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Rapport annuel des évêques

Année: 1898
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie méridionale
Rédacteur:Mgr Luce

III. — Birmanie méridionale.


Population catholique 38.988
Baptêmes d’adultes 702
Conversions d’hérétiques 32
Baptêmes d’enfants de païens 47
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En l’absence de Mgr Cardot, son provicaire, M. Luce, nous a envoyé le compte rendu des travaux accomplis et des résultats obtenus, en 1898, dans la Birmanie méridionale. Il parcourt successivement les six groupes ou grandes divisions de la Mission, puis dans chaque groupe, chacun des districts ou paroisses qui le composent, et se plaît à faire ressortir comment les missionnaires et les prêtres indigènes, chacun dans son poste respectif, ont dépensé toutes leurs forces et tout leur zèle, à l’extension de la gloire de Dieu et à la conversion des âmes. Nous allons reproduire ici ce qui nous a paru le plus saillant dans ce rapport.

L’année dernière, nous avons vu M. D’Cruz abandonner à M. Lefebvre le soin de la paroisse de Moulmein et aller établir sa résidence à Ywé-gon, au milieu des Talaïn-Carian. Cette année, M. Luce nous apprend que le vénéré prêtre a réussi à fonder là une chrétienté modèle avec écoles pour les enfants des deux sexes.
Pendant son séjour à Rome, Mgr de Limyre a obtenu de la Sacrée-Congrégation de la Propagande le titre de missionnaire apostolique pour M. D’Cruz. Dans la Mission, il n’y a eu qu’une voix pour applaudir à cette distinction accordée à ce vétéran de l’apostolat.
A Pouk-sein-bé, le choléra, comme les années précédentes, a exercé ses ravages. Il a sévi particulièrement sur la jeunesse des écoles, au beau milieu de l’année scolaire, alors que les pensionnaires étaient plus nombreux. « Mais, écrit M. Iffly, « si Dieu nous a éprouvés, il nous « a aussi grandement consolés en nous donnant de régénérer une soixantaine d’infidèles. »

Thinganaing est toujours la résidence du doyen de la Mission, M. Naude-Theil. « Si l’âge et les infirmités ne lui permettent plus de travailler, du moins a-t-il le secret de se faire aider efficacement par le P. Carolus, son assistant, comme le témoigne le chiffre de 62 conversions, le plus élevé qui ait été atteint, cette année, dans les stations du vicariat. »
A Maryland, M. Tardivel qui a pour vicaire M. Bouche, se montre satisfait de son vaste district où il ne compte pas moins de 2.060 chrétiens. Il rend un spécial témoignage à la foi des néophytes de Sacangyi.
« Il y a quelques années, écrit-il, cette chrétienté se composait seulement de 4 ou 5 familles « catholiques vivant à côté d’un gros village d’anabaptistes, qui mirent tout en jeu pour les « pervertir ou les chasser à leur profit. Ce fut peine inutile. Non seulement nos chrétiens « tinrent bon, mais leur nombre ne tarda pas à s’accroître de 10 nouvelles familles. Puis, pour « montrer à leurs rivaux qu’ils entendent bien rester maîtres chez eux, ils viennent de « construire à proximité du village une belle et solide chapelle. Très exacts à l’observation du « dimanche et de leurs autres devoirs, ils n’en sont que plus étroitement unis dans leurs efforts « contre l’ennemi commun et savent lutter avec avantage. »
Le missionnaire de Lethama, M. Maigre, écrit de son côté : « Pendant tout le carême, j’ai « tenu à visiter les villages chins, qui peuplent les montagnes, à l’est de Lethama, en « descendant vers Bassein. Ces centres d’habitations sont très éloignés les uns des autres, « parfois à trois ou quatre heures de marche. Je trouvai tout ce monde bien disposé, et bon « nombre d’infidèles ont promis de s’instruire et de se préparer au baptême pour l’année « prochaine.
« Un jour, continue notre confrère, une femme d’un village voisin de Lethama m’arrive « avec son enfant, et me supplie de la baptiser. Son mari et ses autres enfants étaient morts, « malgré force superstitions et sacrifices aux nats (mauvais génies). Je la fis instruire et la « baptisai. Tant il est vrai que ce n’est pas nous qui faisons les conversions, mais le bon Dieu. »

