Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie méridionale
Rédacteur:Mgr Cardot

III. ─ Birmanie méridionale

Population catholique 54.955
Baptêmes d’adultes 590
Baptêmes d’enjants de païens 50
Conversions d’hérétiques 40
___


« J’avais espéré que mon récent voyage en France me rendrait force et santé, écrit Mgr Cardot. Je dois avouer que la guérison complète n’est pas encore venue. A la volonté de Dieu ! J’ai pu, néanmoins, visiter tous les postes dirigés par nos confrères et je suis heureux de constater que, d’une manière générale, nous sommes en progrès.
« Dans les chrétientés karianes le travail d’évangélisation et de conservation devient de plus en plus difficile, par suite des déplacements continuels de nos catholiques. C’est la note uniforme qui ressort des comptes rendus qui m’ont été envoyés. M. Tardivel, chargé du poste de Maryland, va nous donner l’explication de ces émigrations :
« Il y a quelque trente ans, écrit-il, chaque famille kariane avait un champ à elle « appartenant, perdu, pour ainsi dire, au milieu de forêts non défrichées. La forêt, étant terrain « communal, fournissait aux habitants du voisinage tout ce dont ils avaient besoin, bois de « chauffage et de construction, feuilles pour couvrir leurs maisons, gibier, racines, fruits, etc. ; « ils avaient en outre la récolte du champ familial. Aussi nos Karians étaient-ils heureux. « Malheureusement, ils jouissaient du présent sans songer à l’avenir, croyant que le terrain « libre ne manquerait jamais, alors qu’en réalité il diminuait au fur et à mesure que la forêt « était convertie en rizières. L’économie leur était inconnue, la prévoyance aussi. Les vieux « gardaient encore leurs habitudes simples et frugales, mais les enfants, moins sages que leurs « parents, séduits par la liberté et la civilisation européenne, perdirent peu à peu le goût du « travail. Ils se mêlèrent aux Birmans et, entraînés par eux au jeu et à de folles dépenses, ils « hypothéquèrent leurs terres, puis, en fin de compte, les perdirent tout à fait. La gêne est « venue et même, pour plusieurs, la ruine. La forêt complètement défrichée n’offre plus les « ressources d’antan pour une population toujours croissante. D’où nécessité de s’expatrier et « d’aller chercher ailleurs quelque lopin de terre à cultiver. Il faut donc nous attendre de plus « en plus au flux et au reflux de l’émigration parmi nos Karians catholiques. Que faire pour ne « point les perdre de vue ? Je ne vois pas de moyen plus sûr que de multiplier le nombre de « nos chapelles-écoles à travers les districts, et de les visiter le plus fréquemment possible afin « de demeurer sans cesse en contact avec ces pauvres gens et les réunir, ici ou là, pour leurs « pratiques religieuses. Malgré cela, l’administration sera toujours difficile, et, à moins d’un « personnel enseignant suffisant, il y aura des défections. »
« Le vicaire de M. Tardivel, M. Charbonnel, a eu le bonheur d’enregistrer 22 baptêmes d’adultes. Son plus proche voisin, M. Héraud, en a administré 28 aux environs de Thinganaing, où il compte 1.453 fidèles. Lui aussi se plaint de l’émigration qui désagrège ses groupes de chrétiens : « Au lieu de cinq à six gros villages, c’est 30 à 40 hameaux qu’il me « faut visiter pour trouver tout mon monde. Encore y a-t-il toujours quelques individus qui « manquent à l’appel. Tous les ans, c’est trois ou quatre familles qui partent sans donner leur « adresse. »
« A Dambi, où il y a 850 catholiques, M. Ravoire éprouve le même inconvénient. Ainsi, par exemple, le village de Tchin-bo, qui reçut les prémices de la bonne nouvelle, lors de la première visite de M. Naude, il y a cinquante ans, et comptait autrefois 20 familles catholiques, n’en a plus qu’une dizaine. Par contre, de nouvelles chrétientés surgissent ailleurs.
