| Année: |
1897 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Cardot |
II. — Birmanie Méridionale.
Population catholique 37.425
Baptêmes d’adultes 1.013
Conversions d’hérétiques 63
Baptêmes d’enfants de païens 40
___
« Les missionnaires de la Birmanie méridionale ont dû, sur ma recommandation expresse, écrit Mgr Cardot, s’occuper principalement de l’instruction des néophytes baptisés dans les deux dernières années. En outre, la maladie a éprouvé plusieurs de nos confrères ; quelques membres du clergé indigène n’y ont pas échappé non plus ; l’un d’eux, le P. Pakin, a succombé. Rien d’étonnant, après ces explications, si les chiffres des baptêmes du présent exercice accusent une diminution quelque peu sensible sur ceux du précédent.
« Du reste, les 14.742 confessions annuelles et les 40.735 de dévotion, entendues par nos confrères, montrent bien le lourd travail d’administration que leur impose le soin de nos 37.000 fidèles ; surtout, si l’on n’oublie pas que, vu les grandes distances à parcourir et la difficulté des voyages pendant la moitié de l’année, il est impossible au missionnaire de visiter ses chrétiens aussi souvent qu’il le voudrait, et que ceux-ci le désireraient. »
« Cinq districts, comprenant ensemble 9.716 catholiques, forment le groupe de Bassein : 227 baptêmes de païens y ont été administrés dans l’année.
« Comme je le faisais pressentir l’an dernier, la division du poste de Bassein vient d’avoir lieu, grâce au zèle infatigable du vénéré M. D’Cruz. C’est à Ywé, à près de 30 milles nord de Bassein, que, malgré son âge avancé, ce bon prêtre a établi sa résidence, laissant à M. Lefebvre la charge de l’importante paroisse qu’il a si longtemps dirigée. Il continue aussi la traduction du Nouveau Testament en langue birmane.
« Un autre vétéran, M. Bertrand, n’a pas mis moins de 70 jours à faire la visite annuelle des nombreuses et ferventes chrétientés du poste de Kanotzogon. Il en a été récompensé par le baptême de 60 adultes. Le chiffre des autres sacrements administrés montre jusqu’à l’évidence que le travail de conservation des anciens chrétiens va de pair avec celui de la prédication dans cet important district, qui compte 21 chapelles.
« A Pauk-sein-bé, poste de date relativement récente, 32 baptêmes d’adultes. M. Iffly aurait certainement obtenu de plus beaux succès, s’il n’avait eu à compter avec le choléra, qui, pendant plusieurs mois, a ravagé son district. Le mouvement de conversions commencé à Myaung-mya, il y a dix ans, continue toujours ; à Kyontalot, M. Cartreau a pu renouveler sa ferme école ; il était temps, car les bâtiments primitifs tombaient en ruines.
« Moins ancien que celui de Bassein, le groupe d’Henzada ne le lui cède guère au point de vue de la population catholique, puisqu’il compte 8.279 fidèles ; il le surpasse pour le nombre des conversions obtenues au cours du présent exercice : 355 baptêmes d’adultes, répartis entre six districts.
« Thinganaing, berceau du catholicisme dans cette région, a été témoin d’une bien touchante manifestation. Le 11 février, nous avions la joie de célébrer les noces d’or sacerdotales du pasteur de cette station, le vénérable M. Naude-Theil, premier apôtre des Carians, 25 missionnaires s’étaient joints à leur Vicaire apostolique pour fêter le jubilaire et rendre grâces à Dieu de ces cinquante années de prêtrise si fécondes en actes de vertus et en fruits de salut pour les âmes. Notre vénéré doyen, assisté successivement par M. Th. Bohn et le P. Carolus, a vu, cette année, sa chrétienté s’augmenter de 90 nouvelles recrues.
« A Maryland, M. Tardivel, aidé de M. Ballenghien, a enregistré 75 conversions. Les autres postes de Mittagong, Letkama, Dambi et Sin-loo ont aussi apporté leur contingent.
