| Année: |
1911 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Cardot |
III. — Birmanie Méridionale
Population catholique 56.676
Baptêmes d’adultes 542
Baptêmes d’enfants de païens 52
Conversions d’hérétiques 51
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Mgr Cardot nous adresse l’intéressant rapport qui suit.
« Le point culminant du dernier compte rendu fut l’ouverture et la consécration solennelle de notre nouvelle cathédrale de Rangoon. Au début de celui-ci, j’ai plaisir à mentionner la Mission de huit jours donnée à la cathédrale par un Père Jésuite, curé de Darjeeling dans l’archidiocèse de Calcutta, devant une foule chaque jour grandissante, qui avait peine, le soir surtout, à trouver place, même debout, dans le vaste édifice.
« On a évalué jusqu’à 4.000 et plus le nombre des Européens et Eurasiens attirés par le désir de profiter de la parole de vérité et de vie que distribuait l’éloquent religieux qu’est le P. Peal. La vie, ce qu’elle est, ce qu’elle vaut, ses dangers et ses responsabilités, ses joies et ses tristesses, comment elle finira : tel fut le programme développé d’une manière aussi saisissante que pratique par l’orateur.
« Les efforts et les espérances du prédicateur furent couronnés de succès. Nombreux furent les retours à Dieu, et nous eûmes le bonheur d’enregistrer plusieurs conversions d’hérétiques, entre autres celle d’une des personnes les plus en vue dans la haute société de Rangoon, la femme du Directeur des Finances de Birmanie.
« Dieu soit loué et le R. P. Peal remercié sincèrement pour le bien opéré ! Les fruits de la Mission durent encore et se conserveront longtemps, je l’espère, dans l’esprit et le cœur de nos chrétiens de la capitale.
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« A noter également les noces d’or sacerdotales de notre pieux et vénéré doyen, M. Tardivel. Elles furent célébrées, en janvier dernier, dans sa paroisse de Maryland. Je les présidai au milieu d’une affluence de prêtres et de fidèles venus pour rendre hommage au cher jubilaire. Il semblait avoir retrouvé sa jeunesse, tant il était alerte et dispos, s’occupant des détails de la réception et de l’entretien de ses hôtes.
« Une messe solennelle d’actions de grâces fut célébrée par M. Tardivel, assisté de deux autres jubilaires, MM. Luce et de Chirac, qui accomplissaient leurs 25 ans de prêtrise et d’apostolat. Compliments, chants, voire même représentations théâtrales de sujets bibliques, rien ne manqua pour donner à la fête un éclat inouï jusqu’alors dans la profonde et charmante solitude si justement appelée Terre de Marie. Une réunion des Confrères et des chrétiens devant la grotte de Notre-Dame de Lourdes, où nous entonnâmes le Magnificat et les prières de l’Oratoire de Paris, mit fin à cette inoubliable cérémonie.
« Un mois après, vinrent les fêtes du cinquantenaire de l’Etablissement des Frères de Saint-Jean-Baptiste de la Salle à Rangoon (9 septembre 1860). Elles eurent un succès complet, bien digne de l’œuvre sublime et toujours prospère à laquelle ces bons Religieux se dévouent corps et âme depuis 50 ans. Les trois générations élevées à l’Institut Saint-Paul, noble filleul du vénéré Mgr Paul Bigandet, se donnèrent la main en si mémorable occasion.
« L’élite de la société européenne et indigène de la ville répondit à leur appel et sa présence aux jeux et réjouissances de toutes sortes organisés sur le terrain de l’école témoigna de sa haute admiration pour les bons Frères et pour leur œuvre d’éducation.
« Le jeudi 16 février, Son Exc. Sir Harvey Adamson inaugurait une grille d’entrée monumentale, don d’un ancien élève, riche Birman païen.
« Le vendredi 17, Lady Adamson, escortée de la maison militaire du Gouverneur, venait ouvrir le bazar de charité — Fancy Fair — en faveur de l’œuvre de Saint-Paul. Immense fut, jusqu’aux heures avancées de la nuit, l’affluence du public avide d’assister au feu d’artifice.