« Le poste do Mittagon-zaundanng continue à être éprouvé par l’épidémie : « L’au dernier, « écrit M. Herzog, c’était la peste, cette année-ci, c’est le choléra qui a visité mes chrétientés « l’une après l’autre, faisant des victimes un peu partout. En soignant les chrétiens, je ne « pouvais éviter de m’occuper aussi des païens. Ces derniers étaient étonnés de me voir venir « chez eux, alors que leurs propres parents les avaient abandonnés par crainte de la contagion. « Le bonze de l’endroit fit bien une apparition, mais, dès qu’il apprit la nature du mal, il partit « pour ne plus revenir. Depuis lors, des païens entêtés, à qui le regretté M. Bringaud avait « prêché pendant plus de trente ans sans succès, ont averti le moine bouddhiste de ne plus se « déranger et me supplient de les instruire de notre sainte religion. J’espère donc que l’an « prochain nous aurons une récolte meilleure que celle recueille au cours du dernier « exercice. » M. Herzog a baptisé 26 adultes.
« Du district d’Henzada, passons à celui de Bassein. M. Provost, curé de ce chef-lieu, écrit : « L’administration des vieux chrétiens donne, en général, beaucoup de consolations. « Par contre, nous n’avons enregistré que 21 conversions d’infidèles ou d’hérétiques. De « Kyauk-tchaug-gyi, lieu d’origine des premiers chrétiens, jusqu’à la mer, un champ immense « est ouvert à l’activité de mon assistant, M. Girard, qui a parcouru urne bonne partie du pays « en compagnie d’un prêtre indigène. Ils ont retrouvé plusieurs anciens chrétiens que l’on « avait malheureusement perdus de vue. Ceux-ci sont tous disposés à revenir à leurs devoirs et « à aider, de leur mieux, à la conversion des païens encore hésitants. Quelques familles sont « déjà bien ébranlées. Un village, presque entièrement anabaptiste, Lécot, est entamé. Le fils « de l’ancien ministre protestant s’est converti avec toute sa famille. C’est un homme assez « instruit qui pourra nous rendre de grands services comme catéchiste. Une chapelle a été « bâtie, cette année, dans ce village. Les ana-baptistes ont fait opposition tout d’abord, mais, « comme nos exigences étaient raisonnables, ils ont du céder, quoique à regret. Ils voient, « comme nous, la conséquence, plus ou moins immédiate, de cette prise de possession. Les « divisions qui existent entre eux nous permettront de gagner rapidement du terrain, et si, « comme nons avons lieu de l’espérer, la première semence est bonne, il en sortira, avant « longtemps, un arbre sain et vigoureux dont les rameaux étoufferont l’hérésie aux « alentours. »
« Le poste de Paukseinbé, composé de 1.200 fidèles et confié à M. Maye, ne demande également qu’à se développer. D’origine récente, puisque la plupart des premiers baptisés vivent encore, cette mission a cependant déjà passé successivement entre les mains de plusieurs missionnaires. Notre jeune confrère pense y rester assez longtemps pour y faire une abondante moisson.
