| Année: |
1897 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Usse |
III. — Birmanie Septentrionale
Population catholique. 6.434
Baptêmes d’adultes. 312
Conversions d’hérétiques 10
Baptêmes d’enfants de païens 84
___
La Mission de Birmanie du Nord compte aujourd’hui 6.434 catholiques. Plusieurs échappent au recensement annuel, perdus qu’ils sont dans les montagnes au service des Anglais, ou dans des parages non visités par les missionnaires. Le nombre de nos fidèles n’est pas élevé, mais si on considère qu’ils sont disséminés sur une immense surface, il sera facile de comprendre que l’administration en est quelquefois bien difficile.
« La plupart des missionnaires ont vu leurs districts désolés par la sécheresse et la famine ; ils ont eu la douleur de perdre quelques néophytes qui se sont expatriés pour aller ailleurs chercher du travail et du riz ; eux-mêmes se sont voués à la misère pour aider ceux qui restaient. Néanmoins ils ont la joie d’apporter au grenier du Père de famille une petite gerbe de 312 baptêmes d’adultes.
« C’est la règle ici d’éprouver les catéchumènes pendant 18 mois avant de les admettre au saint baptême ; souvent même nous les faisons attendre plus longtemps. De cette manière nous n’allons pas vite, mais au moins le travail est sérieux et nous pouvons espérer qu’il aura des effets durables. »
Mgr Usse, après ces remarques générales, en vient aux détails sur les différentes parties de sa Mission. Il commence par Mandalay. « Dans cette ville, qui compte 2.181 catholiques, 170 adultes ont été baptisés dans le courant de l’année. Nous n’avions jamais encore obtenu un si beau résultat à la capitale.
« Nos 34 séminaristes continuent à faire notre joie et notre consolation. M. Vulliez a remplacé M. Gilhodes dans la direction et la culture de cette jeune pépinière de futurs apôtres. Leur esprit est excellent et leur ardeur au travail mérite des éloges. Pour consolider cette œuvre, Dieu a voulu prendre une victime parmi ces enfants du sanctuaire. Le 11 novembre dernier, il cueillait une belle petite fleur dans le parterre de St-Louis de Gonzague. Prosper Mang-San-Gnien, jugé mûr pour le ciel, rendait son âme à Dieu, après avoir reçu la première communion en viatique.
« Mandalay possède une école dirigée par les Frères des Ecoles chrétiennes depuis le 26 avril 1897. Cet établissement s’imposait. Je souffrais de voir que notre jeunesse n’avait pas toute facilité de s’appliquer aux hautes études ; elle l’aura désormais.
« Les Sœurs de Saint-Joseph se sacrifient sans réserve au développement des œuvres qui leur sont confiées. Elles ont enregistré 50 baptêmes tant au pensionnat qu’à l’orphelinat et au refuge des vieilles femmes qui sur leurs derniers jours apprennent là le chemin du paradis, où elles vont vite prier pour leurs bienfaitrices.
« La mission tamoule est en progrès sous la direction de M. Darne qui a remplacé M. Moysan, désigné pour la ville et le district de Meiktila. Il aime ses Indiens et m’exprime sa joie dans les termes suivants : « Dans la visite mensuelle que je leur fais à domicile, je suis « heureux de voir que le petit oratoire où l’on se réunit le soir pour prier est l’endroit le mieux « entretenu de la maison. Je n’ai pas trouvé de demeure qui ne possédât le sien. « Malheureusement, ma paroisse est trop flottante ; l’année n’est qu’un échange continuel de « chrétiens entre Mandalay et Rangoon, Rangoon et les Indes. De là, la difficulté pour le « misssionnaire de réunir son troupeau et de le diriger dans les voies de la vertu. La femme « surtout me semble bien abandonnée. Pour remédier un peu à cet inconvénient, j’ai ouvert « une école le 1er septembre dernier. L’enseignement est tout entier sous mon contrôle ; « l’étude du catéchisme et des prières en est la base. Dès le premier jour, je comptais plus de « vingt élève et leur nombre n’a fait qu’augmenter.
