| Année: |
1912 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Foulquier |
IV. — Birmanie Septentrionale
Population catholique 9.800
Baptêmes d’adultes 274
Baptêmes d’enfants de païens 91
Conversions d’hérétiques 16
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« L’année 1911-1912, écrit Mgr Foulquier, a été, pour la Mission de Birmanie Septentrionale, une année de grandes épreuves, mais aussi de douces consolations.
« Nous avons d’abord à déplorer la mort de M. Hudry, jugé par Dieu mûr pour le ciel après quatre années seulement de labeur apostolique, perte qui nous a été d’autant plus pénible que plus rares seront maintenant les ouvriers venus de France. Le district qu’il administrait, a été confié aux bons soins de M. Accarion, qui, à peu près rétabli, s’en occupe avec beaucoup de zèle.
« La maladie a éprouvé plusieurs de nos Missionnaires : quelques-uns ont dû quitter la Mission pour un temps, et leur absence se fait péniblement sentir parmi nous ; d’autres, MM. Jarre et Roche, ont été bien près de la mort. Toutefois, Dieu nous les a conservés et ils ont pu reprendre leur travail.
« Les épreuves matérielles ne nous ont pas manqué non plus. Le 23 mai dernier, un fort tremblement de terre, qui dura environ 30 secondes, causait à nos établissements de Mandalay des dégâts très considérables ; après quatre mois de travaux, ils ne sont pas encore entièrement réparés. La solidité du clocher de notre cathédrale a été très compromise. A l’étage supérieur de l’évêché, les murs étaient tellement crevassés que le toit menaçait de nous écraser ; force fut de les démolir complètement, pour les reconstruire plus solidement. Mais c’est le bâtiment principal de la Léproserie Saint-Jean qui a souffert le plus ; la tour centrale carrée a dû être démolie et le reste du bâtiment consolidé avec des barres de fer.
« Le tremblement de terre fut suivi de la famine. La Birmanie est essentiellement un pays de riz, et la production en a augmenté considérablement depuis plusieurs années. La dernière récolte fut une des plus abondantes qu’on n’ait jamais vue, et pourtant le prix du riz a presque doublé. Ce qui se payait auparavant 9 roupies (15 francs), se paye maintenant 17 (plus de 28 francs). Lors de la famine de 1892-93, la récolte avait complètement manqué dans la plupart des districts de Birmanie Septentrionale. Toutefois, le prix du riz ne s’était jamais élevé si haut. La spéculation, une exportation trop considérable, le manque de prévoyance des cultivateurs qui vendent leur récolte d’avance ou au moment de la moisson, sont tout autant de causes de la crise que nous traversons. Mais sera-ce seulement une crise ? Quoique la récolte prochaine s’annonce bonne, des gens avisés prévoient que le prix du riz se maintiendra aussi élevé pendant plusieurs années.
« Au milieu des épreuves, Dieu a béni le zèle de ses ouvriers. Les quelques chiffres comparatifs des résultats des années 1911 et 1912 le prouvent nettement.
1911 1912
Conversions d’hérétiques 10 16
Baptêmes de païens 149 214
Baptêmes in articulo mortis 44 60
Baptêmes d’enfants de païens 70 91
Confessions annuelles 3.952 4.267
Confessions de dévotion 33.620 41.009
Communions pascales 3.857 4.199
Communions de dévotion 67.148 86.071
« Depuis quelques années, bien malgré nous, nous avions dû cesser d’entretenir un Petit Séminaire et nous n’avions que quelques élèves à Pinang. Au mois de juin dernier, nous avons eu la consolation de le reconstituer. Il compte aujourd’hui 14 élèves. A la Trinité, deux nouveaux prêtres indigènes, anciens élèves de Pinang, étaient ordonnés, et c’est à l’un d’eux qu’a été confié le soin d’initier au latin nos jeunes séminaristes. Ces jeunes gens ont été choisis par les Missionnaires, parmi les meilleures familles d’anciens chrétiens, ce qui fait espérer qu’un bon nombre persévérera et qu’ils deviendront de bons prêtres.
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* *
« Passons maintenant en revue les divers postes fondés depuis 1890, c’est-à-dire quelques années après l’annexion de la Haute-Birmanie par l’Angleterre ; voici ce que disent les missionnaires qui en sont chargés.