« Le dimanche 19, je célébrai pontificalement une messe d’actions de grâces. Mgr Foulquier présida l’office du soir et le chant du Te Deum, après lequel clergé et fidèles se rendirent en procession à l’entrée de l’Ecole pour la bénédiction d’une magnifique statue du saint Fondateur de 1’Institut des Ecoles chrétiennes, souvenir perpétuel, espérons-le, des solennités du cinquantenaire.
« Actuellement, Saint-Paul de Rangoon compte 1.217 élèves, dont 812 externes, 220 pensionnaires et 185 orphelins. N’avons-nous pas raison de nous féliciter du précieux concours que les chers Frères apportent à la cause de l’éducation chrétienne à Rangoon ? En renouvelant l’expression de ma profonde et sincère gratitude, je redis de tout cœur : ad multos annos ! à leurs personnes, à leur œuvre dans les Missions, à l’Institut tout entier.
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« Nous étions encore sous la joyeuse impression des fêtes jubilaires, quand, le 8 mars, la nouvelle de la mort de M. Faisandier nous arriva comme un coup de foudre. Non moins inattendue fut celle d’un jeune prêtre indigène, le P. Raymond, décédé au mois de mai. Enfin, le 1e août, s’éteignait pieusement le cher et vénéré M. Jan-zen.
« Terminons ce premier aperçu des joies et des tristesses de l’année par un mot sur la Mission donnée à la paroisse indienne Saint-Antoine de Rangoon, par l’éloquent tamouleur qu’est M. Tour, de la Maison de Nazareth de Hong-Kong. Son passage en Birmanie ne fut rien moins qu’un temps de repos ou de vacances.
« Le succès obtenu a dédommagé le prédicateur de ses fatigues. Ce fut devant un auditoire de plusieurs milliers de personnes que, matin et soir, une heure durant, pendant huit jours, il rappela à nos Indiens de la capitale leurs fins dernières et les vérités pratiques du christia- nisme. Un millier et plus de communions clôturèrent dignement les exercices de la Mission.
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Ayant ainsi exposé les principaux événements de l’année, le vénéré Vicaire apostolique de la Birmanie Méridionale nous fait parcourir, en mettant sous nos yeux les rapports de ses zélés missionnaires, tous les districts et les stations importantes de sa belle Mission dont nous sommes heureux de constater le développement ininterrompu.
District de Henzada. — Population cath. : 9.674. — Conversions : 118. — Bapt. d’enfants de chrétiens : 301.
« Mon compte rendu de cette année, écrit M. Tardivel, est le cinquantième. Votre « Grandeur va le trouver bien maigre pour celui d’une année jubilaire. La cause eu est à « l’émigration de mon peuple. Pendant 50 ans, avec l’aide de Dieu, un missionnaire peut, sans « doute, donner la vie de la grâce à nombre d’enfants spirituels ; mais la plupart s’en allant un « peu dans toutes les directions, au risque de devenir des brebis égarées, il constate avec peine « que sa famille n’augmente pas. C’est la seule ombre noire au tableau de mon cinquantenaire « de prêtre et de missionnaire.
« Je n’ai pu faire qu’un voyage chez les païens pendant la saison chaude. J’ai trouvé « plusieurs familles désireuses d’embrasser la religion chrétienne ; mais comme elles vivent « au loin, entourées de Bouddhistes et d’Anabaptistes, j’ai cru devoir remettre leur baptême à « plus tard. Nombre d’autres païens de ce même village me reçoivent à bras ouverts : mais « c’est tout. Leur parlé-je de se convertir, ils répondent qu’il leur faut encore réfléchir. Or, je « les connais ces Carians soi-disant réfléchis ; ils finissent généralement par s’endormir du « sommeil léthargique de l’indifférence complète en matière de religion.
