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Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie septentrionale
Rédacteur:Mgr Cardot

IV. ─ Birmanie septentrionale

Population catholique 8.172
Baptêmes d’adultes 242
Conversions d’hérétiques 9
Baptêmes d’enfants de païens 66
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« Le grand événement de l’année, écrit Mgr Cardot, a été la nomination de Mgr Foulquier comme vicaire apostolique de la Birmanie septentrionale. Missionnaires et chrétiens sont tout à la joie et, jamais peut-être, nomination d’évêque n’avait été si bien accueillie. D’ores et déjà, bien sincèrement nous disons au nouvel élu : ad multos annos !
« Cette joie, si légitime, devait être suivie d’une grande tristesse, occasionnée par la perte douloureuse que la mission à éprouvée dans la personne de M. Delort.
« Notre confrère, jeune, actif, intelligent, doué d’un jugement très sûr, semblait destiné à devenir un missionnaire hors ligne. Il est mort sur la brèche, dans le district de Bhamo, en travaillant à l’évangélisation des Shans chinois, dont il était l’apôtre et le père. Sa perte nous est d’autant plus sensible que la mission shane a été, on peut le dire, fondée par lui et qu’il était le seul missionnaire connaissant la langue de cette tribu. Le jeune et vaillant vicaire du cher défunt, M. Roche, va continuer son œuvre ; mais, hélas ! la fièvre paralyse trop souvent le zèle et mine peu à peu la santé du nouvel apôtre des Shans.

« La peste, la terrible peste qui, depuis des années, ravage l’Inde, est venue s’abattre sur la Birmanie et a fait beaucoup de victimes parmi les païens ; mais, grâce à Dieu, bien peu de nos chrétiens en sont morts. Le fléau en a même ramené plusieurs à la pratique des devoirs religieux. D’un autre côté, le dévouement des missionnaires et des fidèles envers les pestiférés a produit une salutaire impression sur les païens. On a vu des idolâtres venir supplier un de nos confrères d’organiser une procession en l’honneur de la sainte Vierge, et souscrire généreusement pour payer les frais de la cérémonie.
« Le chiffre des baptêmes obtenus, pendant le dernier exercice, est bien peu de chose, si on le compare à celui des autres missions ; mais la partie du champ du Père de famille que nous cultivons est semée de ronces et d’épines, et je tiens à dire, à la louange de tous les missionnaires, qu’ils ont bien travaillé. Voyons-les à l’œuvre.

Paroisse de la Cathédrale. ─ « Les mois de Marie, du Sacré-Cœur, du Saint-Rosaire, les grandes fêtes de l’année et les dimanches ne sont pas moins bien célébrés à la cathédrale que dans les bonnes paroisses de France. La sainte communion y est devenue très fréquente et, si je dis que 14.000 communions de dévotion sont venues consoler le cœur du curé et de ses collègues, M. Darne et le P. Paul, on comprendra que la peine qu’ils se sont donnée a été largement compensée. La régularité de nos catholiques à assister aux offices, la bonne exécution du chant, la parole de Dieu prêchée le dimanche, matin et soir, contribuent beaucoup à faire de la paroisse de la cathédrale une bonne paroisse, dans toute la force du terme.

Paroisse Saint-François-Xavier. ─ « La paroisse indienne est toujours en progrès sous l’habile et ferme direction de son zélé curé, M. Hervy. « Quoique je n’aie rien « d’extraordinaire à signaler, dit-il, je constate que le chiffre des confessions et des « communions est sensiblement plus élevé que les années précédentes. La dévotion au Sacré-« Cœur s’est tellement développée parmi les fidèles, depuis un an, que je serais tenté « d’appeler l’exercice qui finit : l’année du Sacré-Cœur. » Le nombre de 2.000 communions qu’en registre notre confrère, montre ce que le pasteur se donne de peine et de tracas pour améliorer les dispositions de son troupeau.

