| Année: |
1905 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Cardot |
III. — Birmanie méridionale
Population catholique 47.579
Baptêmes d’adultes 558
Conversions d’hérétiques 34
Baptêmes d’enfants de païens 54
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« Cette année encore, écrit Mgr Cardot la mort a éclairci nos rangs. En quelques semaines, trois missionnaires, MM. Gandon, Maigre et Kern, ont été ravis à notre affection. Les deux derniers occupaient des postes importants et semblaient devoir rester longtemps encore avec nous. Dieu les a rappelés à Lui : que sa sainte volonté soit faite !
« Plusieurs confrères ont été malades ; d’aucuns, assez sérieusement. Mon provicaire, M. Luce, a dû aller en France, pour y subir une opération grave et pressante. Grâce à Dieu, il est maintenant guéri, et j’aurai, sous peu, le bonheur de le revoir près de moi.
« Il y a aussi, parmi les missionnaires, des santés chancelantes qui m’inspirent de vives inquiétudes. C’est dire que bon nombre de postes ont été en souffrance, depuis un an, et n’ont pu donner les résultats que j’aurais eu le droit d’attendre dans des circonstances plus favorables.
« Jetons maintenant un coup d’œil rapide sur les différentes œuvres de la mission.
I. Chrétiens. — « Puisque ce sont les Carians qui composent la grande majorité de nos chrétiens, c’est d’eux que je parlerai tout d’abord.
« En examinant les rapports des dix dernières années, on peut constater que le nombre de nos chrétiens est au-dessous de ce qu’il devrait être : il y a donc un déficit. A quoi l’attribuer ? Aux défections ? Non, car elles ont été fort rares. Je crois devoir l’attribuer, avec raison, au défaut d’exactitude dans le recensement annuel de la population catholique des districts. Les chiffres sont presque toujours au-dessous de la vérité, parce qu’il y a des chrétiens ignorés du missionnaire. Voici comment :
« Le Carian, descendu dans la plaine, reste nomade, ou plutôt il ne s’attache que faiblement au lieu qu’il habite. Il le quitte sous un prétexte ou sous un autre. Pour lui, sortir du village où il est né, où il s’est marié, où il a vécu des années, et transporter son domicile au loin, à 10, 20, 50, voire même 100 milles de distance, est la chose la plus simple du monde. Les voyages lui coûtent peu ; il n’a pas de meubles à emporter ; ses habits et les quelques ustensiles qui lui sont indispensables tiennent peu de place et ne l’embarrassent guère. Là où il émigre, une hutte en bambous et en roseaux sera vite construite et presque sans frais. S’il n’a pas d’argent pour acheter la provision de riz nécessaire, il louera son travail. Il lui suffit donc d’avoir quelques roupies, souvent empruntées, pour se procurer le plaisir d’un changement de domicile, même à une distance considérable.
« Mais, pourquoi le Carian émigre-t-il ? Il aime le calme et la paix. S’il éprouve des ennuis et des tracas, c’en est assez pour qu’il aille chercher ailleurs le tranquillité qu’il a perdue. Une simple querelle avec un voisin, un signe superstitieux de mauvais augure, la maladie, un revers de fortune, l’espoir toujours caressant de trouver mieux ailleurs, suffisent à le déterminer. Le plus souvent, cependant, ce sont les dettes qui forcent le Carian à émigrer.
« Le Carian est, en général, trop insouciant pour mettre quelque argent de côté. Vienne la maladie, l’épizootie, une inondation prolongée, une grande sécheresse, une mauvaise récolte, il sera obligé d’emprunter à un taux énorme, sans espoir sérieux de pouvoir jamais se libérer. Le champ de la famille est hypothéqué, et passe bien vite aux mains d’un prêteur usurier, birman ou indien. Il devra donc, pour échapper aux mains de ces véritables sangsues et faire vivre sa famille, chercher fortune ailleurs. Ce sont les Carians qui ont défriché et défrichent encore le delta de 1’Irawaddy ; mais, au bout du compte, ils auront travaillé pour les Birmans d’abord, et ensuite pour les Indiens. Tôt ou tard, ils seront obligés de retourner sur les montagnes d’où ils sont descendus.
