| Année: |
1907 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie méridionale |
III. — Birmanie méridionale
Population catholique 48.425
Baptêmes d’adultes 477
Baptêmes d’enfants de païens 55
Conversions d’hérétiques 35
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« L’homme vit d’espérance, c’est vrai surtout de l’ouvrier apostolique. D’année en année, il a toutes sortes de raisons d’espérer un grand nombre de conversions. Mais survient l’imprévu, qui empêche ou retarde la réalisation de ses plus chers désirs. » Telle est la réflexion que nous fait entendre Mgr Cardot, vicaire apostolique de la Birmanie méridionale, en commençant son compte rendu des travaux de ses missionnaires, pour l’exercice 1906-1907. Si toutes les espérances ne sont pas satisfaites (elles ne le sont jamais ici-bas), nous ne manquerons pas de sérieuses consolations en parcourant ce rapport, qui nous fait suivre les confrères dans leurs districts respectifs, place sous nos yeux leurs plans, leurs désirs, leurs efforts et les résultats, nous communique leurs joies avec leurs craintes, et qui nous les montre surtout poursuivant leur œuvre, qui est l’œuvre de Dieu, avec un courage et une confiance qui assurent toujours le succès.
« Cette année, Dieu nous ménageait de bien douces joies, dit Sa Grandeur, les plus douces qu’il ait été donné à mon cœur d’évêque de goûter. Je veux parler de l’élévation au sacerdoce, le 16 mai dernier, de 3 jeunes Carians. Ils sont les prémices de notre petit séminaire de Moulmein, établi en 1895, et nous dédommagent amplement de lourds sacrifices. Tout le monde me fait les plus grands éloges de ces chers jeunes gens. C’est le vénéré M. Wallays et ses dévoués auxiliaires du Collège général de Pinang, où ils ont terminé leurs études, qu’il faut féliciter et remercier bien haut pour la formation vraiment admirable qu’ils savent donner à notre clergé indigène.
« Des 3 prêtres nouvellement ordonnés, l’un, le P. Ambroise, a été nommé assistant du P. Moïse, au petit séminaire. Les deux autres ont été immédiatement envoyés en districts, le P. Lucas à Nyaunglébin, et le P. Raymond à Maubin, chez M. Chagnot. »
Après de fraternels regrets donnés à la mémoire du cher M. Perret, dont la notice nécrologique nous dira les travaux, les succès et les vertus, avec la sainte mort qui a couronné sa vie, Monseigneur constate qu’à quelques exceptions près, dont Sa Grandeur fait malheureusement partie, les santés des confrères sont satisfaisantes. Tous ont travaillé de leur mieux dans le champ qui leur est confié, et leurs labeurs ont été fécondés par la grâce de Dieu. Car les résultats de l’exercice qui vient de se clore sont supérieurs, en général, à ceux des dernières années. « Il n’y a qu’un point peut-être inquiétant, c’est la diminution dans le chiffre des baptêmes d’enfants de chrétiens : 1.389 au lieu de 1.540. Je ne vois rien dans les rapports qui justifie pareille divergence, à moins que ce ne soit le fait de l’émigration.
« Beaucoup de chrétiens partis de leur ancien village, écrit M. Granger, en vue de trouver ailleurs des moyens d’existence, n’ont pas quitté la mission pour cela. Mais où sont-ils allés ? Où restent-ils actuellement ? C’est difficile de le savoir, du moins du jour au lendemain. »
« Grâce à Dieu, la récolte du riz s’annonce comme devant être bonne cette année. Tout fait croire qu’au temps de la moisson, les pauvres fugitifs ne craindront plus de se montrer. Attendons-nous donc à un meilleur chiffre pour l’an prochain
« Dans notre visite à vol d’oiseau aux principaux centres de la mission, nous nous arrêtons à Thonzé, qui a une population catholique de 1.457 âmes, confiées au zèle de M. Granger. Nous y admirons l’établissement modèle que la mission possède en ce lieu, et la ferveur des chrétiens dont le pasteur a lieu d’être fier. Chaque année, il augmente son troupeau de 20 à 30 unités. Mais son ambition est loin d’être satisfaite. Il fonde de grandes espérances sur un nouveau catéchiste carian qu’il vient de recevoir.
