| Année: |
1898 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Usse |
IV. — Birmanie septentrionale.
Population catholique 7.019
Baptêmes d’adultes 272
Conversions d’hérétiques 10
Baptêmes d’enfants de païens 96
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« Dans les divers postes de la Birmanie du Nord on a enregistré, au cours de l’exercice qui vient de finir, 272 baptêmes de païens adultes, 210 d’enfants de chrétiens, 96 d’enfants d’infidèles et 10 conversions d’hérétiques. Les missionnaires ont entendu 18.588 confessions annuelles ou répétées, et distribué 20.839 communions pascales ou de dévotion. Dans les écoles, les registres accusent un total de 1.128 enfants. »
Après ces quelques lignes qui donnent l’ensemble des résultats obtenus en 1898, Mgr Usse nous présente les différents districts de son Vicariat. Sa Grandeur parle surtout de Mandalay qui comprend les principales œuvres de la Mission ; puis elle ajoute quelques détails concernant ce qu’elle nomme les vieux villages ou anciennes chrétientés et les nouveaux villages ou chrétientés de fondation plus récente.
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La cathédrale est fréquentée par les Européens, les Eurasiens et les Birmans. Nous espérons avoir bientôt une succursale spécialement destinée à ces derniers qui auront ainsi plus de facilité pour l’assistance aux offices. Déjà le P. Paul, assistant du curé de la cathédrale pour l’administration de la chrétienté birmane, s’est fixé avec ses ouailles à côté de l’établissement des Frères, au milieu d’un bosquet qu’il appelle Maryland.
Cette année, le même prêtre a commencé son ministère à la prison centrale, et a eu la consolation de régénérer dans les eaux du baptême deux Birmans condamnés à mort.
« Le premier appartenait à cette bande de révoltés, qui, l’an dernier, sous la conduite d’un bonze, soi-disant de sang royal, formèrent le complot de renverser la domination anglaise. Armés de fusils, de lances et de sabres birmans, ces hommes, au nombre de 25, étaient arrivés sans être inquiétés jusqu’à la porte sud du Palais, où ils rencontrèrent un soldat européen et sa femme qu’ils blessèrent tous deux. Quelques officiers et le poste de police accoururent au bruit, et un combat très vif s’engagea. Les révoltés se battirent en désespérés ; mais quand ils virent quatre ou cinq des leurs tomber morts, et parmi eux leur chef, ils s’enfuirent de tous côtés.
« Le projet de ce bonze était, dit-on, d’aller prendre possession du trône royal où les monarques birmans avaient coutume de s’asseoir pour recevoir les ambassadeurs étrangers ; puis, en passant par la salle du trône, d’envahir le club et d’y massacrer tous les officiers européens. Ce complot avait, paraît-il, été médité pendant deux ans ; mais le succès ne répondit guère à une si longue préparation ; les coupables furent saisis, et plusieurs, pendus en présence des chefs de village appelés à Mandalay pour la circonstance.
« La paroisse tamoule de Saint-François-Xavier a considérablement augmenté : la famine qui sévit aux Indes a surtout contribué à grossir les rangs de nos catholiques originaires de ce pays. M. Darne qui reste chargé de cette paroisse, compte 732 catholiques, et m’assure qu’il doit y en avoir beaucoup d’autres, inconnus jusqu’ici, soit parce qu’ils ont nouvellement émigré des Indes, soit parce que leur manière de vivre peu chrétienne les empêche de venir trouver le missionnaire. Il y a eu 17 baptêmes d’adultes.
« La paroisse chinoise en a fourni 21. L’orphelinat qui y est attaché donne toujours les meilleures espérances pour l’avenir de cette chrétienté si intéressante. Un des enfants vient de se marier, il y a deux mois ; c’est l’aîné de la nombreuse lignée de Fils du Ciel qui entourent M. Lafon.
« Les religieuses franciscaines missionnaires de Marie, venues d’Europe avec M. Wehinger, au mois de janvier dernier, prodiguent leurs soins à nos chers lépreux de l’asile Saint-Jean dont les portes s’ouvrent toujours plus larges aux déshérités d’ici-bas. Le nombre des malades, actuellement de 250, augmente sans cesse, malgré les fréquentes visites de la mort.