« Voici ce que m’écrit de Maryland notre doyen d’âge M. Tardivel : « L’année dernière a « été dure pour le cultivateur : inondation dans les terrains bas, à peine une demi-récolte dans « les terrains élevés, et, par surcroît de malheur, épidémie sur les animaux de toute espèce, « buffles, bœufs, porcs, poules, etc. Beaucoup de gens ont quitté le pays. D’ailleurs les « Carians n’ont cessé d’émigrer, depuis l’origine de notre mission. »
« M. Héraud, à Thinganaing, et M. Herzog, à Okpho, n’ont pas été mieux partagés. « Mes « appréhensions de l’année dernière, écrit M. Herzog, se sont réalisées. Les trois quarts de « mes chrétiens, et les meilleurs sont dans la misère noire. Des familles qui, d’ordinaire, « récoltaient 2.000 paniers de riz, n’en ont pas recueilli un grain, cette année ; tout est sous « l’eau et quelle eau ! 4ou 5 coudées de profondeur... Je viens de faire en barque le tour de « cette partie de mon district, et c’est le cœur rempli de tristesse que je suis rentré chez moi : « pas un seul plant de riz, partout de l’eau. Je cherche de nouveaux terrains pour mes chrétiens « ruinés ; malheureusement, ici le sol est pauvre. Déjà, une dizaine de familles sont parties, et « d’autres les suivront. »
« M. Chagnot, dans les districts de Maubin et Pyapon, et M. Mignot, à Nyaunglébin, travaillent avec zèle à rechercher les familles émigrées. Chaque année, ils ont la consolation d’en retrouver quelques-unes ; mais combien qui leur échappent, là comme ailleurs ! Dans presque tous les cas, ces pauvres chrétiens sont heureux de revoir le prêtre et se remettent sans difficulté à pratiquer leurs devoirs religieux.
« M. Provost, chargé du district de Bassein, raconte le fait suivant qui prouve que nos convertis, malgré des faiblesses passagères, conservent la foi dans le cœur : « Un Carian du « village du Pyingado, dit-il, baptisé il y a vingt-cinq ans, avait eu la faiblesse de céder aux « instances de sa femme et d’offrir un sacrifice aux mauvais esprits. Par honte ou pour « quelque autre motif, il cessa de venir à l’église. On le considérait comme apostat. Cependant « cet homme avait gardé la foi. Depuis mon arrivée à Bassein, je le rencontrais plusieurs fois « au cours de mes visites. Il venait même me saluer, quand il savait que j’étais dans le « voisinage. Évidemment, le remords le tourmentait. Après bien des hésitations, il prit enfin « une grande résolution : il prépara lui-même ses enfants et ses petits-enfants au baptême. Ils « étaient 13. Je les baptisai, et lui se confessa. Ce jour là, il était si heureux qu’il en pleurait de « joie, et il me montrait les livres de prières qu’il avait conservés et qu’il lisait régulièrement « le dimanche. »
« M. Saint-Guily continue à exercer son zèle dans le poste de Yenandaung, chez les Chins. Notre confrère rencontre beaucoup de difficultés sur son chemin. Elles proviennent, pour la plupart, du caractère des gens de cette peuplade. Comme tous les sauvages, les Chins sont si terre à terre, si matériels dans leurs idées, si indifférents à l’égard des choses spirituelles, que c’est un miracle de les habituer à lever les yeux vers le ciel et à se donner de la peine pour le gagner. Cette année encore, M. Saint-Guily a payé son tribut à la fièvre, et j’ai dû l’appeler à la cathédrale, pour lui permettre de soigner sa santé, tout en remplaçant M. Luce pendant son absence.
« Quant aux chrétiens tamouls, ils sont devenus si nombreux (10.000 environ) que je me demande comment M. Mourlanne, avec ses deux assistants, peut suffire à la besogne. Les cultivateurs, hommes de caste pour la plupart, sont ceux qui donnent le plus de consolations, par leur piété et leur empressement à s’approcher des sacrements. Ceux qui habitent les villes laissent trop souvent à désirer sous le rapport de la conduite.
« Nos paroisses eurasiennes ou européennes des grandes villes sont ici ce qu’elles sont dans l’Inde et la presqu’île de Malacca. Elles ont du bon et du mauvais. A côté des chrétiens fervents, on trouve pas mal de gens tièdes ou qui ne pratiquent pas. A Rangoon surtout, les missionnaires ont beaucoup à faire pour ramener les brebis égarées et fortifier les âmes faibles.
