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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie méridionale
Rédacteur:Mgr Cardot

II. – Birmanie méridionale

Population catholique 48.000
Baptêmes d’adultes 490
Baptêmes d’enfants de païens 57
Conversions d’hérétiques 38
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« Mgr Cardot venait de conférer l’onction sacerdotale à trois jeunes Carians, quand, dès les premiers jours de l’année, Sa Grandeur se vit forcée par la maladie de quitter sa mission pour retourner en France, demander au pays natal les forces nécessaires pour reprendre, de longues années encore, la suite de ses travaux apostoliques. Son espérance n’a pas été trompée et Monseigneur est rentré en Birmanie au mois de novembre, après une absence de dix mois. Dieu en soit loué, et que sa Providence daigne nous conserver longtemps notre évêque bien-aimé!
« Comme à l’ordinaire, continue M. Luce, provicaire de la mission, les ouvriers apostoliques se sont dépensés corps et âme au bien spirituel de leur troupeau.
« A peine ordonnés, nos nouveaux prêtres carians ont reçu leur destination: le premier a été nommé au petit séminaire de Moulmein, le second au poste de Myaungmya, et le troisième à la mission renaissante de la côte de Tenasserim.
« Malheureusement, la santé du titulaire du district de Kadé-mergui, M. Jumentier, est toujours chancelante. Sur sa demande, un remplaçant lui a été donné. C’est M. Billé. A son arrivée, ce cher confrère trouve la mission cariane de Kadé parfaitement bien installée, et son espérance bien fondée est de la voir prendre un nouvel essor. A force d’énergie et au prix de quels sacrifices, Dieu seul le sait! M. Jumentier a construit à Kadé deux maisons d’école, où il compte déjà plus de 50 pensionnaires.
« Beaucoup plus au nord, mais toujours au pied de la montagne qui sépare la Birmanie du Siam, M. Loizeau a le bonheur de voir le succès couronner ses efforts. « Mon village de « Theinzeik, écrit-il, s’est augmenté, cette année, de plusieurs maisons. Il y a actuellement 17 « familles nouvelles. A Pyinmapeinzeik, les chrétiens sont animés des meilleures dispositions. « Ils viennent de construire une chapelle. Plusieurs familles se préparent au baptême. A « propos de cette chrétienté, je ne puis résister au désir de citer un fait, en témoignage de la foi « simple et naïve de nos néophytes: Il y a deux mois, j’envoyai mon vicaire, le P. Ambroise, « visiter et instruire quelques catéchumènes. Il ne crut pas pouvoir en conscience différer plus « longtemps le baptême de deux vieilles Carianes. L’une d’elles, je la vois encore un bâton à « la main, pauvrement vêtue, mais alerte encore sous son collier de breloques, ne voulut pas « laisser partir le prêtre avant d’avoir appris de lui la manière de réciter le chapelet.
« Cependant, le P. Ambroise faisait ses préparatifs de retour, et la bonne vieille d’insister pour qu’il le retardât encore d’une journée. Elle veut assister une fois de plus, la dernière peut-être, à la sainte messe. « C’est impossible, je n’ai plus d’hostie, dit le prêtre. – Mais, « réplique-t-elle, ne peut-on pas faire des hosties avec de la farine de riz? » Autre « impossibilité plus difficile à lui faire comprendre. Enfin, à peu près résignée, elle regagne « son logis clopin-clopant. Le lendemain, de grand matin, à l’heure de son départ, le P. « Ambroise la voit une pioche à la main, travailant son jardinet. Mais, malgré tous ses efforts, « l’instrument ne pénétrait pas profondément dans la terre. Pourquoi te fatiguer ainsi, lui dit le « prêtre? Tes enfants ne peuvent-ils pas bêcher et semer ton jardin? – Oh! répondit-elle, c’est « que je travaille pour le bon Dieu. Je veux semer du blé, afin que vous puissiez dire la messe « toutes les fois que vous viendrez chez nous. – Dites seulement au prêtre européen de me « procurer de la graine et tout ira bien. – Oui, ma bonne vieille, dit en terminant M. Loizeau, « je t’apporterai du blé et avec ce blé je te donnerai le froment des élus. »
« Dans le district de maubin, MM. Chagnot et Ballenghien sont dans la joie. Ils ont baptisé l’un 62, et l’autre 50 adultes.
« Les six postes importants de la province de Bassein comprennent 12.690 âmes, et ne cessent de se développer. Le progrès ne répond pas encore à nos désirs, mais il parait solide.
« Cette année, écrit le vénérable M. Cartreau, par suite des rongements continuels de la « « rivière, sur les rives de laquelle est assis Kanatzogon, il m’a fallu démolir le presbytère, « pour le reconstruire plus avant dans les terres et tout en briques. Avec les matériaux de « l’ancienne résidence, j’ai élevé une école de garçons, vaste et confortable. Elle me semblait, « au premier abord, démesurément grande, mais, à ma joyeuse surprise, le nombre des élèves « est monté de 50 à 72, et aujourd’hui je crains qu’elle ne devienne trop étroite.
« A l’école des filles, il n’y a encore que 45 élèves. J’espère la voir atteindre au moins le « chiffre de celle des garçons.Grâce au dévouement de mes deux vicaires, MM. Mourrier et « Joannès, les conversions ont augmenté, et le nombre des confessions et des communions a « sensiblement dépassé celui de l’année dernière. »
« Une source d’inquiétude pour le missionnaire est l’émigration des chrétiens. La moitié d’entre eux passent facilement d’un endroit à un autre, mais pour revenir, tôt ou tard, à leur lieu d’origine. Ils en arrivent à cette extrémité par leur imprévoyance. Ils contractent des dettes et, pour les payer, ils sont forcés de vendre leurs rizières. Puis, ils sortent du pays complètement ruinés. Malheureusement, la leçon ne sert à personne, et ils continuent à s’enfoncer dans la misère.
« Le trop fameux prophète Po-Païsan, qui a remué toute la contrée, paraît bien oublié. Les Carians semblent comprendre aujourd’hui qu’il a abusé de leur crédulité et s’est joué de la simplicité des populations.
« Le poste le plus modeste de Kyontaloke, sous le sage direction de M. Foulquier, est aussi en voie de progrès. Notre confrère note l’immigration croissante de chrétienstamouls, dans le village de Pank-pin-kouin. Ils y sont au moins 150 dès à présent, chassés sans doute des Indes par la famine et la misère.
« Le district civil de Henzada n’a pas moins de sept postes, et une population catholique de 10.000 âmes. Des premiers fondateurs de la mission Cariane dans ces parages, il ne reste plus que notre vénéré doyen, M. Tardivel. Lui aussi se plaint de l’appauvrissement des Carians, et le considère comme un obstacle sérieux à la propagation de l’Evangile.
« Il nous faut, écrit-il, remonter le courant, et, tout occupés à ramer, nous ne réussissons « que par chance à prendre quelques poissons, parmi la multitude de ceux qui s’obstinent à « suivre le cours de l’eau. Si le piété des chrétiens compensait largement la triste indifférence « des païens, nous nous jugerions encore heureux! Mais le malaise dont ils souffrent, en ce « moment, du côté temporel n’est pas de nature à raminer leur zèle pour les choses du ciel. Ils « ont connu des temps meilleurs. Aussi leur condition actuelle est un état de déchéance dont « ils sont conscients et s’attristent. Or, quand les natifs de ces pays sont sous l’empire de la « tristesse ils ne sont bons à rien. Grâce à Dieu, les exceptions sont encore nombreuses. »
« Thionganaing, où M. Naude a jeté les fondements de la mission cariane, à neuf milles de Henzada, prospère sous la houlette de son digne successeur, M. Héraud. Son voisin, M. Bouche, n’a pas été aussi fortuné à Lethama. Une épidémie de choléra, suivie quelque temps après de la peste bubonique, l’a empêché de se dévouer, comme il l’eût souhaité, au bien de son nouveau poste. « Dieu merci, dit-il, aucun chrétien ne fut atteint, mais nous restâmes sur «le qui-vive plusieurs mois. »
« A Mittagon, dit à son tour M. Herzog, la peste et le choléra ont fait une vingtaine de « vistimes, et, hélas! parmi mes meilleurs chrétiens. Tout en déplorant leur perte, je me « console à la pensée de leur mort vraiment édifiante. C’est avec des sentiments admirables de « foi, d’espérance et d’abandon à la volonté de Dieu que tous, jeunes et vieux, ont accepté « leurs souffrances et vu approcher le moment suprême.