« Myaungmya compte 4.167 chrétiens. M. Fargeton déplore un nombre considérable de décès dus à une épidémie de choléra : « Mon vicaire, le P. Pascal, a été admirable de « dévouement, écrit-il ; aucune fatigue ne pouvait ralentir son zèle : grâce à lui, bien peu de « malades sont morts sans avoir reçu les derniers sacrements. L’administration du poste s’est « forcément ressentie du surcroît de travail causé par l’épidémie. J’ai pu cependant ouvrir une « école à Chantamaundi, régulariser plusieurs situations et ramener un bon nombre de « chrétiens à la pratique de leurs devoirs religieux. La chapelle, qui menaçait ruine, a été « complètement réparée. Le P. Pascal a eu la consolation de régénérer deux vieilles femmes « d’une façon toute providentielle. L’une d’elles surtout, âgée de 65 ans, semblait prédestinée. « Voici l’histoire de sa conversion : Le Père expliquait la doctrine et, entre temps, allait de « maison en maison voir les gens et causer familièrement avec eux. Il entre dans la maison « d’une pauvre vieille vivant toute seule et, la croyant chrétienne, lui parle du bon Dieu. « Celle-ci écouter religieusement ; elle trouve l’exposé si beau, qu’elle a honte de dire qu’elle « n’est pas baptisée. Ce n’est que de retour à la chapelle, que le P. Pascal apprit que son « interlocutrice était encore païenne. A peu de temps de là, il est appelé dans ce même endroit « pour un mourant. Il trouve la vieille femme fort affaiblie et malade elle aussi. Après une « courte exhortation, il lui promet de la baptiser lors de sa prochaine visite. Mais la bonne « vieille ne l’entendait pas ainsi. Puisqu’elle croyait et voulait être chrétienne, pourquoi pas « tout de suite ? Le prêtre céda à ses instances. Trois jours après, j’apprenais que la vieille « Catherine était allée au ciel contempler l’objet de sa foi. »
M. Cartreau, assisté de M. Mourier et d’un prêtre indigène, administre les 4.749 chrétiens de Kanazogon. Là aussi l’émigralion sévit chez nos Karians. Si, du moins, la misère les rendait plus sages ! Mais non, ils continuent de vivre au jour le jour sans se préoccuper du lendemain : « Grâce à Dieu, écrit M. Cartreau, il y a encore de nombreuses exceptions. Les « plus sensés comprennent que l’important pour eux est de conserver leurs terres et de les « faire valoir. Afin de les aider, une caisse rurale, garantie par le gouvernement, vient d’être « établie à Kanatzogon. Puissions-nous amener les Karians à plus de prévoyance et « d’économie ! »
« Par suite de la mort de Sœur Marguerite, religieuse indigène des plus dévouées, M. Foulquier s’est vu obligé de fermer l’établissement agricole attaché à Kyontaloke. Par contre, il a pu ouvrir des écoles pour les enfants des deux sexes.
« A l’extrémité sud du vicariat, sur la côte de Tenasserim, se trouve Kadai-mergui, où nous comptons 520 fidèles. M. Billé espère récolter dans la joie ce que le regretté M. Jumentier a semé dans la souffrance : « Nous avons ici, dit-il, dans nos écoles 4 ou 5 élèves dont les « parents païens habitent dans les montagnes à un ou deux jours de marche de Kadai. Je suis « allé les visiter et j’ai été bien récompensé des fatigues et des privations de mon voyage. Ces « pauvres gens n’avaient jamais vu de prêtre catholique. Ils sont venus me voir assidûment « pendant les quelques jours que je passai au milieu d’eux. Plusieurs m’ont déjà témoigné « publiquement leur intention de devenir chrétiens. »
« Malgré les obstacles que rencontre l’administration d’un district aussi étendu que celui de Thonze, M. Granger se réjouit, à bon droit, de la ferveur croissante de ses 1.671 néophytes, hier encore esclaves du démon, aujourd’hui si dociles au joug de Notre-Seigneur : « L’ouverture de deux écoles m’a donné beaucoup de tracas, nous dit-il, mais devant les bons « résultats obtenus tant auprès des enfants que des parents, je ne regrette nullement ma « peine. »
« Rangoon est le centre des missions tamoules et chinoises. M. Sellos, chargé plus spécialement des œuvres de jeunesse de la paroisse indienne de Saint-Antoine, a réuni cette année 320 premiers communiants, dont l’âge varie de 15 à 30 ans. Sa liste pour l’année prochaine accuse déjà plus de 400 noms, preuve du zèle énergique et persévérant de ce jeune confrère. Nous comptons 8.000 chrétiens tamouls à la capitale et plus de 7.000 à l’extérieur. A lui seul, M. Mazoyer n’en a pas moins de 3.500 dans son nouveau poste de Kyaiklat, une des localités les plus centrales du delta-ouest de I’Irrawaddy. M. Chave, qui administre la paroisse indienne de Saint-Antoine, doit encore s’occuper de 4.000 chrétiens tamouls dispersés un peu partout aux environs de la ville. Dans l’unique visite qu’il a pu leur faire, il a enregistré 1.500 confessions annuelles. Nos confrères dont le ministère s’exerce sur les chrétiens tamouls ont vraiment besoin d’une santé de fer pour suffire à si lourde tâche. Dieu veuille les aider et les récompenser par d’abondantes consolations. En attendant, ils se réjouissent des 76 conversions obtenues cette année.
