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Rapport annuel des évêques

Année: 1913
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Foulquier

IV. — Birmanie Septentrionale

Population catholique 9.962
Baptêmes d’adultes 204
Baptêmes d’enfants de païens 113
Conversions d’hérétiques 16
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« Parmi les missions confiées à notre Société, écrit Mgr Foulquier, la Birmanie septentrionale est une de celles où les progrès, au point de vue des conversions d’infidèles, sont le moins accentués. Depuis vingt ans, le chiffre des baptêmes d’adultes n’a guère varié : il s’est maintenu constamment entre 200 et 300. Ce chiffre, à peu près le même chaque année, prouve que les conversions dues au zèle des missionnaires, ont été glanées çà et là, et ne sont pas le résultat d’un mouvement de conversions proprement dit.
« Quoi qu’il en soit, si l’on veut bien jeter un coup d’œil attentif sur ces vingt dernières années, on voit clairement que la mission a pris un réel accroissement.
« D’abord, le nombre de nos chrétientés a quadruplé, et celui de notre population catholique a plus que doublé. En 1893, nous comptions 4.476 catholiques : en 1913, d’après le recensement fait par les confrères, nous en avons 9.962 ; et ce chiffre est certainement inférieur à la réalité. En effet, les missionnaires n’ont tenu compte que des chrétiens qu’ils connaissent ; or, il y a, dans la mission, des endroits qui n’ont jamais pu être visités, et où l’on trouverait certainement un bon nombre de catholiques.
« En second lieu, la plupart de nos établissements de charité et d’éducation sont nés depuis 1893, ou se sont développés dans des proportions considérables. La léproserie Saint-Jean, qui est, dit-on, un des plus grands établissements de ce genre dans le monde entier, venait à peine
de naître, à cette époque. Les divers pavillons qui la composent, ainsi que la chapelle, le couvent des Sœurs et toutes les dépendances, ont été construits après 1900. 344 malades y ont été soignés en 1912-1913.
« L’école Saint-Pierre, dirigée par les Frères des Ecoles chrétiennes, fut fondée en 1896, et commença avec 80 élèves ; aujourd’hui, elle donne l’éducation à près de 700 élèves. L’orphelinat des enfants chinois, ouvert en 1895, abrite en ce moment 120 orphelins. Le couvent Saint-Joseph comptait à peine une cinquantaine d’élèves eurasiennes et autant d’orphelines birmanes, en 1893 ; or, il compte aujourd’hui 286 jeunes filles européennes ou eurasiennes, et 130 orphelines birmanes. L’école construite en 1896 pour les Indiens, est fière de ses 140 élèves, et le missionnaire qui s’occupe de ces chers Indiens, a dû ouvrir une seconde école dans le quartier-est de Mandalay, où il a déjà 60 élèves.
« Je suis heureux surtout de constater que la vie chrétienne et les pratiques religieuses ne cessent d’augmenter chez nous, comme le prouvent, jusqu’à l’évidence, les chiffres que voici. Pour une population catholique de 10.000 âmes environ en 1912, nous avions 41.009 confessions de dévotion ; nous en avons 57.128, cette année. En 1912, nous avions 86.071 communions ; nous en avons 102.998, en 1913. »

