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Rapport annuel des évêques

Année: 1896
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale

IV. — Birmanie Septentrionale

Population catholique 5.852
Baptêmes d’adultes 460
Conversions d’hérétiques 12
Baptêmes d’enfants de païens 45
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Mandalay, résidence du Vicaire apostolique de la Birmanie septentrionale, possède maintenant un évêché, un séminaire et une école de garçons. Ces trois édifices ont été achevés dans le courant du dernier exercice et bénits successivement par Mgr Usse. Voici comment Sa Grandeur décrit la bénédiction du séminaire : « Cette cérémonie eut lieu le 21 juin, en la fête de l’angélique patron de nos bien aimés enfants latinistes ; elle fut incomparablement belle ; aussi elle a laissé dans nos âmes un souvenir ineffaçable. Jamais procession si brillante, si recueillie et aussi longue n’avait déroulé ses rangs dans la capitale de la Birmanie du Nord. Précédé des séminaristes, des enfants de nos orphelinats Saint-Nicolas et Saint-Joseph, des Sœurs avec leurs élèves européennes et leurs orphelines, des femmes birmanes ; suivi des missionnaires, des catholiques européens, eurasiens, birmans, indiens, chinois et d’une foule de peuple, le Vicaire apostolique parcourut, crosse en main et mitre en tête, les 500 mètres qui séparent la cathédrale du séminaire.
« Celui-ci est admirablement situé dans un vaste enclos que je réussis à acheter, en novembre dernier, du Kenoun-mengui, ancien premier ministre du roi Thibaw. Ce fut un vrai jour de triomphe pour notre sainte religion, nos séminaristes étaient au comble de la joie. Aujourd’hui, ils sont 40 dans ce sanctuaire où, sous la sage direction de M. Gilhodes, aidé du P. Augustin et du sous-diacre Thomas, ils travaillent avec ardeur à l’acquisition de la science et de la vertu. »
La ville de Mandalay est divisée en plusieurs paroisses. C’est d’abord celle du Sacré-Cœur, dont l’église sert de cathédrale ; elle est desservie par M. Huysman qui est en même temps aumônier du cantonnement militaire. Sur cette paroisse se trouve le couvent des religieuses de Saint-Joseph. « Nos bonnes Sœurs, dit Mgr de Selge, ont continué à travailler avec succès à leur œuvre de dévouement obscur, mais héroïque. Elles ont préparé au saint baptême une vingtaine d’adultes tant du pensionnat et de l’orphelinat que du refuge des vieilles femmes. »
Vient ensuite la paroisse tamoule qui compte 580 fidèles dispersés aux quatre coins de la ville. « M. Moysan, qui en est chargé, partage ses soins et son temps entre l’église centrale de Saint-Francois-Xavier, celle de Notre-Dame de Lourdes dans l’est de la ville, et la chapelle Saint-Lazare, située sur le rivage. C’est une station bien difficile à administrer, parce que la population ne peut guère se fixer quelque part. Nos catholiques indiens, en effet, sont pour la plupart au service des Anglais et doivent les suivre partout. Le missionnaire les connaît à peine, que déjà ils se préparent à aller planter leur tente ailleurs. »
La paroisse Saint-Joseph, de fondation assez récente, a été créée pour l’évangélisation des Chinois.