« C’est bien la Providence, dit-il, qui m’a envoyé cet aide, au moment où je n’y comptais « plus. Il est vraiment catéchiste, sorti de notre ancienne école de Myaungmia, et capable sous « tous les rapports de nous rendre les plus précieux services. »
M. Pavageau est à la tête du district de Gyibingauk, qui compte 2.000 catholiques, disséminés au loin dans les montagnes. La visite des chrétientés exige de longs voyages et des fatigues extraordinaires, qui ont ruiné la santé du missionnaire. Il lui faudra du temps et des ménagements pour retrouver sa brillante santé d’autrefois. Le P. Daniel est trop âgé pour le seconder autant qu’il le faudrait dans son travail d’administration. Aussi, M. Charbonnel vient-il de lui être adjoint comme vicaire.
« M. Faisandier écrit : « Le travail des conversions, si fructueux depuis la fondation du « poste de Yenandoug, subit un arrêt momentané, par suite du transfert de la résidence à « Kyangin, où nous avons 746 chrétiens. Dans la sous-préfecture de Pandan, Paigyi, dont il a « été question pour l’établissement d’un nouveau centre d’évangélisation, me fait concevoir « des espérances sérieuses. Il s’y trouve un certain nombre de catéchumènes parfaitement « disposés à s’instruire et à apprendre les prières. Ils ont déjà leur petite chapelle.
« Plus au nord de Prôme, se trouve le village de Thauma, entièrement chin. Nons y avons une vingtaine de chrétiens. En l’absence du prêtre, un jeune homme pieux, zélé, tout dévoué à notre cause, consacre ses loisirs à l’instruction des enfants, leur enseigne le catéchisme, les prières et des cantiques. Il a même réussi à grouper ce petit monde pour les prières du dimanche. Les Anglicans ont essayé par tous les moyens de l’attirer à eux. Belles promesses, situation avantageuse, sollicitations de toutes sortes, rien n’a pu l’ébranler. Avec l’aide des chrétiens et de quelques païens, il va bâtir une nouvelle chapelle, plus convenable et plus solide. J’ai le ferme espoir que, grâce au précieux concours de ce jeune apôtre, nous obtiendrons des résultats meilleurs encore. »
M. Ravoire a la direction de la fervente chrétienté de Dambi-Henzada. Tout son temps est absorbé par l’administration. Son voisin, M. Herzog, est chargé de Mittagon, poste qui comprend 2.500 fidèles, également remarquables par leur piété, leur attrait pour s’approcher souvent des sacrements de pénitence et d’eucharistie. Quelques-uns cependant laissent à désirer au point de vue de l’instruction religieuse. Le missionnaire a employé différents moyens pour remédier à cette lacune. Après y avoir consacré quelque temps le travail de son vicaire, le P. Carolus, et celui de ses deux catéchistes, il a eu recours aux bons offices de jeunes gens sortis des écoles, et encore sans position. Il les a établis comme maîtres d’école provisoires, dans les villages environnants.
M. Herzog se félicite de voir l’année s’écouler sans qu’aucune épidémie soit venue s’abattre sur sa chrétienté, si éprouvée dans le temps passé. Il remercie la bonne Providence de l’avoir épargnée.
M. Catébras, chef du district de Léthama, écrit à Mgr Cardot : « J’ai le bonheur d’offrir à « Votre Grandeur une gerbe de 81 baptêmes de païens. D’autres conversions, une trentaine de « familles, se préparent dès maintenant. Elles sont assurées. » Ce zélé confrère ne sait comment suffire à sa tâche. Il lui faut instruire tous ces catéchumènes et pourvoir en même temps aux besoins spirituels de ses chrétiens, dont l’administration rencontre de grandes difficultés, venant surtout des communications par trop défectueuses dans cette partie de la mission. D’un autre côté, les fidèles de Léthama voudraient jouir davantage de leur prêtre, afin de satisfaire leur dévotion soit pour l’assistance plus fréquente à la messe, soit pour la réception des sacrements.
