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Rapport annuel des évêques

Année: 1904
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie septentrionale
Rédacteur:Mgr Foulquier

IV. — Birmanie septentrionale


Population catholique 7.582
Baptêmes d’adultes 300
Conversions d’hérétiques 11
Baptêmes d’enfants de païens 76
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« Actuellement, en Birmanie, écrit M. Foulquier, le ministère apostolique offre des facilités qu’il était loin de présenter sous le régime des rois birmans. Depuis la conquête anglaise, en effet, le pays est pacifié jusqu’à ses extrêmes limites. Les voies de communication sont devenues plus nombreuses et, de quelque côté que le missionnaire veuille diriger ses pas, il trouve partout une route agréable et sûre. La police a rétabli l’ordre : vols, rapines, incendies, brigandages, appartiennent à l’histoire du passé.
« Ce qui, malheureusement, n’a pas changé, c’est l’influence qu’exerce sur l’esprit des Birmans la religion bouddhique. Il est vrai que le bouddhisme, avec son culte public et ses fêtes bruyantes, s’offre à l’imagination du peuple sous une couleur tout à fait poétique, sans gêner ses adeptes au point de vue de la morale. Si la crainte d’encourir la disgrâce du gouvernement n’empêche plus la conversion au catholicisme comme autrefois, les indigènes conservent le même attachement à leurs pratiques religieuses traditionnelles. Ceux qui en viennent peu à peu à renier Bouddha, tombent d’ordinaire dans l’indifférence et le scepticisme. Le moment des conversions en masse ne semble donc pas près de venir pour nous. Aussi, sans négliger l’évangélisation des Birmans proprement dits, les missionnaires dirigent-ils leurs efforts du côté des tribus environnantes. La mission katchine, qui donnait de belles espérances depuis plusieurs années, se développe et se fortifie de jour en jour. De son côté, la mission shane, qui était hier encore à ses débuts, a pris tout à coup une croissance qui nous étonne et nous comble de joie.

Mission shane. — « Après M. Accarion, c’est à M. Delort que revient le mérite de l’organisation définitive de cette mission. D’autres confrères, il est vrai, s’étaient occupés de ces peuplades, simples et laborieuses ; mais, comme ils n’avaient point eu le temps d’apprendre suffisamment la langue shane, leur labeur n’avait pas été très fécond en résultats. M. Delort, lui, s’est fixé au milieu des Shans ; il parle leur langue et se consacre tout entier au salut de leurs âmes. Laissons-le nous raconter lui-même ses travaux, ses peines et ses espérances.
« Il y a trois ans, écrit-il, M. Accarion eut l’heureuse inspiration de fonder un village au « milieu d’une vaste plaine, d’où les Birmans, continuellement en butte aux déprédations des « Katchins, s’étaient retirés, abandonnant leurs magnifiques rizières. Les Anglais, après leur « arrivée en Birmanie septentrionale, n’eurent rien de plus pressé que de mettre les Katchins à « la raison, et cette peuplade remuante ne peut plus nuire à ses voisins.
« Bientôt les Shans qui habitent en Chine, sur les rives du Taping, à une journée ou deux « de la frontière, sont venus en grand nombre se mettre sous la protection du gouvernement « anglais, pour échapper aux exactions des mandarins, et ils cultivent aujourd’hui les vastes « terrains que les troubles passés avaient fait abandonner.
« Ces Shans sont grands et forts, laborieux, propres et économes. Leur costume et leurs « mœurs les font prendre pour des Chinois, mais leur langue est, à peu de chose près, celle de « toutes les tribus du nord de la Birmanie. C’est la langue la plus agréable que je connaisse ; « la variété des tons en fait une sorte de musique harmonieuse ; par contre, la délicatesse des « nuances la rend fort difficile à bien prononcer.
« Nous avons, parmi les Shans, quatre stations qui augmentent chaque année. Depuis le « mois de janvier, j’ai admis au nombre des catéchumènes 65 nouvelles familles qui, ajoutées « aux 90 que j’avais déjà, forment une population de 650 à 700 adorateurs.
« Malheureusement, leur instruction ne marche pas aussi vite que je voudrais. Je n’ai pas « de catéchiste pour m’aider ou me remplacer en cas de besoin. Les livres me manquent « presque entièrement ; je n’ai sous la main que le petit catéchisme composé par M. Accarion. « Aussi, cette année, ai-je dû me contenter d’enseigner la doctrine, dans un seul village, et de « baptiser 109 catéchumènes. L’année prochaine, les baptêmes seront plus nombreux, « j’espère. Ma résidence et la chapelle sont achevées. Je vais bâtir prochainement dans les « autres villages. »