« Le jubilé de l’Immaculée-Conception a produit des fruits abondants de grâce et de salut dans toute la mission ; il a été l’occasion de sincères retours à Dieu. « J’ai eu beaucoup de « déboires, cette année, à Thinganaing, écrit M. Héraud, mais les consolations ne m’ont pas « manqué. Le jour où le Saint-Sacrement a été exposé pour la clôture du jubilé, mes chrétiens « me disaient avec allégresse : « Père, si tous les jours étaient comme celui-ci, il serait bien « difficile d’offenser le bon Dieu. » J’en connais beaucoup qui ont passé quatre heures sur « douze devant le Saint-Sacrement, ce jour-là. »
« A Rangoon, à Bassein et à Moulmein, les exercices du jubilé ont été suivis avec un ensemble vraiment merveilleux.
« Avant de terminer cet aperçu sur nos chrétiens, je dois dire un mot du poste si intéressant de Mergui, le plus ancien de la mission, celui où a travaillé, au début de sa carrière apostolique, mon vénéré prédécesseur, Mgr Bigandet. M. Jumentier en est le titulaire, depuis le mois de novembre 1904. Voici ce qu’il m’écrit : « J’avais entendu raconter que les « chrétiens de Mergui avaient conservé pour le missionnaire le respect et la vénération dont « l’entouraient les Portugais leurs ancêtres ; on ne m’avait pas trompé. Groupés en grand « nombre tout auprès, presque trop près de leur église, ils ont un vrai culte pour elle. Les « communions de dévotion sont nombreuses, grâce à la Ligue du Sacré-Cœur, qui a groupé, « dès le commencement, un nombre considérable d’adhérents. Il y a, chaque premier vendredi « du mois, 25 à 30 communions.
« Les Manillois, tout pêcheurs de perles qu’ils sont, sont loin d’être la perle de ma « paroisse. Pleins de respect pour moi, généreux à l’occasion, ils ont le double défaut de boire « et de jouer. Un certain nombre vivent mal, plusieurs m’ont déjà promis de faire régulariser « leur situation. L’arrivée d’une quarantaine de scaphandriers japonais va contribuer à les « rendre plus sérieux et plus sobres, j’espère. Certains ont déjà perdu leur travail de « plongeurs ; car les Japonais, avec une moindre paie, donnent plus de satisfaction aux maîtres « des pêcheries. Parmi ces Japonais, il y a 11 catholiques ; mais c’est à peine si un ou deux « savent quelques mots d’anglais. Il me semble d’ailleurs qu’au point de vue religieux, ils ne « valent même pas mes Manillois : en effet, je n’ai pas encore réussi à en faire venir un seul à « l’église.
« Kade se trouve à 40 milles au nord de Mergui. Ce poste compte actuellement 170 « chrétiens, disséminés dans les gorges des montagnes. Là, c’est la race carianne pure et « simple ; simple surtout, et prête à devenir chrétienne. J’ai déjà baptisé 15 adultes, mais les « résultats sérieux ne s’obtiendront qu’en dominant un missionnaire à ces braves « montagnards, qui sont pleins de bonne volonté. Ils ont bâti eux-mêmes une nouvelle « chapelle qui est jolie, spacieuse et solide. L’ancienne, reconstruite sur un nouveau plan, est « devenue une école. »
II. Conversions. — « Le chiffre des conversions de païens est encore tombé cette année. Cela tient pour beaucoup : d’abord, au peu de temps que les missionnaires peuvent consacrer à l’évangélisation des infidèles, après avoir donné leurs soins aux chrétiens ; ensuite, à la mort de plusieurs confrères et à la maladie de quelques autres. Nous souffrons aussi du manque de catéchistes zélés et instruits.
« Dans les postes du delta de I’Irawaddy, la cause principale de l’arrêt des conversions est celle qui a été signalée l’ami dernier : les Carians se « birmanisent » peu à peu ; ils adoptent les coutumes, le langage et la religion des Birmans, le bouddhisme. Le réveil de cette religion se manifeste par une hostilité très marquée contre le christianisme. D’un autre côté, l’influence du soi-disant prophète carian Po-Païssan n’a pas encore faibli ; au contraire, elle semble s’étendre.
« Malgré toutes ces difficultés, je suis heureux de noter ici les résultats obtenus dans quelques postes.
« M. Tardivel a pu enfin baptiser un groupe de Birmans, venus du haut pays et installés près de Maryland ; mais pour en arriver là, il a dû beaucoup discuter, résoudre bien des objections et prier avec ferveur. Ses néophytes persévéreront, nous avons tout lieu de l’espérer, et feront eux-mêmes de la propagande. Les Birmans, en effet, aiment à parler religion et à faire des prosélytes.