« Malgré les vices qui dégradent les nombreux fils du Céleste Empire, que la soif de l’or a attirés à Mandalay, M. Lafon a réussi à conférer le saint baptême à 18 d’entre eux. Ce succès prouve qu’au sein de cette population intelligente et active, il y a des hommes droits et sincères qui, une fois touchés de la grâce, feront d’excellents catholiques. Ici, comme partout ailleurs, ceux qui nous donnent les espérances les plus sérieuses, sont les enfants et les jeunes gens. L’orphelinat Saint-Joseph en abrite 45, dont 5 ont reçu le baptême. Ils ont l’humeur tapageuse ; plusieurs fois, rapporte M. Lafon, ces enfants ont été poursuivis à coups de pierres pour avoir voulu démontrer trop péremptoirement que le bouddhisme n’est qu’une farce et Gauthama, qu’un pauvre diable. L’école de filles compte une quinzaine d’élèves : l’une d’elles a réussi par sa ferveur à amener toute sa famille à l’église, malgré les sarcasmes des amis et des voisins. Grâce à la bienveillance du chef de l’Etat qui, sur notre demande, vint un jour visiter la mission chinoise, nous avons vu notre terrain s’agrandir; les enfants y sont à l’aise, et les nouvelles constructions y trouveront leur place : tout est donc en progrès à Saint-Joseph des Chinois. »
Ne quittons pas Mandalay, sans mentionner la léproserie Saint-Jean, où, dans le courant de l’année, 52 adultes ont reçu le baptême.
« Cet établissement de charité entretient 180 malades ; si nous comptons tout le personnel de la maison, nous arrivons au chiffre de 200. M. Martin, épuisé au service de nos bons lépreux, a dû les quitter temporairement pour aller demander la santé au pays natal. M. Bazin l’a remplacé auprès des membres souffrants de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’il soigne avec le même dévouement. J’éprouve une joie particulière à visiter la léproserie, à causer avec les malades, à les voir fréquenter la chapelle, réciter le chapelet toute la matinée, chanter en chœur le Mangificat et l’In manus tuas, Domine, après la prière du soir. J’aime surtout à leur voir faire le Chemin de la Croix tous les vendredis. Mlle Anna Jégu continue à se dévouer sans réserve au bonheur de ses vieux et vieilles. Elle a trouvé une compagne dans Mlle Ida Gould qui vint d’Angleterre en mai dernier dans le but de concourir à la même œuvre.
« Dans le district de Bhamo, Céleï, village magnifiquement situé sur la lisière de la forêt, près de la vallée du Tapin qu’il domine, est la résidence des apôtres du Nord, MM. Accarion et Couillaud. C’est là que sont rassemblés les premiers Birmans catholiques baptisés dans le district. Quelques familles Shans y étudient aussi les prières et le catéchisme.
« A deux milles de Céleï, se trouve le village katchyn, Nankaïpa, où j’eus le bonheur de baptiser 52 adultes, le 12 février dernier. Ces nouveaux enfants de Dieu sont les prémices de la nation katchynne. J’ai raconté ailleurs les joies de cette fête de famille célébrée au milieu des forêts hantées par les bêtes sauvages. Le Sacré-Cœur de Jésus, patron de ces lieux, dut avoir en ce jour une prédilection spéciale pour ces enfants des montagnes que le baptême rendait frères des plus grands saints du ciel, et dont la foi robuste ne s’est point démentie. « Le « missionnaire catholique, écrit M. Accarion, est connu, estimé et aimé sur toutes les « montagnes voisines. Appelé dernièrement par l’un des plus grands Sawbouas (princes) de « ces peuplades, je voyageai, pendant cinq jours, de village en village, sans autre escorte « que quelques chrétiens, alors que les Anglais n’osent s’y aventurer qu’avec tout l’attirail de « la guerre. Ce qui me frappa le plus dans ces tribus, ce fut leur simplicité et leur « bienveillance à mon égard. » Il rapporte ensuite un trait édifiant qui trouve sa place dans ce compte rendu : « J’ai vu, dit-il, une femme katchynne faire huit jours de marche pour être « inscrite au nombre de mes catéchumènes. La suite me prouva que c’était une âme que Dieu « m’amenait pour la sauver. Elle était à peine établie dans mon village qu’elle tomba malade ; « quoique fatiguée, elle voulut suivre pendant deux mois les instructions et les prières ; « obligée de s’aliter, elle désira m’avoir près d’elle. Le jour de sa mort surtout, elle me pria « avec instance de ne point la quitter, et essaya même de me retenir par la soutane. Je venais « de quitter sa maison et de rentrer en mon modeste presbytère, quand il me sembla entendre « des cris et des pleurs qui me firent croire à sa mort : cependant il n’y avait eu ni cris ni « pleurs. J’accourus aussitôt, et trouvai la catéchumène à l’agonie. Je la baptisai « immédiatement et elle s’endormit dans le Seigneur. Je regarde comme providentiels ces cris « et ces pleurs qui me rappelèrent auprès de la malade. Dieu soit béni ! Elle priera au ciel pour « le village. »
« Le district de Shwebo est le plus étendu de la Mission ; il comprend 13 chrétientés desservies par MM. Herr, Granié et Remandet.