« J’ajoute un mot mur notre belle fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge. Ce jour-là, « le soleil se leva radieux ; les chrétiens arrivèrent en foule de tous les points de l’immense « ville ; les drapeaux et les oriflamme, flottaient au vent ; les murs de l’église et l’autel « disparaissaient sous les fleurs. L’heure de la messe venue, l’église se trouva trop petite. « Huit jeunes Indiennes au teint noir, mais blanches d’âme et de parure, vinrent recevoir le « Dieu Eucharistique pour la première fois ; plus de 100 de leurs frères et sœurs les suivirent ; « ce fut un spectacle édifiant. Le chant des Vêpres et la bénédiction du Très Saint-Sacrement « terminèrent cette journée toute du ciel. » La mission tamoule a donné 13 baptêmes « d’adultes.
« M. Léon Lafon chargé de la mission et de l’orphelinat chinois enregistre 12 baptêmes d’adultes. Il me dit qu’il se produit un certain mouvement vers notre sainte religion parmi quelques gros Chinois que l’amour du lucre n’a pas aveuglés. L’esprit des 65 orphelins est très bon. C’est par eux surtout que nous pourrons avoir plus tard des familles vraiment chrétiennes et fonder une mission durable. Comme ces enfants sont nés à Mandalay, il n’est pas probable qu’ils quittent la Birmanie pour le Céleste Empire, quand ils seront bien établis dans notre ville.
« La léproserie Saint-Jean nous a fourni une belle gerbe de 83 baptêmes d’adultes dont 24 in articulo mortis. Ce chiffre dit assez le dévouement de M. Martin et de ses auxiliaires, qui ont prodigué leurs soins à ces pauvres Birmans, dont les âmes étaient naguère encore couvertes d’une lèpre plus hideuse que celle qui ronge leur corps. Il n’y a pas un mois, j’avais le bonheur de baptiser 54 d’entre eux ; le même jour, une cinquantaine de leurs aînés recevaient la Confirmation ou prenaient part pour la première fois au banquet eucharistique.
« En dehors de Mandalay, les districts qui formaient l’ancienne Mission avant l’annexion anglaise, sont administrés par quatre missionnaires. Je constate avec joie que les chrétientés de ces districts sont des chrétientés modèles. La jeunesse surtout est excellente. Ce qui le prouve, c’est qu’à très peu d’exceptions près, si même il y en a, tous les jeunes gens de nos vieux villages sont membres de la ligue du Sacré-Cœur, et s’approchent chaque mois des sacrements.
« Ecoutons M. Faure nous raconter l’histoire d’un aveugle de Chanthaywa, un des postes qu’il administre et qui compte 410 catholiques. « Il n’y a pas eu, pendant les douze mois « écoulés d’autre décès d’adulte que celui de l’aveugle du village, un grand vieillard à figure « maigre et à cheveux blancs. On pouvait le voir ces temps derniers s’acheminer deux fois « par jour vers l’église, tenant dans sa main un long bâton dont une fillette de douze ans « portait l’autre extrémité. Mais il fallut plusieurs années pour lui apprendre ce chemin, et « surtout pour incliner son esprit et son cœur à le suivre. Avant son infirmité, il était un « bouddhiste convaincu. Un jour, lui et sa femme perdirent la vue par suite d’une de ces « maladies d’yeux, si fréquentes dans certains villages peu ombragés et au sol sablonneux. Le « hasard ou mieux l’espoir d’une assistance plus régulière les conduisit dans notre village. « Les catholiques prirent en pitié les deux pauvres aveugles et leur petite fille qui commençait « à marcher. Ils ne les laissèrent pas manquer du nécessaire, et même en certains jours de « fête, il y eut dans leur petite cabane une vraie abondance.
« Peu à peu le vieux bouddhiste et sa femme comprirent que la religion de Gaudama n’est « pas la seule à conseiller l’aumône ; que la religion chrétienne elle aussi en fait un devoir, et « que ce devoir est pratiqué par les catholiques sans ostentation et avec amour. Ils vinrent à « l’église, y revinrent, et bientôt ne manquèrent plus aucun office. Leur oreille se délectait « aux accents des prières récitées d’un ton ferme, avec conviction et piété. Ils en méditèrent « les paroles avec un esprit nullement distrait par le spectacle des objets extérieurs. Au bout « de plusieurs mois, ces prières se trouvèrent fixées dans leur mémoire. La grâce était « pleinement victorieuse : ils demandèrent le baptême. La dernière recommandation du vieil « aveugle mourant à sa femme et à sa fille fut celle-ci : ─ Surtout ne vous éloignez jamais de « la maison du Père et de l’église du Dieu des chrétiens.
