| Année: |
1903 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie septentrionale |
IV. — Birmanie septentrionale
Population catholique 7.248
Baptêmes d’adultes 210
Conversions d’hérétiques 8
Baptêmes d’enfants de païens 56
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« Le jubilé de Notre Très Saint Père le Pape Léon XIII a donné lieu, en Birmanie septentrionale, à de bien touchantes manifestations. Dans chaque poste où le missionnaire était présent, les chrétiens vinrent en foule remercier Notre-Seigneur de la faveur insigne qu’Il accordait à son représentant sur terre ; mais c’est surtout à Mandalay, centre de notre mission, que la manifestation fut grandiose.
« Les journaux locaux évaluèrent à plus de 1.500 le nombre des personnes présentes au seul service du soir. Le sanctuaire de la cathédrale, vrai berceau de fleurs, où se jouaient de nombreuses lumières, offrait aux yeux un coup d’oeil féerique. Oriflammes, drapeaux, guirlandes couraient d’une colonne à l’autre et se balançaient aux voûtes de l’église.
« Dans le sermon, le prédicateur s’attacha à prouver la suprématie de saint Pierre en la personne de son successeur Léon XIII. Pas un bruit, pas un chuchotement ; l’auditoire était suspendu aux lèvres de l’orateur.
« A la nuit tombante, la cathédrale, la grande rue qui lui fait face, l’évêché, le couvent, l’école des Frères, l’église tamoule, l’église chinoise, la léproserie Saint-Jean et les maisons des catholiques brillamment illuminés, célébraient encore, bien avant dans la nuit, cette fête trop courte pour tous.
« Journée inoubliable pour l’Église et pour nous ! Je tiens à la mentionner, en peu de mots, dans ce compte rendu, pour montrer combien nos chrétiens sont attachés au Saint Siège.
« Nous nous sommes également associés à la douleur et aux regrets que la mort du grand Pontife excita quelques mois après dans le monde entier : et nous saluons, aujourd’hui, avec la joie la plus vive, le nouveau Pape, en déposant aux pieds de Pie X, successeur de Léon XIII, vicaire de Jésus-Christ sur la terre, l’hommage de notre vénération profonde, de notre foi, de notre soumission et de notre amour.
« Voyons maintenant les missionnaires à l’œuvre dans la plupart des districts.
Mandalay. — « M. Foulquier, provicaire, et M. Darne sont chargés de la paroisse de la « cathédrale — 1.300 catholiques. La ferveur de nos fidèles est toujours satisfaisante, écrit M. « Foulquier : je n’en donnerai pour preuve que le beau chiffre de 13.000 communions de « dévotion enregistrées cette année. J’attribue ce résultat extraordinaire à la ligue du Sacré-« Cœur, dont les trois cents associés s’approchent de la sainte Table le premier vendredi du « mois. »
« M. Darne, de son côté, se félicite de la piété, de l’assiduité aux offices, du bon exemple que donnent huit officiers catholiques de la garnison de Mandalay.
« M. Hervy dessert seul la paroisse tamoule de Saint-François-Xavier — 1.200 catholiques. Le fardeau serait beaucoup trop lourd pour ses épaules, si le zélé missionnaire ne joignait à une grande patience une ténacité toute bretonne. On est émerveillé de voir comme il fait marcher son monde. La visite de ses ouailles à domicile, les tracasseries que lui a occasionnées son école de Mandalay et la création d’une nouvelle école dans un des faubourgs de la ville, l’ont empêché d’exercer son ministère comme il aurait voulu ; aussi se fallait-il de n’avoir que 7 baptêmes d’adultes et 2 conversions d’hérétiques.
« La paroisse chinoise de Saint-Joseph compte 205 catholiques. M. Léon Lafon, après avoir parcouru la Birmanie en tout sens, quêtant pour recueillir la somme nécessaire à la fondation d’une école anglo-sino-birmane , a pu enfin mettre la main à l’œuvre, et, au moment où j’écris ces lignes, les constructions sont déjà bien avancées. L’école sera belle, large, spacieuse. Avec l’aide de M. Charles Lafon, le curé de Saint-Joseph a pu préparer 25 adultes au baptême, à la confirmation et à la première communion.
« A la léproserie Saint-Jean, nous avons actuellement 268 internes, dont 192 baptisés.
