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Rapport annuel des évêques

Année: 1915
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Cardot

III. — Birmanie Méridionale

Population catholique 60.735
Baptêmes d’adultes 629
Baptêmes d’enfants de païens 55
Conversions d’hérétiques 32
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« Je constate avec douleur, écrit Mgr Cardot, la grande diminution du nombre des missionnaires en Birmanie méridionale, depuis un an. La mobilisation, la mort et la maladie ont fait chez nous des vides qu’il m’est absolument impossible de combler. MM. Mazoyer, Maye, Boy et Loizeau sont à l’armée. Au mois de novembre 1914, un jeune missionnaire, M. Prades, mourait victime d’un empoisonnement accidentel ; au mois de mai de cette année, mon provicaire, M. Luce, était emporté d’une façon presque soudaine, et sa mort causait à la mission une perte irréparable ; MM. Freynet et Ballenghien ont dû retourner en France pour raison de santé. M. Cartreau ne peut ni quitter se chambre ni faire le moindre travail ; M. Tardivel lutte péniblement contre l’âge et les infirmités ; M. de Chirac souffre de toutes les maladies qui l’ont éprouvé successivement dans le passé, et dont chacune a laissé sa trace. En outre, bon nombre de confrères fatigués, sont obligés de se faire soigner, ou de se ménager plus que leur zèle ne le voudrait. Jamais je n’avais vu tant de missionnaires passer par l’hôpital en une année…
« La divine Providence, il est vrai, nous fait trouver une sorte de compensation dans notre clergé indigène. Le nombre de nos prêtres, originaires du pays, est de 19 ; mais plusieurs sont d’un âge avancé et ne peuvent plus guère quitter la résidence, où ils rendent néanmoins des services très appréciables aux missionnaires. Dans quelques mois, j’aurai le bonheur d’ordonner encore trois nouveaux prêtres.
« Les catéchistes sérieux et capables sont trop peu nombreux en Birmanie méridionale. Cela vient, d’abord, de ce que nous n’avons pas d’école pour leur donner la formation voulue. Les missionnaires choisissent leurs catéchistes comme ils peuvent et les forment de leur mieux ; mais cette formation laisse presque toujours quelque chose à désirer. Le manque de catéchistes sérieux vient aussi de ce que la modicité de nos ressources ne nous permet pas de leur assurer le traitement dont ils auraient besoin, pour élever leur famille et tenir leur rang de maître de la doctrine. Avec un nombre suffisant de catéchistes bien formés, nous verrions augmenter immédiatement le chiffre de nos baptêmes d’adultes.

« Grâce à la communion fréquente, la vie spirituelle devient de plus en plus intense parmi nos néophytes. Mais il est un point noir que signalent beaucoup de missionnaires dans leur rapport annuel, je veux parler de la facilité avec laquelle nos chrétiens carians quittent leur domicile pour aller chercher fortune ailleurs. Bon nombre d’entre eux échappent ainsi au contrôle du prêtre et s’exposent à retomber dans le paganisme.
« A Lethama, le vicaire de M. Bouche recherche activement les chrétiens ainsi égarés parmi les infidèles. Il a découvert, dans les montagnes de l’Arracan, deux familles catholiques émigrées de Thinganaing, qui n’avaient pas vu de prêtre depuis 15 ans.
« M. Charbonnel écrit de Maryland : « Bon nombre de néophytes émigrent vers d’autres « districts, plus favorisés au point de vue de l’irrigation des rizières, et par conséquent plus « fertiles. » Il cite un village qui, de ce fait, a déjà perdu 5 familles et va perdre bientôt le reste de sa population catholique.
« M. Mourlanne, titulaire d’Ywegon, a rencontré dans ses courses apostoliques un groupe de ces émigrés de Thinganaing et de Maryland : « Ils font honneur, dit-il, à M. Naude et à « M. Tardive, dont ils sont les disciples.»