« La mission chinoise a réalisé, en partie, les espérances de l’an dernier et a donné 63 baptêmes d’adultes. Plaise à Dieu que l’œuvre, si bien commencée, ne souffre pas trop du mauvais état de santé du zélé fondateur, M. Allard ! A M. Picot de l’assister, de le remplacer, au besoin, dans la direction de cette chrétienté naissante composée déjà de 244 fidèles.
« Notre petit séminaire de Moulmein compte, en ce moment, 13 élèves. Malheureusement, le vénéré P. Moïse a été souffrant pendaut la plus grande partie de l’année et a dû quitter son poste pour aller se faire soigner chez M. de Chirac. L’élat de santé du cher supérieur ne laisse, hélas ! aucun espoir qu’il puisse jamais reprendre ses fonctions.
« Les écoles des villes et des campagnes se maintiennent toujours sur un bon pied, malgré la modicité de nos ressources et la politique actuelle du gouvernement qui tend à diminuer, d’année en année, la modeste mais fort précieuse allocation qu’il veut bien nous accorder. Nos écoles normales de Thonze et Bassein ne souffrent pas trop néanmoins de cette nouvelle orientation gouvernementale ! En revanche elles sont écrasées sous le poids de lourds programmes d’examen bien faits pour décourager les meilleures bonnes volontés. De plus, le béri-béri semble avoir élu domicile dans ces deux institutions, à tel point que nous sommes obligés tous les ans, pendant les pluies, de les fermer et d’interrompre ainsi le cours des études. Dieu merci, le mal n’a fait aucune victime cette année. Malheureusement, la santé des confrères qui ont la charge de ces écoles me paraît ébranlée et commence à me donner de l’inquiétude pour l’avenir de ces œuvres, pourtant si nécessaires au bien général de la mission.
« La nouvelle cathédrale s’achève sous l’habile direction de M. Jansen ; l’inauguration en a été fixée au 21 novembre de cette année. Nous en parlerons plus long au prochain rapport.
« La maison des Petites-Sœurs des pauvres s’est agrandie d’un bâtiment assez vaste pour recevoir 75 vieillards de plus. C’est le 20 septembre dernier que S. E. M. le gouverneur de la Birmanie, accompagné de son épouse, lady White, et de sa maison militaire, en a fait l’inauguralion officielle. Il va sans dire que les éloges n’ont pas manqué à l’adresse des Petites-Sœurs, ni les aumônes pour l’entretien de leurs pauvres vieillards. Un riche Birman païen, Maung-Hton-Myat, a donné, à lui seul, la somme de 10.000 roupies (17.000 francs), soit le quart des dépenses occasionnées par la nouvelle construction. Nos Petites-Sœurs sont heureuses des 20 conversions enregistrées à l’asile.
« La léproserie de Kemmendine abrite à l’heure actuelle 129 lépreux. M. Freynet y a recueilli, cette année, une trentaine de baptêmes.
« La communion fréquente est de plus en plus en honneur dans le vicariat : le nombre des communions de dévotion est passé de 81.684 en 1908, à 96.147 pour le présent exercice, N’est-ce pas à cette augmentation de ferveur générale chez nos chrétiens, tant des villes que des districts de l’intérieur, qu’il faut attribuer les succès de la présente année ? Après Notre-Seigneur, que son vicaire, le vénéré et bien-aimé Pie X, apôtre de la communion fréquente et quotidienne, en soit à jamais béni et remercié ! »

~~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam