui donne la vie, ils m’ont « supplié de les admettre à la sainte Table.
« Dans les trois derniers mois, j’ai entendu 140 confessions et donné 130 communions. — « Vous savez, Monseigneur, que j’ai devant moi, à un mille de ma résidence, les grandes « montagnes de l’Est. J’ai fait dernièrement une excursion dans les vallées qu’habitent les « Carians. Il y a là 3 ou 4.000 âmes qui n’attendent que l’arrivée d’un missionnaire pour se « laisser guider par lui vers le ciel. Je suis revenu tout triste à Thiyagon où les catholiques ne « peuvent pas se passer de ma présence, et j’ai dû me contenter d’établir un petit poste à « Maouben. Quelques familles carianes et birmanes s’y sont réunies pour étudier notre sainte « religion. Chaque semaine, je vais encourager les nouveaux catéchumènes et apprendre « quelques mots de la langue cariane. »
« Yemethin (100 catholiques).
« La mort de M. Legendre a plongé dans la douleur les néophytes de cette chrétienté. Le cher défunt caressait l’espoir d’organiser un nouveau village à Taonlenzai, tout près de Tatkon. Un peu plus au Sud, Shiouemyo compte quelques familles de bonne volonté qui nous appellent. Au nord, tout près de Meiktila-road, Ngaon-yao va nous fournir un contingent de 50 familles, mais cette belle moisson peut être perdue faute d’ouvriers pour la recueillir.
« Meiktila (100 catholiques, 30 baptêmes d’adultes, 1 conversion d’hérétique, 2 baptêmes d’enfants in articulo mortis).
« Désireux de faire participer les Birmans aux bienfaits de l’Evangile, M. Jarre construisit l’an dernier un petit catéchuménat.
« Déjà, me dit notre confrère, 30 adultes en sont sortis, après avoir reçu le baptême ; « d’autres se préparent au sacrement, tandis qu’un certain nombre dont l’instruction est « terminée, subissent l’épreuve définitive dans un petit village voisin de la ville. Parmi ces « nouveaux chrétiens Birmans, je dois signaler trois petits-fils d’un ancien ministre. Ils se sont « engagés dans la milice du Christ et marchent vaillamment à la conquête du Ciel.
« Une bonne vieille, que j’ai nommée Félicité, vint me raconter un jour qu’elle avait « entendu parler de moi, et, tout en égrenant son chapelet bouddhique, me demanda si « vraiment Gaudama n’était pas Dieu. — « Comment veux-tu qu’il le soit, lui dis-je ? Parmi « tous les Gaudamas que tu as vus, en est-il un qui ne soit de bois, de pierre ou de métal ? En « as-tu vu un seul vivant ? — Non jamais je n’ai eu ce bonheur-là. — Eh ! bien, vois-tu, tu es « vieille, tes dents vont toutes tomber au premier jour ; tu vas mourir et, après avoir été « malheureuse pendant la vie, tu le seras encore davantage à la mort. — J’ai fait de mon « mieux, dit-elle, pour ne pas devenir une chienne, une oie ou quelque chose de ce genre, « après ma mort ; j’ai toujours égrené mon chapelet ; j’ai toujours donné du riz au « ponguis » « pour avoir du mérite, aussi, je veux être heureuse, et, si vous pouvez m’assurer le bonheur « éternel, dites-moi ce qu’il faut faire, je le ferai. » Je lui dis ce qu’il fallait faire, et la vieille « Félicité connaît aujourd’hui le véritable bonheur. »
« M. Jarre est aussi chargé du Fort Stedman situé dans les Etats Shan. Vu la distance qui sépare Meiktila de ce poste avancé, le missionnaire ne peut le visiter qu’une ou deux fois l’an. Il y a là une soixantaine de catholiques qui auraient bien besoin de la présence continuelle du prêtre pour persévérer dans la pratique de leurs devoirs religieux.