Mgr Cardot expose ensuite l’état des chrétiens dans les divers districts de son vicariat, leurs qualités et leurs défauts, les efforts des missionnaires pour amener les néophytes à la communion fréquente, l’affection profonde de ces derniers pour leurs prêtres et l’hostilité des ministres protestants envers les catholiques. Nous devons nous borner à citer quelques extraits du rapport de Sa Grandeur sur ces différents sujets.
« M. Riouffreyt, qui a remplacé, dans le poste de Mergui-Kadai-Tavoy, son ami et compatriote le regretté M. Prades, donne de bien édifiants détails sur l’attachement que les chrétiens ont montré envers leur missionnaire, à l’occasion de sa mort : « Dès qu’ils furent « prévenus, dit-il, les chrétiens de Mergui vinrent à Kadai chercher les restes du missionnaire « dévoué qui avait consacré les derniers mois de son existence à leur construire une église. Le « jour des funérailles, catholiques, bouddhistes et musulmans se réunirent pour lui dire, dans « l’adieu suprême, le respect, l’estime et l’affection que sa vie de travail, d’humilité et « d’abnégation avait su leur inspirer. Le cher défunt laisse aux missionnaires le souvenir d’un « confrère aimable et dévoué, le parfum d’une âme pieuse, humble, toute de charité. »
« Les deux postes de Maubin et de Pyapon ont dû, par la force des circonstances, être réunis de nouveau sous un même titulaire ; et, ainsi que ledit M. Chagnot dans son rapport, ce n’est pas sans détriment pour le bien des âmes. Comme tous les autres chefs de district, M. Chagnot constate la perturbation profonde causée par la guerre, et les difficultés que rencontre le missionnaire dans l’administration des chrétiens et l’évangélisation des païens. Il a remarqué aussi un fait qui n’est pas particulier à son district. « Après la déclaration de guerre, « raconte-t-il, les Américains baptistes annoncèrent la fin de la religion catholique en « Birmanie, car, disaient-ils, les missionnaires devant rentrer en France, les catholiques, « désormais sans pasteurs, seraient bien obligés de se joindre aux protestants. »
« Sous le rapport des conversions, le district de Bassein est le seul qui ait donné des résultats un peu appréciables : « Le chiffre, bien modeste pourtant, de 46 baptêmes d’adultes « n’avait jamais encore été atteint à Bassein, écrit M. Provost. J’ai lieu d’espérer que nous le « maintiendrons, et même que nous le dépasserons désormais, car le mouvement de « conversion s’accentue de jour en jour parmi les populations entamées naguère par les « Baptistes . Avec leurs nombreuses ressources, les Américains, j’en suis de plus en plus « persuadé, ne font que nous préparer les voies. »
« Une de mes grandes joies, écrit M. Maisonabe, a été de faire rentrer deux Chins « anglicans dans le giron de la sainte Eglise. L’un d’eux a pansé quatre années dans une école « de catéchistes anglicans. Frappé des divergences profondes qu’il remarquait dans le culte, « tel qu’il s’exerce dans les églises protestantes de Rangoon et de la banlieue, il a réfléchi, il a « interrogé, et, finalement, il a abandonné l’hérésie. l’autre avait depuis longtemps de « fréquents rapports avec un de mes catéchistes ; il est d’une grande piété. Ces deux « conversions en amèneront d’autres, je l’espère. »
« Dans le district de Myaungmya, tout un groupe de catéchumènes que M. Fargeton était sur le point de baptiser, lui a glissé entre les mains d’une façon bien inattendue. « Il y avait là, « dit-il, deux familles d’anciens chrétiens, auxquelles étaient venues s’adjoindre sept autres « familles cariannes, toutes bien disposées en faveur de notre sainte religion. Des visites « fréquentes augmentèrent les bonnes dispositions de ces braves gens. Depuis un an déjà, ils « avaient l’habitude d’apprendre et de réciter ensemble les prières. Ils se réunissaient le « dimanche dans une petite chapelle pour parler religion. J’allais envoyer mon catéchiste pour « les préparer pendant une quinzaine de jours au baptême, lorsque un ordre du Gouvernement « vint leur interdire de rester ainsi isolés et leur commander de se joindre à quelque village. « Ce fut alors pour eux l’exode, la dispersion ; et pour moi la fin d’un beau rêve. Nous « retrouverons quelques-uns de ces catéchumènes, mais il il n’y aura plus entre eux cette « cohésion, cet encouragement mutuel qui aurait engendré, dans le petit hameau qu’ils « habitaient d’abord, une vie vraiment chrétienne et des habitudes de foi. »
« La mission chinoise, elle aussi, a bien souffert pendant le dernier exercice. Aux causes de stérilité qui lui sont communes avec les autres groupements du vicariat, s’en ajoutent d’autres
que M. Allard expose en ces termes : « L’année, dit-il, n’a été qu’une longue suite d’efforts « pour obtenir un emplacement qui convînt à l’installation de la mission. Le travail « d’évangélisation a été nul pour ainsi dire. Mais nous avons enfin réussi à acquérir une « propriété, et notre œuvre est à la veille de se développer d’une façon satisfaisante.
« Nos petits marchands chinois ont été très éprouvés par la guerre. Les articles qu’ils « débitent sont, pour la plupart, de la camelote allemande ; et, comme elle manque « actuellement, leur commerce est complètement désorganisé. Il est même à craindre que, si la « guerre se prolonge, beaucoup ne fassent faillite. Complètement absorbés par la lutte pour la « vie, les mieux disposés eux-mêmes remettent leur conversion à plus tard. La pauvreté et la « gêne ne sont nullement favorables aux conversions, et une fois de plus se vérifie la parole de « nos Saints Livres : « Paupertatem et divitias ne dederis mihi, sed tantum victui meo tribue « necessaria. » Une troisième cause de notre peu de succès a été l’absence de M. Roy. Les « Chinois de Birmanie parlent quatre dialectes différents, et à moi seul, je ne pouvais me faire « comprendre de tout ce monde. Quand nous serons deux, il sera facile de nous entendre et « d’étudier chacun deux des dialectes en usage parmi nos Chinois. Alors nous pourrons « travailler d’une façon utile et pratique. »