« Parmi les districts de formation plus récente, Schwebo tient le premier rang. La ville même est divisée en deux paroisses qui ensemble comptent, pour l’année, 23 baptêmes de païens et deux conversions d’hérétiques. Elle voit rayonner autour d’elle huit villages qui lui forment une belle couronne. Le district est administré par quatre missionnaires.
« Le millier de catholiques, écrit l’un d’eux, M. Herr, que j’ai à visiter dans onze postes, « sur un espace de 300 milles de longueur et 100 de largeur, ne me permet guère de « m’occuper sérieusement de l’évangélisation des païens ; je ne peux leur consacrer que les « rares moments qui me restent entre mes voyages presque continuels. Le nouveau poste de « Tanaon-oung, formé au commencement de l’année dernière, n’a encore fourni que 17 « baptêmes ; mais j’espère que dans quelques mois tout le village sera chrétien. »
« Il y a quelque temps, une députation d’hommes influents de Halingui vinrent trouver M. Herr et demandèrent à s’instruire des vérités de notre sainte religion. Bien que déjà surchargé de travail, le missionnaire crut devoir s’occuper de ce village situé à 10 milles anglais du chef-lieu du district. Il y a en ce moment 20 familles qui étudient sous la direction d’un jeune homme. Je les visitai le mois dernier, et je fus vraiment édifié de leur foi et de leur ardeur à apprendre les prières et le catéchisme. Un fait qui prouve leur sincérité, c’est que, tour à tour, ils vont le dimanche entendre la messe à Schwebo, sans se laisser arrêter par la pluie ou la chaleur.
« La situation du village est ravissante et le terrain en est très fertile. C’est dans le voisinage que mourut, le 27 novembre 1882, le P. Felicci d’Izola, l’un des derniers missionnaires Italiens. Il se rendait à la retraite annuelle avec M. Laurent, quand il fut pris du choléra, qui l’emporta en quelques heures. Tous les catholiques de Monhla ressentirent vivement la mort de leur Père bien-aimé qu’ils regardaient comme un saint. Ils auraient voulu que sa dépouille mortelle fût transférée au milieu d’eux ; M. Laurent le souhaitait plus que tout autre. Une occasion favorable à leur désir se présenta.
« En juin 1885, M. Laurent et moi nous nous rendions à Mandalay pour assister aux noces d’argent de S. G. Mgr Bourdon. Nous devions passer par Halingui. Il fut décidé que nous emporterions à notre retour les restes du saint missionnaire ; mais Thibaw occupait encore le trône de ses pères et les lois birmanes ne permettaient pas d’exhumer les corps. Il fallut donc nous présenter devant le gouverneur de Schwebo qui, las de la persistance que mettait M. Laurent à obtenir l’autorisation désirée, finit par la donner, écrite sur une feuille d’arbre. Tout se fit comme il avait été convenu, et le corps repose maintenant dans le cimetière de Monhla.
« Nous avons pensé que la fondation du nouveau poste de Halingui était due aux prières du missionnaire en faveur de ceux au milieu desquels il était mort.
« M. Remandet bataille contre le démon à Payan, Thalon et Mabé. Thalon lui a fourni 32 baptêmes d’adultes. C’est dans ce village surtout que les horreurs de la famine se sont fait sentir. « De plus, écrit notre confrère, les païens des environs sont toujours mal disposés à « notre endroit. Ils n’usent pas, il est vrai, de tracasseries directes contre les chrétiens eux-« mêmes, la peur les retient ; mais ils essaient de dénigrer la religion catholique et dissuadent « de l’embrasser. Dans certains villages on va, paraît-il, jusqu’à répandre le bruit que notre « présence est cause de la famine... Il s’ensuit que beaucoup refusent de vendre ou de prêter « quoi que ce soit à nos chrétiens, voire même une tasse de riz, lorsqu’ils n’ont rien à manger. « On leur répond : ─ Va trouver ton prêtre ! ─ et ces pauvres gens viennent, le ventre vide et « le cœur bien gros, me demander quelques sous. Je suis heureux de constater que néophytes « et catéchumènes souffrent tout avec foi. »
« M. Granié, sans négliger les quelques familles de Ouchmyank, est allé planter sa tente sur un sol moins stérile, à Shwehentha. Ce village fondé l’an dernier lui donne plus de consolations, et tout fait espérer que, l’année prochaine, les catéchumènes seront assez instruits et assez fermes pour recevoir le baptême.
