| Année: |
1903 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Cardot |
III. — Birmanie méridionale
Population catholique 44.080
Baptêmes de païens 726
Conversions d’hérétiques 53
Baptêmes d’enfants de païens 47
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« L’exercice qui vient de finir, écrit Mgr Cardot, a été fécond en épreuves. La maladie a visité plusieurs de nos confrères, juste au moment de la belle saison, lorsque l’ouvrier apostolique prépare la moisson ou la recueille. MM. Duhand et Freynet se sont vus dans la nécessité d’aller chercher en France la guérison qu’ils ne pouvaient trouver ici. Ils étaient à peine embarqués que deux excellents missionnaires, MM. G. D’Cruz et Ambiehl, nous étaient presque subitement ravis, à quelques semaines de distance. Leur mort est une perte immense pour le vicariat. Les rapports précédents ont permis d’apprécier le cher et regretté M. D’Cruz. Je m’en voudrais toutefois de ne pas consigner ici en quelques mots les éminents services rendus à la mission par ce vétéran de l’apostolat.
« Né à Rangoon, en 1829, de descendants de Portugais, M.G. D’Cruz fit ses études à Calcutta. De retour à Birmanie, il manifesta bientôt à Mgr Ceretti, de la congrégation des Oblats et vicaire apostolique d’Ava et Pégu, le vif désir qu’il avait de devenir prêtre et missionnaire.
« Lorsqu’en 1847, le vénérable prélat partit pour l’Italie, il fut heureux d’emmener le jeune séminariste à Rome et de le placer au collège de la Propagande. Ses cours de théologie terminés, M. D’Cruz était ordonné prêtre et renvoyé en Birmanie (1854).
« Le nouveau missionnaire passa quelque temps à Moulmein, où résidait alors le supérieur de la mission, avant de recevoir se destination pour le poste militaire de Toungoo.
« Là, écrit Mgr Bigandet, l’aumônier des troupes anglaises déploya avec succès un grand « zèle à faire le bien et à propager la religion catholique. » Les conversions que M. D’Cruz obtint en ville et parmi les Carians, voisins de Toungoo, devaient former le noyau de la mission de Birmanie orientale. En 1868, il était transféré deToungoo à Bassein, pour diriger le collège et l’imprimerie que Mgr Bigandet venait d’y établir.
« Il devait exercer là, pendant trente années consécutives, les nombreux devoirs du saint ministère, et toujours, comme le remarquait l’évêque de Ramatha, « avec une activité vraiment admirable et le plus entier succès ». C’est à son zèle et à son bon goût que la mission est redevable de la belle église de Bassein, dont la flèche est, on peut dire, un des bijoux du vicariat. Il n’est point d’œuvre que ce véritable apôtre n’ait entreprise, afin d’arriver au but qui fut le mobile de toute sa vie : la gloire de Dieu par le salut des âmes.
« Affaibli par l’âge et les infirmités, il demanda et obtint, en 1898, la permission de se retirer à la campagne. Au lieu de se reposer, l’infatigable ouvrier trouvait les forces nécessaires pour créer, de toutes pièces, le village modèle de Ywégon. Ses mérites exceptionnels attirèrent l’attention du gouvernement local qui lui décernait, en 1900, lors de la visite du vice-roi, la décoration du Kaiser-I-hind.
Cependant la santé du vénéré missionnaire s’affaiblissait de jour en jour. Il ne faisait plus guère que voyager entre Ywégon et Bassein, traduisant, entre temps, les épîtres de saint Paul en langue birmane. C’est au cours d’un de ces voyages à Bassein que le cher M. D’Cruz succombait, le 4 juin dernier, à un anévrisme. Il s’était confessé l’avant-veille et, si la mort de ce bon et saint prêtre a été subite, elle n’a pas été imprévue. En l’absence de Mgr Cardot, alors en voyage, M. Luce, provicaire, présida aux funérailles, devant une affluence considérable de prêtres et de fidèles, accourus à la triste cérémonie.
« Nous devons à la plume de ce regretté défunt l’Histoire abrégée de l’Ancien Testament, la Traduction du Nouveau Testament, moins les épîtres canoniques et l’Apocalypse ; une Histoire de l’Église, une Vie des Saints, un livre remarquable de Controverse sur le Bouddhisme, un excellent manuel de Controverse sur le Protestantisme, et d’autres ouvrages non moins importants. Tous sont écrits dans le birman le plus pur et forment le plus précieux trésor de la mission.