Paroisse chinoise. ─ « L’espoir de M. Léon Lafon, qui dirige la paroisse chinoise, est que la bonne semence y germera bientôt. « Plusieurs catéchumènes, écrit-il, m’ont demandé le « baptême ; malheureusement, les Chinois de Mandalay sont trop préoccupés des choses « terrestres et trop portés à émigrer d’une ville à l’autre, voire même d’une province à l’autre. « Ils ont besoin d’être éprouvés longtemps avant d’être introduits dans le sein de l’Église. « Néanmoins, je persiste à penser que l’élément chinois offre, au point de vue des « conversions, un terrain plus favorable, surtout plus ferme, que l’élément birman. » La peste a épargné le petit noyau de catholiques groupés autour de M. Lafon, mais le choléra et la fièvre typhoïde lui ont enlevé quatre de ses orphelins.

Léproserie Saint-Jean. ─ « La léproserie Saint-Jean, fondée par le regretté M. Wehinger, reste toujours l’œuvre par excellence de la mission ; et c’est encore M. Léon Lafon, homme actif et travailleur infatigable, qui a la direction de ce vaste établissement. Le nombre des malades a oscillé, cette année, entre 300 et 350. Fait extraordinairement consolant : sur un millier de lépreux, qui sont morts à l’hôpital Saint-Jean, depuis l’époque de sa fondation, pas un encore n’a quitté ce monde sans demander à recevoir le baptême.
« Moun-Shioc-So, raconte à ce propos M. Lafon, nous arrivait, le 28 octobre 1905, en un « affreux état. La lèpre n’avait plus rien à ronger dans son corps mutilé et pourri. Dès qu’on « lui parla du bon Dieu, ses yeux s’ouvrirent à la vraie lumière ; il ne tarda pas à recevoir le « baptême : « Le bon Dieu m’a conduit ici pour me faire trouver le chemin du ciel, disait-il « après ; je vais mourir content. » Ceux qui le virent mourir si résigné, glorifièrent Dieu, « comme autrefois les heureux témoins des miracles du Sauveur. J’ai cité ce cas de « miséricorde divine, parce qu’il est plus frappant que les autres ; mais tous nos malades « meurent en d’excellentes dispositions.
« Notre communauté franciscaine comprend actuellement 22 Sœurs. Inutile de parler « encore de l’abnégation et du dévouement de ces admirables Missionnaires de Marie, qui « sont venues vivre et mourir au milieu de leurs bien-aimés lépreux.
« Le gouvernement anglais nous continue sa haute protection et nous porte le plus grand « intérêt. Ainsi, le lieutenant gouverneur actuel, Sir Herbert White, est venu deux fois, depuis « un an, nous apporter ses encouragements et ses aumônes. »

Districts du sud. ─ « Nos postes du sud de la mission sont au nombre de trois : Pyinmana, Yamethin et Meiktila.
« Retourné en France, pour refaire sa santé, M. Ruppin avait été remplacé, dans les deux premiers postes, par M. Bouffanais. Ce dernier étant devenu assistant de M. Léon Lafon à la léproserie, M. Renolleau a pris en main l’administration de Pyinmana et de Yamethin. A peine arrivé de France, ce jeune confrère se mettait à l’étude de l’anglais et, au bout de deux mois, il était capable de remplir les fonctions du ministère dans cette langue. Là, toutefois, ne s’arrête pas son ambition. Il soupire après le ministère actif ; il lui faut la vie des bois. Vous le voyez partir, chaque lundi, ses livres de birman sous le bras. Où va-t-il ? Chez M. Pelletier, son plus proche voisin, prendre des leçons de birman. L’autre jour, il écrivait à son supérieur : « Si l’idée vous venait de m’envoyer dans les bois, au moins, ne la rejetez pas comme une « tentation... »
« Meiktila a été très éprouvé par la peste. Quinze chrétiens malabars sont morts et un grand nombre d’autres se sont enfuis. Le choléra a sévi, de son côté, parmi les troupes européennes et, en quatre jours, dix soldats étaient emportés par ce fléau non moins terrible que la peste. M. Darne, retenu à Mandalay, ne peut faire que de courtes visites à Meiktila. Les chrétiens en souffrent et s’en plaignent.