Thingan-aïng est la résidence de M. Héraud. « Il n’est pas mieux partagé que Léthama au point de vue des communications. Aussi notre confrère s’occupe-t-il d’installer un autre centre d’action à Chagai, « avantageusement situé, dit-il, sur la route d’Henzada à Kyonpyau, « près de la rivière qui roule ses eaux jusqu’à Bassein, non loin également du chemin de fer « qui doit rejoindre l’Irawaddy à Danulga. La construction toute récente de Chagai est une « vaste chapelle-école, ouverte en juin dernier. Elle compte déjà plus de 50 élèves. On me « demande instamment d’y recevoir des pensionnaires. Il y a en effet, dans ces régions, un « bon nombre de vieux chrétiens. Ce nouveau pied-à-terre va me permettre de les diriger avec « plus de suite et, partant, avec plus de fruit. »
M. Tardivel, le vénéré doyen de la mission, cède la plume à son vicaire, M. Bouche, pour résumer les travaux de son district. A cette occasion, il écrit à son évêque : « Ma vie, en ce « monde, est déjà passablement longue. Il y a onze ans passés, lorsque j’allai en France. Votre « Grandeur me pria de demander à Notre-Dame de Lourdes un supplément de dix ans de vie. « J’accédai à vos désirs et, l’année dernière, au moment où je tombai malade, il y avait juste « dix ans accomplis. Je suppose donc que ces dix années étaient le supplément demandé et « obtenu. Mon pied malade m’empêche de circuler comme je le voudrais. »
« Le nombre des baptêmes d’adultes, dit M. Bouche, est de 22. Notre population se « compose de gens pauvres. De là, une émigration constante vers les pays plus privilégiés. « Aujourd’hui encore, 14 familles nous ont quittés. Les chrétiens de Sagagyi, ancienne « résidence du P. Carolus sont presque tous partis au loin chercher fortune. »
Beaucoup de ces émigrés semblent s’être réfugiés dans le district de Bassein, d’après le rapport de M. Rieu, chargé du poste de Paukseinbé. « A l’est de ma résidence, dit-il, il y a une quinzaine de familles chrétiennes, venues de Thingan-aing et de Maryland. Encore tout dernièrement, j’ai appris qu’un autre contingent de Maryland s’était fixé dans un village, situé à 8 ou 9 milles nord-est. Il y a un mouvement très prononcé d’émigration vers Bassein et Myaungmia, venant du district d’Henzada. Le poste de Paukseinbé se trouvant sur le passage, la plupart de ces pauvres gens essayent d’y planter leur tente, sauf à la porter plus loin s’ils ne réussissent point en ce lieu. Aussi, durant ces trois dernières années, la population catholique de ce poste a-t-elle considérablement augmenté. Malheureusement, je n’ai pu encore arriver à en faire un recensement exact. »
M. Béruard est heureux de la fervente piété de ses 802 chrétiens de Ywégon. Il a enregistré 10 conversions de païens. Il rend grâces à Notre-Dame de Lourdes d’avoir protégé son district contre les épidémies de choléra, de petite vérole et même de peste, qui ont sévi dans les localités voisines, sans atteindre aucun fidèle. M. Foulquier ne rencontre que des consolations, dit-il, au milieu de sa chrétienté de Kyontalot, composée de 750 âmes.
M. Fargeton assisté des PP. Mourlanne et Raphaël, administre l’important district de Myaung-niga. Il écrit à Mgr Cardot : « Ce n’est qu’après Pâques que j’achevai ma première « visite, et cette tâche me fut rendue relativement, facile par le travail sérieux et très « documenté que M. Kern a laissé sur l’état de la mission. J’en ai pourtant rapporté une « impression pénible, à la vue de la dégradation morale causée par l’usage de l’opium joint à « la passion du jeu. Le mal va grandissant et c’est partout qu’on rencontre de ces pauvres « victimes. Quelques chrétiens ont heureusement profité des malheurs que cette passion leur a « attirés... Il est des villages entiers, nombreux encore, dont les habitants, vieux disciples de « mes prédécesseurs, ont conservé une foi robuste et à toute épreuve, et pour qui la visite du « missionnaire est une vraie réjouissance. Elle leur permet, à tous, de s’approcher de la sainte « table, dont ils sont privés pendant des temps si longs. » Ce district renferme 4.000 fidèles. Il a donné 12 conversions de païens.
