| Année: |
1910 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Méridionale |
III. — Birmanie Méridionale
Population catholique 57.967
Baptêmes d’adultes 469
Baptêmes d’enfants de païens 55
Conversions d’hérétiques 40
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Depuis près de vingt ans, la Mission de la Birmanie Méridionale et la ville de Rangoon attendaient l’achèvement de la magnifique cathédrale que la piété des fidèles et le zèle du clergé élevaient à la gloire de la Mère de Dieu. C’est en effet, le 5 juillet 1891 que fut discuté et adopté le projet de cette œuvre grandiose, bien propre à rappeler aux populations païennes, si fières des richesses et du luxe de leurs grandes pagodes, que la foi chrétienne est riche aussi de sacrifice et que, aujourd’hui comme jadis, pour honorer le vrai Dieu, elle fait servir toutes les ressources dont disposent l’intelligence et le cœur de l’homme,
La cathédrale de l’Immaculée-Conception est un beau monument d’art, d’une architecture gothique impeccable, d’une solidité à l’épreuve du temps et des éléments. Nous sommes heureux d’offrir ici nos respectueuses et sincères félicitations à Mgr Cardot, qui a été l’âme de l’entreprise et a suscité les générosités, discerné les talents, provoqué les enthousiasmes nécessaires pour amener son heureuse réalisation.
« La bénédiction et l’ouverture de l’édifice au culte, écrit Sa Grandeur, eurent lieu le 21 novembre 1909, en la fête de la Présentation de la sainte Vierge. Ce fut une journée pleine de joie pour toute la population catholique de la Birmanie.
« La consécration solennelle, qui avait été fixée au 24 février 1910, a été une incomparable fête de famille. Le concours empressé de nombreux prêtres et fidèles ; la présence de six évêques, NN. SS. Marcou, du Tonkin Maritime ; Mossard, de Saïgon ; Bottero, de Kumbakonam ; Baslé, de Bangalore ; Foulquier, de Mandalay ; et Segrada, de Toungoo ; celle de Son Excellene le Gouverneur de la Birmanie et de sa famille ; ont donné à cette cérémonie une grandeur et un éclat, uniques dans les annales de notre Mission, et vraiment dignes du monument élevé avec tant de sacrifices, de patience et d’amour à la gloire de Dieu et de sa Mère Immaculée.
« Nos chrétiens des bois, venus au nombre de 5 à 6.000, par bateau ou par train spécialement réservé pour eux, et à prix réduit, ont remporté de ces fêtes un souvenir inoubliable. « Elles ont produit, nous assure M. Faisandier, un excellent effet sur ceux qui ont « pu en être les heureux témoins. Depuis leur retour, ils montrent plus de ferveur à accomplir « leurs devoirs et n’ont plus peur de professer ouvertement leurs convictions religieuses. « L’affluence des catholiques, — il y en avait bien 10.000, de toutes races, à la cérémonie, — « et la visite des églises ou chapelles de la capitale ont été, pour eux la meilleure des « prédications. Longtemps ils en garderont le souvenir et leur enthousiasme ne peut qu’avoir « une influence salutaire sur les chrétiens et les païens de leur entourage. »
« Ce n’a pas été une petite affaire d’héberger plus de 3.000 de nos Carians sur le terrain de l’évêché. Grâce à un Comité de réception, tout s’est bien passé ; l’organisation a été excellente, pour le logement, la nourriture, les divertissements, etc., sans négliger les exercices de dévotion, matin et soir.
« Qu’il me soit permis, ajoute Mgr de Limyre, de remercier ici NN. SS. les Évêques et les nombreux Missionnaires venus de la Birmanie Orientale et Septentrionale de leur présence. Merci également aux Confrères qui ont bien voulu amener quelques-unes de leurs ouailles avec eux. Merci enfin au Comité de réception dont les efforts ont assuré le bien-être de nos hôtes, pendant les trois jours de fête de la Consécration !
« Une tombola, heureusement organisée par le Comité, a permis de couvrir les frais de cette belle manifestation, toute à l’honneur du catholicisme en Birmanie.
« Le plus heureux de tous dut être, non pas celui que vous croyez, et qui trace ces lignes, mais bien notre cher M. Janzen. Après avoir été dix ans à la peine, il méritait d’être à l’honneur et à la joie en pareille circonstance.