Le groupe de l’Irawaddy a été fortement éprouvé par suite du décès d’un de nos plus anciens prêtres indigènes, le P. Thomas, promu au sacerdoce, le 7 janvier 1878, par Mgr Bigandet, de vénérée mémoire. C’est le 18 juin dernier que Dieu rappelait à lui son fidèle serviteur, après 20 ans de ministère apostolique au milieu des innombrables villages Carians qui se disputent les fertiles rizières du delta de l’Irrawaddy. Sa mort fut presque subite.
« Au reçu de la triste nouvelle, je partis immédiatement pour rendre les derniers devoirs au regretté défunt. J’eus la consolalion d’apprendre de la bouche des chrétiens de son entourage, que le Père avait gardé sa connaissance jusqu’au bout, et que, voyant sa fin approcher, il ordonna aux nombreux assistants de réciter les prières des agonisants, auxquelles lui-même se joignit avec la plus édifiante piété, jusqu’au moment ou une crise suprême vint mettre un terme à ses douloureuses souffrances. Le defunt était dans sa cinquante-cinquième année.
« Les deux autres districts du groupe : Yandoon, où M. Ballenghien se dépense corps et âme non sans succès, puisqu’il compte 57 baptêmes, et Nyaung-gon, résidence de M. Bonnet, ne cessent pas de donner les meilleures espérances pour un avenir prochain.
« Dernièrement, écrit M. Bonnet, j’ai eu la joie de conférer le saint baptême à une dizaine « de païens, dans le voisinage de Pyapon, et d’ores et déjà plus de 30 autres apprennent les « prières. Ce n’est qu’un commencement. Pour me prouver leur sincérité, ils ont promis de « construire une chapelle tout près de la mer, et me réclament à grands cris un maître d’école « à qui ils puissent confier l’éducation de leurs enfants. Il est certain que si je pouvais passer « plusieurs mois de 1’année au milieu d’eux, ils trouveraient moyen d’élever une maison très « convenable pour le missionnaire qui, avant peu, aurait la satisfaction de compter sûrement « 200 ou 300 conversions. »

« Voici ce que m’écrit M. Pavageau sur le poste de Gyobingauk : « Le chiffre des « baptêmes d’adultes, 42 seulement, est bien maigre, vu surtout le mouvement progressif vers « notre sainte religion ; mais le temps nous a manqué pour instruire Les nombreux catéchu-« mènes qui nous viennent de tous côtés. Vers les fêtes de Pâques, une épidémie de petite « vérole à Gyobingauk et dans les environs retint loin de nous la plupart de nos chrétiens. « Force fut de les aller trouver chez eux pour leur faciliter l’accomplissement du devoir « pascal. Rien ne fut épargné afin de donner partout aux saints offices la plus grande solennité « possible. Non seulement les chrétiens accouraient à la fête, mais quantité de païens aussi, « attirés par la nouveauté du fait. Plus d’un, je le sais, s’en est retourné, emportant au fond du « cœur un germe de foi qui, je l’espère, portera du fruit.
« Une autre branche du ministère qui nous prend beaucoup de temps est l’administration « des malades. Quand on songe à la distance qu’il y a le plus souvent à parcourir pour visiter « un seul infirme, quarante confessions de moribonds représentent une bonne petite somme de « travail. En revanche, personne n’est mort cette année sans sacrements. »
« M. Pavageau vient d’ajouter aux établissements de la mission un modeste hôpital, où païens et chrétiens peuvent au moins trouver la vie de l’âme, s’ils n’y retrouvent pas toujours la santé du corps.
« Sous la direction de M. Perroy, le district de Thonzeh est plus florissant que jamais ; les sacrements y sont très fréquentés, témoin le nombre des confessions et des communions de dévotion bien supérieur à celui des années précédentes. Son assistant, M. Th. Bohn, n’a pu, à cause de la maladie, se livrer à l’évangélisation des Carians échelonnés sur les rives du Hlaïn, et dont une grande partie, chrétiens ou parents de chrétiens émigrés des postes voisins, ne demandent qu’à se fixer sous l’égide paternelle du missionnaire. Il y a là une belle et vaste mission à fonder au plus tôt, sous peine de compromettre le salut de plusieurs centaines de fidèles, que le défrichement de la forêt et la culture du riz attirent tous les jours dans ces parages.