« Encore une fois, sa perte est irréparable pour nos œuvres de propagande. Que Dieu daigne récompenser, comme il le mérite, le vaillant apôtre dont la parole écrite ne cessera pas de longtemps d’instruire et d’édifier les fidèles de notre vicariat !
« Les difficultés multiples que rencontre le missionnaire en Birmanie et dont je vous faisais part l’an dernier, grandissent de jour en jour par suite d’une recrudescence (j’allais dire résurrection) du bouddhisme. Le mouvement, parti de haut, est soigneusement entretenu et accéléré par les magistrats birmans, qui se partagent l’administration des sous-préfectures et des cantons de la province. Une revue périodique vient d’être fondée dans un but de propagande bouddhique. On parle même d’établir à Rangoon un grand collège, où la jeunesse birmane devra recevoir l’éducation spéciale que ne peuvent lui donner les écoles du gouvernement, et encore moins les institutions chrétiennes de la capitale.
« D’autre part, les Carians continuent de se laisser hypnotiser par l’homme dont je vous parlais, il y a un an, Pho-païssan. Il réussit à se faire donner le peu que possèdent ces braves gens, pour l’employer à la construction de vastes bâtiments, qui restent vides et sans aucune utilité apparente : et sa propagande semble, plus que jamais, favoriser l’hérésie.
Malgré toutes ces épreuves et difficultés, la divine Providence ne nous ménage pas les consolations. Il sera facile d’en juger par quelques extraits pris dans les rapports de nos confrères.
« Et d’abord, en ce qui regarde l’affermissement de la foi chez les chrétiens déjà existants, voici ce qu’écrit M. Béruard, successeur du regretté M. D’Cruz dans le poste de Ywégon :
« Ce village, qui compte actuellement 257 habitants, ne cesse de se faire remarquer par son « zèle et sa ferveur. Les confessions et communions y sont fréquentes. A la mort de M. « D’Cruz, tous les chrétiens ont tenu à s’approcher des sacrements afin de prouver par là leur « filial attachement à celui que tous nous pleurons, et qui fut pour eux un bon père. Le nombre « des enfants qui étudient dans les écoles, s’élève à 108. A l’exception de trois, tous ont subi « avec succès les divers examens, et cela, malgré la maladie qui, cette année encore, tantôt « sous une forme et tantôt sous une autre, a interrompu plus d’une fois le cours des études. »
« A Bassein, chef-lieu du district de ce nom, MM. Lefebvre et Jumentier constatent « une « augmentation notable de la population eurasienne catholique, par suite de l’ouverture, il y a « quelques mois, de la ligne ferrée de Rangoon à Bassein, via Henzada. Le chiffre des « confessions et communions de dévotion s’est aussi accru dans une excellente proportion. Le « premier vendredi de chaque mois et les fêtes sont plus en honneur que jamais. Les écoles « sont également en fort bonne condition. » Nos confrères parlent d’appeler les fils de saint Jean-Baptiste de La Salle à leur secours : ils se proposent en même temps de mettre l’éducation des filles sur un pied meilleur encore.
« De son côté M. Kern nous dit des chrétiens du district de Myaun-mya : « Bien qu’ils « laissent à désirer sous plus d’un rapport, ils ne le cèdent en rien à ceux des autres postes. « Mon assistant, le P. Raphaël, déploie beaucoup de zèle à les visiter et à leur administrer les « sacrements, celui de la Pénitence en particulier, qu’ils reçoivent à chaque visite. A « Muéhauk, par exemple, on frappe le tam-tam quand l’heure des confessions a sonné, et nos « chrétiens de revêtir aussitôt leurs habits des dimanches et d’accourir à la chapelle, comme « s’il s’agissait d’assister à l’office divin. »
« Même ferveur à Kanotzogon où M. Cartreau, assisté par M. Mourier et le P. Joannès, accuse le beau chiffre de 1.224 confessions annuelles, et celui, non moins consolant, de 2.161 communions de dévotion.