« Chez les Carians, M. Pavageau, à Gyobingauk, a régénéré 58 adultes. Son rapport montre la simplicité de ces bons Carians et la facilité avec laquelle ils se convertissent, quand
ils sont à l’abri des influences que j’ai signalées plus haut. « Le chiffre des conversions, écrit « notre confrère, est supérieur à celui des années précédentes. Cela tient à ce que tout un « village, situé dans les montagnes à l’est de Gyobingauk, s’est fait chrétien, à l’exception de « trois familles. La chose semble extraordinaire, elle est réelle, et voici comment elle s’est « produite. Nous sommes allés, le P. Daniel et moi, lui avec son accordéon, moi avec ma « machine électrique, passer dix jours dans le village en question, Yetho. Une dizaine « d’enfants de l’école et le catéchiste nous accompagnaient. Tous les jours, surtout le soir, il y « avait chant de cantiques avec accompagnement d’accordéon, et séance de machine « électrique. Les Carians sont très amateurs de musique. Naturellement, les chants et les « expériences étaient entremêlés de prédications sur des sujets religieux. Bientôt, les gens du « village sont devenus nos amis et ont résolu d’embrasser notre sainte religion. Il serait à « désirer que nous pussions faire, dans d’autres villages, ce que nous avons fait à Yetho ; et, « nous aurions, tous les ans, la consolation d’arracher au démon un bon nombre de ses « esclaves. Mais le temps nous manque, car le soin des chrétiens nous laisse bien peu de « loisirs. »
« J’enregistre, en passant, 27 baptêmes d’adultes à Pauk-seinbé, 22 à Mittagon, 26 à Nyaunglébin, 22 à Dambi et 16 à Yandoon.
« Le delta de l’Irawaddy étant devenu une terre ingrate, nous portons nos espérances sur « les nouveaux postes établis à l’est, au cours des dernières années. Là, comme partout, les « débuts sont laborieux.
« Depuis mon arrivée à Ngetpyaudau, écrit M. Ballenghein, la maladie m’a conduit bien « des fois à l’hôpital ou tenu cloué sur mon lit. Souvent, il m’a fallu courir la forêt pour avoir « de quoi manger. J’ai dû passer des semaines et des mois à faire du charpentage. C’est dire « qu’il m’a été impossible de prêcher comme j’aurais voulu. Je devais aussi faire « connaissance avec le pays et ses habitants. Si Dieu me donne la santé, j’apprendrai le carian, « car je me suis aperçu que bien des gens de la contrée comprennent à peine quelques mots de « birman. »
« De son côté M. Loizeau, chargé du poste de Thaton, m’écrit : « Je m’attendais à de « meilleurs résultats, cette année ; 15 baptêmes de païens, c’est peu. Mais « ventre affamé n’a « pas d’oreilles » ; et vous n’ignorez pas que la plupart des gens ici sont réduits à la dernière « misère. J’ai vu des Carians vendre leurs enfants pour quelques paniers de riz. La grande « préoccupation est donc de trouver de quoi vivre, et les mieux disposés parmi mes « catéchumènes remettent leur conversion à des temps meilleurs.
« Un des principaux obstacles à la conversion des païens est l’influence de la famille ; on « craint de faire de la peine à ses parents, même très éloignés, en se déclarant chrétien. Quoi « qu’il en soit, mon espoir en l’avenir est ferme. Je défriche une forêt vierge ; mon travail est « lent, mais je suis convaincu que Votre Grandeur aura lieu de se réjouir, un jour, d’avoir « envoyé un missionnaire à Thaton. »
« La mission chinoise de Yénandaung a fourni 46 baptêmes d’adultes. C’est dans le nord du district que ces conversions ont été obtenues. Il faudrait y fonder un nouveau centre d’évangélisation. La population tamoule a donné le beau chiffre de 49 baptêmes de païens.
III. Ecoles. — « Comme dans toutes les colonies anglaises, la question des écoles est capitale en Birmanie. A un point de vue, elle prime toutes les autres ; car une école est le moyen le plus efficace, peut-être le seul efficace, que nous ayons d’instruire nos enfants chrétiens ; mais elle est aussi un foyer puissant de propagande évangélique. On reconnaît de suite les adultes qui ont passé dans nos écoles : ils sont plus instruits en religion et plus dociles à la voix du prêtre. Les enfants païens qui les fréquentent, apprennent à nous connaître ; souvent même, ils embrassent le catholicisme et nous amènent leurs parents.