« Un autre coin du Vicariat qui ne demande qu’à se convertir, est celui de Nyaung-le-bin confié au zèle de M. Mignot. Dans son ardeur apostolique, cet excellent ouvrier voit déjà s’élever les futures chrétientés qui bientôt relieront son poste à ceux du Tenasserim, soit au moyen du fleuve Sittang, soit plutôt par la voie ferrée qui, dit-on, ne va pas tarder à mettre Rangoon en communication directe avec Moulmein. C’est comme un nouvel horizon, une nouvelle terre promise qui s’ouvre aux conquêtes de l’Évangile.
« En attendant, MM. Mignot et Jumentier ne restent pas inactifs, et c’est à l’extrême nord-est, sur les confins de la mission de la Birmanie orientale, qu’ils viennent de planter un premier jalon, à Kyauk-kyi.
« En apprenant le motif de notre voyage, écrit M. Mignot, Birmans et Carians ne « craignaient pas de manifester leur contentement. Puisque les esprits sont si bien disposés, il « ne faut pas perdre de temps, et j’ai le ferme espoir que d’ici la fin du prochain exercice, la « croix dominera la petite chapelle que nous nous proposons d’ériger au pied de la citadelle de « Satan. Je prie Dieu de donner à mon cher socius, M. Jumentier, une santé et des forces en « rapport avec le dévouement qui l’anime.

« Les églises des quatre paroisses de la capitale sont, à part celle du cantonnement dirigée par M. Saint-Guily, trop petites pour la foule des pieux fidèles qui s’y rendent très régulièrement le dimanche. M. Perret, chargé de l’église Saint-Jean et de la procure, a eu le rare bonheur de baptiser, cette année, un bonze cingalais, vénérable vieillard de 78 ans. Les circonstances de cette conversion sont trop remarquables pour que je puisse résister au plaisir de les raconter ici.
« Notre talapoin vint donc l’an dernier à Rangoon, dans le seul but d’accomplir un « pèlerinage à la célèbre pagode de Shwe-Dagon. Il y avait 8 jours qu’il logeait dans un « monastère de bonzes, bouddhistes comme lui, lorsqu’il vit en songe une personne, à la « figure plutôt européenne qu’indienne, qui lui dit : « C’est peine inutile de chercher le « bonheur dans le bouddhisme ; tu ne le trouveras pas. Va, je t’en prie, dans la direction de « l’est, et interroge le prêtre catholique que tu rencontreras. »
« Comme mon église de Saint-Jean est exactement à l’est de la bonzerie, cela me valut « l’honneur d’une visite peu commune. Je pris d’abord ce bonze pour un imposteur ou pour « un homme tombé dans l’enfance, mais il insista tant et si bien que je lui donnai un « catéchisme et le congédiai, pensant bien ne plus le revoir. Il revint toutefois et même assez « fréquemment. Au bout de huit jours, le vieillard savait déjà les prières et connaissait les « principales vérités du christianisme. Sur ces entrefaites, grand émoi au monastère qui lui « servait de résidence. Ses hôtes, les bonzes birmans, s’aperçoivent que leur confrère de « Ceylan étudie un livre étranger au bouddhisme, qu’il me rend visite. Inde irœ, et le pauvre « vieux est chassé de la bonzerie. Je le reçus chez moi et le baptisai après quelques mois, un « jour qu’il était souffrant et avait grand’peur de mourir sans baptême.
« Ses parents, tous païens, demeurent à Ceylan. Il me demanda si souvent la permission « d’aller leur prêcher la vraie religion, que j’aurais cru mal faire de m’opposer à son départ. « Depuis, il m’écrit de temps à autre. Il ne désespère pas d’arriver, avec la grâce de Dieu, à « convertir ses proches. En attendant, on lui laisse toute liberté de suivre sa religion. Voici la « réponse qu’il fit à une de mes lettres. — « Ne craignez pas que j’abandonne jamais le vrai « Dieu, car si je le faisais, est-ce que Lui ne m’abandonnerait pas aussi, au grand jour du « jugement qui ne saurait être éloigné pour moi ? »
« La paroisse Saint-Antoine des Malabares est toujours desservie par MM. Mourlane et Béruard qui, avec un travail de chaque instant et maints tracas de tout genre, ne laissent pas de goûter bien des consolations. Le chiffre de 2.172 confessions annuelles et 3.952 de dévotion qu’ils ont entendues, en est une preuve éloquente.
« Moins fortunée est la mission chinoise, et fort pénibles sont ses débuts. Le plus grand obstacle vient de la part des innombrables sociétés secrètes auxquelles appartiennent la plupart des Célestiaux de Rangoon. Pour être plus lente, espérons que l’œuvre des conversions n’en sera que plus sérieuse et plus durable. »