« Nous venons de faire une perte irréparable dans la personne du cher et regretté M. Wehinger. Sa mort, survenue le 6 septembre dernier, nous a causé une douleur bien vive. Il était si fort, si robuste, si actif, si plein de santé que nous ne pouvons nous faire encore à l’idée qu’il nous ait quittés. Et cependant nous n’avons qu’à courber la tête et à baiser la main de Celui qui nous a frappés. Nous regrettons notre confrère pour ses belles qualités ; nous le regrettons pour l’œuvre admirable qu’il avait fondée, entretenue, agrandie et perfectionnée au delà de toute attente. A la nouvelle de sa mort, le lieutenant-gouverneur de la Birmanie et le vice-roi des Indes nous ont honorés de leurs témoignages de sympathie. M. Léon Lafon qui remplace le cher défunt, s’est mis à l’œuvre de tout cœur et je suis sûr que, sous sa direction, la léproserie Saint-Jean continuera à prospérer.
Schwebo. — « Population catholique : 780.
« J’aurais été heureux, écrit M. Herr, de vous présenter un plus grand nombre de baptêmes « d’adultes. L’année dernière, lorsque j’ai fait mon rapport, je comptais sur une cinquantaine « de baptêmes pour cet exercice ; différentes causes ne m’ont point permis de préparer « suffisamment les catéchumènes. Absorbé par la construction d’une nouvelle école et les « travaux d’agrandissement de ma résidence, il ne m’était guère possible de visiter les « nouveaux villages. D’un autre côté, le départ de M. Charles Lafon pour Mandalay m’a « laissé seul avec un prêtre indigène, qui, quoique très dévoué et très zélé, n’a pas l’ascendant « voulu sur les Birmans. Enfin, la famine a obligé un certain nombre de catéchumènes à « s’éloigner momentanément pour chercher du travail et gagner leur vie,
« L’horizon est bien sombre à Schwebo. Nous avons eu, deux années de suite, une « mauvaise récolte. Depuis douze ans que je travaille dans le même district, je n’avais pas « encore vu de sécheresse pareille à celle de cette année. Je crains pour la persévérance de nos « néophytes et catéchumènes, qui, obligés de se disperser aux quatre coins du pays, ne sauront « peut-être plus retrouver le chemin du bercail. L’épreuve est dure pour moi ; mais que la « sainte volonté du bon Dieu soit faite ! »
« Dans le même district, à Chanthaywa, Yé-ou, Chaung-yo et Monhla, MM. Remandet, Granié et Laurent, comprenant le prix des âmes, se consacrent tout entiers à les amener et à les conduire dans la bonne voie.
« Si mon rapport de l’an dernier n’était pas complètement à la louange de ma chrétienté, « écrit M. Remandet, j’ai, cette année, la joie de vous dire qu’un changement notable s’est « opéré dans la conduite de mes néophytes. Ceux qui avaient à s’amender, comme ceux qui se « montraient déjà fervents, ont fait preuve d’une rare bonne volonté. J’attribue cet heureux « résultat aux instructions journalières qu’ils reçoivent, et surtout au bienfait d’une mission « qui leur a été prêchée pendant le carême. La mission a réussi au delà de toutes mes « espérances. Les plus endurcis en ont profité pour se réconcilier avec le bon Dieu et faire « régulariser leur situation. »
« M. Laurent, toujours plein de zèle et de courage, malgré son âge et ses infirmités, a baptisé, à Yé-ou, cinq personnes d’une même famille. Pourquoi faut-il qu’il n’ait plus la force de ses vingt-cinq ans ?
« Grâce à la générosité d’une riche chrétienne de Yé-ou, originaire de Chaung-yo, M. Granié, sans négliger l’instruction de son troupeau, a construit, dans ce dernier poste, sa résidence et une petite école.
Bhamo. — « Population catholique : 411.
« La résidence des missionnaires a été agrandie, et l’égJise dotée d’un élégant petit clocher.
« M. Accarion est le plus ancien missionnaire de Bhamo. Il s’établit d’abord dans la plaine, mais son regard était constamment tourné vers les montagnes environnantes. Comme un général qui médite un plan de campagne, il préparait la diffusion de l’Évangile, sans faire de bruit. Sa résidence était un lieu de passage, il voyait beaucoup de monde, interrogeait, prenait des notes, faisait des excursions. Ce travail de simple préparation dura des années. Ceux qui n’avaient pas reçu ses confidences, ignoraient complètement les espérances qu’il nourrissait dans son cœur et dont il voulait assurer la réalisation. Quand il jugea le moment propice, il demanda du renfort et se mit hardiment à l’œuvre .