« A l’est de l’Irawaddy, sur les montagnes, nous trouvons Bernardmyo, qui possède une garnison de soldats européens et se glorifie d’un climat délicieux, le plus sain peut-être de la Birmanie du Nord. S’il était d’un accès facile, je n’hésiterais pas à choisir cet endroit comme sanatorium pour les confrères malades. Je visitai cette place en avril dernier, et fus charmé de la beauté du site. A 12 milles au sud-est de Bernardmyo, au fond d’une vallée, est assise la petite ville de Mogauk. C’est le quartier général de la Compagnie qui exploite les mines de rubis. Ces deux places, ainsi que Kyatpyin, Khabaïne et tous les postes échelonnés sur la route de Thabeitkyin à Mogauk, sont visitées deux fois par an par M. Herr. Repassons le fleuve et remontons au nord. Au pied des montagnes de l’Himalaya, nous trouvons Mogaong, et plus bas Monhyin. Nous laisserons à gauche Katha qui ne compte que 18 catholiques, depuis qu’il n’est plus tête de ligne. Nous passerons par Wountho, et descendant encore par Kambalou, nous arriverons au chef-lieu du district, Shwebo.
« Cette ville a donné 50 baptêmes d’adultes et 3 conversions d’hérétiques. Un fait digne de remarque, c’est que quelques hommes influents, habitant divers quartiers de la ville, ont demandé à s’instruire de notre sainte religion et ont été régénérés. Ils ont bien eu à subir quelques vexations de leurs amis païens, mais ils s’y attendaient ; ils sont restés fermes dans la foi, et se sont même faits les apôtres de la vérité. Aujourd’hui le branle est donné. Jusqu’ici, nous avions cru prudent et même nécessaire de séparer nos catéchumènes des infidèles ; voilà quelques braves qui, tout en restant chez eux, promettent de persévérer et de former un nouveau quartier catholique à Shwebo. N’est-ce pas encourageant ? Je disais, l’an dernier, que cette ville a été le berceau de la dynastie qui vient de disparaître : on comprendra dès lors comment, après la prise de Mandalay, plusieurs membres de la famille se réfugièrent à Shwebo, où ils possédaient encore des champs dont les produits pouvaient les faire vivre. Deux d’entr’eux sont des nôtres ; ils étudient les prières et le catéchisme avec une ardeur qui permet de croire qu’ils sont sincères.
« A 2 milles au nord de la ville, nous avons un nouveau village, Tanaon-oung. Un médecin connu dans toute la région et propriétaire de vastes champs plantés de bananiers, a compris la vanité du bouddhisme, et s’est mis généreusement du côté du missionnaire dont il est le bras droit. Ce village, par sa situation sur le bord d’un ruisseau, sera toujours à l’abri du danger d’une famine. Tout fait espérer que nous aurons là des catholiques sérieux. Si étendu qu’il soit du côté de l’est et du nord, le district de Herr descend encore au sud jusqu’à Youataong et Sagaing.
