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Rapport annuel des évêques

Année: 1896
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Cardot

III. — Birmanie Méridionale.

Population catholique 35.572
Baptêmes d’adultes 1.560
Conversions d’hérétiques 62
Baptêmes d’enfants de païens 71
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Cette année, Mgr Cardot a fait procéder, d’une manière aussi exacte que possible, au recensement de la population catholique de son Vicariat, et c’est en rendant grâces à Dieu qu’il constate et nous fait savoir que la Birmanie méridionale compte aujourd’hui 35.572 chrétiens. Le dernier exercice a enregistré 1.560 baptêmes de païens adultes et 62 conversions d’hérétiques. C’est moins que ne l’avaient espéré les missionnaires et le Vicaire apostolique ; les détails du compte rendu nous disent comment la maladie de plusieurs confrères et d’autres raisons ont empêché toutes les espérances de se réaliser.
« A Bassein, écrit Mgr de Limyre, le vénéré P. D’Cruz, malgré son grand âge, a su, avec toute la vaillance d’un jeune missionnaire, subvenir aux besoins de sa nombreuse chrétienté, tout en travaillant à la traduction birmane des quatre évangiles qu’il vient de terminer. Les 35 baptêmes d’adultes administrés par lui témoignent de l’activité de son zèle et de l’estime incontestée qu’il s’est acquise parmi les païens. Pour lui donner plus de temps et lui permettre de mener à bonne fin la traduction du nouveau Testament, j’ai cru devoir lui adjoindre M. Lefebvre, dont l’assistance lui sera nécessaire aussi pour une œuvre d’intérêt général que j’ai l’intention d’établir à Bassein.
« Au dire du P. D’Cruz, il serait temps de placer un missionnaire à Ywé, village important au nord, sur la rivière Daga, dont la population chrétienne ne fait qu’augmenter, grâce surtout au zèle éclairé qu’il a su inspirer à ses néophytes. Le trait suivant, que me raconte le Père, fait voir la foi vive et les convictions profondes de ses nouveaux convertis : « Un ministre baptiste rencontre un jour un de ses anciens adeptes devenu catholique, qui « portait au cou un chapelet et un crucifix. Fixant le premier objet religieux, le ministre « demande à notre chrétien d’un ton ironique : ─ Quelle est la valeur de ce que tu portes là ? « C’est une chose qu’il me plairait assez d’acheter. ─ Pour nous, répond notre Carian, le « chapelet est d’une telle valeur que nous ne saurions l’apprécier, et cependant pour quelques « annas (sous) vous pourrez vous en procurer un. ─ Et cette croix que tu portes, à quoi te « peut-elle être utile ? ─ A quoi ? Mais c’est l’image du Divin Crucifié que vous-même « m’avez appris à connaître. Elle me rappelle mon Sauveur sur les traces duquel je veux « marcher. »
« Le successeur de M. Freynet, dans le poste relativement récent de Poukseinbé, M. Iffly, s’excuse de n’avoir pu obtenir plus de 47 conversions de païens. C’est cependant un beau résultat, vu les nombreux obstacles qu’il a rencontrés. Son assistant, le P. Joseph, a payé son tribut la fièvre, et cela à deux reprises différentes, pendant l’époque favorable au travail. «Il « était à peine rétabli, écrit M. Iffly, que la saison des pluies recommençait, et avec elle la « difficulté de voyager. Le choléra également s’est mis de la partie en nous enlevant « plusieurs personnes et en faisant prendre la fuite à nombre d’autres. Les baptêmes « d’adultes ont été obtenus à l’ouest de Poukseinbé, non loin de la rivière de Bassein. « Jusqu’ici, cette partie du district avait été rebelle à la voix du missionnaire. »
« La gerbe que j’ai l’honneur de présenter aujourd’hui à Votre Grandeur, écrit M. « Cartreau, chargé du poste de Kiontalok, est un peu meilleure (27 conversions de païens) « que celle de l’année dernière. Elle eût été plus considérable, si mon voyage dans le district « de Yandoon n’eût dérangé mes plans. Je n’ai pu me rendre dans tous les endroits où je me « proposais d’aller et où l’on m’appelle depuis assez longtemps. Ce sera pour l’an prochain « si, comme, je l’espère, il a été d’ici là pourvu aux besoins de ce poste vacant. C’est un seul « village, Aké, assez rapproché de Kiontalok, qui a fourni les 27 conversions. Jusque-là, ce « village et ceux des environs s’étaient montrés sourds à toute prédication, mais comme ce « premier succès paraît sérieux, j’espère que la grâce continuera là, comme ailleurs, son « œuvre de progression ascendante.»