Mission katchine. — « M. Accarion, tout en administrant la paroisse de Bhamo, dirige trois chrétientés qu’il a fondées en pays katchin. Il vient de fonder une école ; c’est à cette œuvre si importante qu’il a consacré son temps et ses soins, au cours du dernier exercice. L’école est terminée et nous en espérons les meilleurs résultats.
« L’administration de Nanlaïn et des environs, écrit M. Accarion, a été faite par M. « Faucheux, que j’ai laissé presque continuellement seul. Ce jeune confrère s’occupe avec « zèle de ses chrétiens, et étudie sérieusement les langues birmane et katchine. Tout « dernièrement, il a visité un de nos postes qui, faute de missionnaire, n’avait pas vu le prêtre « de toute l’année. »
« De son côté, M. Juéry raconte comme il suit ses débuts dans l’apostolat. « Après avoir « bâti provisoirement une petite hutte, j’ai pu, dès les premiers jours de janvier, m’installer à « Mansi. Ayant surmonté les premières difficultés de la langue, j’ai essayé de gagner la « confiance des Katchins, qui se montrent toujours très réservés envers ceux qu’ils ne « connaissent pas. Grâce aux petits soins médicaux que je leur ai donnés, la méfiance a « disparu complètement. Je me réjouis de l’exactitude avec laquelle mes pauvres gens « assistent aux instructions, aux prières et au catéchisme. Je les instruis le soir, de huit à neuf « heures. Ils viennent en répétant ce qu’ils ont appris la veille, et repartent en répétant ce « qu’ils ont appris le jour même. Quand, pendant la journée, quelques-uns viennent me voir, « et parfois les visites sont nombreuses, ils s’annoncent de loin en chantant, de toute la force « de leurs poumons, le Pater ou l’Ave Maria. Lorsqu’ils se présentent devant moi, ils me « saluent en me demandant s’ils ne se sont pas trompés.
« Au mois de mai, 15 d’entre eux ont été régénérés dans les eaux du baptême. Voilà donc « ma première gerbe ; elle ne se compose, hélas ! que de quelques épis ; toutefois j’espère en « recueillir une plus belle l’an prochain, car de Mansi, je n’ai qu’un pas à faire pour atteindre « les montagnes. J’usqu’ici, nous sommes restés dans la plaine, mais les gens de la montagne, « qui dans le principe me prenaient pour un employé à la solde des Anglais, savent maintenant « que je suis missionnaire, et ils aiment à venir me voir. Que Dieu daigne toucher leurs « cœurs !
« Un autre motif que j’ai d’espérer, c’est la misère elle-même de ces pauvres montagnards. « Ils se croient dans l’abondance quand ils récoltent suffisamment de riz pour vivre pendant « six mois ; le reste de l’année, ils se nourrissent d’herbes et de racines recueillies dans la « forêt. Or, cette année, les pluies ont été irrégulières et le riz n’a pas été semé au moment « voulu : la récolte sera maigre, et le peuple affamé ira volontiers à qui, aura pitié de sa « misère. Si le bon Dieu m’en fournit les moyens, en faisant du bien aux corps, je sauverai « quelques âmes. »
« M. Gilhodes, qui se trouve tout à fait au nord du vicariat, à deux pas de la frontière de Chine, nous donne les détails suivants :
« Cette année, dit-il, j’ai passé six mois à construire des maisons, des oratoires et des « écoles. Sans doute, les œuvres sorties de mes mains laissent à désirer au point de vue de la « forme (je ne suis pas architecte), mais elles sont irréprochables sous le rapport de la solidité, « et c’est déjà quelque chose.
« Ces occupations matérielles m’ont empêché de me consacrer, comme je l’aurais désiré, à « l’instruction des catéchumènes, et je n’ai pu baptiser qu’une douzaine de petits enfants. Les « adultes ont été réservés pour plus tard. Je suis heureux d’ajouter que, malgré les calomnies « des ministres américains et de leurs catéchistes, dont la principale occupation semble être de « nous décrier, les Katchins sont favorablement disposés à notre égard, presque partout.
« A Tenkong, le grand événement de l’année a été la visite de Mgr Cardot. C’était la « première fois que mes néophytes recevaient Sa Grandeur. Ils ont exécuté en son honneur « toutes les danses qu’ils connaissent. Monseigneur les a trouvés un peu laids et malpropres, « mais il a été content de leur simplicité et de leurs bonnes dispositions. »