« La paroisse du Palais se compose de soldats catholiques, de leurs femmes, de leurs enfants et des différents employés de bureau qui résident dans l’enceinte fortifiée. Le fait le plus saillant de l’année a été la conversion et le baptême d’un jeune capitaine anglais aussi remarquable par la foi vive qu’il a montrée que par ses brillantes qualités.
« A la tête de nos écoles de Mandalay, se trouve le séminaire ; nos jeunes lévites font des progrès sérieux dans la vertu et la science. Ils sont surtout remarquables par leur esprit de foi et leur application au travail.
« A la fête de saint Louis de Gonzague, ils reçurent la visite du Sawbwa de Thibaw, un roitelet des montagnes Shans, auquel on avait déjà expliqué le but de l’établissement. Toute païenne qu’elle est, Sa Majesté Shan loua hautement le séminaire ; et, en remerciant les enfants des souhaits qu’ils lui avaient adressés pour la prospérité de ses États, elle leur recommanda le travail comme condition essentielle du succès et moyen unique d’arriver plus tard à quelque résultat sérieux : « Ceux qui ne travaillent pas, dit-il, sont des êtres inutiles à « eux-mêmes et à leurs semblables. » Cette parole dans la bouche d’un prince païen, s’adressant à des lévites du vrai Dieu, se passe de tout commentaire.
« Je connaissais les bonnes dispositions du Sawbwa, car déjà, à plusieurs reprises, il avait visité l’orphelinat chinois et manifesté la joie qu’il éprouverait à nous voir nous établir dans ses États. Il y a trois ans, une petite expédition apostolique explora ce pays. Il traita avec tous égards les missionnaires, ses hôtes ; il a montré la même bienveillance à M. Martin qui, en juin dernier, visita sa capitale. Les Américains nous ont devancés dans ces parages.
« Notre école de garçons, placée maintenant sous la direction des fils du Bienheureux de La Salle, est florissante. Elle a plus que doublé depuis le mois de mai 1896. C’est, sans contredit, la première école de garçons en Haute-Birmanie, et elle voit s’ouvrir devant elle un avenir magnifique. Les examens de décembre dernier, bien que préparés par les Frères depuis quelques mois seulement, lui valurent un succès très brillant. Des classes virent passer tous leurs élèves. Il est vrai de reconnaître que les chers Frères se dépensent sans réserve à cette œuvre de l’éducation, qui tient une place si grande dans tous les pays de l’Indo-Chine.
« Il faut en dire autant de nos Sœurs de Saint-Joseph, auxquelles on ne peut que renouveler chaque année le même tribut d’éloges et d’admiration. Elles mènent de front l’éducation des filles européennes et eurasiennes, la direction de l’orphelinat et l’entretien de l’asile des vieilles femmes.
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« Nos vieux villages, à l’exception de Chanthaywa et de Nabeck, restent stationnaires. Nos catholiques pourtant sont très bons, simples, respectueux envers le prêtre, assidus à l’église, et s’approchent des sacrements avec beaucoup de ferveur et d’assiduité ; mais ils ne sont point apôtres. Il ne faudrait pas croire pourtant qu’ils ne parlent jamais de religion à leurs amis païens : ils sont heureux d’accomplir cet acte de charité, quand l’occasion s’en présente ; mais ils ne le font point avec la persévérance nécessaire pour réussir dans une affaire si importante ; surtout ils ne s’adressent pas assez aux pauvres, qui cependant sont plus près que les autres du royaume de Dieu.
« Le 2 février dernier, le village de Choung-yo était en fête pour la bénédiction d’une nouvelle église, due à la générosité de deux chrétiennes originaires de l’endroit. Mais on peut dire que M. Laurent partage avec les fondatrices le mérite de cette œuvre ; car, pendant deux ans, il fut architecte, maçon et charpentier, pour l’érection de cette église, dont le clocher excite l’admiration du voyageur.