Mgr Cardot a béni, cette année, le nouveau presbytère de Kanatzogon, résidence de M. Cartreau, qui est à la tête de 4.615 chrétiens. « Le choléra a exercé ses ravages un peu partout, « écrit ce confrère. M. Mourier lui-même, au cours d’une tournée d’administration, en fut « assez sérieusement atteint, et obligé de rentrer à Kanatzogon. Grâce à sa robuste « constitution, il a pu reprendre le dessus en huit jours. Les PP. Sadoux et Joannès continuent « à me seconder de leur mieux, dans la lourde charge de ce vaste district. »
M. Ballenghien rend grâces à Dieu des bonnes dispositions dont font preuve ses chrétiens de Yandoon (population catholique, 800). « Ceux de Yelaidjon, situé à 4 milles à l’ouest de « ma résidence, méritent de figurer au tableau d’honneur. Tous les dimanches et en toutes « saisons, ils arrivent de bien loin pour assister à la messe. Tous se confessent et communient « au moins une fois par mois. Ils m’édifient profondément par leur rare piété et leur esprit de « foi tout à fait remarquable. Il n’en est pas de même dans toutes les autres chrétientés de ce « district. Néanmoins, je remarque partout un progrès réel. J’en prends comme témoignage « l’augmentation de 200 dans le chiffre des confessions et des communions annuelles, et cela « malgré le flot continu de l’émigration. Entre temps, j’ai eu la joie de conférer le baptême à « 26 adultes et à 7 enfants moribonds. »
« La santé précaire de M. Jumentier ne lui a pas permis de se dépenser, comme il l’aurait voulu, à l’évangélisation du vaste champ qui lui est confié, de Tavoy à Mergui. D’autre part, M. Maye est trop nouvellement arrivé pour l’aider efficacement à cette œuvre : « Kadé, dit M. Jumentier, ne cesse de donner de bonnes espérances. »
M. Loizeau, établi dès l’année dernière dans une autre localité de son choix, communique le résultat de ses premiers efforts, ses impressions et ses espoirs pour l’avenir. « C’est une « bonne inspiration que j’ai eue de m’établir ici à Béyeingyi. Mon nouvel endroit est « magnifique à tous les points de vue. Les 12 maisons qui m’entourent forment une vraie « famille chrétienne. J’ai pu venir à bout de construire une chapelle qui n’a rien « d’extraordinaire, mais qui peut me permettre de garder le Saint-Sacrement, précieuse faveur « dont j’ai été privé jusqu’ici. Une nouvelle station chrétienne vient de s’ouvrir à « Pyinmapinzeit, petit village en voie de formation.
« Un de mes Carians, excellent catéchumène, vient d’être choisi par le préfet de Thaton, « comme chef de plusieurs villages. J’en espère beaucoup de bien. Il attend d’avoir converti « toute sa famille pour recevoir le baptême.
« J’ai l’intention de faire, aussitôt que possible, une tournée évangélique dans les parages « de Pafrun, peuplés exclusivement de Carians. Les baptistes commencent à obtenir quelques « résultats de ce côté. Si nous arrivons trop tard nous-mêmes, la tâche sera plus difficile pour « convertir ce peuple.
« Les services du P. Andréas sont précieux. Mais son âge avancé ne lui permet plus de « suffire à la besogne. Il faudrait un missionnaire à poste fixe, dans cette partie de la mission. « C’est un pays de montagnes intéressantes. On y est exposé aux fièvres ; mais, avec le temps « et les précautions nécessaires, on en triomphe assez facilement. »