« Aujourd’hui, M. Juéry est établi au sud des montagnes katchines, dans le village de Mansi, où il compte déjà 36 catéchumènes. M. Gilhodes se trouve plus haut, vers le nord, tout près de la frontière chinoise ; il a baptisé une vingtaine de familles et prépare actuellement cinquante autres personnes au baptême.
« M. Delort s’occupe plus spécialement de l’évangélisation des Shans, à l’est : il a déjà formé quatre nouveaux villages. M. Accarion. dirige les trois chrétientés du centre qu’il a fondées lui-même. Nos quatre confrères ont enregistré, cette année, une centaine de baptêmes d’adultes et comptent au moins 650 catéchumènes. Daigne Notre-Seigneur bénir leurs travaux ; car ils se donnent tant de mal !
« Je m’en voudrais de ne pas citer en entier le compte rendu de M. Gilhodes, qui dira mieux que je ne saurais le faire comment les choses se passent chez les Katchins.
« Sur les montagnes katchines, m’écrit ce cher confrère, avec le bon air, la paix et le « bonheur, je trouve autant de travail que j’en puis désirer. Pendant les quatre mois que j’ai « passé chez moi, je me suis occupé surtout de l’instruction des gens de Tenkon, village fondé « l’année dernière, à trente-cinq milles de Bhamo, près de la frontière du Yun-nan, sur « l’emplacement même d’un fort chinois, pris par les Anglais il y a quelques années. Tous les « soirs, de huit heures à dix heures, mes catéchumènes, au nombre d’environ 50, sont venus « s’asseoir autour de mon feu, boire mon thé, et rivaliser de zèle pour apprendre les prières et « le catéchisme. Les femmes y ont mis encore plus d’entrain que les hommes. L’époque fixée « pour le baptême approchant, elles m’ont prié de les laisser venir pendant la journée, pour « compléter leur instruction, ce que j’ai été heureux de leur accorder. A la fin de mars, tout le « monde était prêt. M. Accarion voulut bien donner lui-même le baptême à mes néophytes. La « cérémonie terminée, un festin, composé de riz et de tranches de porc, eut lieu en plein « air, à l’ombre d’un grand arbre, au beau milieu du village. Le repas fini, la joie se manifeste « par des danses. Aux accents de la musique, jeunes, vieux, vieilles, tout le monde se met en « branle, et ne s’arrête que quand les forces manquent et qu’il est déjà temps de manger le riz « du soir. En un mot, mes Katchins s’amusèrent, ce jour-là, à la mode du pays, pour fêter leur « baptême.
« J’ai visité plusieurs villages païens pour donner des médecines aux malades, faire « connaissance avec les habitants, et, peu à peu, les gagner à notre sainte religion. Déjà 7 « familles de Kouton, 4 de Matan, et 9 de Kaléchet sont venues à nous. Matan et Kouton sont « deux grands centres katchins de près de 100 familles chaque. C’est dans un de ces deux « villages, Kaléchet, que je me propose d’établir ma résidence principale.
« Je n’attends plus que la fin des pluies pour reprendre l’œuvre d’évangélisation, organiser « un pied-à-terre et bâtir une chapelle dans chacun des nouveaux postes, préparer les « catéchumènes au baptême, essayer de m’établir en quelques nouveaux centres ; ce qui sera « assez facile, puisque d’autres Katchins sont déjà venus m’inviter à me rendre chez eux. »
Nabeck. — « Population catholique : 487.
« M. Couillaud, qui visite les chrétientés de Myingyan, Pakokkou, Myin-mou, réside habituellement à Nabeck. Il est content de l’esprit de ses paroissiens, et on sent qu’il les aime. Il remercie d’une manière toute particulière la bonne Mère de les avoir préservés du choléra.
« Cette terrible maladie, écrit-il, éclata dans le village païen de Nabeck, il y a un mois « environ. Elle se communiqua rapidement aux alentours, et bientôt, ce fut la panique et la « mort. Un païen atteint du terrible fléau dans notre propre village, fut sauvé, grâce aux bons « soins qu’il reçut des chrétiens. Tous mes néophytes ont été épargnés. Nous avions invoqué « Marie : Elle nous a exaucés. »
Kiaugse. — « Population catholique : 460.
