| Année: |
1908 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie septentrionale |
II. – Birmanie septentrionale
Population catholique 8.725
Baptêmes d’adultes 151
Baptêmes d’enfants de païens 135
Conversions d’hérétiques 22
_____
« Les missionnaires de la Birmanie septentrionale se félicitent en général de la piété et de l’assiduité de leurs chrétiens à fréquenter les sacrements. Dans leur travail d’évangélisation, ils ont rencontré des entraves multiples. Plusieurs parmi eux, et spécialement ceux du nord de la mission, ont été en butte à des tracasseries sans cesse renaissantes. Un procès de terrain, intenté par les Baptistes américains, au mois de mai, n’est pas encore terminé. Et ainsi, un certain nombre de néophytes n’ont pu cultiver leurs champs de riz. Ailleurs, la sécheresse les a forcés à s’expatrier pendant plusieurs mois. Leurs malheureux restes s’en vont chercher quelque coin de terre moins insalubre.
« Quelques missionnaires ont passé par l’épreuve de la maladie, et leurs travaux apostoliques ont subi un retard. Mais, prêtres et chrétiens le savent, l’oeuvre de Dieu s’accomplit au milieu des tribulations, et, loin de se décourager, ils voient dans la souffrance et la croix, le sceau divin apposé à leur travail d’évangélisation. M. Roche, en particulier, a été longuement arrêté dans son zèle, par une fièvre tenace et accablante. A son grand regret, il lui a été impossible de préparer ses catéchumènes au baptême. Il a dû remettre à plus tard leur instruction. Une autre cause d’inquiétude pour lui est le contact journalier des néophytes, faibles encore dans la foi, avec les païens. Il y a dans ces rapports nécessaires un danger permanent de coopération aux pratiques superstitieuses. Mais, la tentation a aussi le précieux avantage d’exercer les bons et de les fortifier dans la vertu. « Cette pensée est une grande «consolation pour le missionnaire, dit-il. Les commencements ne sont jamais sans «tribulations; c’est pourquoi je tourne mes regards vers l’avenir et je vis d’espérance. »
« M. Juéry a échangé avec M. Faucheux la plaine de Bahmo pour les montagnes Katchin. Il retrouve dans les chrétiens de ces montagnes le défaut des fidèles de la plaine, une certaine faiblesse et de l’inconstance. L’épreuve les trouble et réveille les instincts du vieil homme. Dans la maladie, ils redeviennent facilement superstitieux, et redoutent l’influence des mauvais esprits.
« M. Gilhodes, de son côté, porte sur les Katchins un jugement analogue. Ils ne donnent point, du moins immédiatement, les résultats espérés dans les premiers jours. Les âmes de bonne volonté, simples et droites, vraiment animées du désir d’embrasser notre sainte religion, sont peu nombreuses. « Cette année, écrit-il, nous avons visité, M. Juéry et moi, un « certain nombre de villages des montagnes. Partout, on nous a reçus avec empressement. « Mais partout, nous avons trouvé les mêmes diableries, fidèlement observées. Quels bons « chrétiens feraient ces Katchins, s’ils avaient pour notre foi le zèle dont ils font preuve pour « leurs superstitions ! »
« Shwebo a beaucoup souffert de la sécheresse de l’année dernière. Un certain nombre de néophytes et de catéchumènes, préparés au baptême par M. Herr, ont été obligés, pour ne pas mourir de faim, de s’absenter plusieurs mois. Leur instruction en a souffert. Elle a été renvoyée à plus tard avec le baptême. Un village surtout, Hegyigon, a été abandonné presque en entier, pendant une grande partie de l’année. Dans un autre, où les catéchumènes sont plus nombreux, le catéchiste a été souvent aux prises avec la fièvre. Son travail en a beaucoup souffert. « Si le nombre de mes néophytes n’a pas notablement augmenté, ajoute M. Herr, « mes anciens chrétiens sont devenus bien meilleurs. J’en apporte comme témoignage le « chiffre de 2.273 communions de dévotion, chiffre bien supérieur à celui des dernières « années. »
« M. Charles Lafon partage avec M.Herr une partie de l’administration du district de Shwebo. Il se réjouit de la ferveur de ses ouailles, et dit en parlant du vilage de Payan : « C’est celui où je rencontre le plus de consolations. Les gens sont très réguliers dans « l’accomplissement de leurs devoirs religieux. J’aime surtout à constater l’union, la charité « et la bonne entente qui règnent parmi eux. C’est en grande partie le fruit du savoir-faire, de « l’autorité et de l’ascendant de leur catéchiste. »
« Le poste de Chanthagon a vingt années d’existence. L’insalubrité de son climat n’est pas favorable à son développement. Chaque année y amène quelques familles nouvelles. Mais après quelques mois, elles se hâtent de repartir. M. Pelletier fait les mêmes constatations pour le village de Yangyi. Après l’épreuve d’une ou de deux années, un certain nombre de familles se retirent. C’est un va-et-vient constant. Le missionnaire considère cet équilibre comme un certain succès. Le nombre des catéchumènes reste presque le même.