« Pour soutenir ses écoles, faire travailler les orphelins et leur enseigner différentes méthodes d’améliorer leurs champs, notre confrère a établi chez lui une ferme-école, la seule que la Mission possède. Il a obtenu de magnifiques rizières dans des terrains incultes que des Birmans lui avaient abandonnés à vil prix.
« Tout en s’occupant de son vaste district auquel est attachée notre école de catéchistes, M. Kern a trouve moyen d’augmenter son troupeau du beau chiffre de 165 nouvelles recrues. Un prêtre indigène, le P. Raphaël, l’a beaucoup aidé, et cependant il me dit ne pouvoir suffire à la besogne. A 60 milles au sud-ouest de Myaung-mya, il y a de grands villages carians, dont plusieurs déjà chrétiens, où un missionnaire trouverait largement de quoi s’occuper obtenir des conversions.
« Les écoles de Myaung-mya gardent toujours le premier rang parmi nos écoles des districts. Malheureusement, elles ont été fort éprouvées au cours de cette année par le choléra. Notre confrère a déploré surtout la mort de son maître d’école, homme très instruit et très dévoué à son travail, qui sera difficilement remplacé.
« Au mois de novembre, ajoute M. Kern, j’ai eu une première communion de 30 enfants. « Leur ferveur fait ma consolation. Sans que je les presse, la plupart se confessent tous les « mois. Plusieurs jeunes filles manifestent le désir de communier fréquemment, et quatre « d’entr’elles m’ont déjà exprimé le vif désir qu’elles ont de se faire religieuses. »
« Outre les 51 baptêmes d’adultes enregistrés pendant l’année, M. Bertrand a entendu 4.000 confessions de dévotion. Dans aucune de nos chrétientés, le travail d’administration n’est aussi considérable que dans le district de Kanatzogon. En dehors de sa résidence, le missionnaire a 16 chapelles où chaque année, pendant les quelques mois de la belle saison, il réunit ses chrétiens. Il peut à peine donner quelques jours à chaque poste, en faire à la hâte l’administration et reprendre sa course. Comment alors songer à la prédication chez les païens ? Et le missionnaire auquel incombe une telle tâche, a aujourd’hui 63 ans. Je crois donc à la nécessité urgente de lui adjoindre un aide, si je ne veux porter préjudice à un des meilleurs postes du Vicariat.
« En l’absence de M. Tardivel, c’est M. Ballenghien qui m’envoie le compte rendu de la « station de Maryland. Il est tout heureux de nous annoncer 82 conversions de païens, en « nous laissant concevoir de plus grandes espérances encore pour l’an prochain. « Cette « année, écrit-il, l’élan des conversions paraît être donné, et c’est par groupes et par villages « que les Carians nous appellent et nous demandent à se faire chrétiens. Les Baptistes sont « toujours nos ennemis déclarés, mais il est à constater que partout où ils sont rapprochés de « nous, leur œuvre reste stationnaire, et souvent même nous avons la joie de recevoir chez « nous plusieurs de leurs adeptes. Grâce à un excellent petit livre de controverse fait par le P. « D’Cruz à l’usage des catéchistes, nos chrétiens sont plus instruits sur les points en « discussion, craignent moins les attaques des ministres dissidents et savent mieux défendre « leurs convictions religieuses. Témoin ce ministre, carian d’origine, éduqué en Amérique, « qui fut interrompu au cours d’une de ses prédications par un simple maître d’école. Le « ministre prêchait sa religion à des païens, en montrant l’idolâtrie des catholiques qui « adorent la sainte Vierge, les images et les médailles. Notre ardent disciple se lève, et au « grand étonnement de tous, ose poser au savant orateur deux ou trois questions claires et « précises auxquelles il ne peut répondre. L’auditoire était gagné : le ministre hérétique « s’étant retiré, les Carians présents ont demandé à se faire instruire. Aujourd’hui, 25 déjà « ont été baptisés et d’autres le seront, je l’espère, lors de ma prochaine visite. Les écoles « sont également en progrès. Nous avons trois instituteurs au lieu de deux, et 60 enfants au « lieu de 30. Les examens ont été des plus satisfaisants. »
« Au milieu de nombreuses difficultés, le P. Carolus, chargé du poste de Sagagyi, a vu augmenter son troupeau de 18 nouveaux chrétiens. Les communications sont on ne peut plus difficiles dans cet endroit, et je crains bien d’avoir un jour à le rattacher à un district voisin ou à en transporter le centre dans un milieu plus favorable.