« Dans ces quatre derniers districts se trouvent exclusivement les chrétientés si intéressantes des Chin ou Khin. Ces tribus habitent surtout le nord ; c’est là principalement qu’il faut porter notre attention et nos efforts. Les missionnaires baptistes y ont obtenu déjà des résultats : environ 2.000 adeptes en 20 ans. Si on leur laisse le terrain libre, il est à craindre qu’un nombre plus considérable ne se décide à passer dans les rangs de l’hérésie, faute de connaître la vraie religion.
« M. Ambiehl, qui administre Dambi, va nous donner une idée de la façon providentielle dont se font parfois les conversions parmi ces enfants des bois. « Appelé, écrit-il, près d’une « femme païenne réduite, par une forte fièvre, à l’état de squelette, je commençai par lui « donner une dose convenable de quinine, puis je lui parlai religion et l’exhortai à recevoir le « baptême. Elle s’y décida facilement, car elle le désirait depuis longtemps ; mais il fallait « compter avec le mari qui, lui, ne croyait qu’au diable. Aussi, tout d’abord, fit-il une formelle « opposition, promettant toutefois de se faire chrétien avec toute sa famille, au cas où sa « femme reviendrait à la santé. Je me gardai bien de me laisser prendre au piège, et finalement « notre homme cessa d’entraver la volonté de la malade. Je venais de verser l’eau sainte sur le « front de celle-ci, quand l’aînée de ses filles, poussée sans doute par le père, accourut pour « m’en empêcher. ─ A boire, demanda bientôt l’heureuse baptisée. ─ Son mari n’eut rien de « plus pressé que de lui apporter de l’eau offerte au démon. Un moment, elle hésite ; puis « éloignant la coupe qui lui est présentée : ─ Garde cela pour toi, dit-elle, et donne-moi de « l’eau bénite, car j’ai renoncé à tous les diables pour adorer le bon Dieu. ─ Depuis, cette « femme a recouvré force et santé. Aussitôt qu’elle le put, elle me conduisit ses quatre plus « jeunes enfants et me demanda de les baptiser. Qu’il est touchant de la voir venir à l’église « presque tous les dimanches, portant sur son dos le plus petit de ses bébés et menant les trois « auttes par la main ! »
« Formé par les trois stations, récemment fondées, de Yandoon, Letkopin et Nyaung-gon, le groupe de Maubin (2.377 catholiques) n’apporte que 38 conversions de païens. Il est vrai que deux de ces postes ont été occupés par de tout jeunes missionnaires. Ils n’ont guère pu faire autre chose que visiter les chrétiens dispersés sur une grande étendue de territoire. Et certes, ce n’est pas peu dire ; en effet, que de voyages pénibles cela suppose le long des mille bouches de l’Irrawaddy !
« C’est à M. Boulanger, assisté entre temps par le P. Moïse, supérieur de notre petit séminaire, qu’est échue la lourde charge des deux paroisses de Moulmein, jusqu’au jour prochain où M. de Chirac quittera le poste militaire de Thayet-myo pour retourner au milieu de ses ouailles.
« Cette ville appartient au groupe de Tennasserim qui comprend aussi les postes de Tavoy et de Mergui. Une nouvelle station est en projet, entre Moulmein et Shwegyin. L’endroit choisi, Thaton, paraît appelé à devenir un centre important de chrétientés parmi les nombreux Carians des environs. Il nous tarde de voir l’évangélisation se propager dans cette belle vallée du Sittang, Au nord, M. Mignot a réussi à l’entamer ; mon désir est que nous tentions la même œuvre dans le sud ; avec la grâce de Dieu et de bons ouvriers le succès est certain.
« Gracieusement échelonnés sur la ligne de Prome à Mandalay, les trois districts du groupe de Pégu, Gyobin-gauk, Thonzé et Nyaung-le-bin, continuent leur marche en avant. Témoin les 257 baptêmes d’adultes du présent exercice.