« En remontant vers le Nord, sur la ligne du chemin de fer, nous arrivons à Kyaouksé. C’est une ville foncièrement bouddhiste, célèbre par sa pagode bâtie sur le sommet de la montagne et vers laquelle affluent les pèlerins de tous les points de la Birmanie. M. Pelletier administre ce poste. Sa résidence ordinaire est toujours Chanthagon « la colline du bonheur » (84 catholiques, 11 baptêmes d’adultes, 80 catéchumènes).
« Le district de Chanthagon offre les meilleures espérances pour l’avenir ; l’esprit des néophytes y est excellent. Ils aiment le missionnaire et lui sont très attachés. « Je déplore, « m’écrit M. Pelletier, la mortalité extraordinaire qui a décimé mes chrétiens, cette année. En « moins de trois mois, j’ai enterré 13 ou 14 personnes dans le même petit village.
« L’orphelinat de Saint-Nicolas compte actuellement 35 enfants qui font ma joie par leur « docilité, leur progrès dans les études et les travaux manuels. Je les aime surtout à cause de « leur piété que le maître d’école, homme vraiment supérieur, sait si bien entretenir et « développer.
« Depuis longtemps déjà je nourrissais le projet de fonder un hospice de vieillards. Loger « et nourrir ces malheureux me semblait un puissant moyen d’attirer les bénédictions du bon « Dieu sur tout mon district. Grâce à la générosité de quelques bonnes âmes de France, ce « projet a été réalisé. J’ai actuellement, à Chanthagon, tout à côté du presbytère, un bâtiment « qui peut recevoir douze vieillards. J’aime à espérer que les personnes charitables auxquelles « je suis redevable de ce nouvel établissement, voudront bien me continuer leurs secours. « Mon rêve serait d’avoir une maison semblable pour recueillir les femmes âgées qui ne « peuvent se décider à quitter la campagne pour aller chez les Sœurs à Mandalay. »
« Kenlat, à 2 milles de Chanthagon, ne compte pas moins de 50 catéchumènes qui, depuis deux ans, apprennent les prières et le catéchisme, et sont suffisamment prêts pour le baptême. M. Pelletier a préféré les éprouver encore avant de leur conférer le caractère des enfants de Dieu. Le plus beau site de cette nouvelle station était autrefois occupé par le chef païen ; notre confrère a été assez habile pour en faire l’achat et y bâtir l’église et le presbytère que j’ai bénits à la Saint-Pierre, au milieu d’un concours immense de chrétiens et de païens.
« En descendant le fleuve, nous arrivons bientôt à Nyaoni-ben. Ce village veut se donner à nous, et le chef est à la tête du mouvement. Je l’ai visité deux fois déjà et j’ai été frappé de la simplicité de ces pauvres gens qui m’ont paru absolument dégoûtés du bouddhisme.
« Plus bas encore, à Myaonkaine, nous avons une soixantaine de familles que j’allai voir tout dernièrement avec nos orphelins de Chanthagon. Les païens furent émerveillés des soins et des marques d’affection que nous donnons à nos enfants. Là aussi il y a de l’espoir.
« M. Pelletier me cite un fait qui mérite d’être rapporté.