« Les villages de Payan et de Thalon, de fondation récente, sont administrés par M. Remandet qui enregistre 45 baptêmes d’adultes. Ces parages ont eu à subir les rigueurs d’une grande famine. « Nos pauvres catéchumènes, rapporte le missionnaire, n’ayant ni riz à manger, ni travail pour se procurer de quoi vivre, ni même d’eau propre pour étancher leur soif, ont dû se disperser en grand nombre dans toutes les directions, pour trouver du travail et faire face à la faim. Le panier de riz est monté jusqu’à huit francs, ce qui est énorme. Ceux qui sont restés n’ont pu faire qu’un seul repas par jour, et encore quel repas ! Du riz de la dernière qualité et quelques herbes ou racines en ont fait les frais ; ils n’ont eu à boire que l’eau d’un étang fangeux où les troupeaux allaient aussi se désaltérer. »
« Ouaihmyauk est la résidence de M. Granié. La fidélité de ses catéchumènes a été pendant longtemps mise à l’épreuve par le manque de pluie, et aussi par les tracasseries des habitants du village païen de Senkaut. Quelques-uns se sont remis aux mains et au cou les chaînes de Satan. Ceux qui sont restés fermes ont reçu le saint baptême et sont heureux d’être les enfants de Dieu. M. Granié a réussi à fonder un nouveau poste à Legoué. Ce village, bâti sur la rive droite de l’Irawaddy, n’est qu’à trois milles au-dessous de Kabouet, entrepôt des mines de charbon où travaillent quelques catholiques. Le missionnaire pourra les visiter facilement, s’il réussit dans son entreprise.
« Les 458 catholiques de Chantayoua sont confiés à la direction de M. Faure qui est réellement le roi, le juge et le père de son troupeau. Rien d’important ne s’accomplit dans le village sans son approbation. Les chrétiens s’y font toujours remarquer par une obéissance simple et respectueuse aux ordres du missionnaire et par une fidélité rare à s’approcher souvent des sacrements. Le chiffre de 1.014 communions que M. Faure a distribuées dans l’année, en est une preuve éloquente. Malgré la pauvreté dont ils ont souffert, faute de pluie, les fidèles se sont imposé de lourds sacrifices pour refaire à neuf le mur du cimetière, agrandi également à leurs frais. De même, à Yé-ou, bien qu’ils soient en petit nombre, les catholiques ont tenu à honneur de réparer eux-mêmes leur église. Ce qui me plaît dans leur conduite, c’est le zèle qu’ils déploient pour la maison du bon Dieu et le désir de satisfaire à l’obligation où ils se trouvent de veiller eux-mêmes à l’entretien du saint lieu, quoi qu’il puisse leur en coûter.
« Les fidèles du poste de Monhla sont heureux de posséder M. Laurent qui, au temps de la débâcle, partagea leurs malheurs. Le voisinage du village païen où sont des apostats de vieille date, en avaient rendu quelques-uns un peu négligents ; le zèle du missionnaire les a rendus fervents. Au même district appartient le village de Chaong-yo qui est tout entier catholique. Je suis heureux d’ajouter que c’est un village modèle. Notre confrère y bâtit une belle église aux frais de deux généreuses chrétiennes, originaires de l’endroit.