« En général, ces baptêmes ont été glanés dans les endroits qui comptaient déjà des fidèles. « Seul, écrit M. Pavageau, un village carian des montagnes Pegu-yomas, où il n’y avait « auparavant aucun chrétien, a été baptisé en entier. A côté de ce village, il y en a quantité « d’autres qui n’attendent que le missionnaire pour se faire instruire ; ce sont de grandes « agglomérations de 40 à 50 familles. Dans ce seul endroit, le plus élevé des Yomas, et connu « sous le nom de Zamain, il y a plus de 2.000 Carians, assez voisins les uns des autres ; tous, « je l’espère, nous appartiendront avant peu. »
« Déjà lourdement chargé par ailleurs avec son poste de Thonzé, M. Perroy a dû s’occuper encore cette année de plusieurs chrétientés détachées de l’ancien poste de Segagyi. Or, dans ces mêmes parages, mais se rapprochant de la voie ferrée, d’immenses forêts nouvellement ouvertes à la culture attirent chaque jour un grand nombre de Carians qui s’offrent à les défricher et à s’y établir. Quelques chrétiens ont déjà transporté là leur tente, et il importe grandement de les suivre et de profiter ainsi de leur présence au milieu des nombreux païens qui les entourent, afin d’amener tout ce monde à embrasser la vraie religion. C’est à ce travail important que notre confrère va se livrer avec l’aide de M. Th. Bohn, et nul doute que leurs efforts ne soient couronnés de succès.
« A Nyaung-le-bin, M. Mignot est tout à la joie pour les 106 baptêmes d’adultes qu’il lui a été donné d’enregistrer. « Il y a ici, écrit ce confrère, un vaste champ ouvert à la prédication « de l’Evangile : Kyaulkyi, Shwegyin, Kyaikto sont autant de postes prêts à recevoir des « apôtres. »
« Les quatre paroisses de la capitale ont pu recueillir, malgré la lourde tâche qui accable nos confrères, 64 baptêmes de païens ; en outre 14 d’adultes ont été administrés in articulo mortis à la léproserie.
« M. Luce, provicaire et curé de la cathédrale, est débordé par le nombre des visiteurs qui, pour divers motifs, l’assiègent presque continuellement. Rangoon devient de plus en plus une ville cosmopolite où quantité d’Eurasiens affluent, chaque jour, des principaux centres de l’Inde, dans l’espoir de faire fortune. Peu réussissent ; mais, soit honte de retourner au pays sans le sou, soit pour d’autres raisons, ces pauvres gens finissent par se fixer ici. Si encore ils menaient une vie réellement chrétienne !
« La paroisse Saint-Jean, administrée par M. Perret, est plus homogène, et partant, plus tranquille. Notre confrère n’en a pas moins ses tracas, chargé qu’il est de la direction de la procure.
« Les chrétiens Malabares, au nombre de 5.017 forment la congrégation de beaucoup la plus nombreuse de tout le Vicariat. Il ne faut rien moins que le zèle et l’activité de M. Mourlanne pour diriger tout ce monde.
« Plus tranquille au milieu de ses soldats, M. Saint-Guily ne laisse pas de se dépenser corps et âme au bien d’une population essentiellement flottante. « Une vingtaine de soldats sont « réellement un modèle pour la paroisse. Une dizaine communient tous les mois ; quelques-« uns même, plus souvent. Le cercle militaire est plus florissant que jamais. » Bref, notre confrère se multiplie autant qu’il peut ; il a trouvé le moyen et le temps de transformer et d’embellir son église. Le sanctuaire surtout, au fond duquel il a si bien su encadrer une majestueuse statue du Sacré-Cœur, fait l’admiration de tous, protestants aussi bien que catholiques.
*
* *
« L’asile des lépreux s’est complété d’une élégante et gracieuse chapelle, toute eu bois de teck. J’en fis la bénédiction solennelle au mois d’avril 1897, et je la dédiai à saint Joseph, qui devenait ainsi le protecteur spécial de nos chers malades. Comme il a été dit précédemment déjà, M. Freynet, qui dirige cet établissement, a eu le bonheur d’enregistrer, cette année, 14 conversions de païens ; la plupart sont allés dans un monde meilleur goûter enfin, après le martyre d’une vie toute de souffrances, les ineffables délices du ciel.