« Dans les environs de Chanthagon, m’écrit-il, habite un riche et puissant Birman qui, « quoique aveugle, n’en est pas moins très influent. Il y a quelques années, mon prédécesseur « me disait, en parlant de ce païen, que je ne pouvais faire un meilleur coup de filet qu’en « attirant à moi ce gros poisson. Bien qu’il fût d’abord défiant et mal disposé, je suis arrivé « peu à peu à gagner son amitié et celle de ses deux frères, dont l’un est déjà venu se fixer à « Chanthagon, depuis plusieurs mois. Cet homme naturellement bon et franc a comparé les « dogmes catholiques, avec les théories sans fondement et sans résultat pratique du « bouddhisme, et s’est déclaré chrétien. Non seulement il croit et veut achever de s’instruire, « mais encore il prêche la religion opportune et importune à ses nombreuses connaissances et « à tous ceux qu’il rencontre. J’aime à penser que le bon Dieu se servira de son influence et de « sa bonne volonté pour attirer à nous un grand nombre de païens. »
« Je caressais depuis longtemps l’espoir de rétablir la vieille chrétienté d’Amarapoora, ancienne capitale des rois birmans, où un évêque, un prêtre et plusieurs catholiques dorment leur dernier sommeil. Nous avons l’habitude d’aller prier sur leurs tombeaux, une fois l’an, après le 2 novembre. Il me semble toujours les entendre me dire : « N’oubliez pas Amarapoora. » Mon désir vient d’être exaucé ; en effet, quelques familles d’Amarapoora nous demandent, mais je n’ai personne à leur envoyer.
« Plus au Sud, sur l’Irawady, nous trouvons Myingyan (235 catholiques).
« Ce district comprend Pakokoo (20 catholiques), Payan (12 catholiques), Mimboo (20 catholiques), Magoué (15 catholiques), et s’étend jusqu’au Sud-Ouest de la Mission. L’administration en a été faite d’une manière régulière par M. Foulquier qui est en même temps chargé de Nabeck (315 catholiques, 3 baptêmes d’adultes, 6 d’enfants de païens). Les catholiques de ce dernier poste sont réellement édifiants, 90 sont membres de la Ligue du Sacré-Cœur et s’agenouillent à la sainte Table, tous les premiers vendredis du mois. Les enfants de l’orphelinat de Nabeck donnent au missionnaire pleine satisfaction. Cette année encore, le choléra a fait de nombreuses victimes dans les bourgs environnants, mais il a épargné Nabeck. La Vierge du Rosaire que les néophytes aiment tant à vénérer n’a pas permis au fléau d’entrer dans leur village.
« Choung-oo compte 325 catholiques, et M. Giraud qui y réside, a enregistré 2 baptêmes d’adultes et 11 d’enfants de païens. Il y avait là des querelles que notre confrère ne parvenait pas à apaiser ; la Ligue du Sacré-Cœur a réconcilié tout le monde. « Ceux qui en font partie « sont des chrétiens dignes de ce nom, m’écrit M. Giraud. C’est une dévotion qu’on ne saurait « assez recommander, parce qu’elle mène droit au Ciel. — Je dois mentionner aussi la belle « procession qui, pour la première fois, a été faite à Choung-oo, en l’honneur de Marie, le jour « de sa glorieuse Assomption. La statue de Notre-Dame de Lourdes fut portée en triomphe, « autour du village chrétien, au grand ébahissement de 10.000 païens accourus de tous côtés « pour contempler ce spectacle si nouveau pour eux. Les cloches mêlaient leurs sons argentins « au bruit du canon et aux détonations des fusils. La nuit de la fête, les chrétiens et les païens « de la localité virent, dit-on, un globe de feu planer au-dessus de l’église.
« M. Giraud administre aussi Monywa (45 catholiques, 2 baptêmes d’adultes). Je regrette de n’avoir pas de missionnaire qui puisse s’occuper exclusivement des gros villages birmans très nombreux dans ce district.
« Plus haut encore, sur le Chindwin, nous avons deux petits postes, Kalewa et Kindat. Kalemyo, au pied des montagnes Chin, n’a pas été visité depuis trois ans. A Falam et à Itaka, des soldats catholiques demandent un prêtre, dont la présence leur serait bien nécessaire, car ils se trouvent au milieu des tribus sauvages, et la fièvre les décime.