« Nos écoles anglaises de garçons et de filles, à Rangoon et à Moulmein, conservent un bon rang parmi les institutions du même genre, tenues par le gouvernement. Les succès qu’elles obtiennent aux examens sont la meilleure preuve de la science et du zèle des maîtres et des maîtresses. Aux Frères des Écoles chrétiennes, qui ont 1.200 élèves à Rangoon et 400 à Moulmein ; aux Sœurs du Bon-Pasteur d’Angers ; aux Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition de Marseille, toute notre reconnaissance pour les services qu’ils rendent à la mission ! L’école anglo-tamoule de Rangoon compte 200 élèves. Son existence et son maintien sont de plus en plus nécessaires, car, sans elle, nos petits Tamouls iraient apprendre l’anglais dans les écoles protestantes, établies pour eux à Rangoon.
« Dans les districts, nous avons 3 écoles anglo-birmanes de garçons à Thonzé, Gyobingauk et Nyaunglébin. Celle de Thonzé, qui n’a pas moins de 150 élèves, a toujours été sur un bon pied. M. Perroy, qui la dirige, à un zèle industrieux joint une expérience peu commune des choses de l’éducation. Au mois de juin, j’ai eu le plaisir de bénir le nouveau bâtiment, tout en briques, qu’il a construit pour école, au prix de bien des sacrifices.
« Mon école anglaise de Gyobingauk va à merveille, dit M. Pavageau. Le nombre des « élèves a augmenté beaucoup ; il dépassera bientôt 200. Le bâtiment actuel ne suffit plus. Il « faudra en construire un plus vaste, l’an prochain. » Et M. Mignot, dont l’école a passé par bien des épreuves, me dit : « L’école anglaise, qui, compte en ce moment une centaine « d’élèves, me donne une entière satisfaction. Le commissionnaire de Pégu est venu la visiter « tout dernièrement et a consigné, par écrit, le contentement que cette visite lui a procuré. »
« Je serais incomplet, si j’omettais de parler de nos orphelinats. Outre les établissements de ce nom, attachés à nos grandes écoles de Rangoon, Moulmein et Bassein, presque chaque poste a un orphelinat de garçons et un autre de filles plus ou moins grands selon les ressources du missionnaire. C’est bien dommage, en vérité, que nos ressources ne nous permettent point de développer des œuvres si utiles. Les populations sont plus pauvres qu’autrefois : et partant, il nous est plus facile de recueillir des orphelins. Mais comment en avoir beaucoup, quand, au bas mot, l’entretien d’un enfant, pendant un an, coûte plus de 100 francs ?
« Nous aurions besoin encore d’orphelinats pour les enfants tamouls, mais la somme requise pour les créer, et le personnel nécessaire pour les diriger nous font complètement défaut en ce moment.
« Un orphelinat spécial pour les enfants pauvres eurasiens, dont le nombre augmente chaque jour et qui ne peuvent trouver place chez les Frères, serait aussi bien utile. Je voudrais pour eux une école industrielle, dans le genre de celle que les Sœurs du Bon-Pasteur ont établie pour les filles à Rangoon, et qui se développe peu à peu. Mais, ici encore, nous devons attendre des temps meilleurs.
IV. Etablissements communs. — 1o Séminaires. ― « Notre petit séminaire de Moulmein, dirigé par le P. Moïse, reçoit chaque année un petit nombre d’enfants choisis par les missionnaires dans leurs écoles. Sur 44 élèves qui sont entrés au petit séminaire depuis 1895, époque de sa fondation, 22 ont persévéré jusqu’à présent. Le P. Moïse, secondé par 5 acolytes carians, se consacre à cette œuvre avec un zèle et un savoir-faire au-dessus de tout éloge. Malheureusement, sa santé est un peu chancelante et nous inspire de sérieuses inquiétudes.
« Nous avons 8 élèves à Pinang ; 5 en sont revenus l’an dernier, et 4 cette année, pour subir l’épreuve finale. Après deux ans passés en district avec un missionnaire, ils rentreront à Pinang pour se préparer à la réception des saints ordres. Nous sommes contents d’eux, et, Dieu aidant, nous aurons d’ici deux ans quelques nouveaux prêtres indigènes, qui seront comme les prémices de notre séminaire.
2º Écoles normales. — « Il y en a deux dans la mission : une à Thonzé pour les garçons, et une à Bassein pour les filles. Celle-ci est attachée au noviciat des religieuses indigènes de Saint-François-Xavier. Toutes deux préparent au brevet d’instituteur et d’institutrice en langue birmane. L’école de Thonzé a 40 élèves ; 10 maîtres environ en sortent chaque année. L’inspecteur des écoles normales me disait dernièrement que, de toutes les écoles dont il est chargé, c’est celle qui lui donne le plus de satisfaction. On pourrait appeler aussi cette école, une école de catéchistes, car l’instruction religieuse que les élèves y reçoivent les rend capables d’exercer cette fonction.
