| Année: |
1910 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Foulquier |
IV. — Birmanie Septentrionale
Population catholique 9.651
Baptêmes d’adultes 165
Baptêmes d’enfants de païens 60
Conversions d’hérétiques 10
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Mgr Foulquier commence son rapport par un exposé des épreuves qui ont frappé la Mission de la Birmanie Septentrionale. La Providence n’a pas épargné les douleurs au vénéré Prélat. La maladie a réduit à l’impuissance six de ses Missionnaires qui ont dû s’éloigner du théâtre de leurs travaux, pour demander à un ciel plus clément et à une science plus habile les forces et la santé nécessaires à la continuation de leur œuvre. Un deuil cruel a attristé Évêque, clergé et chrétiens. Un bon ouvrier, jeune encore et plein d’avenir, M. Renolleau, est allé recevoir, après une courte maladie, la récompense de ses belles vertus et de son zèle trop vite arrêté, laissant à tous ceux qui l’ont connu l’impérissable souvenir d’une sainte vie. Deux Religieuses ont été conduites aux portes du tombeau. Une autre est, pour toujours, clouée sur un lit de douleur. Puisque l’histoire de l’église nous enseigne que les œuvres n’ont prospéré que dans la mesure où leurs fondateurs ont souffert pour elles, nous aimons à croire que ces épreuves sont des gages de bénédictions futures.
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« Malgré ces afflictions, poursuit Sa Grandeur, nous bénissons Dieu pour ses bienfaits et sa protection. Le nombre des conversions est resté sensiblement le même que les années précédentes ; le sol à défricher est ingrat. Mais la ferveur, la piété, l’esprit de foi de nos chrétiens se sont développés dans des proportions consolantes.
« Je constate un véritable progrès dans la vie intérieure de mes paroissiens, écrit M. Darne. « L’an dernier, j’enregistrais 14.453 communions de dévotion ; ce chiffre s’est élevé à 18.426, « soit une augmentation de près de 4.000. La cathédrale est devenue trop étroite pour contenir « tout mon peuple. Jusqu’ici elle était ouverte aux Anglais, aux Eurasiens et aux Birmans de « la ville. Désormais il faut penser à créer une nouvelle paroisse. Aussi, le P. Paul s’ occupe-« t-il à recueillir les fonds nécessaires, afin de se mettre immédiatement à l’œuvre, et de bâtir « une autre église, où il pourra recevoir nos 580 chrétiens birmans.
« Je glane encore quelques épis. Je les recueille surtout dans nos écoles. En parcourant mes « registres de ces trois dernières années, je trouve 30 conversions de jeunes gens, fils de « païens, et 10 d’hérétiques, dont l’honneur revient, je suis heureux de le déclarer, à nos « dévoués auxiliaires, les Frères et les Religieuses de la ville de Mandalay. »
« M. Hervy, mon provicaire, qui est à la tête de la paroisse tamoule, donne une note moins gaie. Il déplore l’introduction du luxe parmi ses chers Indiens. Extérieurement, même ferveur, même enthousiasme religieux dans la célébration des fêtes, des processions et des neuvaines ; mais un œil exercé ne peut manquer d’observer un changement profond dans la vie chrétienne des familles. La passion de jouir et la passion de paraître se sont emparées d’un grand nombre. Chacun veut mieux vivre, et un salaire, double et triple de ce qu’il était il y a quelques années, suffit à peine à ses besoins. Le désir de s’élever au niveau des Eurasiens engendre, chez plusieurs, le faste de l’habillement et de l’ameublement. La première conséquence de ces tendances est une diminution notable du nombre des mariages. N’est-il pas à craindre qu’elles n’amoindrissent les âmes en amoindrissant les mœurs ?