« Durant tout ce temps, il m’a fallu garder la résidence. Me croyant contaminé, personne « n’aimait à me recevoir, et les soins à donner aux pestiférés me retenaient sur place. « L’administration des chrétientés et l’évangélisation des païens en ont nécessairement « souffert. A la saison des pluies, avec le concours du P. Carolus, nous nous sommes mis « activement à l’oeuvre, et, grâce à Dieu, le chiffre des confessions et des communions n’est « guère inférieur à celui de l’année dernière.
« La dévotion au Sacré-Coeur est en plein épanouissement. Chaque premier vendredi du « mois, je distribue 60 à 100 communions. »
« En dépit des maintes préoccupations et de tout son travail d’administration, notre confrère a encore pu doter son église de deux clochers, terminés par des flèches hardies qui font rayonner au loin le signe sacré de notre Rédemption.
« M. Th. Bohn s’efforce de modeler la paroisse de Sinlou sur celle de son voisin et compatriote, M. Herzog. Il constate avec joie une régularité plus grande dans l’assistance aux offices, le dimanche, et remercie Dieu d’avoir épargné à son troupeau la visite des fléaux qui ont ravagé Mittagon.
« Malgré de sérieuses difficultés, dont la principale est sans contredit l’insalubrité, la mission des Chins ne demande qu’à s’affermir et à s’étendre.Le transport de la résidence du prêtre de Yenandouny, sur les montagnes, à Kyangin, dans la plaine, n’a pas été vu de bon oeil par les Chins. Il leur a même inspiré quelque défiance. « Mais, assure M. Cathébras, « chargé par M. Faisandier de cet avant-poste, la confiance a reparu chez ces bonnes gens. « Aujourd’hui, je n’ai qu’à me louer de leurs heureuses dispositions. La malaria a contrarié « plus d’une fois mes plans d’évangélisation. Elle m’a forcé à écouter mes visites pour rentrer « à Kyangin, avec la fièvre. Mon rêveserait de faire de Yenandouny une résidence provisoire « pendant la saison sèche, afin de rayonner plus facilement dans les villages chrétiens, et « d’entreprendre la conversion des païens.
« Ma gerbe, cette année, est mince, une dizaine d’épis. Mais patience, la moisson mûrit. « Dieu veuille nous donner la santé nécessaire pour récolter, au jour et à l’heure qu’il aura « choisis! »
« M. Granger résume en quelques mots l’état de sa paroisse de Thouzé en particulier, comme aussi de sa mission en général. « Le dernier exercise n’a été marqué par aucun fait « saillant. Le mouvement imprimé aux oeuvres porte ses fruits. Elles ont épuisé nos « ressources. Néanmoins, plein d’espoir en la divine Providence, nous sommes déterminés à « élever au bon Dieu une demeure, non seulement convenable, mais en rapport avec les « gracieux édifices d’alentour, qui semblent nous jeter un défi. »
« A Rangoon, les évènements de l’année, sont le retour de MM. Saint-Guily et Allard, et l’arrivée de deux jeunes confrères, MM. Picot et Sellos, tous placés à la capitale, le premier à l’aumônerie militaire, le deuxième et le troisième à la paroisse Saint-Jean avec charge de la mission chinoise, et le quatrième à l’église tamoule de Saint-Antoine. »
M. Vérine a été placé par Mgr. Cardot, avant son départ pour l’Europe, comme vicaire à la cathédrale. Ce cher confrère s’est mis de suite au travail et, par sa prudence et son savoir-faire, a déjà rendu son ministère fructeux, parmi nos Eurasiens, gens pleins de foi, mais faibles et un peu timides quand il s’agit de la pratiquer sans respect humain.