« Remercions Dieu de nous l’avoir conservé jusqu’à ce jour. Puisse-t-il, longtemps encore, jouir du fruit de ses travaux !
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« Grâce au voisinage et au bienveillant concours de l’École des Frères, les offices de la cathédrale ne le cèdent en rien, pour les cérémonies et le chant, et surtout l’assistance, aux meilleures paroisses de France. Ainsi, tous les dimanches soir, au sermon donné entre les Vêpres et le Salut, l’église est à peu près pleine. MM. Luce et Vérine ont raison d’être plutôt satisfaits de la paroisse et des consolations que leur donnent les 4.000 âmes qui la composent.
« Les autres églises, du Cantonnement, de Saint-Jean et de Saint-Antoine, sont également « très fréquentées. Voici ce que dit M. Picot : « La foule nombreuse qui se presse aux Offices « du dimanche montre que la ferveur ne diminue pas chez les paroissiens de Saint-Jean. « L’église est devenue trop petite ; leur intention est de l’allonger de près d’un tiers et de la « réunir au nouveau clocher qu’ils viennent d’élever à la mémoire de leur ancien et regretté « curé, M. Perret. Pauvres comme ils sont, ils ne doutent de rien quand il s’agit de « l’agrandissement ou de l’embellissement de leur chère église. Tel pasteur, telle paroisse, « c’est le meilleur éloge qu’on puisse faire de M. Perret. »
« L’église Saint-Antoine, malgré ses vastes proportions, est aussi, et de beaucoup, insuffisante à contenir la masse des chrétiens tamouls qui y affluent les dimanches et jours de fêtes. Faute d’agrandissement possible, il faudra, un jour ou l’autre, créer plusieurs chapelles succursales dans les faubourgs de la ville.
« Le malheur est que, pour nos Confrères de Saint-Antoine qui, certes, travaillent et prennent de la peine, c’est le fonds pécuniaire qui manque le plus. Mon plus grand souci est la
santé de ces bons ouvriers. Celle du curé, M. J.-B. Mourlanne, est passablement ébranlée. Ses vicaires, MM. Chave, Sellos et Riouffreyt, sont jeunes et robustes ; mais tiendront-ils longtemps à un ministère pénible et de tous les instants, au milieu d’une population de 12.000 âmes, répandue aux quatre coins de Rangoon et des environs ?
« En plus du service des paroisses, nous devons encore assurer celui des chapelles des Frères et des Sœurs, des Asiles de lépreux et de vieillards confiés à des Religieuses. Ce n’est pas toujours facile et, souvent, l’un ou l’autre de ces établissements est forcément privé de la plus précieuse consolation, la sainte Messe.
« Comme toujours, le dévouement de nos Religieuses a été béni du bon Dieu ; 44 baptêmes d’adultes ont été administrés à la Léproserie et 25 à l’Asile des vieillards.
« Pas moins de 162 de ces derniers ont été hospitalisés, au cours de l’année. La plupart des conversions obtenues sont on ne peut plus édifiantes. Tel un mahométan, admis depuis quelques mois seulement à l’Asile des vieillards. « Nous avions été frappés, disent les Petites-« Sœurs, de sa reconnaissance et de son bon esprit ; mais nous n’avions jamais osé lui parler « religion. La conversion d’un mulsuman est chose si rare ! Le bon Dieu voulait cette âme. Il « a permis qu’un Père Jésuite, sachant la langue du vieillard, fût de passage à Rangoon pour « parler au mourant, qui témoigna des meilleures dispositions et eut le bonheur de devenir « enfant de Dieu, sous le nom de Joseph. »
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« Le présent exercice donne une augmentation considérable sur l’année précédente dans le chiffre de la population catholique, comme aussi dans le nombre des confessions, tant annuelles que de dévotion ; preuve évidente que nos Confrères comprennent et ont à cœur de remplir leur ministère de préservation et de garder les positions acquises, avant de se lancer à de nouvelles conquêtes.
« Il est quand même regrettable que, le chiffre des confessions annuelles et des communions ne soit pas plus élevé, alors qu’il devrait être au moins égal à la moitié de celui de la population. Le temps de la saison sèche pendant lequel se fait l’administration est malheureusement trop court, quand il s’agit d’un vaste district ; mais il y a une autre difficulté : la pénurie des chapelles, qui permettent aux cultivateurs, perdus dans d’immenses plaines de rizières, sans voies de communication, de se grouper au moment de la visite du prêtre.