J’ai enregistré moins de décès durant cet exercice. La perte d’un de mes maîtres d’école « m’a été pourtant fort sensible. Je l’avais baptisé à mon arrivée en mission ; il avait donc près « de 50 ans. Sa mère me le confia à l’âge de deux ans, et, depuis, il ne m’avait jamais quitté. Il « était un des hommes les mieux doués que j’ai rencontrés ici, mémoire et intelligence « supérieures, caractère joyeux, bon chantre, maître aimé de ses élèves. Il connaissait très bien « la religion et l’expliquait avec fruit, le dimanche, dans la chapelle de son village.
« Un des enfants de ce bon serviteur étudie actuellement à 1’Ecole normale de Thonzeh. « Puisse-t-il suivre en tout les traces de son digne père ! Nous avons tant besoin de ces « instituteurs-catéchistes ! Ils occupent des postes de dévouement et nos néophytes sont des « plantes encore trop jeunes pour porter des fruits de sacrifice. Ceux qui se sentent quelque « talent visent plutôt à des places plus lucratives et moins obscures que celle de catéchiste ou « de maître d’école, aimant mieux travailler au service du Gouvernement qu’à celui de la « Mission. »
« Grâce au concours dévoué de M. Charbonnel, le poste de Maryland s’est accru de dix-huit conversions d’infidèles.
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« Ancien vicaire de M. Tardivel et formé pendant huit ans à son école, M. Bouche, quoique seul à Letthama, remarque avec joie un progrès consolant dans les chiffres de confessions et de communions de dévotion chez les chrétiens de la résidence, qui sont environ 250. « La cause, nous dit-il, en est bien simple. Les parents, voyant leurs enfants de huit, « neuf et dix ans s’approcher fréquemment de la sainte Table, ne veulent pas rester en arrière. « C’est là un des bienfaits du Décret Quam singulari. Deux ou trois familles païennes n’ont « pas pu être baptisées ; je n’ai pas eu le temps de me rendre chez elles, à quelque 25 milles « de Letthama. En attendant mieux, j’ose offrir à Votre Grandeur la modeste gerbe de 14 « baptêmes d’adultes. »
« Le missionnaire de Thinganaing, M. Héraud, compte 37 baptêmes, dont quatre conversions d’hérétiques. « J’espère, dit-il, en avoir davantage encore l’année prochaine. « Shagai, où, en 1906, il n’y avait pas un seul chrétien, possède aujourd’hui une chapelle-« école fréquentée, en semaine, par 100 élèves, et, le dimanche, par une cinquantaine de « chrétiens... »
« Comme M. Bouche, M. Héraud constate une plus grande assiduité à s’approcher des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie. I1 est regrettable que, se trouvant seul, il ne puisse pas célébrer tous les dimanches au lieu de sa résidence.
« M. Ravoire se réjouit de la régularité que mettent ses paroissiens de Dambi à remplir « leurs devoirs religieux. « Un bon nombre de grandes personnes assistent tous les jours à la « messe avec les enfants des écoles. Les confessions mensuelles ou bi-mensuelles, en vue de « la communion fréquente, se multiplient. L’esprit de la chrétienté est bon : mais il est pénible « de n’avoir à présenter que 17 conversions. »
« De Dambi, une courte promenade en chemin de fer nous mène à Mittagon-Zaungdan, chez M. Herzog. Sa paroisse ne compte pas moins de 2.500 âmes, qu’il administre avec l’aide de deux prêtres indigènes qui ont déjà passé la soixantaine, les PP. Carolus et Andreas. Il nous
fournit les détails que voici : « Mes espérances ne se sont pas réalisées. Au lieu de trois « villages que je comptais voir embrasser notre sainte Religion, je n’ai pu régénérer que « quelques familles, et recueillir 32 baptêmes d’adultes : il est évident que la conversion des « Carians devient de plus en plus difficile. Tout en prêchant aux païens, nous avons garde de « négliger l’instruction religieuse des anciens et nouveaux chrétiens. Mais les vieux « s’imaginent que nous prêchons et exigeons des pratiques superflues. « La religion change, « disent-ils, elle était jadis plus facile et moins chargée de dévotions. » Quoi qu’ils pensent, « nous ne cessons de les exhorter à une vie de foi plus intense et de leur donner une solide « instruction. »
« Saluant, au passage et de loin, M. Bohn, chargé de Sinlu, nous arrivons à Kyangyin. C’est là que, le 8 mars dernier, M. Faisandier succombait, jeune encore, à une crise aiguë de dysenterie, assisté par son voisin, M. Herzog. Ne pouvant laisser le P. Edouard seul, je me vis forcé de lui donner comme curé un prêtre plus jeune que lui, mais de ceux dont la valeur n’attend pas le nombre des années. J’ai nommé M. Maisonabe.