M. Loizeau a la joie d’enregistrer 29 baptêmes d’adultes.
M. Mignot, qui a la charge des 1.238 catholiques de Nyaun-glébin, partage les vues de son voisin, M. Loizeau, et ses sentiments sur la nécessité de placer un missionnaire dans ces régions. « Ce ne sont pas, dit-il, les rares visites que je puis faire aux montagnes, qui sont de « nature à entretenir et à activer le souille de la grâce dans les âmes. Il faut absolument avoir « là-bas un catéchiste en résidence, dont le travail serait d’ouvrir les voies au missionnaire, « d’instruire et de préparer au baptême les nouveaux catéchumènes. »
M. Mignot a baptisé 24 adultes. Il regrette que son travail d’administration d’un grand nombre de chrétiens ne lui ait pas laissé plus de temps, pour s’occuper de la conversion des païens. Mais, avec le nouvel auxiliaire, qu’il a reçu dans la personne du P. Lucas, dont il fait un grand éloge, il espère donner un essor plus sérieux à cette œuvre qui lui tient tant à cœur . « Le P. Lucas, dit-il, est un auxiliaire précieux. Son humilité n’a d’égal que son zèle et sa « bonne volonté. Aussi, fais-je mon possible pour achever son éducation dans la pratique du « ministère. Grâce à lui, il m’est possible de réaliser des plans d’évangélisation qui, autrefois, « ne me semblaient être que de beaux rêves. Il s’agit d’entamer un certain nombre de villages « carians, échelonnés sur les bords du Sittang, à plus de 20 milles de ma résidence. Le P. « Lucas y est allé dernièrement passer quelques jours. « Il en est revenu avec le ferme espoir « d’une moisson abondante. »
Après cette visite dans les districts, où il nous a montré ses missionnaires au milieu de leurs travaux. Mgr Cardot nous expose l’intéressante situation des œuvres générales de la mission : celle du petit séminaire, des différentes écoles, et tout spécialement des écoles normales, de l’établissement des religieuses, de l’asile des lépreux et de celui des vieillards.
« Je ne parlerai, dit Sa Grandeur, de notre petit séminaire de Moulmein que pour renchérir encore sur les éloges à donner au vénéré P. Moïse. Il a reçu un commencement de récompense, pour la peine qu’il se donne, depuis douze ans, à nous préparer un clergé indigène. Il se réjouit avec nous, à la pensée que, d’ici à quelques mois, il aura de nouveau le bonheur d’assister à l’ordination sacerdotale de trois autres de ses élèves. Cependant, il me dit ses appréhensions, et je les partage, au sujet de la diminution notable dans le nombre des petits séminaristes. Aux missionnaires de nous aider à rechercher et à favoriser les vocations. Il y va de leur intérêt personnel et de celui de toute la mission.
« Parmi nos Européens ou Eurasiens des villes de Rangoon et de Moulmein, les vocations sacerdotales ou religieuses sont plus rares encore. A noter pourtant celle d’un jeune Eurasien, originaire de l’Inde. M. Jean-Baptiste Mourlanne a réussi à le faire admettre au séminaire papal de Kandy, où il donne entière satisfaction.
« Le couvent de Moulmein, écrit M. Boulanger, est de plus en plus prospère. Une seule « chose m’attriste : c’est le manque total de vocations religieuses parmi les jeunes personnes « qui y ont été élevées, depuis bientôt douze ans que je suis ici. Plusieurs, à différentes « époques, semblaient se tourner vers la vie religieuse, mais, une fois sorties de l’école, le « contact avec le monde a été une épreuve qui a fait évanouir toutes les espérances qu’elles « avaient données. »
« L’œuvre de l’éducation de la jeunesse des deux sexes est une grande préoccupation pour tous les missionnaires dans leurs districts. La progression de cette œuvre se poursuit à pas de géant, puisque, au lieu de 6.368 élèves, c’est 7.453 qu’accusent les rapports de cette année, soit 4.659 garçons et 2.794 filles.
« M. Perroy, le zélé directeur de notre École normale de Thonzé, est, on peut dire, la cheville ouvrière à qui nous devons tous ces résultats. Avec l’aide du gouvernement, il a réussi à faire de Thonzé un centre d’éducation que j’appelle, en souriant, « Université ». Cette année, il a élevé, au-dessus du rez-de-chaussée, destiné à l’école anglaise, un dortoir spacieux et bien aéré, pour les orphelins et la moitié des normaliens. Un autre bâtiment, plus coquet encore, est celui réserve au sloyd, où maîtres et élèves apprennent à travailler de leurs mains le carton, le bois, la terre glaise, etc., selon les modèles prescrits par le gouvernement.