« Les écoles, tant celles des districts de l’intérieur que celles des villes, continuent de donner entière satisfaction. A Moulmein, on a célébré, le 7 juillet, un double cinquantenaire : celui de l’école des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition et celui de la Révérende Mère Supérieure. A cette occasion, M. V.-S. Pope, directeur de l’instruction publique pour toute la Birmanie, voulut bien prendre la parole et remercier, au nom du Gouvernement, les religieuses et plus particulièrement la Mère Supérieure de leur abnégation et de leur dévouement à la cause de l’éducation.
« A Bassein, sous la direction des mêmes Sœurs de Saint-Joseph, il a été installé un noviciat de religieuses indigènes. Il occupe avantageusement le local autrefois destiné à l’école industrielle des garçons. Nul doute que cette œuvre ne réussisse à nous donner de bonnes maîtresses d’école.
« Le catéchisat de Myaung-mya est toujours pour la Mission une cause de joie et de douce espérance. « Cette année, écrit M. Gandon, quatre ou cinq jeunes gens auront fini leur cours « (3 ans), et seront à la disposition des confrères qui les ont envoyés ici, ou de ceux à qui Sa « Grandeur jugera à propos de les adjoindre en qualité d’auxiliaires. »
« Comme plusieurs de nos élèves-catéchistes sont bien doués, nous allons essayer d’en faire des maîtres d’école en bonne et due forme, c’est-à-dire munis des diplômes requis par le Gouvernement. Dans beaucoup d’endroits, ils pourront ainsi faire l’office de catéchistes ou chefs de chrétienté, en même temps que celui d’instituteurs de la jeunesse.
« Ne quittons pas l’établissement de Myaung-mya sans rendre un pieux hommage à la mémoire du P. Pakin, à peine évoquée au commencement de ce compte rendu. Ce bon prêtre a été toute sa vie un modèle d’obéissance et de soumission vraiment filiale. Aussi, lorsqu’en 1893, Mgr Bigandet, de vénérée mémoire, décida l’ouverture du nouveau catéchisat, jeta-t-il les yeux sur lui pour en être le premier directeur, fonction dont il s’acquitta fidèlement jusqu’au jour où la maladie vint lui interdire tout travail. Enfin, le 6 juillet dernier, Dieu le rappelait à Lui. Notre œuvre du catéchisat, bénie l’an dernier par la mort de deux de nos jeunes gens, est maintenant consacrée par celle du P. Pakin. C’est à l’ombre de la Croix, près de ses chers élèves, moissonnés à la fleur de l’âge, qu’il dort son dernier sommeil.
« Le P. Moïse a raison d’être fier de ses 14 jeunes latinistes. A une santé des plus prospères, ils joignent une ardeur vraiment admirable pour l’étude et la pratique des vertus propres aux élèves du sanctuaire. J’en remercie vivement le bon Dieu et Le prie instamment de leur accorder la persévérance dans leurs bonnes dispositions, garantie indubitable d’une vraie vocation apostolique. Dans mon impatience, il me semblait déjà en voir quelques-uns au collège de Pinang, où, sous la conduite de nos dévoués confrères et avec l’aide de leur aîné dans la carrière, un jeune Eurasien minoré, ils mettraient la dernière main à l’édifice de leur perfection sacerdotale. Hélas ! mon rêve s’est en partie évanoui à la nouvelle de la mort subite de notre pieux acolyte W. J. Malcolm. C’est le 22 juillet dernier que ce bon jeune homme a rendu en quelques instants sa belle âme à Dieu. La perte est grande pour la Mission, pour notre petit séminaire en particulier, où, de concert avec le P. Moïse, il semblait destiné à rendre les plus grands services. Dieu en a jugé autrement : Il a voulu lui rendre la part d’héritage qu’il s’était déjà adjugée à son entrée dans la cléricature. Dominus pars hœreditatis meœ... Tu es qui restitues... ─ Fiat ! »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|