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Rapport annuel des évêques

Année: 1914
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Hervy

IV. — Birmanie Septentrionale

Population catholique 10.004
Baptêmes d’adultes 208
Baptêmes d’enfants de païens 75
Conversions d’hérétiques 15
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« L’exercice qui vient de se terminer, écrit M. Hervy, provicaire de la mission, diffère peu du précédent, et les chiffres sont sensiblement les mêmes. Là où le progrès est le plus marqué, c’est dans le nombre des communions de dévotion, qui ont augmenté de près de 20.000. Tous les missionnaires signalent une recrudescence de vie chrétienne parmi leurs néophytes ; mais la léproserie Saint-Jean et la paroisse de la cathédrale méritent une mention spéciale sous ce rapport.
« Les missionnaires ont mis tout leur cœur à préparer les tout petits à la première visite de Jésus, et leurs efforts ont été bien récompensés. M. Moindrot signale la guérison extraordinaire d’une petite fille tamoule de six à sept ans, qui se mourait à l’hôpital de Maymyo. Les médecins déclaraient qu’une opération, d’ailleurs difficile, pouvait seule sauver la vie de l’enfant, et les parents refusaient de la permettre. Comme dernière ressource, on fit faire à la malade sa première communion. Tout à coup, la fièvre cessa, et elle n’a jamais reparu depuis, au grand étonnement des médecins, qui avouent n’y rien comprendre.

« Il est à regretter, certes, que les conversions d’infidèles ne suivent pas la même marche ascendante que les communions de dévotion. Pourtant, dans la plaine de Bhamo, un sérieux mouvement, déjà signalé l’an dernier, semble se manifester parmi les Shans. Hélas ! vu notre peu de ressources en hommes et en argent, vu surtout l’insalubrité du climat, les missionnaires qui s’occupent de cette partie du vicariat, sont forcés de limiter leur activité. M. Roche, au début de l’année, se trace un beau programme ; mais la fièvre sinistre visiteuse, vient chaque fois, avec une régularité désespérante, déjouer ses plans. Ce cher confrère comptait néanmoins sur un bon nombre de baptêmes d’adultes à Tali, mais la conduite des catéchumènes ayant laissé quelque peu à désirer, leur baptême a été renvoyé à plus tard.
« Sur les montagnes Katchines, M. Gilhodes se plaint que le printemps ne vienne toujours pas. Après tant d’années de travail, il voudrait bien voir enfin germer le bon grain qu’il a confié au sillon. L’hiver, hélas ! se prolonge démesurément, et rien encore n’en fait prévoir la fin. De guerre lasse, notre zélé confrère a mis son dernier espoir dans l’école où il essaie de former la jeunesse, et il y a lieu de croire que ce dernier espoir ne sera pas déçu.