« La Chine entre dans les voies du progrès et de la civilisation : on le dit de toutes parts, autour de nous. C’est vrai, au moins en ce qui concerne les dernières entreprises du cher M. L. Lafon, curé de l’église Saint-Joseph des Chinois de Mandalay. Laissons-le nous dire le but qu’il s’est proposé : « Le nouvel établissement, écrit-il, répond à des besoins multiples. Il sera « un refuge pour les pauvres veuves délaissées, un atelier pour les jeunes filles qui trouveront « là un travail tout à la fois rémunérateur et salutaire, une crèche pour les enfants abandonnés. « Ce sera peut-être, un jour, un asile pour les vieillards et un dispensaire pour les malades sans « ressources. Déjà, une de nos Religieuses distribue, chaque jour, une quantité de remèdes « variés, et panse les plaies de nombreux infirmes. Toujours, ce sera un foyer de charité qui « fera comprendre et goûter la religion qui l’alimente. »
« Les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie ont pris la charge de cette institution qui est appelée à faire beaucoup de bien sous leur pieuse et prudente direction.
« En attendant qu’on découvre un sérum qui guérisse la lèpre et délivre ses malades, M. Bouffanais continue son œuvre de zèle et de dévouement, à la léproserie Saint-Jean. « Le « nombre des pensionnaires, qui avait atteint dernièrement le chiffre de 264, est descendu, « nous dit-il, à 221. Je puis noter un progrès réel dans l’esprit qui les anime. Leur inconstance « est encore grande. La liberté est si chère au Birman ! Aller où l’on veut, faire ce qui plaît, « n’est-ce pas l’idéal du bonheur ? Mais, cet idéal s’évanouit devant la réalité. Nos enfants « prodigues nous reviennent bien vite, fatigués de courir et de mendier, couverts de plaies et « mourants de faim. J’ai recueilli, dans l’année, trente baptêmes in articulo mortis. »
« La léproserie ne suffit pas à l’activité et au zèle du cher M. Bouffanais. Il s’occupe encore de l’instruction de 45 catéchumènes, groupés dans un village, au Sud de l’établissement.
« Notre doyen, M. Faure, qui a pris domicile à l’asile Saint-Jean, continue ses travaux littéraires et nous rend de précieux services par la composition d’ouvrages catholiques, en langue birmane, d’une grande utilité pour nos chrétiens.
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« A Maymyo, nous trouvons MM. Jarre et Moindrot, qui, comme de bons ouvriers, sèment à pleines mains et récoltent aussi. En plus de 7 conversions d’hérétiques, ils m’envoient le beau chiffre de 11.729 communions de dévotion. M. Jarre bâtit une chapelle en briques, pour le couvent. Il n’attend que l’approbation du Gouvernement pour construire une nouvelle église pour ses chrétiens, actuellement trop éloignés de la chapelle que nous avons.
« On serait porté à croire que M. Herr a le don de multi-location. On le trouve partout, allant son grand train, faisant express, suivant la pittoresque expression d’un de ses admirateurs. Quand l’aéroplane sera devenu un véhicule pratique, à la portée des bourses apostoliques, nous verrons sûrement notre vaillant Missionnaire faire de fréquents circuits Schwebo-Myitkyina et parcourir, en apôtre infatigable, ses différentes stations.
« Laissant à ses dévoués auxiliaires, M. Ghier et le P. Tobias, l’administration des quatre villages du Sud, il vient d’attaquer la partie Nord de son district. Il avait réussi, l’an dernier, à grouper 25 familles à Palè. Tout allait selon ses désirs, lorsqu’un officier du gouvernement jugea bon de condamner à une amende de cinq roupies tous ces pauvres gens, sous l’étrange et incompréhensible prétexte qu’ils avaient formé un nouveau village sans autorisation préalable. Les appels à l’autorité supérieure étant restés sans résultats, le bruit courut que ces familles avaient été condamnées pour avoir embrassé notre Religion, et celles-ci, redoutant d’autres vexations, remirent leur conversion à une époque plus favorable.