« Rien d’étonnant si, par suite de ces obstacles, le chiffre des conversions reste à peu près stationnaire, et même inférieur à celui des années précédentes. L’ère des conversions n’est pas, pour cela, fermée. Comme toujours, sérieuses sont les espérances de nos Confrères pour une plus abondante moisson.
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« Gyobingauk, écrit M. Joseph Mourlanne, enregistre 39 baptêmes d’infidèles, à peu près « le même nombre que l’année dernière. Il pourrait être sensiblement plus élevé, n’était le « temps qu’il faut, de toute rigueur, consacrer à la visite des anciennes chrétientés.
« Les Carians des montagnes, qui n’avaient pas vu le prêtre depuis longtemps, à cause de « la longue maladie et de l’absence de M. Pavageau, ont reçu le P. Lucas avec un « enthousiasme doublé du fait qu’il est Carian lui-même. Ces pauvres gens, sur lesquels les « habitudes superstitieuses, entretenues par la crainte et l’ignorance, ont tant de pouvoir, ont « eu cependant l’énergie de s’abstenir de tout sacrifice aux esprits. Dans leur zèle, ils sont « allés jusqu’à refuser toute nourriture à des anabaptistes venus leur prêcher l’erreur.
« Nombreux sont les gens, dans ces villages, qui demandent à se convertir ; mais, encore « une fois, le temps à consacrer à leur instruction est trop limité. S’il faut de longues séances « pour leur apprendre les prières, quelques jours suffisent à les leur faire oublier. »
« Le catéchiste Chin, dit à son tour M. Faisandier, qui est chargé, avec le P. Edouard, du « poste de Kyangin, est retenu, une partie de l’année, par les travaux des champs ; souvent « dans la gêne, il ne peut guère se livrer au travail de l’évangélisation. Si je pouvais l’aider « davantage, il aurait plus de loisirs pour s’occuper des chrétiens et des catéchumènes. Il a fait « ses preuves ; les néophytes de son village forment une congrégation modèle. Ce qu’il lui a « fallu batailler avec païens et protestants, et surtout avec son père, vieux pontife Chin, avant « d’arriver à pareil résultat ! C’est pièce par pièce qu’il a apporté de la forêt tout le matériel « nécessaire à la construction d’une petite chapelle. Il a fini par vaincre la résistance de son « père qui l’avait renié, et le traitait en ennemi des ancêtres et des Esprits ; aujourd’hui, il ne « désespère pas de le conquérir à la vérité. »
« A Zaungdan, M. Herzog enregistre 37 baptêmes d’adultes. Il fait un grand éloge d’un des premiers Carians convertis dans ces parages, « un des piliers de la Mission, dit-il, et que la « mort vient d’enlever à l’âge de 75 ans. Ayant, par suite d’une rupture de digue, perdu tous « ses champs, et étant devenu très pauvre, non seulement il ne se plaignait pas, mais il « prêchait la résignation aux autres. Ce qui le peinait le plus était de ne pouvoir aider le prêtre. « A 75 ans, ce brave homme a charrié du riz, nuit et jour, pendant un mois, afin de gagner « quelque argent, et de le déposer dans le tronc pour les besoins de l’église. Gravement « malade et déjà muni des derniers sacrements, il se fit, en pleine saison de pluie, porter à la « résidence du prêtre, pour mourir, comme il le voulait, à l’ombre de la nouvelle église, et être « enterré aux pieds du prêtre, le regretté M. Bringaud, qui lui avait montré le chemin du salut. »
« Notre vénéré doyen, M. Tardivel, m’envoie, lui aussi, un édifiant nécrologe de plusieurs vieux chrétiens de Maryland. Son excuse est que, « quand on arrive à l’âge de 77 ans, on est « volontiers porté à s’occuper des fins dernières. Ma relation, nous dit-il, se ressent des « dispositions de son auteur. Je dois avouer à Votre Grandeur que, depuis plus de dix jours, je « jouis d’un mal de reins qui me rend la position sédentaire fort pénible. C’est par petites « étapes que je vous écris ce compte rendu, le dernier, probablement, que vous recevrez de « moi ; car, supposé que le bon Dieu me garde encore quelque temps, il m’est de plus en plus « difficile de manier la plume. »
« Le cher M. Tardivel comptera 50 ans de sacerdoce en décembre prochain. Nous espérons bien le voir célébrer ses noces d’or, dans les premiers mois de 1911. Ce sera grande fête pour Maryland et pour tous les Confrères qui pourront s’y rendre.