« M. Bonnet chargé du poste de Nyaung-gon (population catholique : 610) raconte le trait édifiant qui suit : « Il y a de cela cinq ou six ans, je baptisai une famille de Talains-Carians, « dont le chef ne tarda pas à voir l’accomplissement de son plus grand désir : celui d’aller au « ciel. La veuve, Mah-gyie, se montrait depuis lors plus régulière que jamais à venir, en toute « saison, aux offices, les dimanches et jours de fête, quand, au mois d’octobre dernier, elle fut « atteinte d’anorexie. Loin de s’en affliger, elle paraissait plutôt contente. Afin d’exciter la « torpeur de l’estomac et de réveiller l’appétit chez la malade, ses enfants s’ingéniaient pour « lui procurer la meilleure nourriture : peine perdue. Des parents, encore païens, allèrent « jusqu’à oser conseiller à la brave femme de sacrifier aux « nats » (mauvais génies). — Je « suis chrétienne, répond Mah-gyie. . . depuis longtemps je fais fi de vos superstitions... ce « n’est pas aux portes de l’éternité que je renierai ma foi... ; mon seul désir est de mourir pour « aller au ciel... mon heure approche, il me tarde de quitter cette terre. » Et, sur ce, Mah-gyie « de refuser plus que jamais toute nourriture. Ce ne fut point sans peine que je finis par lui « faire comprendre qu’elle n’avait pas le droit de s’ôter ainsi la vie. « Pardon, Père, reprit-elle, « je ne connais pas très bien la religion ; mais je crois tout ce que vous croyez, et je vous prie « d’agir avec moi selon la coutume chrétienne ; car, je le sens, je suis près de la fin. Je lui « administrai l’extrême-onction et même le saint viatique qu’elle réclamait à toute force. Peu « de temps après, elle me faisait mander à nouveau : « Tenez, Père, voici une boîte de bougies « que je viens de faire acheter. Avant de mourir, je tiens à vous les remettre moi-même ; la « Toussaint est proche et j’espère bien être au ciel ce jour-là ; en tout cas, je ne pourrai « sûrement pas aller à l’église.., aussi, prenez ces bougies et servez-vous-en pour l’autel et « pour l’illumination du cimetière. » Le jour de la Toussaint, à la tombée de la nuit, juste au « moment où la procession se mettait en marche vers le cimetière, la belle âme de Mah-gyie « allait au ciel grossir le nombre des élus. »
« Le district de Henzada rivalise avec celui de Bassein en ferveur et dévotion. Témoin les 2.400 confessions de dévotion entendues à Mittagon par MM. Bringaud et Herzog. Leur santé délicate, souvent mauvaise, ne les a pas empêchés de recueillir 29 baptêmes d’adultes. Écoutons parler M. Bringaud :
« Je n’ai pas, hélas ! un grand nombre de conversions à offrir à Votre Grandeur. Elles ne « s’obtiennent jamais sans travail. Or, ce travail, je n’ai pu le faire que d’une manière « imparfaite à cause de la construction de la nouvelle église, de la faiblesse de ma vue et de « l’état général de ma santé. D’autre part, M. Herzog n’a pu toujours m’assister, étant lui-« même assez souvent indisposé ou occupé de l’œuvre des écoles. J’ai aussi perdu mon « catéchiste, homme excellent, bien instruit, zélé et influent, qui était au service de la mission « depuis trente-neuf ans. Il y a, d’ordinaire au milieu des plus beaux succès, des pertes dont « on ne parle presque jamais. Ici, nous avons perdu beaucoup de chrétiens par suite de « l’émigration, mais aucun d’eux n’a suivi le trop fameux Pho-païssan. »
« A. Lethama, M. Maigre a eu la joie d’avoir pour la première fois une cérémonie de première communion en règle.
« Les enfants, me dit-il, paraissaient on ne peut plus heureux ; les filles surtout, avec leurs « voiles blancs et leurs couronnes de fleurs. Je profitai de la circonstance pour établir « l’Apostolat de la prière parmi les premières communiantes, et depuis lors, aucune n’a « manqué à la communion du premier vendredi de chaque mois. »
« Cette dévotion est également des plus florissantes à Thinganaïng, où M. Héraud a « la consolation de cueillir de belles roses sur des buissons d’épines. » Les 28 baptêmes enregistrés par ce jeune confrère en sont la meilleure preuve.