« Comme pour me dédommager de cet échec, écrit M. Herr, le bon Dieu a suscité d’autres « âmes de bonne volonté. A Pwèkan, un petit village de 15 familles apprend les prières. Le « bonze a plié bagages. Son monastère me sert de chapelle et de logement. L’autel du vrai « Dieu a été installé à la place de celui du diable. Les bouddhas reposent bien tranquilles, « relégués dans un coin, attendant la fin qu’ils méritent. Un mouvement de conversions se « dessine dans tous ces parages. Le village de Kyiongon a fourni 20 baptêmes d’adultes : il « compte maintenant 50 néophytes et 40 catéchumènes. »
« M. Ghier se perfectionne encore dans la connaissance de la langue et se consacre avec « zèle à faire de son poste de Payan une paroisse modèle. « Je me suis improvisé professeur « de plain-chant, m’annonce-t-il ; nous avons messe chantée et salut du Saint-Sacrement, « chaque dimanche. Ma chorale est encore bien modeste ; mais c’est un commencement. Par « ailleurs, je n’ai qu’à me louer de la bonne volonté de mes chrétiens qui, par leur docilité, « rendent ma tâche facile, et du dévouement de mon catéchiste, qui me rend les meilleurs « services.
« Le beau poste de Chanthaywa est administré par M. Vulliez. Une épidémie de dysenterie lui a enlevé 26 chrétiens : c’est une grande affliction pour le cœur du Missionnaire. « Nous « devons pourtant, me dit ce Confrère, des actions de grâces à Notre-Dame de Lourdes qui « nous a protégés visiblement, en plusieurs circonstances. Permettez-moi de vous citer, en « particulier, le cas d’une de mes chrétiennes qui vomissait fréquemment du sang depuis le « mois de janvier dernier. Tout remède restait inefficace. Le mal empirait, au point que, au « mois de juin, je la crus définitivement perdue. Je l’invitai, alors, à s’adresser à la sainte « Vierge et à faire une neuvaine en vue de sa guérison. Le dernier jour de la neuvaine, elle prit « un verre d’eau de Lourdes. Un mieux sensible se déclara sur-le-champ. Elle est aujourd’hui « parfaitement guérie, plus forte que jamais et en état de se livrer aux durs travaux des « champs, alors que le moindre travail lui était auparavant impossible. »
« La dysenterie a aussi fait des victimes dans les postes de Monhla et de Chaung-Yo, dont est chargé M. Laurent. Ce cher Missionnaire a bataillé toute l’année pour mettre ses écoles sur un bon pied. Il avait réussi : mais voici que son maître d’école de Monhla, qu’il avait eu tant de peine à trouver, vient de mourir, mordu par une vipère.
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« En pensant aux nombreux missionnaires de Bhamo, tombés sur la brèche, sans avoir eu la joie de cueillir les épis dorés qu’ils entrevoyaient, je suis tenté de dire avec le poète :
Ils sont morts ! Les sillons où sont tombés nos frères
Ont produit moins d’épis que de croix funéraires !
« Nous maintenons pourtant nos positions. M. Faucheux est content de son petit troupeau de Nanhlaing. Les offices sont suivis régulièrement, malgré les distances, parfois fort grandes, qui séparent les fidèles de l’église. Une belle assistance se presse autour du Missionnaire pour entendre ses leçons de catéchisme, qu’il fait chaque jour. Plusieurs catéchumènes possèdent une instruction suffisante pour être baptisés. Par mesure de prudence et afin d’éprouver leurs intentions, notre Confrère les a remis à l’année prochaine. Les enfants de sa petite école lui donnent pleine satisfaction.
« M. Roche, arrêté par la maladie, a dû quitter temporai rement son poste de Meinkat. C’est une grande épreuve et un pénible contretemps pour sa chère mission Shan. Il avait si bien commencé et il entrevoyait de si beaux résultats ! Espérons qu’il nous reviendra bien vite et reprendra l’œuvre qu’il a tant à cœur et pour laquelle il a déjà tant fait.