« Presqu’aux portes de Mandalay se trouve Chanthagon (colline du bonheur), chef-lieu du district le plus riche en espérances après Schwebo. On se souvient peut-être qu’au dernier exercice, il donna 105 baptêmes d’adultes. Les résultats qu’il avait fait espérer pour cette année ne se sont pas encore réalisés à cause de diverses circonstances, parmi lesquelles la catastrophe du 6 mai. « Ce jour-là, écrit M. Bazin, un terrible incendie consumait notre « presbytère, la cuisine, la provision de riz des orphelins pour l’année, et deux maisons dans « le village. Il ne nous restait plus rien à M. Pelletier et à moi : livres, bréviaires, registres, « linge de corps, tout avait disparu. Pendant de longs jours, nous avons mené une existence « misérable dans la pauvre maison des orphelins ou autour de l’église.
« Les 62 enfants de l’orphelinat Saint-Nicolas, continue le même missionnaire, se « signalent par leur docilité et leur attachement au prêtre ; ils rivalisent d’ardeur pour le « travail : aussi, aux derniers examens, les notes ont été excellentes. Quant aux vieillards de « l’hospice Saint-Charles, ils se font remarquer par leur assiduité à se rendre à l’église. Dès « que la cloche sonne, vous voyez ces pauvres infirmes, aveugles pour la plupart, se tenir les « uns les autres et s’acheminer vers la maison de Dieu, où ils demandent à Celui qui « récompense un verre d’eau donné en son nom, de répandre ses bénédictions sur ceux qui, « en leur procurant le nécessaire pour la vie du corps, leur assurent un autre bien plus grand, « le bonheur du ciel. »
« Kinlat n’a donné cette année que 5 baptêmes d’adultes. Pourtant le P. Tobie n’épargne ni son temps ni sa peine, mais son zèle va se heurter contre les mauvaises dispositions des païens. Si le développement numérique n’est pas très consolant, on est heureux de constater un progrès fort notable de l’esprit chrétien chez les catholiques.
« De Kinlat passons à Myaukaïn où nous sommes définitivement établis. En la fête de saint Joachim, je bénis moi-même l’église, le presbytère, le village et la croix du cimetière. Voici un extrait du compte rendu de M. Pelletier, à qui nous devons cette fondation.
« Jusqu’ici nous étions restés, mon catéchiste et moi, dans une misérable hutte au milieu « des païens. Comme il me semble impossible d’avoir en ce pays des catéchumènes et plus « tard des catholiques sérieux, s’ils restent mêlés aux infidèles, je voulais arriver tout d’abord « à séparer, aussi bien matériellement que moralement, le village en deux parties : d’un côté « les chrétiens, de l’autre les païens. Après plus d’une année de tâtonnements, je suis venu « fixer ma tente non loin du village déjà existant, dans un vaste terrain obtenu du « gouvernement à cet effet. Huit ou dix familles des plus décidées m’ont suivi, et pendant que « je bâtissais église, presbytère et école, mes gens se mettaient résolument à l’œuvre pour « créer un village modèle où nous pourrions attirer les païens bien disposés.
« Mon plan a réussi. Aux familles qui m’avaient suivi sont venues s’adjoindre quelques « âmes de bonne volonté des bourgades environnantes. Nous avons ainsi organisé un village, « petit encore, mais qui promet de s’agrandir sûrement dans un avenir plus ou moins « prochain. Aujourd’hui, absolument chez nous et débarrassés des tracasseries incessantes du « chef païen et de ses adeptes, nous formons un noyau entièrement indépendant dont je suis « le roi et surtout le père. Je compte en ce moment dans notre nouveau Myaukaïn 23 familles, « soit 3 chrétiens et 83 catéchumènes.
« Tous les jours sans exception, le catéchisme est fait régulièrement à midi pour les « femmes et les enfants, et le soir pour les hommes Tous doivent y assister, sauf le cas d’une « permission à obtenir personnellement et pour chaque fois. Les prières du matin et du soir « comme les exercices du dimanche sont suivis aussi régulièrement que les catéchismes. « C’est ainsi qu’avec la grâce de Dieu, des efforts et du temps, le grain de senevé jeté l’année « dernière produira un grand arbre à racines profondes, à l’ombre duquel viendront se fixer « définitivement bon nombre de gens sérieux et chrétiens sincères. »
« Dans le district de Meiktila, M. Moysan a enregistré 2 conversions d’hérétiques, 6 baptêmes d’adultes et 21 d’enfants in articulo mortis. Le missionnaire attribue la cause de ce maigre résultat à la famine et aux tracasseries des païens.