« Notre vénéré M. Naude-Theil, patriarche et doyen de la Mission, est toujours retenu dans sa chambre par l’âge et les infirmités. Il reste néanmoins le seul pasteur de celles de ses brebis qui sont groupées autour de sa résidence, dans le poste principal, à Thinganaing. Comme l’apôtre bien-aimé, les forces ne lui manquent pas pour attiser en elles le feu de la charité et les maintenir dans la pratique fréquente de leurs devoirs religieux. Rien de beau et d’édifiant comme la simplicité et la ferveur de ces âmes qui, avec le bonheur d’aimer et de servir Dieu, éprouvent la plus grande joie à réjouir ainsi le cœur de leur père dans la foi. L’an prochain nous célébrerons, si Dieu le permet le jubilé sacerdotal de notre vénérable aîné. C’est M. Théophile Bohn qui a dû, malgré son peu d’expérience de la vie apostolique et de la langue, administrer cette année les stations extérieures du poste.
« A Okpho-Myittagon, M. Ambiehl a pu obtenir, cette année, la moisson consolante de 72 baptêmes de païens adultes, dont la majeure partie appartient à la tribu des Chins. Il a heureusement enrayé les progrès des Baptistes sur la frontière nord, et préparé de nouveaux succès pour l’année prochaine. Le ministre dissident de Thayetmyo, qui vient jusque dans ces parages, s’est plaint, par une lettre déplacée, des ravages que notre zélé confrère a faits parmi ses disciples, et a menacé même d’aller partout dans nos villages semer le doute et la discorde. Il n’a pas donné suite à son projet.
« M. Maigre m’écrit de Lethama : « Je puis diviser cette année-ci en deux parties bien « distinctes. Dans la première partie le travail allait au jour le jour et si les choses avaient « continué de ce train, je n’aurais certes pas eu les 128 conversions que je suis fier de vous « apporter aujourd’hui. Dans la seconde partie, au contraire, c’est-à-dire depuis le mois de « mars, le travail m’a assiégé de toutes parts : ce n’était qu’un va-et-vient continuel de « Carians, Birmans et Chins, qui venaient par familles entières m’exprimer le désir de se « faire instruire et devenir chrétiens. Si nous avions été ici deux ou trois missionnaires avec « un nombre suffisant de catéchistes, nous aurions obtenu plus de 300 conversions. Seul, « livré à mes propres forces et à mes seules ressources, j’ai fait tout mon possible ; « mais, hélas ! la mauvaise saison approchait ; je me suis donc vu dans la fâcheuse obligation « de remettre ces braves gens à l’année prochaine. Espérons qu’ils n’en seront que meilleurs « et plus nombreux. »
« Le poste de Dambi, de fondation récente, est dépourvu, en ce moment, de son premier titulaire, M. Butard, qui est aujourd’hui professeur au catéchisat de Myaung-mya. Je n’ai encore pu jusqu’ici nommer un autre confrère. « Et cependant, m’écrit M. Bringaud, qui en a « momentanément la charge, le besoin d’un missionnaire s’y fait vivement sentir. Un jour « que je passais par Dambi, je vis un petit hameau entièrement détruit par l’incendie, sauf « une maisonnette, celle d’un chrétien, qui avait échappé comme par miracle. Parmi les « Birmans attroupés autour des ruines, l’un d’eux, homme influent, soutenait que le fait « n’était pas naturel, qu’il devait y avoir quelque charme, quelque objet sacré dans la maison. « On monte, on cherche et l’on découvre une bouteille d’eau bénite suspendue à une des « colonnes de l’habitation. Alors tout le monde, païens et chrétiens, d’attribuer la « conservation de la maisonnette à la vertu de l’eau bénite. »
« Voici ce que m’écrit M. Rouyer qui administre Sinlu et Myanaund : « Je regrette « vivement de n’avoir pu tenir ma promesse de l’an dernier. Au lieu d’une centaine et plus « de conversions, c’est 41 seulement qu’il m’est donné de présenter. Bon nombre de Carians « m’avaient fait espérer qu’ils se feraient chrétiens, en janvier dernier. Le diable, sans doute, « s’en est mêlé ; tout en me promettant toujours, ils ne cessent de trouver prétexte sur « prétexte pour retarder leur conversion. Cet insuccès ne me décourage pas. Puisse-t-il en « être de même pour eux et bientôt ils finiront par céder. »