« Nos chrétiens birmans se divisent en deux catégories bien tranchées : les vieux et les nouveaux chrétiens. Des villages composés d’anciens chrétiens, il y a peu de chose à dire, parce que leur administration ressemble à celle des paroisses organisées. Les missionnaires qui en sont chargés, s’efforcent de donner aux enfants une instruction religieuse plus solide par le moyen des écoles ; et de grouper, dans des salles de jeu agréablement aménagées, le plus grand nombre possible de jeunes gens, pour les empêcher d’aller chercher ailleurs des amusements funestes à leur âme.
« Les villages de nouveaux chrétiens occasionnent beaucoup de travail et de soucis aux missionnaires. C’est une vigilance de tous les instants qu’il faut exercer sur les néophytes. Leur mentalité encore à demi païenne, leurs nombreux amis de la veille, les fêtes bouddhistes, si fréquentes et si attrayantes pour un Birman, tout cela rend le travail du missionnaire excessivement pénible, et exige de lui une surveillance presque continuelle.
« Nous avons deux districts de nouveaux chrétiens birmans : les districts de Shwebo et de Kyaukse. Celui de Shwebo comprend 8 villages. Avec un zèle tout apostolique, dont il a dû hériter de saint Fridolin, son patron, M. Herr, qui est chargé de cet immense district, court d’un village à l’autre. Comme les soldats du régiment de Sambre-et-Meuse, il marche sans trêve et sans repos, excitant les uns, corrigeant les autres, exhortant et catéchisant partout. Ce n’est pas une exagération de dire que son visage, encadré d’une barbe touffue, est connu sur toutes les routes du district. Malgré ses efforts incessants, notre cher confrère regrette de ne pouvoir présenter que 26 baptêmes d’adultes, et il fait entrevoir que la moisson de l’an prochain ne sera pas très riche, vu le nombre restreint des catéchumènes qui se sont fait enrôler cette année. Euge, serve bone !
« Le district de Kyaukse, avec ses 6 villages de néophytes, a beaucoup souffert de l’absence de MM. Pelletier et Bazin : c’est du moins ce que dit M. Collard, directeur intérimaire du district. Mais je crois que notre bon confrère, dans son humilité, exagère un peu les choses. Qu’une main plus expérimentée eût pu conduire la barque avec plus de sûreté, soit ; mais dire que le district a souffert, vous vous calomniez, cher M. Collard ! Le fait est que l’administration des villages s’est effectuée d’une façon très régulière, grâce au concours de M. Mandin et d’un prêtre indigène ; le fait est encore qu’un certain nombre de catéchumènes ont été préparés au baptême à Zaugyi et à Sin Pyon, et qu’on n’attend que Je retour de MM. Pelletier et Bazin pour procéder à la cérémonie. Puisse ce retour, si impatiemment désiré par les fidèles et le nouveau pasteur, s’effectuer bientôt dans les conditions les plus favorables !

« Nos écoles de garçons et de filles contribuent, elles aussi, à faire connaître et estimer la religion catholique. Chaque année, un certain nombre d’enfants y sont baptisés. Ceux qui quittent l’école sans avoir été touchés par la grâce, emportent au moins, dans leurs familles, un sincère attachement pour la maison où ils ont été élevés, et une affection, mêlée d’admiration, pour les maîtres si dévoués et si dignes qui ont entouré leur jeunesse de tant de soins. Il est permis d’espérer que, l’âge et la réflexion aidant, ils sauront entrevoir les beautés d’une religion qui produit tarit de dévouements, et se laisseront insensiblement entraîner vers elle. Les Frères des Ecoles chrétiennes et les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, nos dévoués auxiliaires dans l’œuvre de l’éducation de la jeunesse, méritent tous les éloges pour le zèle et le savoir-faire qu’ils déploient dans cette tâche si ardue. Des éloges, c’est tout ce que nous pouvons leur donner, mais le Père céleste leur tresse là-haut de bien belles couronnes.
« A côté des œuvres d’éducation ; il y a les œuvres de charité : orphelinats, refuges, léproserie, qui ont eu leur part dans le travail de l’évangélisation. Combien d’âmes, en effet, ont trouvé dans ces divers établissements la voie de la vérité et du salut ! Hommage à tous ceux qui se dévouent sans compter à ces œuvres sublimes ! Hommage, surtout, aux Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, qui, le sourire aux lèvres, parcourent les salles de la léproserie Saint-Jean, répandant autour d’elles le suave parfum de la charité ! Pendant le présent exercice, elles ont fait près de 30.000 pansements de lépreux...
« Je ne puis terminer ce compte rendu, ajoute M. Hervy, sans parler de notre cher évêque, que la maladie a forcé de s’éloigner de nous, pour aller refaire sa santé, complètement ébranlée par vingt-cinq ans de séjour en Birmane. S’il était ici, il m’imposerait silence, mais il est loin, et j’en profite. Tous, nous déplorons son absence forcée. Il était au milieu de nous comme un père au milieu de ses enfants, et nous sentons vivement le vide que son départ a fait. Comme nous aurions aimé l’avoir près de nous, en cette année surtout, où nous devions célébrer le vingt-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale... C’eût été une occasion pour nous de lui donner des marques plus sensibles et plus tendres de notre affection et de notre respectueuse soumission. Dieu a voulu nous priver de cette fête de famille. Fiat ! Nous unissons nos prières pour demander au ciel son prompt rétablissement, et nous avons la douce confiance que la date de son retour sera aussi celle de la résurrection et de la délivrance de notre bien-aimée patrie. »


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