« La Mission des Chins est loin d’être chose aisée. Au dire de M. Bouche, « ils sont peu « instruits, et se refusent à comprendre la nécessité d’envoyer leurs enfants aux écoles ; ils « émigrent souvent à de grandes distances ; plus que chez les Carians, les questions de « mariage offrent, chez eux, de nombreux obstacles. » Le nouveau titulaire ne manquera pas de nous donner des nouvelles, l’an prochain.
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District de Bassein. — Population cath. : 13.224. — Conversions : 90. — Bapt. d’enfants de chrétiens : 367.
« Durant l’absence de M. Provost, M. Girard, assisté du P. Benoît, a trouvé moyen, en administrant la paroisse et les œuvres de Bassein, de conférer 15 baptêmes d’adultes.
« Mêmes résultats à Paukseinbé. M. Maye nous fait part, lui aussi, des plaintes de ses chrétiens sur « l’évolution religieuse ». « Autrefois, quand on nous baptisa, disent-ils, il « n’était question que de se confesser une fois l’an et de venir à deux fêtes, Noël et Pâques. « Maintenant, c’est tous les dimanches qu’on nous fait venir : ce sont les fêtes du Saint-« Sacrement, du Sacré-Cœur, de la sainte Vierge, du Saint-Esprit, qu’il faut chômer. » Le programme leur paraît chargé ; les dix commandements de Dieu et ceux de l’Eglise s’allongent à n’en pas finir.
« L’un des trois enfants que j’instruis en vue de la prêtrise, ajoute M. Maye, est devenu « presque aveugle en l’espace de trois mois ; les deux autres me donnent satisfaction. « Puissent-ils persévérer ! Les vocations religieuses semblent devoir être plus difficiles parmi « les jeunes filles. La grande objection vient de l’incompatibilité de caractère entre deux races « carianes dont l’une est largement représentée à la Maison-Mère. Prétexte futile, mais tenace « et suffisant pour résister à l’appel du Maître. Tout compte fait, cette année a été meilleure « que la précédente. »
« Le missionnaire de Kyontaloke, M. E. Foulquier, est content de la bonne marche de son poste. Il regrette pourtant que la maladie ait empêché M. Béruard de faire sa visite annuelle à la colonie indienne de Paukpiukwin.
« M. Fargeton écrit de Myaung-Mya : « Le présent exercice n’offre rien de particulier. « L’ère des conversions en masse paraît subir un arrêt. Le P. Pascal et moi, nous n’avons pu « glaner que 15 conversions d’infidèles. Encore est-ce le bon Dieu qui nous les a conduits : « tel, ce condamné à mort qui a réclamé à grands cris le baptême. Le matin du jour de « l’exécution, il voulut entendre une dernière fois le récit de la Passion du Sauveur. Ce fut « presque avec joie « qu’il accepta de mourir en réparation de ses fautes. D’autres se sont « convertis à l’occasion « de leur mariage.
« Je suis heureux de constater, à cette occasion, que nos chrétiens, plus instruits, exigent et « obtiennent presque toujours la conversion de la partie païenne. C’est là une grande « consolation, en même temps qu’une solide espérance pour l’avenir.