« Passons aux trois districts du Nord-Ouest. Nous trouvons d’abord celui de Shwebo, dont la population catholique (540 âmes) est répartie entre six chrétientés ; il compte en outre 400 catéchumènes. M. Herr administre le tout avec l’aide de MM. Granié et Remandet. Dans la ville de Schwebo (340 catholiques dont 100 soldats), notre confrère a recueilli 38 baptêmes d’adultes, 9 conversions d’hérétiques et 25 baptêmes d’enfants de chrétiens. Chaque dimanche, il doit biner pour permettre aux soldats du cantonnement d’entendre la messe. Au Sud, son district s’étend presque jusqu’à Mandalay, et au Nord, jusqu’à Wountho. En ce moment, il bâtit une petite résidence à Sagaïn, où nous avons 42 catholiques. Chose étrange, c’est un moine bouddhiste qui s’est engagé à fournir les matériaux nécessaires, après nous avoir vendu à un prix très modique l’emplacement de l’un de ses monastères.
« Youataong (33 catholiques) est situé à deux milles de Sagaïn. Cette localité sert en quelque sorte de quartier général aux employés du chemin de fer de la vallée du Mou.
« A cinquante milles au nord de Shwebo, nous trouvons Kambalu (30 catholiques), et à 50 milles plus loin, Kawlen et Wountho (10 catholiques). Au mois de mai dernier, j’ai visité ces parages en compagnie de MM. Herr et Couillaud. Les quatre nouveaux villages du district de Shwebo sont : Ouaihmyaut et Kawdaw, dont s’occupe M. Granié ; Payan et Thalon, où M. Remandet fait ses premières armes. Nous aurons près de 400 baptêmes dans ces nouveaux postes avant la fin de l’exercice 1896 : ce sera un événement sans précédent dans les annales de notre chère Mission. Deo gratias !
« A 120 milles de Shwebo, à l’est de I’Irawady, on rencontre les mines de rubis, Bernard-myo et Mogauk (60 catholiques). Malgré l’énorme fardeau qui pesait déjà sur lui, M. Herr a dû accepter l’administration de ces postes. Le pays est splendide et habité par les Shans ; ces peuplades n’ont pas encore entendu parler de l’Evangile.
« M. Faure est toujours chargé du district de Chanthaywa qui comprend la chrétienté de ce nom et Ye-ou. Parmi les âmes qui font la consolation du missionnaire à Chanthaywa, il en est une qui mérite une mention spéciale. Pierre Maongni a vingt ans et se prépare au sacerdoce. Dès l’âge de dix ans, il se sentit attiré vers le sanctuaire, mais la pauvreté de ses parents dont il était l’unique soutien, l’empêcha de réaliser son pieux dessein. A trois reprises différentes, il dut quitter son village et aller chercher du travail en basse Birmanie. Privé de tout secours religieux, et mêlé aux païens dont le langage et la conduite attristaient sa piété, cet excellent jeune homme conserva intact le trésor de son innocence. Dieu seul sait les luttes qu’il eut à soutenir. Enfin, au mois de février dernier, Pierre vint timidement demander à M. Faure s’il n’était pas trop âgé pour étudier le latin et devenir prêtre. Le missionnaire qui connaissait et estimait cette âme d’élite, lui donna des leçons de latin. Aujourd’hui, Pierre persévère dans sa vocation, malgré les assauts qu’il a eu plus d’une fois à subir de la part de ses parents.
« Un autre jeune homme lui aussi originaire de Chanthaywa fait l’édification des catholiques de Mandalay : Jean Hpau-mya, sacristain de la cathédrale, est un modèle de foi, de charité, d’humilité et de pureté chrétiennes. Il partage tout son temps entre le bon Dieu qu’il reçoit tous les huit jours, la sainte Vierge dont il récite le rosaire avec amour, sa mère qu’il chérit et la cathédrale qu’il tient toujours très propre. N’avons-nous pas le droit d’être fiers de pareils jeunes gens ?