« M. Giraud, chargé du district de Chaong-ou qui comprend toute la vallée du Chindouen, me rapporte un fait édifiant, lequel prouve la puissance de la grâce et de l’innocence dans une « enfant. « Une femme païenne dont j’avais baptisé la fille, persistait dans ses superstitions. « L’enfant, âgée de 8 ans, n’était préoccupée que d’une chose la conversion de sa mère ; mais « toutes ses pieuses industries étaient restées sans effet. Je résolus de mettre l’enfant au « couvent ; elle y consentit ; toutefois, avant de quitter le village natal, elle voulut voir sa « mère entrer dans le sein de l’Église. Elle redoubla de ferveur. Enfin, vaincue par la grâce et « la patience de la petite apôtre qu’elle aimait, la mère demanda à s’instruire et à recevoir le « saint baptême. Les tracasseries ne lui ont cependant pas manqué : un bonze birman, son « parent, a mis tout en œuvre pour la faire apostasier. Gent à la obe jaune et gent laïque ont « secondé les efforts du diable ; mais menaces et promesses sont restées inutiles, la mère est « plus attachée que jamais à notre sainte religion. Un autre chrétien, ancien élève de la Sainte-« Enfance, était pressé par son père de renoncer à sa foi. Sur son refus, il a été chassé de la « maison et dépouillé de ses biens par ce père dénaturé. Le jeune homme est heureux de « souffrir pour son Dieu. »
« Le poste de Nabeck ne compte encore que 306 chrétiens, mais le chiffre de 1.600 communions qu’enregistre M. Foulquier, montre que leur ferveur va toujours grandissant. Il y a là un orphelinat sous le vocable de saint Jean ; les enfants sont animés des meilleures dispositions et donnent toute consolation au missionnaire. Les aînés de la famille se sont établis dans le village ; leur persévérance est donc assurée. A 8 milles de Nabeck, on trouve Payeïma. Tout semble indiquer qu’il y eut autrefois des catholiques dans cette localité. M. Foulquier a cherché à s’y établir, mais jusqu’ici ses tentatives n’ont pas été couronnées de succès. Le missionnaire est encore chargé de la station de Myingyan, l’une des plus ingrates de la Mission. La ville compte toutefois un noyau fervent de catholiques birmans. Il s’y trouve aussi des Eurasiens et des Indiens, mais c’est une population flottante qui échappe plus ou moins à l’action du prêtre.
« Chanthagon est le district du Vicariat qui emporte la palme cette année ; 105 baptêmes d’adultes forment une belle germe et disent assez le zèle de MM. Pelletier et Tobias qui ont la joie de l’offrir au Seigneur. Ce district comprend trois stations Chanthagon, Kinlat et Myaoukaïne.
« Chanthagon est encore un village modèle. Vous diriez un gracieux bouquet d’où émergent quelques maisons fort bien alignées. Un mot suffira à faire connaître la piété des habitants : à peu près tous les catholiques et les catéchumènes assistent à la sainte messe le matin et au chapelet le soir. Il y a là deux établissements de charité : l’orphelinat Saint-Nicolas et l’hospice Saint-Charles.
« Le premier compte 55 enfants rassemblés des divers points du district. « Une joie « profonde, l’affection mutuelle, l’attachement au prêtre et à leurs devoirs, un esprit « sincèrement bon, règnent parmi nos chers orphelins et rendent bien douce au missionnaire « qui en a la charge, la direction de cette belle œuvre. Tous les enfants présentés aux derniers « examens furent reçus avec d’excellentes notes ; d’autre part, grâce à la bonne volonté et à « l’intelligence d’un de mes nouveaux néophytes, une vingtaine d’entre eux apprennent le « métier de charpentier et celui de vannier. Malheureusement l’installation et les moyens « d’action sont encore bien primitifs et tout à fait insuffisants.
« L’hospice Saint-Charles, qui date seulement de l’année dernière, a reçu 20 membres « dont plusieurs sont déjà allés recevoir au ciel une récompense qu’ils n’auraient pas « méritée, ne fût l’infinie miséricorde de Notre-Seigneur. » C’est dans ces termes que M. Pelletier me rend compte de l’état de ces deux œuvres qu’il affectionne beaucoup. Je dois ajouter ce que sa modestie ne lui permet pas de dire : c’est lui qui, aide de quelques âmes charitables de France, a fondé l’hospice des vieillards de Saint-Charles.