« Enfin, M. Ballenghien, à Yandoon, est, lui aussi, tout à la joie. « Votre Grandeur sera « heureuse d’apprendre, écrit-il, que, cette année, Dieu ne nous a pas marchandé le succès ; « 43 baptêmes de païens, une augmentation notable dans le nombre des confessions et « communions, le chiffre de la population accru : voilà bien des raisons de remercier la bonne « Providence de tout notre cœur. » Je joins mes actions de grâces à celles de notre cher confrère, avant de passer à la seconde partie de ce rapport, c’est-à-dire l’œuvre proprement dite de l’évangélisation des païens.
« Commençons par les Chinois, baptisés à Yandoon par M. Ballenghien, déjà nommé. « Le « plus beau de l’affaire, écrit-il, est que bon nombre de ceux que j’avais baptisés naguère ont « quitté Yandoon pour aller au Fo-kien convertir leurs femmes et leurs enfants. D’après une « lettre toute récente, femmes et enfants auraient déjà demandé le catéchuménat ; et dire que « c’est à la Birmanie que ces âmes devront le bonheur de devenir enfants de Dieu par le « baptême ! »
Comme l’an dernier, M. Saint-Guily tient la tête pour le nombre des baptêmes : il en a obtenu 141. Voici ce qu’il m’écrit : « Le compte rendu que j’ai l’honneur d’adresser à Votre « Grandeur, est le troisième depuis mon établissement à Yenandoung, en plein pays chin. Le « premier était assez pauvre ; c’était le temps des débuts et de l’épreuve qui en est la « compagne ordinaire. Le second, celui de l’année dernière, était plus consolant : celui du « présent exercice est, on peut dire, plus encourageant encore, puisqu’il accuse une légère « augmentation du chiffre des baptêmes d’adultes. Durant ces trois dernières années, la « population catholique a plus que doublé. —L’événement de l’année est mon voyage vers le « nord, dans la partie du district de Prome, soumise au magistrat de Padaung, et que j’ai « parcourue jusqu’à la limite du district de Thayetmyo. Parti de Kabio, village-frontière entre « le district d’Henzada et celui de Prome, je visitai nombre de villages chins qui comptent « cinquante, quatre-vingts, cent et même deux cents maisons. Partout, j’ai rencontré les « meilleures dispositions chez ces braves gens qui étaient tout heureux de recevoir la visite du « prêtre catholique. Paigyie, gros bourg chin, agréablement situé sur le bord d’un affluent de « l’Irawaddy, mérite une attention toute spéciale. Plus loin, à Thaibyu, j’ai trouvé le village « bouleversé. Le « myook », magistrat birman de Padaung, ayant appris que les habitants « voulaient se faire catholiques, avait envoyé quelques jours auparavant un sergent de police « avec mission de les molester. Le subalterne a fidèlement obéi. Il s’est rendu à Thaibyu, s’est « fait indiquer les maisons des catéchumènes et a perquisitionné chez eux sous prétexte de « chercher de l’eau-de-vie. N’ayant rien trouvé dans les maisons, il allait s’en retourner « bredouille, lorsqu’il aperçoit une bouteille d’eau de palmier près de la barrière du village. Il « la saisit comme appartenant au catéchumène dont la maison était la plus proche, change « l’eau de palmier en eau-de-vie qu’il porte triomphant au magistrat. Ce dernier, après un « simulacre de procédure, condamne le soi-disant distillateur à une amende de 15 roupies. Le « pire de l’histoire, c’est que c’en fut assez pour refroidir le courage des catéchumènes. Ils ne « consentent à se faire chrétiens qu’à condition d’avoir un prêtre à proximité, pour les « protéger contre les vexations des officiers birmans.
« Remontant toujours vers le nord, je débouchai dans une plaine bien découverte « s’étendant à perte de vue et dont le terrain est, me dit-on, très fertile. Je rencontrai partout la « même bonne volonté chez les Chins, mais aussi, hélas ! la même peur des autorités locales. « J’étais arrivé aux confins des districts de Prome et de Thayetmyo, et j’allais revenir sur mes « pas, quand je vis venir à moi un chef de village qui me pressa de visiter ses administrés. Je « me rendis auprès de lui le lendemain et je fis devant la population l’exposé de la doctrine « catholique. Tout le village, chef en tête, décida d’embrasser notre sainte religion.