« Le village de Chaung Zauk, que j’avais espéré voir venir en masse, ne nous arrive que « par maisons. Cependant, m’assure le P. Pascal, les jeunes n’attendent que la décision de « leurs parents pour se joindre à nous. Mais telle est notre charge qu’à peine pouvons-nous « suffire à l’administration de nos 4.000 chrétiens.
« Nous avons eu, cette année, la communion générale des petits enfants, précédée d’une « retraite de trois jours. Puisse ce premier baiser de Jésus répandre dans leur âme un tel amour « qu’ils ne Le renient jamais ! La prière de ces cœurs innocents est, j’en suis sûr, plus a « efficace pour notre œuvre que nos efforts.
« Je ne sais à quoi attribuer la diminution des baptêmes d’enfants de chrétiens. J’en « cherche la cause, sans en trouver d’autre que la diminution des naissances ; car, cette année, « nous avons visité tous nos chrétiens au moins deux fois. Entre temps, j’ai pu reconstruire le « presbytère. »
« Kanatzogon, M. Cartreau et ses assistants, MM. Sadoux et Mourier, se réjouissent aussi des heureux fruits de la communion fréquente. Vingt baptêmes d’adultes sont venus grossir encore cette belle paroisse de près de 5.000 âmes.
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District du Delta. — Population cath. : 7.535. — Conversions : 95. — Bapt. d’enfants de chrétiens : 207.
« Le missionnaire de Maubin, M. Chagnot, a, lui aussi, la consolation d’enregistrer 29 « conversions d’infidèles dues au zèle de son vicaire, le regretté P. Raymond. Il montait « encore à l’autel le jour de l’Ascension ; puis il s’alitait et mourait le samedi suivant, des « suites d’une attaque de choléra : il avait exercé quatre ans le saint ministère. Je perds en lui, « ajoute M. Chagnot, un compagnon vraiment dévoué dans la peine comme dans la joie. En « fait d’intelligence et d’extérieur, il n’avait guère que le nécessaire ; en revanche il était un « modèle d’obéissance et de zèle. Peut-être poussa-t-il le zèle jusqu’à l’imprudence en ne se « ménageant pas assez. D’une a nature très timide, il eut fort à faire pour surmonter ses « appréhensions. Son occupation favorite était d’expliquer le catéchisme aux enfants. »
« L’extrémité Sud-Ouest du Delta offre à l’apostolat un vaste, mais pénible champ d’action ; car cette contrée est sillonnée en tous sens par d’innombrables criques et arroyos. M. Cathébras va nous dire ses difficultés et ses espérances : « Ce n’est pas en 1909 qu’il eût « fallu fonder le poste de Pyapon, mais en 1885, à l’époque où les Anabaptistes américains « venaient s’y installer. Aujourd’hui, il n’est presque point de village carian important qui ne « compte près de la moitié de ses habitants affiliés à cette secte. Les 26 baptêmes d’adultes « que j’ai administrés proviennent de villages où il existe déjà des chrétiens. »
« Ce que notre Confrère ne nous dit pas, c’est qu’il a obtenu du Gouvernement la donation d’un terrain spacieux à Pyapon même, où il va bâtir une chapelle-résidence, destinée à remplacer le logis trop étroit que lui offre jusqu’ici la charité privée.
« M. Mazoyer s’occupe de l’organisation du poste de Kyaiklat, station centrale des 4.300 chrétiens Tamouls répandus à travers le Delta. Sa chapelle provisoire, devenue insuffisante, doit faire place à une église en brique.
« Enfin, M. Bonnet, qui vient d’achever à Nyaung Gon une belle école de filles, se propose de terminer son installation par la construction d’une église plus belle encore.
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District de Tenasserim. — Population cath. : 4.317. — Conversions : 89 : — Bapt. d’enfants de chrétiens : 159.