« Sous la houlette de M. Bouche, le poste de Letthama est en voie de progrès. « Il y a « encore, dit-il, beaucoup de païens aux environs de ma résidence et c’est sur eux que je porte « spécialement mes efforts. J’ai, en effet, constaté qu’un certain nombre de nouveaux « convertis, habitant aux extrémités du district, sont déjà devenus indifférents. Le pire est que, « chaque année, parmi les Chins surtout, beaucoup manquent à l’appel. En revanche, je trouve « de nouveaux venus, mais qui, eux aussi, ne sont que de passage. Certains, après quelques « années de séjour, ont émigré, soit vers l’Arracan, où ils ne verront jamais plus le prêtre, soit « vers la mer, où ils ne se mettront pas en peine de le rencontrer. »
« Nous allons nous en convaincre par les lignes suivantes de M. Cathébras, chargé du nouveau district de Pyapon, le plus proche de la mer.
« Depuis mon installation à Pyapon, je crois pouvoir dire à Votre Grandeur que j’ai été « surtout à la peine, en attendant d’être à l’honneur. Celui-ci viendra en son temps. J’espère « même que les consolations, que je prévois pour l’année prochaine, me dédommageront des « misères et des déboires du début.
« Quels nomades que ces chrétiens, venus un peu de tous les points du Vicariat, éparpillés, « non pas en villages, mais en groupes de quelques maisons, séparés les uns des autres, « souvent à des distances considérables, toujours loin des principales voies de « communication !
« C’est des journées entières qu’il me faut voguer en pirogue avant de découvrir ces « pauvres gens. Encore sont-ils si peu stables, que la plupart m’échappent tout à fait. J’ai une « famille qui a déjà changé trois fois de place, durant une seule saison sèche. Le cas est très « fréquent dans ce district. »
« La formation du nouveau poste de Pyapon, écrit de son côté M. Chagnot, va me « permettre de m’occuper davantage des chrétiens du district de Maubin, comme aussi de « travailler d’une manière plus suivie à la conversion des païens, très difficile dans cette partie « du Delta, par le fait que les Carians, ou bien ne sont pas groupés, ou bien sont mélangés aux « Birmans. »
« De Nyaunglebin, M. Mignot m’adresse un intéressant rapport dont voici quelques extraits :
« L’an dernier, je donnais à entendre à Votre Grandeur, que, dans le grand village de Po « Païsan, il y avait espoir d’une bonne cueillette de conversions. Il eût fallu, pour cela, faire « un séjour de plusieurs semaines, en cet endroit, où les Baptistes ne comptent que 15 familles « sur 300. Ce séjour ne nous a pas été possible, et nous n’avons gagné qu’une seule famille. « Mais nos espérances restent tout aussi vives, et même plus proches de leur réalisation.
« La renommée aux cent bouches n’a-t-elle pas répandu le bruit, parmi les adeptes du « fameux prophète, que son évolution religieuse n’est pas à son terme, et que, peut-être, dans « un avenir plus ou moins éloigné, Po Païsan pourrait bien embrasser la Religion catholique. « Quoi qu’il en soit de ces bruits à la carianne, il n’est pas moins vrai que l’influence du « grand-père diminue de jour en jour. Nous écoutons, sans rien escompter.
« Nos espérances sont ailleurs. Au Nord-Est de Shwegyin, dans la montagne, à sept ou huit « milles de cette pittoresque petite ville, nous venons d’ouvrir une nouvelle chrétienté, formée « d’un noyau de trois familles. Le P. Thomas y fit, en juin, un séjour de trois semaines et en « revint enchanté. Neuf familles se sont fait inscrire, et sont disposées à recevoir le baptême « lors de la prochaine visite. La montagne semble devoir devenir notre champ d’action, au « point de vue des conversions.
« Ainsi, à Ngetpyaudau, je trouvai des Birmans-Carians prêts à embrasser la vraie Foi : « entre autres, un vieillard de 70 ans, ancien chef de village, oracle de la contrée par ses « connaissances religieuses et médicales. Des environs, il est certainement le carian le plus « versé dans les écritures birmanes, et c’est, en partie, sa connaissance raisonnée de ces « écritures qui lui en a montré la vanité. Aujourd’hui qu’il est baptisé, je compte sur lui pour « amener ses anciens disciples au vrai Dieu. Je lui ai passé les Considérations sur les vérités « de la Religion catholique de M. Faure. Le croiriez-vous ? Il en fait ses délices.