« Kinlat, bâti sur les bords du Myittiguêt, se glorifie de posséder enfin quelques enfants du bon Dieu. Régénérés dans les eaux du baptême, le 4 octobre dernier, ils promettent de devenir de fervents chrétiens : il est vrai que Tobias ne leur épargne pas les instructions. Ce poste compte 36 catéchumènes qui vivent de la pêche ou du métier de potier. Un peu plus bas, sur le même fleuve, nous trouvons Myaoukaïne.
« Quel beau coup de filet vient de faire M. Pelletier ! Myaoukaïne est un gros village de 100 maisons, consacré au glorieux patriarche saint Joachim. Nous espérons l’avoir à peu près tout entier dans un avenir plus ou moins rapproché. Comme toute œuvre de Dieu doit être marquée du sceau de la tribulation, les tracasseries abondèrent à Myaoukaïne, dès l’arrivée du missionnaire. Le chef païen nous vit de très mauvais œil nous implanter dans son village ; les autorités anglaises pendant quelque temps firent la sourde oreille à nos justes réclamations. Enfin, sur une invitation formelle de ma part, le deputy commissionner (sous-préfet) de Kyaouksè, se décida à faire une visite au village, et nous accorda plus que nous n’avions demandé, au grand contentement des nôtres et au désespoir des partisans du diable. Si Myaoukaïne est à nous, un grand nombre d’autres villages importants suivront vite, nous en avons la confiance, ce bel exemple. Le 19 août dernier, je présidai moi-même la fête patronale. Elle tombait juste après la visite du deputy commissionner et nous résolûmes de battre le fer pendant qu’il était chaud. Les chefs des villages païens des environs avaient été informés de notre victoire ; ils vinrent donc assister à la fête. Je chantai la sainte messe sous un hangar improvisé pour la circonstance ; le maître d’école de Chanthagon tenait l’harmonium ; les voix si belles de nos orphelins émerveillèrent les assistants ; la pompe de nos cérémonies les toucha. Ils retournèrent chez eux, pleins d’édification, après avoir fait honneur au bon riz dont M. Pelletier fut heureux de les régaler. Le royaume des cieux est proche pour ces âmes de bonne volonté.
« M. Jarre chargé du district de Meiktila m’écrit : « Cette année, j’ai eu le bonheur de « constater chez les Birmans païens de mon district un mouvement assez marqué vers notre « sainte religion ; nous ne sommes plus des étrangers pour eux ; nous avons acquis droit de « cité dans le pays. Dans plusieurs villages des environs de Meiktila, et particulièrement à « Maklaïne, j’ai quelques amis païens qui ont appris nos prières et même un peu de « catéchisme ; ils croient, mais pas assez pour se déclarer chrétiens ; le démon, le monde et « les passions les retiennent. Ils prêchent à leurs amis la doctrine du Dieu, Maître de toutes « choses, et veulent faire nombre, espérant trouver par là la force qui leur manque, pour « l’adorer franchement.
« A Aongon, village situé à 30 milles au sud-ouest de Meiktila, j’ai une douzaine de « païens, même des hommes influents, qui ont appris ce qu’il importe le plus de savoir à « l’humanité, son origine et sa fin. Ils sont à la porte de la sainte Eglise, ils se sentent attirés « pour ainsi dire malgré eux, sans se rendre bien compte de leurs intentions ; ils sont encore « indécis, mais lorsque le souffle divin passera, ils n’offriront aucune résistance. C’est une « moisson qui semble prête ; il ne faut que des bras pour la cueillir.
« Nyaong-yan, à 15 milles au sud, vient d’être entamé, malgré les efforts du diable qui y « est cependant servi par un fameux lieutenant dans la personne du chef de la place. Le « quartier de Thategon placé sous la protection de saint Antoine de Padoue, compte une « soixantaine de catéchumènes. Sept d’entre eux, parmi lesquels un ancien chef de monastère « et un maire de village, viennent d’être faits enfants de Dieu : les autres seront prêts l’an « prochain. »
« Yémethin a enregistré 16 baptêmes d’adultes. C’est la première fois que ce poste nous donne un tel chiffre ; M. Rupin les attribue aux prières du regretté M. Legendre, qui, du haut du ciel, a intercédé pour ceux qu’il avait tant aimés sur la terre. Les enfants de l’école seraient vite catholiques, n’était l’attachement des parents au culte du démon, attachement qui va jusqu’à leur faire voir, d’un mauvais œil, même la visite du prêtre dans les classes.