« Dans ce district, il y a douze ans à peine, le nom de Notre-Seigneur était complètement inconnu. Aujourd’hui, il est invoqué, vénéré et béni par 460 fidèles. Le village de Chanthagon possède une église, une école, un orphelinat, un asile de vieillards, une pharmacie. Toutes ces constructions sont en bois de tek et en briques. Myaukaïne, de fondation plus récente, voit s’élever avec orgueil la belle petite église, à laquelle M. Pelletier met la dernière main. Kinlat est en progrès. MM. Pelletier, Bazin et Vulliez viennent de fonder le village de Magyidau qui compte déjà seize nouvelles familles. Quel dommage que ce district de Kiaugse soit si malsain ! Malgré la forte constitution des missionnaires, ils ne sont pas toujours à l’abri de la terrible fièvre, qui est le mal endémique de la contrée.
« La sainte Vierge est honorée tout spécialement à Chanthagon. Le premier dimanche du Rosaire, fête patronale du poste, s’y célèbre avec toute la solennité qu’on peut lui donner, et, l’année dernière, on évaluait à plus de 500 le nombre des pèlerins qui s’y sont rendus de Mandalay et des environs. Les missionnaires ont dû demander, pour cette année, un train spécial à la compagnie des chemins de fer. Regina sacratissimi Rosarii, ora pro nobis.
Yamethin. — « Population catholique : 340.
« Dieu a encore envoyé une bien rude épreuve à M. Ruppin. L’an dernier, un incendie dévorait de fond en comble notre séminaire de Pyinmana, dont il avait la direction ; cette année-ci, c’est son école de Yamethin qui vient de brûler. Heureusement, notre cher confrère est de ceux qui ne reculent que pour prendre de l’élan.
Maymyo. — « Population catholique : 250.
« M. Jarre donne sur cette station les détails suivants : « J’ai eu le plaisir de recevoir au « sanatorium de Maymyo une dizaine de confrères, qui sans être sérieusement malades, « avaient cependant besoin de refaire leur santé. Pendant les quelques jours qu’ils ont passés « ici, le bon air de la montagne leur a fait du bien à tous. La preuve de l’utilité de cet « établissement est donc faite. La maison des Frères, qui était en construction, l’année « dernière, est terminée. Je viens de construire encore une petite église pour mes chrétiens. Je « m’occupe actuellement d’orner un peu cette église. Une âme charitable de Mandalay m’a « offert un magnifique autel en bois, sculpté par nos artistes birmans. Je ne doute pas qu’il « fasse un très bel effet. J’essaie aussi de ramasser quelques roupies pour acheter une belle « petite Savoyarde. Ce ne sera pas de trop du son béni d’une cloche pour m’aider à convertir « tant de pauvres âmes qui ne viennent souvent à Maymyo que pour y chercher le plaisir. »
Œuvres. — « L’orphelinat Saint-Nicolas, à Chanthagon, continue à se développer sous la direction de M. Bazin.
Religieuses de Saint-Joseph. — « L’école et l’orphelinat tenus par les religieuses de Saint-Joseph sont toujours très prospères. Le zèle de nos précieuses auxiliaires a procuré la grâce du baptême à 21 enfants et grandes personnes. Leur école anglaise a toute la sympathie de la ville de Mandalay et est très bien fréquentée. Elle compte plus de 300 élèves.
Sœurs franciscaines Missionnaires de Marie. —« Les Sœurs franciscaines Missionnaires de Marie continuent à se dévouer corps et âme aux soins des pauvres lépreux. Leur travail semble bien dur et repoussant., mais c’est avec la plus grande gaieté de cœur que les filles de saint François s’en acquittent. De 9 qu’elles étaient d’abord, elles ont vu leur nombre s’accroître de 11 nouvelles sœurs , ce qui fait un total de 20.
Frères des Écoles chrétiennes. — « Les fils de saint Jean-Baptiste de la Salle, dont l’éloge n’est plus à faire, tiennent toujours le premier rang, sous le double rapport de l’instruction et de l’éducation ; leur nouveau corps de bâtiment, inauguré l’année dernière, est complètement occupé et se trouve insuffisant.
« C’est le regard voilé de larmes que nous suivons de loin les tristes événements qui se déroulent actuellement dans notre patrie. Nous prions tous pour notre chère France ; nous prions tous pour que le bon Dieu nous garde notre cher Séminaire de la rue du Bac, qui est le cœur, le foyer, l’âme, la vie de nos missions, et nos autres établissements si nécessaires. Parce, Domine, parce populo tuo. »
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