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M. Luce termine son compte rendu par une intéressante revue des principales œuvres d’instruction et de charité qui existent dans le Vicariat.
« Au premier rang de nos établissements d’éducation vient le Séminaire de Moulmein, avec 12 jeunes latinistes vraiment admirables de piété et d’application à l’étude. C’est que le P. Moïse, leur directeur, est lui-même un prêtre modèle, et rien d’entraînant comme l’exemple. Déjà 6 de nos jeunes lévites ont quitté Moulmein pour Pinang en février dernier. M. Wallays m’exprimait récemment son entière satisfaction de ce premier envoi, et tout porte à croire qu’avec l’aide de Dieu, ces jeunes gens persévéreront dans leur vocation. Nous le désirons d’autant plus vivement que deux de nos prêtres indigènes nous ont été ravis coup sur coup, et que les autres, au nombre de 8, commencent à plier sous le poids de l’âge et des infirmités.
« Après le clergé indigène, les catéchistes et les maîtres d’école sont les auxiliaires dont nous avons le plus besoin. C’est à cette belle œuvre que se dépense M. Gandon. L’établissement vient d’être reconstruit et considérablement agrandi par l’annexion d’une école normale, qui s’est ouverte cette année avec 23 élèves, dont le directeur fait beaucoup d’éloges.
« Les autres écoles du Vicariat atteignent le chiffre de 63, dont 39 de garçons et 24 de filles, sans compter 23 orphelinats, soit un total de 86 maisons d’éducation comprenant ensemble 3.906 enfants. C’est, relativement aux années précédentes, une diminution assez notable : il faut l’attribuer au manque de ressources qui met, non seulement nos missionnaires, mais encore nos si dévoués Frères et Sœurs de Rangoon et de Moulmein, dans la dure nécessité de fermer la porte à un certain nombre de pauvres enfants qu’on vient leur offrir. Le malheur est que tout refus de ce genre expose ces infortunés à tomber entre les mains des anabaptistes, méthodistes ou autres protestants, trop heureux de recevoir et même de nous enlever ces chers petits. Combien en ai-je connus moi-même ici, à Rangoon, que les méthodistes ont emmenés au loin, à leur ferme-école de Thaudaung, par exemple. Au lieu de 800 orphelins, ce sont des milliers que nous pourrions, que nous devrions abriter et élever dans nos établissements. Pour cela il faudrait multiplier nos orphelinats de Rangoon, sous peine de voir disparaître avant peu la population eurasienne qui afflue ici de toutes les grandes villes de l’Inde, afin d’échapper aux fléaux de la famine et de la peste qui désolent le pays.

« Grâce à la ferme et sage direction que sait lui imprimer M. Freynet, l’asile des lépreux, qui compte une moyenne de 40 de ces malades, fait de plus en plus l’admiration de tous, sans distinction de race ou de croyance religieuse.
« Ce bon renom attesté par S. E. le Gouverneur de la Birmanie en personne, a été, dernièrement encore, reconnu par M. le docteur Simon, directeur de l’Institut Pasteur à Saïgon. — « De tous les asiles de ce genre qu’il m’a été donné de visiter, tant en Asie qu’en « Amérique, c’est celui, dit-il, où les pauvres lépreux m’ont paru le plus heureux, je veux dire « le plus résignés à leur triste sort. »
Il faut ajouter que notre confrère a trouvé le secret de leur faire accepter comme modèle de patience un Dieu crucifié pour l’amour de leurs âmes, selon que le témoignent les 26 baptêmes d’adultes qu’il a eu le bonheur d’enregistrer au cours du dernier exercice.
« Une autre œuvre qui fait beaucoup de bien ici est l’asile des vieillards infirmes, établi depuis 10 ans par Mgr Bigandet. Deux humbles filles eurasiennes se consacrent au service de ces membres souffrants de Notre-Seigneur avec toute la charité et l’activité dont elles sont capables, jusqu’au jour peu éloigné où les Petites Sœurs des Pauvres viendront donner à cette charitable institution une stabilité et un développement plus en rapport avec l’immense ville de Rangoon.
« C’est à Mgr de Limyre que nos bons vieillards devront la venue des chères Petites Sœurs. Aussi s’apprêtent-ils à recevoir leur Père bien-aimé, avec toutes les marques d’une reconnaissance vraiment filiale.
« Bien volontiers nous nous joindrons à eux, car tous, prêtres et fidèles, ne faisons qu’un cœur et qu’une âme pour hâter de nos vœux le retour du vénéré Pasteur que Dieu, nous en avons la confiance, nous ramènera plein de forces et de santé :

Ut gregem pastor pius ad salutis
Pascua ducat. »



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