« L’école des Sœurs, qui menaçait ruine, a été remplacée par une belle construction en briques, très solide, confortable pour les enfants, tant externes que pensionnaires, le tout exécuté d’après les principes de l’hygiène. Ajoutez encore une vaste salle de gymnase, et vous aurez une idée de la somme de labeurs et de soucis que cela a coûté à M. Perroy. Il n’a fallu rien moins que son savoir-faire, doublé d’une énergie infatigable, pour mener à bien toutes ces entreprises.
« A Bassein, M. Provost s’ingénie et se dépense à faire de même en faveur des jeunes filles. Sous sa sage direction, notre noviciat de religieuses indigènes et l’École normale, qui y est attachée, sont sur un excellent pied. Plusieurs jeunes Cariannes ont pris l’habit religieux et fait profession cette année.
« A l’asile des lépreux de Kemmendine, le traitement par l’inoculation d’un sérum, invention d’un des médecins les plus en vue à Rangoon, continue d’être suivi. Les résultats déjà obtenus sont vraiment remarquables. Témoin la guérison complète de Sœur Catherine, et celle d’une petite fille birmane, guérisons constatées par plusieurs sommités médicales. Une grande amélioration se produit dans l’état d’autres malades, qui persévèrent dans l’usage de ce remède. C’est un honneur et une joie pour moi de citer ici ce que lady White, femme du gouverneur de Birmanie, a bien voulu consigner dans le registre des visiteurs, lors de sa dernière visite à l’asile : « Je suis heureuse de l’occasion qui m’amène ici, et de constater, une « fois de plus, le travail admirable qui s’y accomplit. Je remarque de nombreuses « améliorations. Mais, je me réjouis surtout à la vue de Sœur Catherine et à la pensée que la « terrible maladie de la lèpre n’est peut-être plus incurable. »
« Le nombre des lépreux, durant ce dernier exercice, nous dit à son tour M. Freynet, s’est « élevé à 135. J’ai eu la consolation de conférer 27 baptêmes d’adultes, dont 17 in extremis. « Du nombre de ces derniers est un bonze birman, amené par ses confrères dans un état « lamentable. Tenter sa conversion n’était pas chose facile. Mais, la sainte Vierge s’en « chargea. Car, alors que le pauvre malheureux semblait persister dans sa croyance, un « changement subit s’opéra en lui, le lendemain de la fête de l’Assomption. Il me fit appeler et « déclara qu’il désirait le baptême. Je le fis instruire par un autre lépreux de ses amis et, « quelque temps après, le voyant si sincère, je lui administrai le sacrement de la régénération. « A tous il redisait sa joie d’être chrétien, et ne voulut plus entendre parler de la désolante « doctrine bouddhiste du Nirvana. Il persévéra jusqu’à sa mort, qui arriva six jours après son « baptême, dans ces excellents sentiments. »
« Dix conversions de païens sont la digne récompense du dévouement, au-dessus de tout éloge, d’ailleurs, des Petites Sœurs des Pauvres. Le nombre de leurs vieillards est, actuellement de 86. Je ne puis donc que répéter, aujourd’hui, ce que je disais l’an dernier : Le moment est venu d’entreprendre la construction d’une des ailes qui, d’après le plan primitif, doivent encadrer la présente bâtisse. Je venais d’écrire, dans ce sens, à la Révérende Mère Générale, quand, le 23 du mois dernier, le choléra est venu nous enlever, en vingt-quatre heures, la bonne Mère Supérieure. Une autre religieuse, Sœur Marie, la suivait dans la tombe, quatre jours après. Les pauvres filles avaient reçu des restes du principal hôtel de la capitale, et en mangèrent, le samedi soir 21. Trois grandes personnes de l’hôtel furent les premières victimes. Nos deux Petites Sœurs vinrent ensuite. Quelle consternation cette terrible tragédie a répandue sur toute la population européenne de Rangoon ! Catholiques et protestants, à l’exemple de lady White, rivalisèrent de sympathie à l’égard de la communauté des Petites Sœurs en deuil. Mère Geneviève, née en Irlande en 1875 et Sœur Marie, née en Belgique la même année, étaient venues ensemble à Rangoon, en juillet-août 1905. Toutes deux ont sûrement obtenu la récompense due à leur vie consacrée à une œuvre de charité si admirable. Nul doute que, grâce à leurs prières, leur œuvre inachevée ici-bas ne se complète et ne prospère plus que jamais, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes. »
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