« Grâce à Dieu, la santé de M. Sadoux, chargé de l’importante station militaire de « Thayetmyo, a été passable cette année. « Le nouveau bataillon, arrivé en mars dernier, « compte 202 catholiques, tous enfants de l’Irlande. Si j’ai perdu en qualité , dit ce confrère, « j’ai gagné en qualité, en ce sens que la conduite des nouveaux venus est plus édifiante sous « le rapport des mœurs et surtout de la tempérance. Le petit cercle que j’ai ouvert à leur « arrivée est dans un état florissant. Le nombre des membres est de 150 environ, et chaque « soir, près de 80 le fréquentent et y passent leur temps de 7 heures à minuit. Le major « commandant le bataillon m’en est reconnaissant et porte à cette institution le plus grand « intérêt. »
« La chrétienté de Prome reste forcément attachée, comme par le passé, au poste de Gyobingauk. M. Pavageau que j’avais adjoint à M. Luce, en vue d’une division de son vaste district,a dû remplacer ce dernier, appelé à Rangoon, comme provicaire. Prome demeure donc encore dans le statu quo. Cependant il y a beaucoup à faire et les espérances de conversions sont sérieuses, particulièrement dans la subdivision de Paungdé.
« Ce n’est pas seulement du sein de l’idolâtrie que nous viennent nos conversions, mais « encore du sein de l’hérésie, écrit M. Pavageau, témoin les 24 baptêmes de Baptistes que « j’ai eu le bonheur d’enregistrer au cours de cette année.
« Les résultats obtenus (551 conversions de païens), continue M. Pavageau, en parlant de « Gyobingauk, sont de beaucoup les plus beaux qu’il y ait eus jusqu’ici dans cette station » – « et depuis longtemps dans aucun poste de la Mission. « Ils sont dus d’abord à la divine « miséricorde qui sait, en son temps, faire naître les occasions favorables et s’attirer les « cœurs ensuite au zèle de M. Luce qui s’est plus que jamais dépensé en activité et en « courses apostoliques. Pourquoi faut-il que cette année de succès soit aussi l’année du « départ de ce cher confrère ? Malgré ma courte expérience de la vie de mission, je promets « à Votre Grandeur de faire tout le possible pour marcher sur les traces de mon prédécesseur « et diriger les nombreuses chrétientés dont il m’a légué la charge. Votre Grandeur connaît, « aussi bien que moi, les espérances sérieuses de conversions que ne cesse de donner le « poste de Giobingauk. De quelque côté que nous nous tournions, nombreuses sont les âmes « de bonne volonté.
« Sur les montagnes des Yomas nous avons obtenu un bon nombre de baptêmes, mais « cependant il est inférieur à celui que nous aurions eu, s’il nous eût été possible de nous « occuper plus sérieusement de cette partie si intéressante de notre Mission. Je suis allé avec « les catéchistes faire une tournée sur le versant est. Tout un village, celui de Taikyi, a été « baptisé et je sais qu’un bon nombre d’autres n’attendent que la visite du missionnaire pour « se faire instruire et régénérer. Hélas ! l’administration de nos autres postes de la plaine « suffit amplement pour nous occuper, le P. Andréas et moi. Mon brave socius commence à « sentir le poids des années et à se plaindre fréquemment de la fatigue des voyages. »
« M. Perroy, à qui est confiée l’administration de Thonzé, écrit : « Les espérances dont je « vous entretenais dans mon compte-rendu de l’année dernière n’ont pas été vaines ; 113 « baptêmes de païens adultes, 3 d’hérétiques et 13 d’enfants de païens : tels sont les chiffres « que j’ai l’honneur et le plaisir de présenter à Votre Grandeur. Ces conversions ont été, pour « la plupart, cueillies à 7 ou 8 milles de Thonzé, dans un village carian, qui a été baptisé en « entier, à l’exception de deux familles seulement. Ce sont de bonnes gens et ils sont « admirables par leur assistance aux offices. Les autres convertis appartiennent à la petite « chrétienté de Tambolla, qui va toujours s’agrandissant. Le village birman de Magyee-kwin « est maintenant une station presque modèle. J’ai pu me débarrasser de quelques individus « qui donnaient le mauvais exemple et qui auraient été une cause de discorde. Aujourd’hui « tout va à merveille, car ces chrétiens birmans, de nature hommes de caractère, deviennent « facilement des hommes de foi. Les plus indifférents sont devenus fervents et l’assistance à « la messe est aussi régulière qu’on peut le désirer. Mes écoles et orphelinats continuent de « prospérer. L’école des filles compte 38 enfants dont 11 païennes. L’école anglaise de « garçons a atteint le nombre de 80 élèves dont 55 païens. Les derniers examens ont été aussi « satisfaisants que possible, puisque dans 6 standards (classes), deux candidats seulement ont « été refusés. »
« A Myaung-le-bin, malgré les travaux nécessités par l’érection d’une école, M. Mignot a « pu régénérer 46 païens, 6 hérétiques et 13 enfants in articulo mortis. « Ces conversions, « écrit notre confrère, sont en majeure partie le fait de l’esprit de prosélytisme que le bon Dieu « a inculqué à plusieurs de mes chrétiens. Le grand village de Phadokwin, situé à 15 milles « nord-ouest de Myaung-le-bin, semble sortir de son engourdissement. Un petit noyau de « fidèles perdus au milieu de 100 familles, pour la plupart baptistes, vient de s’y former. C’est « de bon augure, car à Phadokwin réside le fameux maître carian Hpo-Païsam. L’influence de « ce dernier sur ses compatriotes est extraordinaire : il a pu, dit-on, ramasser de 60 à 70.000 « roupies pour la construction du temple monumental qu’il élève. Mais le bâtiment surmonté « d’une croix gigantesque ne peut à mon avis servir à l’erreur. Ce fameux Hpo-Païsam a été « baptiste, mais aujourd’hui sa corde est loin de vibrer à l’unisson avec les ministres « américains. — Je vais mon chemin, dit-il, bientôt il me faudra un bâton de vieillesse qui ne « ploie pas. — Espérons qu’un jour nous pourrons prendre possession de ce temple « magnifique et nous abriter à l’ombre de la croix qui domine la plaine de Phadokwin. Oui, « cette croix me donne beaucoup d’espoir. O crux, ave, spes unica ! En attendant, je prie et je « fais prier pour la conversion de cet intéressant village. »
« Le P. Thomas que j’ai chargé de la nouvelle station de Letkopin, a été très éprouvé cette année. Une forte attaque de choléra l’a mis aux portes du tombeau. Heureusement Dieu a daigné nous le conserver. Les 39 conversions qu’il a enregistrées montrent ce que nous pouvons espérer dans ce coin dernièrement exploré de notre Mission.
« A force de zèle et d’énergie, M. Bonnet réussit à grouper autour de lui, à Nyangon, d’anciens chrétiens du P. Domingo et de M. Schmitt. « Leur retour à Dieu, m’écrit-il, n’a pas « été chose aussi difficile que je pensais. Au lieu de 50 confessions pascales, j’arrive cette « année au chiffre de 140, et il eût été dépassé si, pour diverses raisons, plusieurs chrétiens « n’avaient été empêchés de venir. Les travaux de construction m’ont retenu à la résidence. « J’ai pu néanmoins régénérer 27 païens adultes et enregistrer la conversion de 5 hérétiques.
« Comme je l’ai dit plus haut, M. Lefebvre a quitté Moulmein, il y a quelques mois, pour aller renforcer la mission de Bassein. C’est M. Boulanger qui le remplace à Saint-Patrick, où il entretient une piété solide, tout en prenant soin de l’école des Frères et du couvent des Sœurs de Saint-Joseph.
« L’administration de l’autre paroisse de Moulmein, Mayangon, s’est faite moitié par M. Boulanger, moitié par M. de Chirac, revenu de France plein de santé et d’ardeur. A peine de retour et encore tout bouleversé par la vue des tristes ruines de sa nouvelle chapelle-école, le pauvre Père a vu son église paroissiale frappée à son tour. La foudre qui s’est abattue sur le bâtiment, l’a sérieusement endommagé. Force est donc à M. de Chirac de se remettre aux constructions.