« M. Roche, résidant parmi les Shans, à Meinkat, au nord de Bhamo, a enregistré 48 baptêmes d’adultes, dont deux in articulo mortis. Meilleurs seraient les résultats, si le missionnaire ne se voyait arrêté tous les ans par la fièvre.
« M. Roche s’était fixé, au commencement de l’année, un magnifique programme qui fait honneur à son zèle apostolique. Il voulait instruire les catéchumènes de Meinkat, pour les baptiser en avril. Il s’installait ensuite à Namtheung, les chrétiens de cet endroit ayant grand besoin qu’on leur rappelât les principales vérités de la religion chrétienne. De là il surveillerait deux de ses catéchistes chargés d’enseigner les prières à Tali et à Longkwan. De retour à Meinkat, il préparerait la première communion.
« Malheureusement, la fièvre qu’il n’attendait qu’en juin vint en mars ; il ne put réaliser que la première partie de son plan, et c’est enveloppé de couvertures qu’il fit les dernières instructions. Si M. Faucheux n’était venu à son secours, il n’aurait même pas pu terminer cette première œuvre. Le jour du baptême, il ne put célébrer la messe.
« Le lendemain, allant à Bhamo, il fut pris de la jaunisse ; la fièvre devint si forte qu’on crut prudent de lui administrer sans retard les derniers sacrements. Mais, grâce à Dieu et aux soins d’un bon docteur, il revint à la santé, et put, après un mois et demi de repos, reprendre son fructueux travail au milieu de ses chrétiens. « Ils ont, dit-il, la meilleure bonne volonté ; « ce ne sont pas des perfections, loin de la ; mais je constate en eux un progrès sensible et « constant. Je lutte de tout mon pouvoir contre le respect humain, qui, à Meinkat, empêche un « grand nombre de familles païennes de venir à nous. Je dois avouer n’être pas secondé dans « cette œuvre par mes chrétiens ; ils manquent totalement d’esprit de prosélytisme ; il semble « qu’ils aient peur que le ciel soit trop petit pour tous, où qu’ils tiennent à rester le petit « troupeau dont parle l’Evangile. »
« M. Faucheux, établi à Nanhline, nous raconte ainsi le résultat de ses travaux. « L’événement le plus consolant de l’année a été le baptême d’une trentaine de catéchumènes, « ce qui, avec les anciens convertis, me fait un bon petit groupe de chrétiens. Il y a encore « beaucoup à faire pour ramener mes néophytes à la pratique d’une vie vraiment surnaturelle, « car leur instruction est encore très peu développée. Je suis toutefois assez content d’eux, et, « si le souci de leurs intérêts matériels m’absorbait moins, je pourrais encore tirer meilleur « parti de leurs bonnes dispositions. »
« La mission Katchin n’a fait, il faut bien le dire, que de très faibles progrès, au cour des dernières années ; les rapports des Missionnaires qui travaillent au milieu de ces sauvages, attribuent tout cela au manque d’aides et au manque de catéchistes. D’ailleurs, la mentalité de ces populations est si étrange qu’elles considèrent l’enseignement de l’Européen tout à rebours. C’est ce qu’affirme M. Juéry. « Notre qualité d’étrangers, dit-il, fait que tout ce que « nous leurs disons ou enseignons n’est pas cru, on n’est accepté qu’avec réserve. Si, parfois, « ils paraissent ajouter foi à nos paroles, C’est plutôt par convenance que par conviction. Par « contre, que les Chinois, les Shans ou les Birmans leur racontent les fables les plus absurdes « ou leur affirment les choses les plus invraisemblables, ils sont crus aveuglément, parce « qu’ils sont leurs voisins. »
« MM. Gilhodes, Ch. Lafon et Juéry, qui travaillent au milieu de ces peuplades, sont tous d’avis qu’il leur faudrait des catéchistes Katchins, ou du moins parlant assez bien leur langue, assez bien instruits de la religion, pour les aider dans leur apostolat. Mais il est très difficile de trouver ces catéchistes. Nos chrétiens Birmans ne veulent pas aller sur ces montagnes, au milieu des Katchins, dont la langue, les us et coutumes diffèrent complètement des leurs. Les Missionnaires en seront nécessairement réduits à former eux-mêmes quelques catéchistes parmi leurs quelques catéchumènes Katchins. Ils en ont, en effet, un certain nombre qui, depuis plusieurs années, apprennent les prières et sont instruits des principales vérités de la religion. Mais ces sauvages sont si fermement attachés au culte des esprits, si profondément superstitieux, que les Missionnaires hésitent encore à les baptiser.