« Le travail de ces six premiers mois, écrit M. Allard, a été surtout une prise de possession, « période de tâtonnement, pour sonder le terrain, période aussi d’épreuve, comme il fallait s’y « attendre, au début de la mission chinoise. Grâce à Dieu, les premiers obstacles disparaissent, « et tout laisse espérer le succès en son temps, voire même dans un avenir prochain, puisque « nous avons à cette heure 108 catéchunènes, dont 91 Akkas et 17 Fokinois, se préparant au « baptême. Etrangers à la capitale, à peu près tous sont chefs ou employés de maisons de « commerce établies dans les nombreuses petites villes birmanes, échelonnées sur les rives du « delta de l’Irawaddy. Il nous faut les aller voir souvent, afin de les instruire et les maintenir « dans le droit chemin…
« La Providence vient de m’envoyer comme catéchumène un bachelier chinois, formé aux « nouvelles écoles du céleste Empire. J’espère avoir trouvé en lui un maître pour ouvrir une « petite école près de notre résidence. Cela nous permettra de donner l’instruction religieuse « aux enfants chrétiens et d’expérimenter ce qu’il serait possible d’entreprendre sur une plus « vaste échelle, quand les circonstances me le permettront. »
Notre confrère termine son rapport par le trait suivant qui montre le doigt de Dieu à l’origine de la conversation des âmes :
« Il y a un mois, je reçus à Rangoon la visite de toute une famille chinoise, le père, la mère « et trois enfants. Ils avaient fait deux jours de bateau, pour venir demander le baptême. Voice « comment le bon Dieu les a amenés à lui: Le mari, païen convaincu, et même persécuteur des « chrétiens, tomba gravement malade. Ses remèdes et les superstitions demeurent sans effet. Il « est perdu. Il se souvient alors du Dieu qu’il haïssait et se confie à lui, lui promettant de se « faire chrétien, s’il guérit. A partir de ce jour, son état s’améliore et la santé lui revient. Ah-« Sin, c’est son nom, tient parole. Il renonce à ses idoles, se procure des livres de religion et « apprend les prières. Mais pareille décision n’est pas sans causer de la brouille dans le « ménage. Sa femme lui fait un crime d’abandonner ainsi le culte des ancêtres, pour « embrasser la religion des diables étrangers, lorsqu’elle tombe malade à son tour. En vain, « son mari l’exhorte à suivre son exemple. Cependant, au dernier moment, elle finit par céder, « et promet aussi de convertir, si elle revient à la santé. Dans son infinie miséricorde, Dieu se « contente de cette foi bien faible, et guérit la femme, comme il a guéri le mari. Toute la « famille ne tardera pas à être baptisée. »
« Notre petit séminaire de Moulmein se maintient d’une manière satisfaisante, et nos séminaristes de Penang font honneur à leurs maîtres vénérés. Le noviciat des religieuses indigènes de Bassein est dans une situation florissante, grâce aux soins intelligents et dévoués de M. Provost. Il y a eu 3 nouvelles professions et 3 prises d’habit, en févier dernier.
« L’éloge de l’école de Thouzé n’est plus à faire. Même aux yeux du gouvernement, elle passe pour un modèle du genre. Les instituteurs qui en sortent sont recherchés des missionnaires, sûrs qu’ils sont de trouver en eux un précieux concours dans l’œuvre importante de l’éducation de la jeunesse.
« Nos religieux et nos religieuses donnent à cette même oeuvre tout le développement qu’elle comporte dans les florissantes villes de Rangoon, Moulmein et Bassein. Leurs efforts sont couronnés de succès.
« La cathédrale, vrai chef-d’oeuvre à tous points de vue, sera bientôt terminée. La voûte en briques de ciment produit un effet superbe et couronne dignement le grandiose édifice, dû au talent du cher M. Janssen. Il est entendu avec Son Excellence, M. le Gouverneur de Birmanie, que le monument sera ouvert au culte vers la fin de 1909.
« Nos aimables Petites Soeurs des pauvres sont aussi dans les bâtisses, afin de n’avoir plus de crève-coeur de refuser, faute de place, l’admission des pauvres vieillards. Leur compte rendu accuse 5 conversions d’hérétiques, et 10 baptêmes de païens de toutes nationalités.
« Nous enregistrons les mêmes progrès et les mêmes consolants résultats, à la léproserie de «Kemmendin. L’apostolat de la prière, écrit M. Freynet, a été établi parmi les lépreux. Les «communions mensuelles du premier vendredi du mois et même les communions «hebdomadaires sont déjà nombreuses. Elles atteignent pour ce dernier excercice le chiffre «5.238. Il y a eu 22 conversions des païens.
« Le dévouement des bonnes religieuses, qui, chaque jour, soignent ces pauvres lépreux et « pansent leurs plaies, ne contribue pas peu à toucher leur coeur et à les amener doucement au « baptême. »
En terminant ce rapport, nous remercions l’Auteur de toutes grâces des faveurs dont il n’a cessé de combler la Birmanie méridionale, et nous le prions de lui continuer sa puissante protection. Comme toujours, les épreuves n’ont pas manqué: comme toujours aussi, les consolations n’en sont que plus douces.




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