« M. Schmitt a pu cette année encore, malgré le mauvais état de sa santé, administrer ses « chrétientés de Mergui, Tavoy et Kadé. Il m’écrit : « Les Manillois, venus à Mergui, quoique « occupés à la pêche des perles, sont loin d’être la perle de mon district. Cependant, j’ai le « ferme espoir que ceux dont je pourrai régulariser l’union conjugale, feront de bons pères de « famille et de bons chrétiens. Je suis content de ceux que j’ai mariés déjà : ils sont un « exemple et un modèle pour les autres. »
« A Rangoon, mon nouveau provicaire, M. Luce, a pris récemment la place de M. Saint-« Guily dans la lourde charge de la paroisse de la cathédrale. « Le bien que la grâce y avait « commencé, s’est accentué, écrit M. Saint-Guily. Les offices, et particulièrement les deux « messes du dimanche, ont été mieux suivis, et il est consolant de constater que le nombre des « hommes est au moins égal, sinon supérieur, à celui des femmes. Cette augmentation de foi « et de dévotion doit être attribuée, après la grâce du bon Dieu, à quelques jeunes gens pieux « et zélés, qui se font apôtres pour venir en aide aux besoins spirituels de leurs frères. Il n’est « aucun service religieux auquel ils ne se fassent un devoir, non seulement d’assister, mais « aussi de convier leurs parents ou connaissances. L’Apostolat de la Prière est, grâce à eux, « dans un état des plus florissants. Chaque premier vendredi du mois, j’ai le bonheur de « donner la sainte communion à près d’une centaine de personnes. »
« Notre ancien regretté provicaire, M. Guérin, nous a quittés pour un monde meilleur dans les premiers jours de mai. Tous les missionnaires trouvaient en lui un confrère charmant, à l’abord facile, aux manières attrayantes, quoique très franches, et mettant chacun à l’aise avec lui. Pour moi, j’ai perdu le missionnaire sur les conseils duquel je comptais le plus ; car son jugement était droit et d’une décision prompte et sûre. Connu de tous les Européens, qui l’avaient en très haute estime, il a été universellement regretté.
« M. Saint-Guily l’a remplacé comme aumônier militaire. Outre sa paroisse, notre confrère visite régulièrement la prison centrale où se trouvent quelques catholiques. « Chaque « dimanche, écrit-il, je les réunis dans le corridor : on fait la prière, on chante un cantique, « l’Ave maris stella ou le Magnificat. Je leur dis quelques mots sur l’évangile du jour et je « termine par la récitation de deux dizaines de chapelet. A Pâques, 9 sur 12 s’approchèrent de « la sainte Table. »
« Une paroisse de 700 âmes à administrer, celle de Saint-Jean, la procure à desservir, un orphelinat de filles birmanes au nombre de 124 à diriger : voilà, en peu de mots, la lourde tâche qui incombe à M. Perret. Son église est de beaucoup trop petite pour contenir son troupeau, augmenté encore de 80 chrétiens chinois dont il s’est chargé. Il voudrait l’agrandir, mais, hélas ! les ressources lui manquent.
« En terminant son compte rendu, M. Perret me dit : « Il me reste une demande à vous « adresser en faveur de la chrétienté chinoise. Je souffre beaucoup de ne pouvoir m’en « occuper comme je le désirerais. Il faudrait connaître le chinois pour gagner leur cœur et « exercer parmi eux avec fruit le saint ministère. Je prie donc Votre Grandeur de vouloir bien « confier le noyau de chrétiens actuels (80) à un missionnaire qui puisse parler leur langue. « Les protestants n’ont pas encore fait de prosélytes parmi les Chinois. Ne nous laissons pas « devancer par eux. Nul doute, qu’avec le temps, cette paroisse ne soit appelée à devenir très « importante, tant est grand le nombre des Célestiaux, à Rangoon et aux environs. »
« M. Mourlanne a été privé du concours de son assistant, M. Xavier Bohn, au moment où ce dernier était à même de partager les labeurs de son ministère. Un voyage dans le sud de l’Inde a été nécessité par l’état de sa santé. En attendant que Notre-Seigneur veuille bien le guérir, M.Beruard le rernplace à Saint-Antoine, où il se livre avec ardeur à l’étude du tamoul.
« Le nombre des païens baptisés cette année (48) est de bon augure, dit M. Mourlanne. « D’autant plus que ce résultat n’est nullement dû aux efforts du missionnaire, trop occupé de « l’administration de ses nombreux chrétiens, pour pouvoir se livrer à la conversion des « infidèles. »
Mgr de Limyre, à la suite de cet intéressant tableau de l’évangélisation dans les différents districts, nous donne quelques notes non moins intéressantes sur les divers établissements de son Vicariat.