« A Schwebo, M. Herr, aidé du Père Tobias, a enregistré 46 baptêmes d’adultes et 3 conversions d’hérétiques.
« Si les 118 baptêmes de cette année, dit-il, sont une source de joie et de consolation pour moi, cette joie et cette consolation sont tempérées par la peine que m’ont causée quelques défections. La principale cause de ces défections, ce sont les mariages mixtes. Il y a, en général, dans nos villages, plus de filles que de garçons, et les filles une fois arrivées à l’âge de se marier, ne trouvant pas toujours de garçons catholiques, trouvent trop facilement des païens.
« Malgré cela nous avançons, lentement, il est vrai, mais constamment, et si le nombre de « nos chrétiens augmente, les convertis s’améliorent sensiblement. Je n’en veux pour preuve « que le nombre de communions, qui est presque le double de celui de l’an dernier, et il serait « bien plus considérable encore, si le missionnaire n’était obligé d’être continuellement en « voyage, allant d’un village à l’autre. La visite ne se fait qu’une fois par mois ; et, lorsqu’il « est dans un poste, les chrétiens des autres villages sont privés du Pain eucharistique.
« M. Herr nous fait savoir aussi que la petite congrégation Tamoule du cantonnement de Schwebo a été dotée d’une petite chapelle, où les chrétiens peuvent se réunir tous les jours pour y faire leurs prières ; elle leur permet l’accomplissement plus régulier de leurs devoirs.
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« Voici ce que M. Pelletier nous dit du district de Kyaukse, qu’il administre avec M. Bazin. « Il n’y a aucun fait notable à signaler, cette année, si ce n’est l’organisation en « paroisse de la communauté chrétienne de Kyaukse, chef-lieu du district. Jusqu’à ces « dernières années, la Mission ne possédait aucun établissement fixe dans cette petite ville « dont la population est, d’après le dernier recensement, de près de 6.000 habitants. Un prêtre « y allait, de temps en temps, faire l’administration des quelques chrétiens, qui, pour la « plupart, employés du gouvernement, ne font, trop souvent, que se succéder rapidement. Il y « a quelques années, le très regretté M. Renolleau se rendait possesseur, au nom de la « Mission, d’un terrain des mieux situés, où il construisait une maison dont une chambre « devait servir de chapelle. Elle fut bientôt trop étroite, et, cette année, grâce à la générosité « d’un riche chrétien, M. Bazin a eu le bonheur de construire une chapelle digne de ce nom. « Quelques Anglais, plusieurs Eurasiens, un assez grand nombre de Tamouls et des Birmans, « voire même quelques Chinois, constituent le groupe, très varié, de nos paroissiens.
« Dans les six autres postes du district, qui sont entièrement composés de nouveaux « chrétiens Birmans, je suis heureux de signaler une plus grande ferveur de vie religieuse « parmi eux. Dans un de nos villages les plus récents, alors que le nombre de baptisés permet « à peine d’obtenir 40 confessions annuelles, je compte, chez des convertis d’hier, près de 600 « confessions et communions de dévotion. »
« A Maymyo, MM. Jarre et Moindrot se partagent l’administration de 1.200 chrétiens, dont 700 Indiens et 500 Anglais, Eurasiens et Birmans. La fondation de ce poste date d’une quinzaine d’années. Maymyo est devenu le sanatorium de la Birmanie, avec résidence du Lieutenant-Gouverneur pendant une grande partie de l’année. En 1904, les troupes Anglaises de Mandalay y furent transférées, et, par le fait même, Maymyo devenait station militaire. M. Jarre construisit une chapelle, non loin du cantonnement, sur le terrain que nous avait donné le gouvernement. Depuis lors, un certain nombre d’offices centraux ont été également transférés à Maymyo ; bon nombre d’employés de ces offices, étant catholiques, sont venus augmenter le troupeau de M. Jarre, Mais, ils vivent tous en ville, à proximité de leur travail, éloignés du cantonnement, et, par le fait même, de l’église. M. Jarre pour leur faciliter l’assistance à la messe et la fréquentation plus grande des sacrements a dû construire une église plus proche de leur lieu de résidence, à laquelle il travaille actuellement ; la bénédiction de la première pierre a eu lieu le 30 mai dernier. En même temps, on bâtit une résidence pour M. Moindrot. Quand tout sera terminé, Maymyo aura deux paroisses distinctes, la ville et le cantonnement.