« Dans le district de Kyauksé, MM. Pelletier et Bazin viennent de fonder un nouveau village. Honneur à eux : c’est le cinquième qu’ils érigent à la gloire de Dieu et de l’Église. Cependant, tout n’est pas rose, à Kyauksé. Écoutons M. Pelletier :
« Comme, dès les premières lueurs du jour, on oublie les terreurs d’une nuit d’orage, ainsi, « oubliant les déboires de l’année, j’allais commencer mon compte rendu, tout à la joie des « résultats obtenus pendant ces derniers mois, quand un coup de foudre, aussi terrible « qu’inattendu, a fait tomber la plume de ma main, en me rappelant à la réalité des misères « d’ici-bas. Le choléra s’abattait sur notre petit village de Magyidan et y faisait quatre « victimes en quelques heures. Une dizaine d’autres personnes étaient atteintes, et le reste des « chrétiens prenait la fuite. Dans ce village, hier encore si gai, je me trouvais tout à coup « entouré de mort et de mourants. Soigner mes pauvres enfants, les préparer à la mort, ou bien « encore, la nuit, disputer aux chacals leurs cadavres à peine refroidis, telles furent mes « occupations d’un bout à l’autre de cette terrible semaine de l’Assomption.
« Le premier coup de la mort me fut particulièrement pénible. Un excellent jeune homme, « Antoine, que avait été élevé à l’orphelinat de Chanthagon et dont j’espérais faire un « catéchiste, expirait entre mes bras, quelques heures à peine après avoir été frappé. Le cher « enfant avait souvent repoussé les propositions avantageuses et les sollicitations de ses « parents païens, uniquement pour demeurer chrétien. Que de fois ne m’avait-il pas répété « que, pour lui, j’étais et son père, et sa mère, et ses frères, et ses sœurs ; en un mot, qu’après « Dieu, j’étais tout ! Il partait, laissant à ma charge une veuve et deux petits orphelins qui « devaient bientôt être atteints eux-mêmes du terrible mal. La mère et l’aîné des enfants sont « guéris, mais le petit ange dernier-né a suivi son père au paradis.
« L’œuvre de l’année qui mérite surtout d’être signalée est la fondation du nouveau village « de Zangyi. Commencé à la fin de 1905, ce petit poste offre les meilleures chances de « réussite. Nous y sommes entièrement chez nous, loin de tout village païen, ce qui rend plus « facile la formation religieuse de nos catéchumènes. D’autre part, au point de vue matériel, « nous avons là tant et plus de terrain qu’il nous sera possible d’en défricher. Le poste compte « actuellement 21 familles. Jusqu’ici, nous ne pouvons que nous féliciter de la bonne entente « qui règne parmi elles, de leur fidélité à suivre les coutumes chrétiennes et de leur assiduité « au travail. »

« A Myokaïne, M. Vulliez, tout en augmentant son petit troupeau qui s’est accru de quatre familles, rend de grands services à ses deux voisins, MM. Pelletier et Bazin, en traitant leurs affaires auprès des autorités ; ce en quoi il réussit fort bien ; grâce à une expérience déjà longue et à une fermeté de caractère peu commune.

Ouest de la mission. ─ « La générosité d’un de ses chrétiens, nommé Francis, a fourni à M. Giraud le moyen d’acheter, à Monywa, un terrain pour construire son église et son presbytère. Déjà le presbytère est terminé et les fondements de la chapelle sortent de terre.
« A Nabeck, M. Couillaud a abattu la vieille église bâtie par les Pères italiens, en 1840, et vient de jeter les fondations d’une nouvelle, devenue absolument nécessaire. Notre confrère, avec les dix postes qu’il administre, se trouve parfois bien embarrassé pour faire face à toutes les obligations qui lui incombent. En vérité, on le serait à moins.

« Au mois de juin 1905, M. Herr nous quittait pour aller demander à sa chère Alsace un regain de force et de santé, laissant entre les mains de son vicaire, M. Charles Lafon, l’immense district de Shwebo.
« Le vicaire a su tout mener de front et aucun poste n’a souffert de l’absence du curé, ce qui est merveilleux : car, outre Shwebo, ville et garnison, le remplaçant de M. Herr avait à desservir six villages birmans et sept stations de chemin de fer : Sagaing, Ywataung, Kambalu, Noba, Katha, Mogaung et Myektina. Depuis son retour d’Europe, M. Herr a construit deux chapelles dans les villages de Mekong et Tenangwoung.