« Des montagnes Katchin, M. Gilhodes m’écrit : « J’ai remarqué, durant cet exercice, plus « d’animosité que d’habitude, chez nos vieux païens, pour faire apostasier nos néophytes et « décourager nos catéchumènes. En général ceux-ci ont tenu bon. La jeunesse paraît nous être « de plus en plus favorable. J’ai pu enseigner un peu de catéchisme aux 35 enfants qui ont « fréquenté ma petite école pendant la bonne saison. Leur nombre augmentera l’an prochain et « nous pourrons continuer à semer le bon grain qui, peut-être, lèvera un jour. L’arrivée de M. « Charles Lafon nous a remplis de joie. Ce gai et ardent Confrère s’est mis immédiatement à « l’étude de la langue Katchin et, après quelques mois de séjour parmi nous, il a pu remplacer, « à Matan, M. Juéry, obligé de s’absenter temporairement. »
Nous n’avons pas, dans tous nos vieux villages, de chrétiens plus apathiques et plus indifférents que ceux de Chaung-U. J’espérais que le zèle entreprenant et éclairé de M. Remandet parviendrait peut-être à les tirer de leur torpeur. Jusqu’ici le changement n’est pas appréciable, malgré les efforts de notre Confrère pour les réveiller. Nous avons l’espoir que sa persévérance sera couronnée de succès.
« A 10 milles de Chaung-U, se trouve le village de Nabek qui est un foyer intense de vie chrétienne : sur une population de 400 âmes, M. Rupin enregistre 1.962 communions de dévotion. J’ai béni, au mois de juin, la nouvelle église de ce district, construite par M. Couillaud, qui s’y était dépensé corps et âme. Elle est grande, belle et solide. Cette bonne population a raison d’être fière de ce monument à l’érection duquel elle a largement contribué.
« Les postes de Meitktila, de Myingyan et de Thazi sont toujours cultivés avec soin par M. Accarion dont la santé s’est beaucoup améliorée. Celui de Yamethin va bientôt avoir une nouvelle église que l’initiative de M. Hudry se propose de substituer à l’ancienne, mal située et trop petite. Il vient de faire l’acquisition de l’emplacement nécessaire à cette œuvre.
« M. Pelletier et M. Bazin, privés du concours de notre regretté M. Renolleau, ont maintenant plus de travail qu’ils n’en peuvent faire dans le district de Kyaukse. Ils ont fondé le nouveau poste de Sinpiou, qui compte une vingtaine de familles, animées des meilleures dispositions. C’est là que notre cher défunt a contracté la terrible fièvre qui nous l’a sitôt ravi. Il est impossible que le grand sacrifice qu’a coûté cette jeune mission, dès son début, ne soit pas une source de grâces précieuses pour l’avenir. Outre cette fondation, nous devons encore à l’initiative de M. Renolleau la construction d’une maison-chapelle à Kyaukse, où nous n’avions encore aucun établissement catholique, bien que cette ville soit chef-lieu de district. Désormais, non seulement nous aurons un pied-à-terre dans une place très heureusement choisie, mais encore l’administration des catholiques de l’endroit deviendra plus facile et, par suite, plus régulière.
« M. Pelletier a fait construire à Chanthagon une grotte de Notre-Dame de Lourdes, don d’un généreux et pieux bienfaiteur. La Vierge Immaculée a voulu approuver cette œuvre par une grâce insigne accordée à un de nos séminaristes, qu’Elle a guéri, dans des circonstances bien merveilleuses, d’une maladie qui nous faisait craindre pour ses jours. Gloire soit à Marie !
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« Je ne terminerai pas ce compte rendu, conclut Mgr Foulquier, sans adresser mes remerciements à nos Religieuses et à nos chers Frères pour leur féconde collaboration dans les Œuvres de la Mission. Que d’âmes cueillies, un peu partout, sur les chemins de la misère et du vice ; et sauvées, soit par nos Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, soit par nos Sœurs de Saint-Joseph ! Que de vieux et de vieilles infirmes qui, égarés toute leur vie, apprennent enfin, par elles, la voie du Ciel ! Elles sont bien, nos dévouées Religieuses, la rosée céleste rafraîchissant le sol aride de la Birmanie. J’ai eu le bonheur de recevoir au noviciat quatre postulantes, chez les Franciscaines Missionnaires de Marie.
« Nos Frères des Écoles Chrétiennes ont une belle institution, avec 580 élèves. Que de bien ils font à nos enfants, auxquels ils montrent les beautés de notre Religion et dont ils dirigent les pas vers le Cœur adorable de Jésus ! »
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