« M. Perroy a formé, cette année, une association des anciens élèves de l’école, et leur première réunion a eu lieu après Pâques à Thonzé. Elle a duré plusieurs jours, pendant lesquels on a discuté les questions d’éducation, examiné les obstacles, étudié les moyens ; on a fait aussi une petite retraite qui s’est terminée par une communion générale ; et une soirée de sports, suivie de la distribution des récompenses, a couronné les travaux de la réunion. L’œuvre est excellente, et elle me semble appelée à exercer une heureuse influence sur nos maîtres d’école. L’union fait la force.
« L’école et le noviciat de Bassein continuent à nous donner tous les résultats que nous avions droit d’en attendre. Là aussi, l’enseignement est solide, et les succès aux examens, plus que satisfaisants. Toutes les élèves laïques, qui ont obtenu leur brevet, sont placées. Des religieuses brevetées dirigent les écoles à Lethama et à Dambi. Les postulantes sont assez nombreuses. Cette année, 3 novices ont fait profession, et 5 postulantes ont pris l’habit religieux.
« L’œuvre prospère, et cependant les épreuves ne lui ont pas manqué. Voici ce que m’écrit M. Provost à ce sujet : « L’année qui vient de s’écouler, dit-il, a encore été une année « d’épreuves. En novembre dernier, quelques semaines seulement avant la fin de l’année « scolaire, le choléra nous obligeait à fermer l’école normale, après avoir frappé 5 des plus « grandes élèves. Le bon Dieu eut pourtant pitié de nous, et se contenta d’en mettre une en « paradis.
« Après la rentrée de janvier, la santé générale ne s’améliora guère. Nous eûmes « constamment des malades, et plusieurs nous donnèrent de vives inquiétudes. Comme Votre « Grandeur me l’écrivait, le bon Dieu doit nous aimer beaucoup, puisqu’il nous envoie « beaucoup de croix. Il semblait, en effet, que tant d’épreuves dussent enrayer l’œuvre de la « formation des religieuses indigènes, qui n’est encore qu’à son début. Il n’en est rien, « pourtant ; les postulantes se présentent plus nombreuses que jamais. »
V. Œuvres de charité. — « Notre léproserie de Kemendine et la maison des Petites-Sœurs des Pauvres sont, pour la grande ville de Rangoon, une prédication permanente et puissante de la charité catholique. Ces deux œuvres nous gagnent bien des sympathies humaines, mais surtout elles sont notre force et notre confiance devant Dieu. Je répète souvent que ce sont là nos deux paratonnerres.
« A la léproserie, le nombre des malades augmente toujours ; il est maintenant au-dessus de la centaine. M. Freynet, pour nourrir et habiller tant de monde, met à contribution toutes les ressources de sa foi et de son énergie ; malheureusement, sa santé reste chancelante. Les 9 religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, attachées à l’asile, remplissent leur tâche héroïque de servantes des lépreux avec un dévouement admirable. Dernièrement, notre nouveau lieutenant-gouverneur, sir Herbert Chirkell-White, s’est plu à le reconnaître, lors de sa visite officielle à la léproserie.
« Cette année encore, la communauté des Sœurs a été bien éprouvée : une Sœur est morte et plusieurs ont été gravement malades. M. Freynet a baptisé 25 de ses lépreux.
« Comme la léproserie, l’établissement des Petites-Sœurs des Pauvres a la sympathie de tout le monde ; comme elle aussi, il est, pour presque tous les vieillards qui y passent, le vestibule du paradis. Leur nombre s’accroît lentement, trop lentement au gré des Petites-Sœurs.
« Je dois mentionner encore le refuge, ouvert depuis sept ans par les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, au couvent de Moulmein, pour les vieilles femmes, et qui envoie, chaque année, un petit contingent d’âmes en paradis.
« Malgré toutes nos difficultés et toutes nos épreuves, dit en terminant Mgr Cardot, nous ne perdons pas courage. La divine Providence ne nous abandonnera pas, si nous avons confiance en Elle. La foi peut transporter les montagnes. Sans elle, sans la prière, on se donne beaucoup de mal en pure perte. Nisi Dominus œdificaverit domum, in vanum la boraverunt qui œdificant eam. »
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