« Une des plus grandes montagnes de ces parages (4.500 pieds d’altitude) porte un nom « intéressant : Tabolé, qui, en Carian, signifie « vague de coquillages ». Il paraîtrait que, dans « les âges reculés, au temps du déluge probablement, les eaux de la mer couvraient les « sommets les plus élevés, et que, en conséquence, les vagues, en battant le flanc de cette « montagne, y déposèrent, en se retirant, des cowries ou coquillages qu’on retrouva longtemps « après. »
« Plus au Sud, mais sur la même chaîne de montagnes, nous trouvons M. Loizeau. « Avec « l’âge et l’expérience, écrit-il, je me suis rendu compte qu’il est assez dangereux de baptiser « des gens isolés dans les villages païens ; ils sont trop exposés à perdre la foi, faute de la « présence du missionnaire, et parce qu’ils subissent toutes sortes de vexations de la part de « leurs voisins païens. Aussi, ai-je cru devoir retarder plusieurs baptêmes jusqu’à ce que ces « catéchumènes viennent s’établir dans un village chrétien, ou se réunissent ensemble en vue « de former un nouveau village. Dieu merci, ce n’est pas le déménagement de leur mobilier « qui les tracasse.
« Le village de Pyimapinzeik ne demande qu’à grandir sous l’influence d’un chef chrétien « qui promet de construire chapelle et école d’ici la prochaine visite, c’est-à-dire dans un an ; « car, malheureusement, ce village se trouve à plus de 60 milles de chez moi, et il ne m’est « guère possible de m’y rendre plus d’une fois par an. »
« De Theinzeik, résidence de M. Loizeau, quelques heures de chemin de fer et une demi-heure de bateau nous conduisent à Moulmein.
« M. de Chirac, chargé de la paroisse de la ville, Saint-Mary, est souffrant depuis plusieurs années. Le fait est qu’il ne s’est jamais bien remis de son attaque de peste. C’est tout juste si le cher et dévoué curé peut remplir les devoirs les plus pressants du saint ministère.
« M. Boulanger administre la paroisse Saint-Patrick et nombre de chrétientés tamoules des environs. Lui aussi se plaint de la pénurie de chapelles, où il puisse grouper les chrétiens lors de la visite. « J’ai bon espoir, nous dit-il, qu’une ou deux de ces modestes constructions vont « surgir, au cours de la prochaine administration. »
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« Notre Petit Séminaire a subi, en décembre dernier, une perte irréparable par la mort du vénéré P. Moïse, premier supérieur et, en quelque sorte, fondateur de l’établissement. Il est remplacé par le P. Michaël, un des premiers élèves du regretté défunt.
« Le nouveau Supérieur a eu l’avantage de professer, pendant un an, sous la direction du P. Moïse, et la bonne formation qu’il en a reçue l’a comme préparé à la tâche qui devait si vite lui incomber. Sous sa jeune, mais déjà sage férule, nos 11 étudiants donnent toute la satisfaction qu’on en peut attendre.
« Les écoles des Frères et des Sœurs ont remporté, cette année, des succès remarquables aux examens annuels. Je me contenterai de signaler le fait que, sur les 15 bourses offertes au concours des élèves de toutes les écoles de la Birmanie, cinq ont été obtenues par des élèves du couvent de Saint-Joseph de Moulmein. Bien plus, la première de toute la Province, à l’examen final, fut une jeune pensionnaire de l’école des Sœurs du Bon-Pasteur de Rangoon.
« De leur côté, nos chers Frères de Rangoon et de Moulmein ont vu passer tous leurs candidats, dont un bon nombre dans la première division, aux examens de Matriculation de l’Université de Calcutta.
« Les écoles des bois sont également des plus florissantes. Au dire de M. Loizeau, « l’école « est le meilleur moyen pour imposer notre sainte Religion à l’attention des païens. Elle n’est « pas un moyen direct de propagande ; mais il est certain que, tôt ou tard, les parents dont les « enfants fréquentent l’école catholique en viennent à s’intéresser à la Religion ; et le grand « point est de vaincre l’indifférence, l’apathie de ces milliers de païens.