Mgr de Corridallus nous donne ensuite quelques extraits des rapports qu’il a reçus de ses missionnaires.
« Je rends grâces à Dieu, dit M. Hervy, de m’avoir accordé la consolation de bâtir, cette « année, une école et une église. J’avais déjà fait tous les arrangements nécessaires pour « reconstruire mon école de l’est, à Mandalay, sur le même emplacement, avec le moins de « frais possible, lorsque la divine Providence est venue à mon aide, d’une manière inespérée. « J’ai eu la bonne fortune de trouver un terrain plus central, sur lequel j’ai bâti une belle école, « où 60 garçons et fillettes crient et chantent leurs leçons ; tandis que, l’an dernier, dans la « vieille école, je n’avais que 30 élèves. Il me faudrait maintenant un second maître « suppléant ; mais la modicité de mes ressources ne me permet pas de combler cette lacune.
« Une église manquait à Taunggyi ; là encore, la Providence m’a visiblement secouru. Elle « m’a envoyé un homme intelligent et énergique, qui s’est occupé de tout ; si bien que je n’ai « eu pour ainsi dire qu’à bénir a le nouvel édifice.
« Pour le moment, je ne puis guère visiter Taunggyi qu’une fois l’an ; mais, lorsque le « chemin de fer aura abrégé la distance, je compte y faire de plus fréquentes a apparitions. »
« Dans les conditions actuelles, dit Mgr Foulquier, l’administration de Taunggyi, voyage d’aller et de retour compris, ne demande pas moins de trois semaines à M. Hervy ; or, notre confrère ne peut quitter Mandalay, sans trouver au préalable, un missionnaire qui le remplace pendant toute la durée de son absence. De plus, le voyage est physiquement impossible pendant la saison des pluies ; ce qui augmente encore la difficulté.
« M. Jarre, titulaire du poste de Maymyo, songeait, depuis longtemps, à bâtir une église au centre même de la ville. Bien des fois l’exécution de son projet avait dû être remise à plus tard. « Enfin, me dit-il, le bon Dieu a tout arrangé ; Maymyo possède l’église de mes rêves. « Située au centre même de la ville, sur un terrain choisi, elle est grande et belle, et à la portée « de tous les catholiques des alentours. »
« Le 7 mai, j’ai eu la joie de bénir cette nouvelle église, qui est desservie par M. Moindrot. Placée à côté des grands offices du gouvernement, elle procure à une foule de catholiques eurasiens, employés chez le lieutenant-gouverneur et les autres magistrats de Birmanie, qui passent six mois de l’année à Maymyo, toutes les facilités désirables pour remplir leurs devoirs religieux. M. Moindrot éprouve une douce consolation, à voir ces fervents chrétiens assister presque tous les jours à la messe, faire la sainte communion très souvent, et venir d’ordinaire visiter Notre-Seigneur, en se rendant à leur bureau et en le quittant pour retourner chez eux. Notre confrère a ainsi une paroisse de plus de 1.000 chrétiens, dont la conduite exemplaire le dédommage de toutes les peines qu’il se donne pour eux.
« Lorsque M. Herr alla se fixer à Shwebo en 1891, il y avait à peine, dans tout le district, une douzaine de chrétiens, venus d’ailleurs. Or, aujourd’hui, le même district comprend une douzaine de stations, avec autant de chapelles, et un millier de chrétiens. Cette année, M. Herr a enregistré 56 baptêmes d’adultes ; et il fait remarquer que, dans la plupart de ses postes, quelques familles de catéchumènes sont venues s’adjoindre au troupeau dont il a la charge.
« MM. Gilhodes et Juéry ne recueillent encore, parmi les Katchins, que bien peu de consolations. L’inconstance de ces pauvres sauvages a été pour nos confrères, durant le dernier exercice, une cause de continuels soucis. Les Katchins, en effet, diffèrent totalement des Birmans, voire même des Shans, sous le triple rapport des mœurs, des coutumes et du langage ; et c’est pour ce motif qu’il a été si difficile, jusqu’ici, de trouver des birmans qui voulussent remplir, près d’eux, l’office de catéchistes. M. Gilhodes a eu à surmonter de grandes difficultés, pour se procurer et garder un maître d’école. M. Juéry a essayé de former quelques catéchistes parmi ses néophytes katchins ; il n’y a pas réussi. Nos deux confrères ont semé, on peut dire, au milieu des larmes. Que Dieu daigne faire germer bientôt le grain jeté par eux dans le sillon, et récompenser ainsi leurs généreux efforts.
« Chez les Shans, la situation est toute différente ; je dirai même qu’elle est pleine d’espoir, surtout dans la partie administrée par M. Roche. Là, en effet, le missionnaire, malgré les difficultés qui se rencontrent dans tout pays nouvellement évangélisé, trouve de grandes consolations. MM. Roche et Faucheux me disent leur joie de voir ces convertis d’hier, s’essayer à la vie chrétienne et s’approcher souvent des sacrements. De tous côtés, dans cette plaine du Tapin et du Molé, nombre de Shans supplient M. Roche de venir les voir et les instruire de la vraie religion. Avec sept ou huit missionnaires une vingtaine de catéchistes bien instruits, et les ressources nécessaires à leur entretien, en moins de vingt ans, j’en suis convaincu, nous aurions trente mille chrétiens fervents en pays shan. Hélas ! c’est le cas de dire : Messis quidem multa, operarii autem pauci.

« Je ne puis terminer ce compte rendu, sans mentionner le bonheur que nous avons eu de célébrer en famille les noces d’argent de trois de nos confrères, MM. Lafon, Jarre et Herr. Une fête de ce genre passerait pour ainsi dire inaperçue, dans certaines missions ; en Birmanie septentrionale, elle constitue un véritable événement, à cause de sa rareté. Nous ne saurions oublier qu’en vingt et un ans, 15 missionnaires sont morts dans notre mission, et qu’un seul parmi eux comptait plus de vingt-cinq ans d’apostolat.
« Que Dieu daigne accorder une longue vie et un fructueux ministère à nos chers jubilaires de l’année ! »


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