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Rapport annuel des évêques

Année: 1905
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie septentrionale
Rédacteur:Mgr Foulquier

IV. — Birmanie septentrionale

Population catholique 7.717
Baptêmes de païens 338
Conversions d’hérétiques 8
Baptêmes d’enfants de païens 26
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« L’exercice qui vient de finir, écrit M. Foulquier, provicaire de la mission, ne présente rien de bien saillant. Cependant, je dois dire que la maladie nous a éprouvés plus que d’ordinaire : quatre confrères ont dû quitter momentanément la mission, pour aller demander à un climat meilleur le rétablissement de leur santé. Puissent-ils revenir bientôt, car les vides que leur absence a faits, ne peuvent pas être comblés.
« Malgré la nature ingrate des peuples que nous évangélisons, chacun de nous a glané quelques épis au milieu des ronces et des épines, et plusieurs centaines d’âmes sont entrées dans le giron de la sainte Église.
« Les 10.327 confessions répétées et les 29.677 communions de dévotion que nous avons enregistrées depuis un an, attestent le travail de sanctification qui s’est opéré dans les âmes, eu égard au chiffre relativement peu élevé de la population catholique,
« A Mandalay, la paroisse de la cathédrale nous a donné, comme par le passé, de grandes consolations ; nous n’avons eu qu’à nous féliciter de la manière dont les chrétiens ont assisté aux offices et fréquenté les sacrements. Dans la paroisse indienne de Saint-François-Xavier, M. Hervy a baptisé 9 adultes et entendu 1.100 confessions répétées.

« M. Léon Lafon a eu la joie d’inaugurer le nouvel orphelinat chinois qui lui a coûté tant de travail et de peine. C’est le 14 novembre 1904 que sir Hugh Barnes, alors encore lieutenant-gouverneur de la Birmanie, est venu présider la cérémonie qui eut lieu à cette occasion.
« Un peu plus tard, le 27 novembre, je faisais moi-même la bénédiction du bâtiment, en présence des missionnaires réunis pour la retraite annuelle. Il est regrettable que M.Lafon ne puisse consacrer qu’un temps fort restreint à cette œuvre si intéressante qu’il a fondée. En effet, c’est lui qui a pris la direction de la léproserie Saint-Jean, après la mort de M. Wehinger, survenue le 6 septembre 1903.
« Notre grand hospice compte actuellement 328 lépreux, qui reçoivent chaque jour les soins dévoués des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie. Hélas ! ce nombre, si considérable qu’il soit, semble bien petit, quand on le compare à celui des lépreux qui existent en Birmanie septentrionale. Dans la seule ville de Mandalay, on en trouverait plus de 3.000.
« Nos écoles, tant des Frères que des Sœurs, soutiennent toujours leur bonne renommée, et occupent le premier rang parmi les établissements similaires de Birmanie septentrionale. Les parents, même protestants, musulmans et païens, qui sont vraiment soucieux de l’éducation de leurs enfants, n’hésitent pas à les envoyer chez nous, parce qu’ils savent qu’il y règne une discipline de bon aloi.
« Au mois de décembre 1904, les Sœurs de Saint-Joseph prenaient possession du nouveau bâtiment dont j’ai parlé l’an dernier. J’ai bénit la chapelle des Frères, et quelques mois après, celle des Religieuses.