« La chrétienté de Shiouémyo, de fondation récente, compte une soixantaine de catéchumènes ardents à s’instruire des vérités de notre sainte religion. J’ai établi, dans ce village, un catholique fervent auquel j’ai confié le titre et les fonctions de catéchiste et de baptiseur ambulant. Son devoir est de parcourir la plaine et les montagnes, de nous faire connaître, d’amener de nouveaux catéchumènes au village, et de baptiser les enfants païens in articulo mortis. Il nous faudrait quelques douzaines d’hommes comme Antoine Maoung Maou.
« La ville de Pyinmana ne compte plus, depuis le transfert du séminaire à Mandalay, que 33 catholiques dont Charles Lafon a pris la charge. J’ai l’intention d’y établir un orphelinat pour les enfants de la partie sud-est de la Mission, aussitôt que les circonstances me le permettront. M Lafon réside à Maoubin, nouveau village fondé par M. Rupin, et admira-blement situé sur les bords du Senthé. Le terrain en est très fertile. Aussi l’avenir du poste semble assuré. Nous y avons transporté catholiques et catéchumènes de Thiyagon. La position de cette dernière localité au milieu de la forêt la rendait insalubre ; le travail manquait aussi. Nos chrétiens, d’une ferveur vraiment admirable, m’avaient supplié maintes fois de leur permettre de transporter leurs pénates sur un sol qui leur offrirait quelques rnoyens sûrs de subsistance. Je refusai d’abord d’accéder à leurs demandes, et leur fis couper la forêt dans le but d’assainir la place. Enfin j’ai cédé à leurs instances sur la promesse qu’ils m’ont faite de tout changer eux-mêmes, sans occasionner la moindre dépense à la Mission. Ils sont allés renforcer les rangs de nos néophytes de Maoubin et leur donner l’exemple des vertus chrétiennes.
« La nouvelle ligne de chemin de fer, destinée à mettre Mandalay et toute la vallée de l’Iraouaddy en communication avec les Etats Shans, se construit activement. Le quartier général des opérations sur les montagnes est à Maymyo. Cette ville a déjà acquis une grande importance. Le gouvernement anglais l’a choisie comme sanatorium pour les officiers civils et militaires ; la Mission catholique ne pouvait pas rester en arrière. Dès le début, j’adressai une supplique à l’effet d’obtenir un terrain magnifiquement situé au sud-est de la ville ; je n’ai pas encore reçu de réponse. Nous comptons soit à Maymyo, soit à Thibaw ou à Lashio un certain nombre de catholiques que nous n’avons pas encore pu visiter.
« La Mission possède, sinon dans tous, du moins dans presque tous les districts, des écoles où 1.032 élèves reçoivent une éducation solide. Sur ce nombre, il y a beaucoup d’enfants protestants, mahométans, birmans ou indiens. Les missionnaires s’occupent de ces jeunes âmes avec un grand zèle ; nos petits catholiques ont besoin d’une instruction fortement chrétienne ; les autres n’oublieront jamais que nous avons été leurs maîtres. C’est l’apostolat par l’école.
« En terminant, une réflexion sur les sectes protestantes établies à Mandalay et dans les provinces : elles sont venues trop tard pour réussir, le terrain nous appartient. Elle n’avancent pas ; je crois même ne pas me tromper en disant qu’elles perdent dans l’esprit de la population birmane éclairée et intelligente. Elles doivent ce recul aux inconséquences de leurs doctrines et aux exemples de leurs ministres. »



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