« A un autre point de vue, ajoute M. Pelletier, je crois pouvoir le dire : En vérité, il y a un « progrès sensible. Ceux qui restent, parmi les ouvriers de la première heure, semblent être « dans les meilleures dispositions. Plusieurs sont assez préparés pour recevoir le saint « baptême. Ils seront bientôt enfants de Dieu. Quant aux nouveaux venus, choisis désormais « en meilleure connaissance de cause, et subissant dès leur arrivée l’heureuse influence d’un « milieu de baptisés, déjà formés à la vie chrétienne, ils donneront les meilleures « espérances. »
« Notre cher confrère a été retenu six mois hors de son poste, par la maladie. Une si longue absence est peu favorable au développement d’une oeuvre comme la sienne, où la présence du pasteur est nécessaire longtemps encore après l’entrée des brebis au bercail. D’ici quelques mois, il espère organiser son administration pour pouvoir habiter durant un temps assez long au milieu de ses néophytes. « Et alors, dit-il, il y aura tout lieu d’espérer que notre poste « pourra, avec la grâce de Dieu, n’être pas trop indigne de ses aînés et faire assez bonne figure « dans le prochain compte rendu. »
« M. Bazin écrit à son évêque : " Les anciens chrétiens et les catéchumènes de Kinlat « orientent de leur mieux leur chemin vers le ciel, et je m'efforce toujours de glaner quelques « épis, et le bonDieu tient compte de la bonne volonté de tout le monde.
« L'instruction se donne régulièrement chaque jour. Parmi les catéchumènes, un certain « nombre sont assez instruits pour recevoir le baptême. Plusieurs même, depuis longtemps, « ont demandé avec instance de devenir enfants de Dieu. Mais une épreuve un peu plus « longue encore donnera de bons résultats. Quant aux personnes déjà baptisées, elles ont un « excellent esprit, et remplissent fidèlement leurs devoirs religieux.
« M. Renolleau offre sa première gerbe de baptêmes, moissonnée dans son poste de « Magyi-daw. Quinze baptêmes, dit-il, dont onze d'adultes et quatre d'enfants, et dix « confirmations, c'est bien peu de chose; et cependant, cette petite gerbe, étant la première que « je récolte, a pour moi des douceurs particulières. – Mes premiers baptisés feront leur « première communion dans quelques mois. J’attends ce jour avec impatience; car je n’en « doute pas, le pain des forts donnera à ces nouveaux convertis une sève puissante de vie « chrétienne, et fera d’eux le noyau d’un beau poste pour l’avenir. »
« Les anciennes chrétientés de Chanthaywa, Monhla, Chaung-yo, Chaung-u et Nabek donnent pleine satisfaction. A Chaung-yo, M. Laurent s’est dépensé avec zèle à l’instruction de la jeunesse. Il fonde de grandes espérances sur elle pour l’avenir. Un maître d’école, dévoué et connaissant parfaitement la religion, lui prête un concours précieux.
« M. Remandet enregistre 14 baptêmes d’adultes à Chaung-u. A Monywa, il a construit, grâce à la générosité d’un bienfaiteur, une résidence pour le missionnaire, et bientôt, tout à côté, s’élèvera une gracieuse chapelle.
« Nabek a été très éprouvé par la sécheresse. Plusieurs familles sont allées chercher fortune dans d’autres pays. M. Couillaud déplore ces départs forcés. Une chose pourtant le console: c’est la foi vive et forte de ses vieux chrétiens qui aiment à s’approcher des sacrements. Il y a eu à Nabek 1.400 communions de dévotion. Quelques-uns de ses postes du bord de l’Irrawaddy, Yénangyaung, Nyaunghla et Kodaung, prennent une importance considérable, à cause des puits de pétrole, exploités par plusieurs compagnies. Chaque année, le nombre d’ouvriers s’y accroît. Parmi eux, il se trouve des chrétiens. Sans doute, ils ne sont pas comptés parmi les plus fervents. Mais M. Couillaud les visite le plus souvent possible, pour les maintenir dans la pratique de leurs devoirs. Il cherche en ce moment les ressources nécessaires à la construction d’une petite résidence pour le missionnaire et d’une chapelle, où il puisse réunir les fidèles.