« Les résultats obtenus, cette année, par les missionnaires qui travaillent parmi les Katchins et les Shans, au nord de Bhamo, sont très satisfaisants en eux-mêmes et promettent beaucoup pour l’avenir. Mais il y a là de grandes difficultés à vaincre. L’insalubrité du climat, la pauvreté du pays, les voyages excessivement fatigants et le manque de catéchistes rendent la situation très pénible aux ouvriers apostoliques. Voici ce que m’écrit M. Gilhodes : « J’ai « administré 125 baptêmes, dont 110 d’adultes convenablement préparés, et 8 d’enfants de « païens à l’article de la mort. J’ai admis 40 nouvelles familles au catéchuménat, et j’ai pris « pied dans trois nouveaux centres très peuplés. J’ai dû me contenter de donner de bonnes « paroles à ceux qui sont venus de loin me prier de me rendre chez eux. Mes villages sont « éloignés les uns des autres ; je ne puis les visiter qu’à la bonne saison et je suis seul pour « instruire les néophytes : j’ai donc déjà fort à faire pour conserver mes positions.
« Les Katchins, après s’être montrés longtemps réfractaires à la parole divine, semblent « disposés maintenant à l’écouter. Les temps sont changés pour eux. Il n’y a que quelques « années, le brigandage s’exerçait à ciel ouvert sur leurs montagnes. Chaque tribu était en « guerre avec la tribu voisine ; et, quand les provisions manquaient, on n’hésitait pas à « descendre dans la plaine pour y piller les Birmans et les Shans. Aujourd’hui, les Katchins « sont obligés de travailler pour vivre, car les Anglais répriment sévèrement tout brigandage. « La terre qu’ils cultivent est bonne, mais ils ne savent pas en tirer ce qu’elle pourrait donner ; « d’où la misère, rendue encore plus noire par le culte des esprits, ou « nats », comme ils les « appellent. Des « nats », il y en a tant et plus. Écoutez plutôt une de leurs traditions, que tout « Katchin connaît et débite au besoin, pour prouver que ce n’est pas de sa faute s’il est si « ignorant, si pauvre et si superstitieux.
« C’est un être moitié esprit et moitié corps, fils du ciel et de la terre, qui, avec son grand « marteau, a formé le monde et l’a rendu habitable aux hommes. Il résidait au sommet d’une « grande montagne, d’où il répandait ses bénédictions sur le genre humain. A différentes « reprises, il appela les hommes près de lui pour leur distribuer sciences, or, argent, « nats »...; « mais les Katchins, en revenant de leur premier voyage, pressés par la faim, mangèrent les « parchemins qui contenaient, avec les sciences, les instructions du fils du ciel et de la terre. « Aussi, dans la suite, ne surent-ils plus pourquoi ils étaient convoqués. Lorsqu’ils furent « appelés de nouveau par le fils du ciel et de la terre, ils se rendirent à la montagne sainte avec « leur couteau et leur havresac seulement ; mais il s’agissait d’une distribution d’argent et « d’or. Les autres peuples, Birmans, Shans, Chinois, etc., qui avaient conservé et consulté les « parchemins, s’étaient munis d’énormes paniers qui furent bourrés de ces métaux précieux. « Les Katchins, eux, n’en reçurent qu’autant que leurs petits havresacs pouvaient en contenir. « Quelque temps après, le fils du ciel et de la terre appelle les hommes pour la troisième fois. « Les Katchins, qui s’attendent à une nouvelle distribution d’or et d’argent, accourent avec « d’immenses hottes ; mais, cette fois, ce sont les « nats » qu’on distribue. Les Birmans, « Shans, Chinois, etc... n’apportent que de petits sacs et reçoivent très peu de « nats » ; les « pauvres Katchins en voient leurs grands paniers remplis. Comme ils les trouvent trop lourds, « ils déposent quelques « nats» à chaque halte, et il ne leur en reste que la moitié quand ils « arrivent chez eux. Hélas ! cette ruse tourne encore à leur désavantage ; car maintenant, en « dehors des esprits domestiques, auxquels ils offrent des sacrifices, ils doivent aussi en offrir « aux « nats » qu’ils ont laissés derrière eux, et que l’on rencontre un peu partout, dans les « forêts, au bord des fontaines, sur les arbres, les rochers. etc.
« Pour les Katchins, ces esprits sont cause de tout ce qui arrive ; et il faut, à chaque instant, « les apaiser ou se les rendre favorables. Si un Katchin tombe malade, il doit sacrifier une « poule à l’esprit. Si la guérison se fait attendre, c’est un porc, un bœuf, un buffle, deux porcs, « deux buffles, que le malade doit offrir à l’esprit, et si le malheureux n’a ni poule, ni porc, ni « bœuf, ni buffle, il doit s’en procurer un même par le vol. Avec de tels usages, il est facile de « comprendre la misère qui règne parmi nos pauvres Katchins. Leur pauvreté les dispose, « dans une certaine mesure, à renoncer au culte des esprits qui les ruine, et à adorer le vrai « Dieu qui ne demande en sacrifice aucun de leurs animaux. Cependant bon nombre d’entre « eux, avant de m’appeler pour enlever les « nats » de leur maison, veulent voir s’il n’arrivera « pas malheur à ceux qui sont déjà chrétiens. Mais voilà trois ans qu’ils constatent que mes « néophytes se portent et réussissent aussi bien que d’autres. C’est pourquoi le nombre de « ceux qui ont dessein de se convertir, augmente de jour en jour.
« L’histoire a beau dire que les vrais Katchins ne se lavent jamais la figure ou les mains ; « des malins ont beau prétendre qu’ils tiennent le milieu entre l’homme et le singe ; moi, je « leur trouve des qualités réelles et je les aime de tout mon cœur. Je n’ai qu’un regret ; celui « de me voir incapable de leur faire, à moi seul, tout le bien que je voudrais. »
« M. Juéry, chargé, lui aussi, de l’évangélisation des Katchins, a travaillé avec le plus grand zèle à la formation de ses nouveaux convertis ; mais la fièvre est venue contrarier ses efforts et l’a condamné à un long repos.