« Des raisons sérieuses décidèrent jadis M. Jumentier à quitter la petite ville de Mergui pour aller s’établir au milieu des Carians à Kadai. Ce poste est actuellement dirigé par M. Prades, qui a généreusement triomphé des difficultés du début. « ... Quoique le mouvement de « conversions ne soit pas bien prononcé, m’écrit ce jeune Confrère, il existe néanmoins, « comme le prouvent les 16 baptêmes d’adultes de cette année. Avec un autre catéchiste, le « nombre des néophytes serait plus respectable ; le temps passé par le P. Ambroise et moi à « instruire les catéchumènes serait plus utilement employé à la visite des villages, où nous « risquons d’être devancés par les pasteurs américains.
« Dans une localité où nous avons ouvert une école, leurs efforts ont été vains, et nous y « avons fait 8 nouvelles recrues. Le chef du village se rend chaque soir à l’école avec la « majeure partie des habitants ; ils viennent écouter le chant des cantiques et l’explication du « catéchisme que donne l’instituteur. Que Notre-Seigneur veuille seulement toucher le cœur « de ce chef et tout le village nous est acquis. »
« Grâce aux élèves des Frères et des Sœurs la paroisse Saint-Patrick de Moulmein vient bonne première pour le chiffre des confessions et des communions de dévotion ; ce qui n’empêche pas M. Boulanger de se plaindre de la facilité avec laquelle les parents manquent trop souvent à la messe du dimanche. Le moindre prétexte leur suffit. « Mes chrétiens « Tamouls du district, ajoute-t-il, sont loin d’être groupés comme je le désirerais. Rien de « pénible comme l’administration de ces pauvres Indiens, perdus sur une vaste étendue de « rizières, sans voies de communication. Pendant l’année, 203 se sont approchés des « sacrements. »
« M. Loizeau prend beaucoup de peine, hélas ! sans grand succès, à « entamer la croûte « d’indifférence des Carians de son voisinage. Sa consolation est de posséder a près de lui « d’autres races plus énergiques. La plus nombreuse est celle des Taungthus, généralement « bons travailleurs. Ils sont moins simples, plus défiants que les Carians ; mais, une fois qu’ils « ont donné leur confiance, on peut compter sur eux. » En ce moment trois familles Taungthus sont baptisées et lui donnent pleine satisfaction.
« En l’absence momentanée de M. Mignot, son vicaire, le P. Thomas, administre le poste important de Nyaunglebin, qui compte 1.448 chrétiens. Notre dévoué procureur y fait une visite tous les mois, afin de veiller à la bonne marche des écoles. Les 47 conversions enregistrées sont la récompense du zèle déployé par le P. Thomas et aussi des labeurs et des efforts de M. Mignot. »
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District de Rangoon. — Population cath. : 21.977. — Conversions : 232. — Bapt. d’enf. de chrétiens : 625.
« Le progrès de nos œuvres de la capitale ne se ralentit point. Seule, la Mission chinoise souffre de l’absence prolongée de M. Allard. Son vicaire et remplaçant, M. Picot, doit s’occuper avant tout de la paroisse Saint-Jean, qu’il vient de doter d’une nouvelle cloche, don d’une âme charitable. « Il n’a pu, me dit-il, visiter régulièrement les chrétiens chinois « dispersés aux quatre coins du Vicariat. Néanmoins, la plupart d’entre eux sont descendus à « Rangoon dans le courant de l’année, et en ont profité pour s’approcher des sacrements. »
« Thonzeh, avec ses 1.651 chrétiens, possède aujourd’hui la plus belle église de la Mission, après la cathédrale dont elle reproduit heureusement plusieurs traits d’ornementation. Telles les fenêtres de la nef, reproduction exacte de celles de la tribune de la cathédrale ; telle, encore, la corniche dentelée qui entoure si gracieusement la toiture et donne à l’édifice un air vraiment artistique. M. Perroy, architecte et entrepreneur du monument, peut se féliciter, et nous le félicitons aussi d’avoir suivi les traces et profité des leçons du cher M. Janzen.