« Voilà donc, conclut notre confrère, un nouveau champ prêt à recevoir la semence de la « bonne parole. Je regrette de ne pouvoir la répandre moi-même, à cause de l’éloignement de « ces parages. Il faudrait fonder un poste au centre de l’arrondissement de Padaung, et ce « centre est tout indiqué : c’est Paigyie. Nous aurons là une situation, à proximité de « l’Irawaddy et des vapeurs qui font tous les jours le trajet de Prome à Henzada. De plus, cet « énorme village peut fournir un bon groupe de chrétiens. Nous continuerons de faire notre « possible, M. Cathébras et moi : mais, à vrai dire, notre fardeau devient trop lourd et nous « prions Votre Grandeur de venir à notre secours ; au secours de cette foule d’âmes, qui ne « demandent qu’à connaître la vérité pour l’embrasser de tout cœur.
« A la retraite prochaine je m’empresserai de faire droit à une aussi juste demande.
« M . Cance en est toujours à la période difficile des débuts, dans le nouveau poste de Ngnetpiaudau, où, par la suite de difficultés sans nombre qu’il va nous raconter, il n’a pu cueillir que la modeste gerbe de 16 baptêmes d’adultes.
« L’an dernier, dit-il, après une belle moisson parmi les Carennis, je me heurtai à des « obstacles de tout genre dans le travail d’évangélisation des Birmans-Carians. Leur timidité « naturelle, leur ignorance absolue de notre religion et les préjugés répandus au milieu d’eux « par les Birmans et par trois mauvais chrétiens venus on ne sait d’où, rendaient leur « conversion bien difficile. Aussi, me suis-je borné, cette année, à me rapprocher d’eux pour « les mieux connaître et en être mieux connu. Je les ai visités souvent, et ces visites auraient « eu plus de succès, sans l’apathie et le mauvais vouloir de mes catéchistes. »
« Ce que M. Cance ne nous dit pas, c’est que la fièvre des bois d’abord et le choléra ensuite l’ont presque constamment empêché de travailler. Son voisin, M. Mignot, a été plus heureux :
« Je comptais, m’écrit cet excellent ouvrier, sur une centaine de baptêmes au moins, mais « l’homme propose et Dieu dispose : je n’en ai eu que 63. Le choléra est venu déranger mes « plans, et, si je suis encore de ce monde, je le dois au Sacrement des mourants qui m’a « ressuscité. Hélas ! le moment favorable pour mettre la dernière main à la préparation des « catéchumènes était perdu. Ce n’est, toutefois, que partie remise. Les baptêmes que j’ai eu la « joie d’enregistrer ont été recueillis, en majeure partie, dans un village carian, situé à quatre « milles de Padokwin, résidence du célèbre prophète Pho-païssan. Déjà sept familles ont été « régénérées ; les quinze autres se sont fait inscrire comme catéchumènes. Le dimanche, les « néophytes se réunissent dans une maison mise à ma disposition par le propriétaire et que j’ai « convertie en chapelle. Les nouveaux baptisés ne paraissent pas devoir se contenter de leur « oratoire improvisé et je crois qu’ils ne tarderont pas à élever au vrai Dieu un temple plus « digne de sa majesté, plus digne aussi de la ferveur qui les anime. »
« M. Loizeau parle de son installation et de ses voyages dans le district de Thaton. « Depuis mon arrivée ici, écrit notre confrère, j’ai parcouru une bonne partie de mon district, « tâtant le terrain, avec plus ou moins de succès, de côté et d’autre. Les Carians forment la « grande majorité de la population, j’oserais même dire l’unique population en dehors des « villes, des grands centres et des voies de communication. Parmi ces Carians, on trouve un « petit nombre de Carennis, Carians rouges émigrés, surtout au nord du district. Les autres « sont tous Birmans-Carians ou Talaïng-Carians ; mais peu d’entre eux ont une notion exacte « de cette double appellation : ils ne se distinguent communément les uns des autres que par « les surnoms de « Ayaïn » (sauvages) et « Ayëin » (civilisés).