La sécheresse qui règne ici depuis trois années consécutives a réduit les Birmans à la plus « grande misère ; une partie de la population est allée à la recherche d’un terrain moins ingrat. « Le gouvernement anglais a pourtant fourni du travail aux ouvriers et distribué des secours « aux laboureurs. Ces efforts ont été impuissants à vaincre le fléau et son cortège habituel de « maladies. D’un autre côté, les païens tentent tous les moyens pour enrayer les progrès de la « foi. Un fait pris entre cent le prouvera. Le chef païen du quartier où se trouvent nos « chrétiens fit arrêter au milieu de la nuit quatre pères de famille, ─ et tout le village, disait-il, « devait avoir le même sort ─ sous le prétexte qu’ils étaient sans moyens de subsistance et « par conséquent des voleurs. Malgré les preuves que j’apportai au magistrat, Birman ventru « comme son Bouddha, en faveur de mes hommes, j’avais toutes les peines du monde à leur « faire rendre justice. Heureusement l’inspecteur de police avait commis la grosse « imprudence de me demander par écrit 200 roupies en échange de la liberté de mes « catholiques ; la menace de montrer ce petit papier au préfet anglais de la ville rectifia les « poids et la balance de la justice birmane. Plaise à Dieu que ceux qui fuient cette ville à « cause de la faim et des persécutions gardent la foi, et que leur dispersion serve au moins à « faire connaître au loin le vrai Dieu ! »
« La petite chrétienté de Nyam-yan qui fait partie du district de Meiktila compte 50 catéchumènes.
« Yamethin a donné 24 baptêmes d’adultes, dont 3 à Yamethin même et 21 à Shwe-myo. Ce dernier poste fait la consolation de M. Ruppin. Je partage moi-même les espérances du missionnaire, car les dispositions des catholiques et des catéchumènes sont excellentes. Ceci s’applique également au nouveau poste de Maoubin, résidence de M. Charles Lafon chargé du district de Pyinmana. Notre confrère enregistre 14 baptêmes d’adultes, et se plaît à rendre de vives actions de grâces à sainte Anne pour la protection spéciale qu’elle a bien voulu accorder au village dont elle est la patronne. « Dans le district de Pyinmana, comme dans bien d’autres, « le choléra a fait de nombreuses victimes. Les villages qui avoisinent Maoubin ont tous, sans « exception, payé un large tribut au fléau. L’un d’eux, bien justement appelé le village du « diable, a été tellement éprouvé que les païens eux-mêmes y ont vu une malédiction. Seul, le « gentil village de Maoubin est resté intact sous la bienveillante tutelle de sa bonne patronne. « Aussi est-ce avec joie que j’ai célébré la messe d’actions de grâces, promise alors que la « terrible épidémie devenait menaçante. »
« Cette protection du ciel a été d’ailleurs visible dans tous les districts du Vicariat. A la suite de la famine, le choléra a fait son apparition : nous n’avons eu pourtant à déplorer que deux morts, tandis que les païens succombaient par milliers.
« Bhamo est celui de tous les districts qui a été le plus éprouvé par la maladie. M. Couillaud dut descendre à Mandalay en août dernier, et il n’a pas encore regagné son poste. M. Accarion, resté seul, a eu, lui aussi, à souffrir de la fièvre, la reine des bois habités par les peuples qu’il évangélise.
« Le district de Bhamo compte plus de 450 catholiques. Le laisser sans missionnaires pour appeler les apôtres du bon Dieu sur un sol moins malsain, serait condamner les âmes à une ruine certaine dans ces régions où le vice s’étale sans honte. Là surtout le don des langues serait nécessaire : Anglais, Birmans, Shans, Katchyns, Chinois, Indiens réclament les soins du prêtre.
« Plusieurs familles des bords du Tapin ont demandé leur admission dans le village catholique de Céléit ; mais peu ont persévéré. Continuons pourtant à espérer que ce district arrosé par les sueurs de tant de vaillants apôtres, dont quatre y ont trouvé leur tombeau, se couvrira enfin d’une moisson d’autant plus abondante qu’elle aura plus coûté. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|