« J’eus la joie de bénir le nouvel édifice, le 10 mai dernier, au milieu d’un concours considérable de prêtres et de fidèles, heureux de rendre hommage au zèle infatigable du Supérieur de l’Ecole normale.
« Pendant que son Confrère construisait l’église, M. Granger augmentait son troupeau de 24 conversions de païens.
« M. Joseph Mourlanne enregistre plus de deux fois ce nombre de baptêmes à Gyobingauk (2.000 chrétiens) : il est assisté de l’excellent P. Lucas, qui ne cesse de rayonner à travers les villages, et jusque dans les montagnes du Pégu. Son air ascétique, reflet d’une âme toute embrasée de l’amour de Dieu, est déjà un attrait et une prédication.
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« Un excellent augure et un sujet de confiance en la divine Miséricorde nous vient de notre Petit Séminaire du Sacré-Cœur, à Moulmein, qui atteint, cette année, le chiffre de 16 élèves, le plus haut depuis sa fondation. Le Supérieur, le P. Michaël, aidé d’un séminariste en probation, est satisfait de leur conduite.
« D’autre part, leurs aînés du Collège de Pinang offrent des garanties de persévérance. L’un d’eux, jeune Eurasien sorti de l’école des Frères, nous a été ravi en la fête de saint Joseph. Rien de beau comme le courage héroïque avec lequel sa pauvre mère, veuve et infirmière à l’hôpital de Rangoon, reçut la nouvelle de la mort inattendue de son fils : « Je le « savais ! s’écria-t-elle ; saint Joseph me l’avait dit et montré en songe. C’est le troisième « enfant que saint Joseph me prend au jour de sa fête. »
« Nos asiles de lépreux et de vieillards infirmes ne cessent de faire connaître et aimer notre sainte Religion. Les excellentes Religieuses qui s’y dévouent de tout cœur ont la douleur de refuser de nouvelles demandes faute de place. Les Petites-Sœurs des Pauvres sont débordées; voici qu’elles élèvent une chapelle séparée en vue d’agrandir d’autant le local pour d’autres pensionnaires. Elles espèrent ainsi doubler la trentaine de conversions recueillies cette année.
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« Nos écoles jouent un rôle nécessaire dans le plan d’évangélisation et de civilisation chrétienne que nous poursuivons. A côté de nous, s’agitent les ministres protestants, Anglicans, Anabaptistes et tutti quanti. Le nombre des écoles neutres municipales ou provinciales va toujours en augmentant. Par ces temps d’instruction à outrance, alors que les protestants de l’Inde et de la Birmanie tendent la main à leurs amis et bienfaiteurs d’Angleterre et d’Amérique en faveur de la race anglo-indienne qu’ils voudraient voir lutter avec plus de succès contre les races asiatiques, au milieu desquelles la population Eurasienne risque de sombrer : en ce moment, dis-je, où le vent qui souffle au Parlement de l’Inde est tout pour l’éducation primaire gratuite et obligatoire, il importe de garder nos positions, de nous préparer même, Si possible, à de nouvelles conquêtes sur le terrain de l’éducation, tant à la ville que dans les bois.
« Nos Confrères le comprennent et mettent tout en œuvre pour multiplier les écoles, persuadés que là est le salut, là est l’avenir. A la ville, c’est une question de vie ou de mort, tant au physique qu’au moral, pour les Eurasiens, qui, d’après les chiffres du dernier recensement, sont par moitié catholiques. Nous nous appuyons avec confiance sur nos chers Religieux et Religieuses Leur inlassable dévouement sait les mettre et les maintenir à la hauteur de la situation.
« En résumé, malgré la pénurie d’ouvriers — la plus dure de nos épreuves — l’Exercice 1910-1911 accuse un progrès réel sur le précédent. Dieu qui mesure le vent à l’aile du passereau sait aussi mesurer sa grâce à notre faiblesse, pour sa plus grande gloire et le salut des âmes dans cette Mission de Birmanie Méridionale. »
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