Mission birmane. — « M. Herr, à Shwebo, constate avec joie le progrès de ses ouailles dans l’esprit chrétien. Ce progrès se manifeste surtout par l’assiduité aux offices divins, les dimanches et jours de fête, et par la réception plus fréquente des sacrements. « Dans chaque « chrétienté, écrit-il, il y a un noyau de familles sérieuses, qui ne manquera pas d’entraîner les « autres. Si certains villages sont restés stationnaires, d’autres, comme Mekong et Halenghy, « ont augmenté, et celui des Shans-Cadoux a plus que doublé. Mais, pour que nos chrétientés « puissent se développer, il faudrait que les ouvriers apostoliques fussent plus nombreux : « nous ne sommes que deux pour desservir un district très étendu. »
« Dans le sud, M. Pelletier attire notre attention sur le petit poste de Kinlat. « Comme vous « le savez, nous mande-t-il, ce village, qui avait compté jadis une trentaine de familles « catéchumènes, était tombé très bas, et tout autre qu’un Breton se fût sans doute découragé. « M. Bazin prit à cœur de le relever. Réédifier, sans l’abattre, une maison qui s’effondre, est « souvent plus difficile que d’en bâtir une neuve. Mon zélé coopérateur a surmonté la « difficulté, et je l’en félicite de tout cœur.
« Sans m’attarder à vous parler de nos travaux matériels, qui ont été longs et dispendieux, « j’arrive au fait le plus important de toute l’année : je veux dire l’établissement parmi nous « de l’Apostolat de la prière. Bien que nos chrétiens en eussent fait la demande depuis « quelques années déjà, nous n’avions pas cru devoir accéder à leur désir. Faveur longtemps « désirée, n’en est que mieux appréciée. Enfin, le moment nous ayant paru propice, les « nouveaux associés ont prononcé devant le Saint-Sacrement leur acte de consécration au « Sacré-Cœur de Jésus, le soir de la première communion, après la rénovation des promesses « du baptême par nos quarante enfants.
« Je dois à la vérité de dire que nous n’avons rien épargné pour rehausser l’éclat de la « cérémonie, et surtout, pour inculquer aussi profondément que possible, dans le cœur des « associés, la nécessité d’une vie vraiment chrétienne. »
« Ce que, par modestie, M. Pelletier ne dit pas, c’est qu’il a fondé à Maguidau un nouveau village, le quatrième dont il dote la mission ; et qu’actuellement, il caresse encore le projet d’en créer un cinquième, à deux journées de marche de Maguidau. Ce qu’il veut bien oublier de mentionner, c’est que lui et M. Bazin ne comptent pas moins de 157 catéchumènes. Et je dois ajouter que, pour les dépenses, qui atteignent un chiffre très élevé, notre confrère n’a jamais rien demandé à la mission.
« M. Pelletier termine son compte rendu par le fait suivant : « ll y a quelque temps, un de « nos meilleurs chrétiens recevait chez lui sa belle-mère, vieille femme impotente, mal « commode et surtout, bouddhiste invétérée. Bientôt, cette païenne tomba gravement malade « et eut un songe pendant la nuit. Il lui semblait être dans un magnifique jardin, planté des « plus beaux arbres. Çà et là, se trouvaient des vases remplis d’eau limpide et fraîche. « Dévorée qu’elle était par la fièvre, la malade désirait ardemment boire de cette eau. Une « grande dame, apparemment la maîtresse du jardin, lui dit qu’elle ne pouvait en boire, mais « qu’après trois jours, il lui serait donné de s’y désaltérer. Le matin venu, elle raconte le rêve à « son gendre qui, sans y attacher d’importance, me rapporte le fait. Là-dessus, l’état de la « belle-mère s’aggrave : le troisième jour, elle perd toute connaissance. Je vais la voir. Elle « recouvre soudain l’usage de ses sens, et demande instamment le baptême. Comme elle est « suffisamment instruite des vérités nécessaires, je la baptise. Peu après, elle perd de nouveau « connaissance et, avant la fin du troisième jour, notre vieille Marie est admise, par la « protection de la bonne Mère, à se désaltérer aux sources de la vie éternelle. »
« Nos anciennes chrétientés soutiennent toujours leur bonne réputation.