« A Maymyo, l’évènement principal de l’année a été l’ouverture de notre belle et grande école supérieure de filles. Les Soeurs de Saint-Joseph de l’Apparition en ont pris possession, au mois de févier dernier. Elles ont prouvé déjà, dans leurs nombreuses institutions, l’excellence de leur méthode. Ici également, nous en sommes sûrs, le succès couronnera leur zèle et leur dévouement.
« Le 29 avril, le lieutenant-gouverneur de la Birmanie, sir Herbert Thirket Withe, accompagné de Lady With, de sa maison civile et militaire, du directeur de l’instruction publique avec son assistant, et d’un grand nombre de visiteurs et amis, donnait une nouvelle preuve de son intérêt bienveillant pour nos oeuvres catholiques, en venant déclarer officiellement ouverte la nouvelle école, et en apportant ses félicitations et ses encouragements aux maîtresses et aux élèves.
« M. Jarre est à Maymyo, depuis huit ans, et depuis huit ans il bâtit. La hutte de bambou, en ce temps résidence de missionnaire et chapelle, a été remplacée par une maison confortable devenue un sanatorium pour les confrères; et à côté, se dresse la belle église, élevée en l’honneur de Notre-Seigneur. M. Jarre en a été tout à la fois l’architecte, l’entrepreneur et l’ouvrier.
« Son zèle n’est pas satisfait. Il projette, en ce moment, la construction d’une église pour les Indiens. Ces derniers, au nombre de plus de 600, ne peuvent plus se réunir tous pour les offices dans leur petite chapelle de la ville. Nous avons demandé un terrain plus central au Gouvernement, pour l’emplacement de cette future église. Nous avons tout lieu d’espérer de l’obtenir, d’ici peu de temps.
« En attendant, M. Jarre prépare les matériaux nécessaires. Néanmoins, l’accomplissement d’un tel projet exigera bien du temps, car les ressources nous manquent, et les Tamouls sont pauvres. Ils ne pourront pas nous prêter un concours bien sérieux.
« Les œuvres les plus prospères de la Birmanie septentrionale se trouvent au centre de la mission. Les missionnaires qui en ont la charge y rencontrent les plus grandes consolations. C’est d’abord la paroisse de la cathédrale. Elle comprend les congrégations europpéenne, eurasienne et birmane, avec les écoles des Frères, des Soeurs et l’orphelinat de filles birmanes. Elle donne toute satisfaction à M. Darne. Ce confrère mentionne en particulier les progrès dans la piété des fidèles.»
« En effet, de 11.733 communions de dévotion, obtenues l’année dernière, écrit-il, j’arrive « au chiffre, jamais atteint jusqu’ici, de 12.699. Le bon exemple de mes chrétiens n’a pas peu « contribué, j’en ai l’intime conviction, à la conversion de 5 protestants, que j’ai eu le bonheur « de ramener au giron de notre sainte mère l’Église. »
« M. Henry est à la tête de la paroisse tamoule. Il est heureux de constater les bonnes dispositions de ses fidèles : « J’ai surtout le bonheur de posséder dans ma congrégation de « bien saintes âmes. Quelquefois, je me prends à penser qu’il y aura bien des surprises au ciel. « En tout cas, quelques-uns de ces Indiens ont tout l’air de vouloir s’y ménager une bonne « place. Les membres de la ligue du Sacré-Coeur me donnent beaucoup de consolations. Tout « le monde le constate, leur conduite est un modèle pour les autres. Mes écoles continuent à « avoir des succès.»
« M. Lafon a eu la consolation de voir s’augmenter son essaim d’orphelins chinois. Il est très satisfait de leur piété, de leur discipline et de leur bonne volonté. Depuis longtemps, son zèle ambitionne de pouvoir établir, auprès de son orphelinat, une autre oeuvre de charité, un refuge pour les personnes délaissées, et un ouvroir pour apprendre aux jeunes filles un métier qui leur permette de gagner honnêtement leur vie. Il veut confier cette institution aux Soeurs Franciscaines Missionnaires de Marie. Dans ce but, il a déjà acheté une vaste maison, construite en briques, attenante à l’orphelinat. Après quelques légères réparations, elle suffira amplement pour les débuts.
« A la l’éproserie Saint-Jean, le nombre des malades a légèrement diminué. Il y a eu 38 décès. Depuis trois mois, on y introduit des métiers birmans pour y tisser les couvertures des lépreux. Une quinzaine de femmes, les moins atteintes par la maladie, y travaillent chaque jour quelques heures. C’est une occupation utile à tous les points de vue pour ces pauvres personnes. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|