10 Asile des lépreux.– « Admirablement situé à 8 milles au nord de Rangoon, ce nouvel établissement est déjà en pleine prospérité. Je laisse la parole à M. Freynet, qui a bien voulu « se consacrer à cette œuvre de dévouement. Outre ma maison, me dit-il, ses dépendances et « l’hôpital, les constructions en bois de teck peuvent largement abriter 70 lépreux de l’un et « l’autre sexe. Aujourd’hui ils sont 40, dont 11 catholiques. Il me tarde de posséder une « chapelle où je puisse les réunir, les instruire et les mettre à même de remplir leurs devoirs « de chrétiens. Il faut que je puisse arriver jusqu’à l’âme de ces pauvres déshérités de ce « monde. Il faut que je puisse leur apprendre les mystères de la charité de Jésus-Christ,qui a « bien voulu être comparé à l’un d’eux, tanquam leprosus, et pour cela la construction d’une « chapelle s’impose. »
20 Écoles.– « Nos écoles de Rangoon et de Moulmein, celles des Frères de la Doctrine chrétienne, celles des Sœurs du Bon-Pasteur et de Saint-Joseph de l’Apparition rivalisent d’abnégation, de dévouement et de sacrifice pour remplir le bercail du divin Maître. Les succès obtenus par leurs élèves aux examens sont toujours remarqués. Mais de nouvelles constructions seraient nécessaires pour les mettre à même de faire plus de bien ; faute de ressources et de places, il a fallu refuser toute demande d’admission, au grand danger des âmes, car alors les enfants sont exposés à se réfugier dans les écoles protestantes, toujours ouvertes pour les recevoir.
« Dans les districts de l’intérieur, nos écoles sont presque partout sur un bon pied, mais le besoin de religieuses indigènes se fait sentir de plus en plus pour en prendre la direction.
30 Catéchisat.– « Sous l’habile direction de MM. Gandon et Butard, cet établissement continue à nous donner pleine satisfaction. Nous concevons, au sujet de cette institution, des espérances d’autant plus sérieuses que le bon Dieu y a déjà mis le sceau des œuvres qu’il bénit, en la soumettant cette année à des épreuves inattendues.
« Le choléra nous a enlevé nos deux meilleurs sujets, l’un carian, et l’autre chin. Nous comptions beaucoup sur ce dernier pour l’avenir de nos missions chez ses compatriotes des montagnes de l’Arrakan. Soumettons-nous et espérons que son frère cadet, actuellement au catéchisat, le remplacera aussi dans l’œuvre à laquelle nous le destinions.
« Voici ce que m’écrit M. Kern, sur la mort du jeune catéchiste carian. « Notre cher enfant « était à l’agonie et tous, autour de lui, nous l’assistions de nos prières. Soudain, rassemblant « ses dernières forces, il entonne de sa voix défaillante un cantique au Sacré-Cœur de Jésus, « puis il continue par le cantique Omni die dic Mariœ, que nous avons traduit en birman. « Après le troisième verset, son regard reste fixé vers le ciel où son âme venait de s’envoler, « pour aller terminer son cantique aux pieds de la Reine des anges. » Quant au jeune chin emporté si inopément par le fléau, sa mort aussi a été celle d’un saint. Actuellement le catéchisat renferme 14 jeunes gens, tous pleins de bonne volonté et manifestant les meilleures dispositions.
4o Petit séminaire de Moulmein. – « La jolie propriété de Rockville, que nous devons à la générosité de M. de Chirac, continue à abriter nos jeunes latinistes au nombre de 12. Le pieux et zélé P. Moïse se dépense littéralement pour ces chers enfants. J’ai été à même de constater, plusieurs fois cette année, que leurs progrès sont rapides. Leur bon esprit et leur piété édifiante nous font espérer que le plus grand nombre, sinon tous, répondront fidèlement à leur vocation et deviendront de saints prêtres et d’ardents missionnaires.
« Comme je vous l’annonçais l’année dernière, j’ai eu le bonheur de conférer le sacerdoce à un de nos anciens étudiants de Pinang, le P. Raphaël. Il travaille sous la direction de M. Kern, qui rend aujourd’hui témoignage à sa bonne volonté, à sa piété et à son zèle. »




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