« Avant de prendre un des bateaux de l’Irrawaddy Flotilla Company, montons à Maymyo et écoutons parler M. Jarre :
« Dans mon rapport annuel de 1900-1901, je disais que Maymyo était appelé à un bel « avenir. Ce qui, alors, n’était que prévision de ma part, est devenu une réalité. Le gros bourg « qu’était Maymyo en 1900 s’est transformé en une coquette petite ville de 15.000 habitants, « avec de charmantes villas, s’étageant sur les collines qui entourent la place d’un ruban de « verdure et de fraîcheur. Le site, le climat, l’air pur qu’on y respire, n’ont pas peu contribué à « faire de Maymyo une vraie ville européenne.
« L’administration militaire, pensant à bon droit qu’elle ne pouvait trouver un lieu de « garnison meilleur pour les soldats européens, vient d’envoyer ici un régiment complet ; ce « qui m’occasionne un surcroît de travail dont je me serais passé volontiers. Pour satisfaire à « tous les besoins de mon ministère d’une manière convenable, il me faudrait le don des « langues. Hélas ! que ne suis-je un François-Xavier ! Européens, Eurasiens, Chinois, Indiens, « Birmans se coudoient dans mon église, déjà trop petite pour les contenir tous.
« Cependant ma grande préoccupation du moment est la nouvelle école supérieure de filles, « qu’il nous faut construire coûte que coûte (j’insiste sur le mot), si nous voulons sauver l’âme « de nos enfants. En effet, les Sœurs protestantes de l’Église d’Angleterre sont établies à « Maymyo depuis bientôt trois ans, et attirent à elles nos filles catholiques. De plus, le « gouvernement vient de construire un High-School, pour filles et garçons. Il nous faut donc, « à tout prix, profiter du secours, bien insuffisant sans doute, qu’il a promis de nous accorder, « et bâtir avant qu’il ne soit trop tard.
« La saison des pluies ne me permettant pas de commencer les travaux de suite, je prépare, « en ce moment, les matériaux nécessaires à la bâtisse projetée. Elle pourra contenir plus de « 200 élèves et 100 pensionnaires. »

« De Bhamo, M. Juéry écrit ce qui suit : « Comme vous le savez, le village de Mausi, « fondé depuis trois ans seulement, a dû, sur l’ordre du gouvernement, trouver un nouvel « endroit pour s’établir. Ces déménagements et aménagements ne m’ont permis ni de « compléter l’instruction des catéchumènes, ni, par conséquent, de leur donner le baptême. »
« MM. Gilhodes et Faucheux sont, pour la première fois, restés sur leurs montagnes katchines pendant la saison des pluies. Ils se félicitent d’avoir tenté la chose. Il convient de dire que les maisons qu’ils habitaient naguère étaient trop primitives pour permettre de faire un pareil essai. Nos confrères ont bâti plus solide et, désormais, ils pourront demeurer toute l’année avec leurs Katchins.
« Nous sommes, et pour longtemps encore, sans catéchistes, dit M. Gilhodes ; c’est « pourquoi tout le travail de propagande et d’instruction retombe sur nous. M. Faucheux s’est « surtout occupé de Mathan, où il a reçu 3 nouvelles familles. J’en ai admis moi-même 9, à « Kouthong. L’instruction de nos catéchumènes est encore incomplète, et nous devons « renvoyer à plus tard la joie de faire d’eux des enfants de Dieu. »

« M. Delort, qui vient de nous être ravi par la mort, se dépensait tout entier à l’évangélisation des Shans chinois. Il a eu la consolation, avant de mourir, d’en régénérer 50 dans les eaux du saint baptême. Belle gerbe, que les anges ont présentée au divin Maître, et qui témoigne du zèle ardent de ce cher confrère que nous pleurons.

« En terminant ce rapide aperçu de la situation religieuse en Birmanie septentrionale, je dois rendre hommage au dévouement des religieuses de Saint-Joseph et des fils de saint Jean-Baptiste de la Salle, dont le précieux concours est si utile aux missionnaires et si fécond en fruits de salut. Leurs établissements sont prospères et leur méritent l’estime et la sympathie de tous. »


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