« Un mot en passant. sur les Taung-thous (montagnards) qui ne se trouvent que dans ce « district et qui, avec les Talaïngs, sont probablement les habitants primitifs de cette partie de « la Birmanie. Ils parlent une langue spéciale qui ne ressemble ni au chau, ni au carian, encore « moins au birman. Généralement pauvres, simples, timides, ils me paraissent bouddhistes « convaincus et très attachés à leurs ponghyis (talapoins). »
« Les ministres baptistes, venus de Moulmein, ne semblent pas avoir obtenu un résultat « appréciable dans ces parages. Leurs rares adeptes se sont tournés vers moi, dès mon arrivée, « et bientôt, j’en recevrai deux anciens catéchistes chans, dans le sein de l’Église catholique. « Jusqu’ici je n’ai eu qu’à me louer de leurs services ; trois ou quatre autres sont encore à « l’épreuve.
« Conformément aux instructions de Votre Grandeur, c’est vers le nord, du côté de Kyaik-« kaw, que j’essaie de jeter les fondations d’un nouveau poste. Je ne veux pas dire encore que « j’aie réussi ; mais l’affaire est en bonne voie. A environ deux milles est de Kyaik-kaw, sur « les premières ramifications des collines qui s’étendent jusqu’à Thaton, se trouvent, séparés « par un petit cours d’eau, deux gros villages carians, l’un de 70 familles, Wimpa, l’autre « d’environ 80 familles, Thaung-gyia. A Wimpa, j’ai lié connaissance avec un brave homme « qui est venu plusieurs fois me rendre visite à Thaton. Intelligent, sérieux, d’un esprit droit, il « a compris que la religion catholique est la seule vraie et que tous doivent l’embrasser. Les « PP. Moïse et Joseph étant venus me voir, je les ai conduits à Wimpa et les ai mis en contact « avec mon catéchumène, Po-mya. Depuis lors, il ne parle plus que de se faire baptiser avec « toute sa famille. J’ai déjà envoyé au ciel son plus jeune enfant, mort quelques jours après « avoir été ondoyé. C’est donc réglé ; je vais essayer de m’établir à Kyaik-kaw. J’aurai « probablement bien des déboires ; mais plein de confiance en Dieu, j’irai de l’avant et finirai « bien par tracer mon petit sillon dans le champ du Père de famille. »
« Je vous ai entretenu assez au long, l’an dernier, de nos œuvres et de nos écoles. Inutile d’y revenir, sinon pour vous assurer qu’elles se développent à la satisfaction de tous ; eu égard, du moins, aux ressources de plus en plus restreintes qui sont mises à notre disposition.
« Vous serez heureux d’apprendre que six de nos élèves carians, qui suivent les cours de théologie au collège de Pinang, ont reçu la tonsure des mains de Mgr Fée, le 14 août 1903. Je me propose d’aller moi-même leur conférer les ordres mineurs en octobre prochain. Ce sont les prémices de notre petit séminaire de Moulmein et du zèle du P. Moïse, son dévoué et intelligent supérieur. Outre les treize étudiants que nous avons à Pinang, il y en a quinze à Moulmein.
« Les travaux d’agrandissement de l’église de Saint-Antoine à Rangoon, ont été achevés sous la direction de M. Mourlanne. La construction des tours et les réparations à l’intérieur de l’édifice font le plus grand honneur au digne curé de la paroisse.
« Je voudrais pouvoir vous annoncer que l’ouverture au culte de notre nouvelle cathédrale aura lieu le 8 décembre 1904, année jubilaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception. Comme le nouveau sanctuaire sera dédié à l’auguste Vierge sous ce vocable, le 8 décembre serait une occasion et une date uniques pour en faire la bénédiction solennelle. Hélas ! des difficultés imprévues, provenant de l’affaissement des fondations, obligent notre infatigable architecte, M. Janzen, à terminer le portail et les tours, avant de penser à la voûte et au toit. Il lui est difficile d’achever les travaux avant 1905.
« La Vierge Immaculée tiendra compte sûrement de notre bonne volonté et, dès maintenant, j’implore sa protection toute spéciale pour nos personnes et nos œuvres, durant l’année jubilaire qui va s’ouvrir. »
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