« J’ai installé, non sans peine et sans dépenses, ajoute-t-il, deux écoles, dans deux villages « assez proches de Theinzeik ; et je les visite de temps en temps.
« Le jour de la fête patronale de l’église, la Saint-Paul, j’ai convoqué ce petit monde, « garçons et filles, en tout plus de 70. Après la grand’messe, je leur payai un somptueux « déjeuner, suivi de distribution de bonbons, de jeux divers et de sports. Pendant les « intermèdes, le gramophone a joué ses plus beaux airs. Le soir, projections de lanterne « magique, etc., etc. Le souvenir de la fête restera et ne contribuera pas peu à nous amener de « nouveaux élèves à la rentrée prochaine.
« Mon embryon de ferme modèle ne se compose que de cinq jeunes gens, âgés de 15 à 17 « ans, sortis de mon école, dont trois orphelins. Ils travaillent sous ma direction, moyennant « un petit salaire, correspondant à ce qu’ils peuvent faire. Je les réunis, le dimanche, avec « quelques hommes de bonne volonté, et, après leur avoir expliqué un chapitre de l’Histoire « Sainte, ou un point de catéchisme, et raconté la vie d’un Saint, je discute avec eux sur un « sujet d’agriculture. Enfin, je tâte le terrain en vue d’une espèce de patronage et société de « secours mutuels. »
« Sur le chapitre des écoles, écoutons encore M. Herzog. Pour l’instruction religieuse, tant « de la génération présente que des générations futures, je crois que le système d’avoir des « écoles, dans chacune de nos chrétientés des bois, avec un maître d’école qui remplisse les « fonctions de catéchiste, est tout ce qu’il y a de mieux.
« J’en ai ouvert deux nouvelles, cette année, en sorte que, maintenant, les principaux « centres en sont pourvus. Malheureusement, c’est un système fort dispendieux. Il va sans dire « que nous ne laissons pas ces instituteurs-catéchistes à eux-mêmes ; dans ce cas, leur utilité « serait de courte durée. « Nous tâchons de les voir, au moins une fois par mois, et nous leur « donnons un programme à suivre. De cette manière, ils rendent à la cause de l’éducation « religieuse des services inappréciables. »
« Une belle école des bois est celle de Paukseinbê qui, nous dit M. Maye, dépasse le « chiffre de cent élèves ; 80 d’entre ces enfants sont entretenus journellement à ma résidence, « ce qui porte à près de 900 paniers la consommation annuelle de riz. Etant donné le prix « ordinaire de cette denrée, c’est une dépense énorme, atteignant au bas mot un millier de « roupies. Encore n’est-ce qu’une partie, la principale sans doute, de l’entretien de ces « enfants. »
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* *
« De son côté, M. Perroy, supérieur de l’École normale de Thonze, est tout zèle pour recruter des élèves-instituteurs, les préparer au brevet et répondre aux demandes qui lui sont adressées de toutes parts.
« De même, à Bassein, le Noviciat de Religieuses indigènes suffit à peine aux besoins existants, alors que nombre de Missionnaires me pressent instamment de leur accorder quelques-unes de ces précieuses auxiliaires.
« Nos établissements de Bassein souffrent beaucoup de l’absence forcée de M. Provost, qui s’y est sacrifié corps et âme. Il nous tarde de le voir revenir, parfaitement guéri.
« Deux autres Confrères, MM. Pavageau et Allard, sont aussi, hélas ! retenus par la maladie, loin de leurs postes. La mission chinoise, en particulier, s’est ressentie de l’absence de son zélé fondateur : 30 baptêmes ont été enregistrés.
« Enfin c’est l’Asile des lépreux qui vient d’être privé de son dévoué fondateur, M. Freynet, rentré en France pour soigner une maladie qui le minait depuis longtemps.
« Si les épreuves ne nous ont pas manqué, comme toujours Dieu nous est venu en aide. Pour remplacer les PP. Moïse et Lefebvre, deux nouveaux prêtres, les PP. Stephen et Edouard, ont été ordonnés, le dimanche de la Passion. Un autre le sera, j’espère, avant peu. Où serions-nous sans ces chers et précieux coopérateurs, dont les Missionnaires me donnent les meilleures nouvelles et me font parfois un grand éloge ?
« Dans son ensemble, l’année qui s’éteint a été une année de grâces ; il ne nous reste qu’à remercier la divine Bonté des miséricordes dont Elle a daigné nous combler. »
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