Œuvres. — Religieuses de saint Joseph de l’Apparition ― « Orphelinat, pensionnat, hôpital, visites des malades à domicile, nos bonnes religieuses font tout marcher de front. Il n’est pas de misères morales ou physiques qui ne trouvent chez elles les soins les plus dévoués et les plus maternels. Aussi le bon Dieu semble-t-il les bénir visiblement dès ici-bas, car elles ont eu la joie de procurer la grâce du baptême à 69 enfants ou grandes personnes.
« Leur nouveau bâtiment, commencé au mois d’octobre dernier, est pour ainsi dire achevé, et elles pourront l’utiliser à la rentrée du mois de janvier. Nous devions nous imposer cette grosse dépense, pour maintenir le bon renom du pensionnat et lui conserver sa place à la tête des écoles de Mandalay.
« Les Frères des Écoles chrétiennes comptent 380 élèves. Ce beau chiffre dit, mieux que je ne saurais le faire, et la bonne direction que nos précieux auxiliaires donnent à leur établissement et les services qu’ils rendent à notre mission.
« L’école tamoule de M. Hervy mérite aussi une mention spéciale. Au lieu de 80 élèves qui la fréquentaient l’an dernier, il y en a 150 aujourd’hui.
« M. l’inspecteur du gouvernement a adressé, après son inspection du mois de juin dernier, un rapport très élogieux à M. Hervy. C’est dire combien notre jeune confrère se dépense pour cette grande œuvre, l’éducation de la jeunesse.
« Enfin, M. Léon Lafon vient de terminer son orphelinat-école, et n’attend plus que la visite du lieutenant-gouverneur pour l’ouvrir.

« Et maintenant, si nous ouvrons une carte de la haute Birmanie, nous remarquons, à l’ouest, une chaîne de montagnes habitées par les Chins. Hélas ! la croix du Christ n’a pas encore brillé sur leurs hauts sommets. Heureux le jour où, plus nombreux et moins pauvres, nous pourrons ajouter au compte rendu annuel la mission chin, et répéter les paroles du prophète Isaïe : Populus qui ambulabat in tenebris, vidit lucem magnam : habitantibus in regione umbrœ mortis, lux orta est eis. »



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