« Quelques mots, maintenant, sur la mission shan. M. Delort a enregistré 70 baptêmes d’adultes, et instruit actuellement 358 catéchumènes.
« Je me suis efforcé, écrit-il, de développer l’instruction et l’esprit chrétien chez mes « néophytes. L’an dernier, javais inscrit 60 nouvelles familles ; cette année, je n’en ai admis « que 12, qui me paraissent animées des meilleures dispositions ; c’est-à-dire que j’ai regardé « surtout à la qualité.
« Les adultes baptisés appartiennent, sans exception, au village de Kun-no. J’ai dû me « contenter de leur apprendre les vérités les plus essentielles ; mais ce que je sais de leurs « dispositions me fait espérer qu’ils persévéreront. Les catéchumènes de Meinkat continuent à « se préparer au baptême et font des progrès sensibles dans la pratique des devoirs religieux. « J’ai pu constater que plus ils connaissent la religion, plus aussi ils s’appliquent à la « pratiquer ; j’ai plaisir à dire qu’ils ont fait des progrès sensibles, cette année.
« Le jour où j’ai administré les baptêmes à Kun-no, j’ai bénit la chapelle et la résidence de « ce poste. A peu près en même temps, j’ouvrais à Meinkat une petite école, qui était depuis « longtemps l’objet de mes vœux. Mon but n’est pas de faire des savants de mes pauvres « Shans ; ils n’ont pas besoin d’être savants pour cultiver leurs champs de riz ; mais, avec « l’école, j’aurai les enfants sous la main et il me sera plus facile de les former. Quelques-uns « de ces enfants pourront, un jour, remplacer les catéchistes qui nous manquent, et seront pour « nous de précieux auxiliaires. Les autres, bien instruits eux-mêmes, seront, je l’espère, le « noyau d’une chrétienté fervente. »

« Le poste de Chanthagon a été fondé il y a une quinzaine d’années, dans un pays dont la population est entièrement bouddhiste. Grâce à la manière méthodique de procéder adoptée par M. Pelletier, le nombre des chrétiens n’a pas cessé d’augmenter, et plusieurs postes secondaires ont été créés. Aujourd’hui, le district de Chanthagon compte 622 chrétiens. Les néophytes de Chanthagon, de Myaukine et de Kinlat se montrent très fervents : ils valent des chrétiens de vieille souche.
« Maymio prend tous les jours une plus grande importance. Cette ville, qui était un simple village en 1897, compte aujourd’hui 15.000 habitants, dont 700 sont catholiques. Il nous faudrait là des écoles de garçons et de filles, pour empêcher les enfants de nos chrétiens de fréquenter les écoles protestantes ; mais, jusqu’ici, ni les Frères ni les Sœurs de Mandalay n’ont pu, à cause de la pénurie de leur personnel, se charger de fonder une école à Maymio. »



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