« Je viens de passer en revue la plupart des districts fondés depuis 1890, je n’ajouterai que quelques mots concernant nos vieux chrétiens et les œuvres de la Mission.
« C’est surtout dans nos anciens postes de Chanthaywa, Chaung-Yo, Monhla, Nabek, Chaung-U et la ville de Mandalay, où se trouve d’ordinaire un missionnaire à poste fixe, et qui sont composés en grande majorité de vieux chrétiens, que la fréquentation des sacrements est la plus grande, et la vie chrétienne la plus active.
« Nos œuvres de charité et nos maisons d’éducation sont un bien très précieux pour la Mission.
« M. Allard, chargé pour le moment de la Léproserie Saint-Jean, pendant l’absence de M. Bouffanais, est très satisfait de ses lépreux. Notre reconnaissance la plus sincère est due aux Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie qui se dévouent avec un zèle admirable aux soins de ces pauvres malheureux. Elles s’occupent non seulement du soin des malades, mais de tous les travaux de l’établissement. Dans la chapelle, le Saint-Sacrement est exposé depuis 7 heures du matin jusqu’à 5 heures du soir ; les Religieuses se succèdent à tour de rôle et leurs prières attirent sur la Mission les bénédictions de Dieu. La Léproserie a hospitalisé, dans le courant de l’année, 343 lépreux ; sur ce nombre, 50 sont morts ; 34 sont rentrés dans leur famille. Le nombre actuel de lépreux soignés et entretenus à Saint-Jean est de 259.
« M. Léon Lafon ne tarit pas d’éloges sur les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, qui ont ouvert un refuge, un orphelinat et un ouvroir, tout près de son orphelinat pour garçons chinois. Cette œuvre, commencée depuis peu, ne manquera pas de croître et de prospérer. Jusqu’ici, les résultats obtenus ont été très consolants. Cependant, les développements en sont lents à cause du manque de ressources ; c’est la pauvreté de saint François.
« L’Ecole Saint-Pierre, tenue par les Frères des Ecoles chrétiennes a maintenu son bon renom. A tout point de vue, elle est de beaucoup la première de toutes les écoles de garçons de la Birmanie Septentrionale. Elle compte actuellement 685 élèves, dont 125 dans les deux High-School, Anglaise et Anglo-Vernaculaire. Pour les résultats obtenus aux examens du Gouvernement, elle occupe une des premières places de toute la Birmanie. Grâce à l’habile direction que lui donne le cher Frère John, son directeur, cette école progresse de plus en plus chaque année. Notre reconnaissance toute entière lui est acquise, surtout pour les soins qu’il prend des orphelins Eurasiens dont la Mission ne pourrait s’occuper.
« Les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition ont dans leur école de Mandalay, pour les Européennes et Eurasiennes, 285 élèves, et en celle de Maymyo, 86 élèves. Parmi ces enfants, il y a 48 orphelines Eurasiennes qui sont entièrement à leur charge. Leur orphelinat pour les filles birmanes et autres indigènes compte 145 élèves, dont 126 sont orphelines, entièrement aussi à leur charge ; 24 Religieuses seulement se partagent la direction de ces trois établissements ; c’est dire quel dévouement et quel zèle il leur faut pour suffire à la besogne.
« Si la Mission manque de missionnaires pour combler les vides que la mort à faits parmi nous au cours des dernières années, nos chers Frères et nos bonnes Religieuses sont, eux aussi, en bien trop petit nombre, et, en terminant ce compte rendu, notre prière s’élève ardente vers Dieu, semeur des vocations sacerdotales et apostoliques. »
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