« District de Monhla (322 catholiques, 2 baptêmes d’adultes, 3 d’enfants de païens). La chrétienté de Monhla se compose de 193 catholiques. M. Laurent a entendu 915 confessions et donné 892 communions. Il a vraiment tout lieu d’être satisfait de la conduite et de la régularité de son troupeau. Cette année, il a reconstruit son église et sa résidence : un bienfaiteur insigne lui en avait fourni les moyens. Le 12 juin avait été fixé pour la bénédiction solennelle. La cérémonie attira une foule de païens ; ils passèrent une grande partie du jour et de la nuit à parler de religion avec nos meilleurs catéchistes, que nous avions eu soin de convoquer tout exprès pour la circonstance. Le soir de la fête, les catholiques de Monhla récréèrent leurs bienfaiteurs et leurs hôtes par la mise en scène de l’histoire de Tobie : ce fut réellement une fête de famille. M. Laurent toujours actif a accepté la charge de fonder une ferme-école. Le terrain de Monhla est excellent pour la culture. Nous possédons quelques champs que ce cher confrère va utiliser au profit de nos orphelinats. Il me raconte un fait très édifiant qui s’est passé à Chyaon-yo (autre chrétienté de son district : 129 catholiques) et qui trouve naturellement sa place dans ce compte-rendu. « Je reste fidèlement à Monhla, me dit-il, « pour le premier vendredi du mois, afin de permettre aux nombreux membres de la Ligue du « Sacré-Cœur de s’approcher des sacrements, et je vais non moins régulièrement à Chyaon-yo « pour le premier samedi. Maong-Saïn-nyo, chrétien de ce dernier poste avait une dévotion « très grande au Sacré-Cœur de Jésus. La Communion du dimanche ne lui suffisait pas ; il « tenait surtout à communier le premier vendredi du mois, afin de s’assurer la faveur promise « par Notre-Seigneur Jésus-Christ à ceux qui le reçoivent neuf vendredis de suite. Or, il arriva « que ce privilégié du Sacré-Cœur tomba malade le 1er jeudi, mais ce contre-temps ne l’arrêta « point. Il fit préparer une voiture et partit pour Monhla, où il communia avec les sentiments « de la foi la plus vive. C’était la dernière fois qu’il s’unissait à son Dieu sur la terre. Il était « rentré chez lui depuis trois jours à peine, quand il se sentit plus faible et, peu après, rendit « son âme à Dieu. »
« Le Nord de la mission comprend 4 chrétientés desservies par MM. Accarion et Couillaud. Katka compte 54 catholiques. Cette station trop éloignée de Bhamo est difficile à administrer, et les progrès de la religion y sont lents.
« Bahmo (125 catholiques, 4 baptêmes d’adultes et 4 d’enfants de païens) est le point central du district. Il y a dans cette ville des Anglais, des Birmans, des Chinois et des Indiens. M. Bérard en était chargé quand il mourut le 5 juin dernier. A Nankaïpa, nous avons 91 catéchumènes katchyns, qui seraient déjà baptisés sans la maladie de M. Accarion,. M. Couillaud a fait ses premières armes à Celeï, village birman, où nous comptons 30 catholiques et une vingtaine de catéchumènes. Nos deux intrépides confrères espèrent moissonner bientôt dans la joie ce que leurs devanciers ont semé dans les larmes. Que Dieu les protège contre le climat de ces forêts qui nous a déjà enlevé quatre missionnaires !
« Les Américains baptistes ont à Bhamo des établissements qui ressemblent à des palais. Chez eux l’or abonde, mais les résultats sont nuls.
« Ils sont coulés, me dit M. Accarion dans son rapport, leur œuvre n’avance pas. » C’est que l’argent, si puissant qu’il soit sur les pauvres sauvages, n’a pas encore produit une vraie conversion.
« En terminant ce compte-rendu, permettez-moi d’espérer, Messieurs les Directeurs, que vous n’oublierez pas dans vos prières et dans la répartition des sujets la Birmanie septentrionale. Elle commence à prospérer ; le branle est donné partout ; à vous d’assurer le développement de nos œuvres.
« Veuillez agréer...
Ǡ A.-M.-J. USSE,
« Ev. tit. de Selge. »
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