« Seize missionnaires formaient une belle couronne au Vicaire apostolique pendant cette cérémonie. Presque tous les catéchistes de la Mission s’y étaient donné rendez-vous, pour prêcher la vraie doctrine aux milliers de païens accourus ou invités à la fête. L’un d’eux, Alfred Maong-Myain, mérite une mention spéciale. Attaché comme interprète à l’ambassade birmane qui visita Paris en 1874, il connaît très bien le français et l’anglais ; mais sa vertu le rend encore plus remarquable que sa science, et lui a mérité devant Dieu le titre de confesseur de la foi.
« Mindoon occupait alors le trône des Alompras, et Alfred était à son service. Un jour, le roi l’appelle et lui dit : « Maong-Myain, je supporte dans mon palais ceux de mes serviteurs « qui sont nés dans la religion catholique ; mais je ne puis accorder la même faveur à ceux qui « abandonnent la religion du glorieux Gaudama pour embrasser la religion du Dieu des « chrétiens. Vous n’êtes point né catholique, il vous faut donc revenir au bouddhisme, si vous « voulez rester à mon service. » Alfred ne se laissa pas intimider. « Sire, répondit-il, je puis « quitter le service du roi de Birmanie, mais il m’est impossible de renier le Maître souverain « du ciel et de la terre ; je suis catholique et le serai toujours. » Et il quitta la cour.
« Après l’expédition anglaise, nous le retrouvons au service des fils d’Albion. Avec son talent, il lui eût été facile de se faire une fortune ; mais sa santé s’affaiblissait et d’ailleurs sa foi ne s’accommodait pas toujours de son nouveau genre de vie. Aussi rentra-t-il dans son village où la disette des dernières années finit par le ruiner, et il sollicita une place de catéchiste. M. Gilhodes, qui possède ce trésor, ne tarit pas d’éloges sur son compte.
« Dans la ville de Chongoo qui compte 15.000 habitants, M. Giraud se désole de ne rencontrer aucune âme de bonne volonté. Il éprouve le même insuccès dans les gros villages d’alentour. Pour se dédommager, il consacre tous ses soins à ses catholiques, dont la piété augmente sensiblement, et aux offices de l’église qui peuvent rivaliser avec ceux de bien des paroisses de France.
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Les nouveaux villages du district de Shwebo ont été, cette année encore, désolés par la famine. On comprend dès lors que les néophytes et les catéchumènes, étant obligés de courir un peu partout pour gagner leur vie, leur instruction religieuse ait été nécessairement retardée. Cependant les missionnaires ont glané quelques épis. Ils enregistrent 65 baptêmes d’adultes, dont 40 à Shwebo et Tanaonoung que dirige M. Herr ; 20 à Payan et Thalon, qui sont sous la houlette de M. Remandet ; enfin 4 à Halingui et Kawdaw où réside M. Gilhodes.
« M. Granié continue l’instruction de ses catéchumènes de Shwehentha. Dernièrement ils ont eu la tentation de retourner aux pratiques du démon, et il a fallu toute la fermeté du missionnaire pour les en empêcher. Un seul d’entre eux a reçu le baptême in articulo mortis.
« Bhamo va son petit train. Le village de Celeit promet de devenir prospère dans un avenir prochain. Mais le choix des catéchumènes est difficile, et l’instruction solide des enfants du Tapin, tous grands fumeurs d’opium, prend beaucoup de temps. Le village katchyn de Nan-Kaipa n’est pas bien situé ; pour cette raison, les montagnards hésitent à venir se mettre sous la conduite des missionnaires.
« Au sud, les districts de Pynmana et de Yemethin ont donné 23 baptêmes d’adultes.
« Des missionnaires de la Birmanie du Nord, celui qui a la joie d’apporter la plus belle gerbe au grenier du Père de famille, est M. Pelletier, chargé du district de Chanthagon. Ce missionnaire, avec l’aide de son vicaire le P. Tobias, a enregistré 114 baptêmes d’adultes, dont 4 seulement in articulo mortis. Ce succès est le plus beau qui, jusqu’ici, ait été consigné dans les annales de notre Mission.
« A ce district appartient le village de Myaoukain dont le compte rendu de 1897 a relaté la laborieuse fondation. Cette nouvelle chrétienté compte aujourd’hui 50 néophytes et un nombre à peu près égal de catéchumènes qui étudient sérieusement notre sainte doctrine.
« Gloire à Dieu dont la grâce opère toutes ces merveilles ! »
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