« Les écoles sont d’une importance capitale tant pour l’instruction religieuse des enfants chrétiens que pour la conversion des païens. Aussi les missionnaires font-ils les plus grands sacrifices pour les maintenir et les multiplier. Nos deux écoles normales occasionnent des dépenses considérables à la mission ; mais elles nous fournissent des instituteurs et des institutrices vraiment chrétiens, et nous tenons à conserver coûte que coûte ces précieuses institutions. MM. Perroy et Provost se dévouent à cette œuvre si utile et, grâce à Dieu, leurs efforts sont récompensés par de consolants résultats.
« Nos écoles anglaises des Frères des Ecoles Chrétiennes à Rangoon et à Moulmein, des Sœurs du Bon-Pasteur à Rangoon et des Sœurs de Saint-Joseph à Moulmein et à Bassein voient le nombre de leurs élèves augmenter chaque année et reçoivent du Gouvernement des éloges bien mérités.
« L’école anglo-tamoule de Saint-Antoine à Rangoon a été érigée en « high school » et regorge d’élèves.
« En général, nos écoles de campagne ont beaucoup souffert de la gêne des populations ; néanmoins elles ont été maintenues partout. Dans le district de Maubin, les six écoles de M. Chagnot lui donnent, dit-il, beaucoup de tracas ; mais il en est largement récompensé par les consolations qu’elles lui procurent.
« M. Loizeau a eu la joie d’ouvrir trois nouvelles écoles dans son poste de Theinzeik et il en attend beaucoup de bien.
« M. Allard annonce que l’ouverture de la mission chinoise coïncidera avec l’ouverture d’une école, chinoise d’abord, anglo-chinoise ensuite. Il considère cette école comme absolument indispensable pour les enfants chrétiens et très utile pour amorcer la conversion des païens, dont les enfants seront aussi admis dans cet établissement.
« Le petit séminaire de Moulmein compte 16 élèves tous sortis de nos écoles de district.
« La plupart de nos postes des bois ont aussi leur petit orphelinat. Les missionnaires y admettent autant d’enfants que leurs ressources le leur permettent, et certains font des prodiges d’économie pour soutenir cette œuvre de charité. Les écoles des Frères à Rangoon et à Moulmein, et les couvents des Sœurs dans ces deux villes comptent parmi leurs élèves beaucoup d’orphelins de race anglo-indienne.
« La léproserie de Rangoon, placée maintenant sous la direction de M. Rieu, continue de faire l’admiration de tous. L’asile des vieillards, tenu par les Petites Sœurs des Pauvres, prospère de plus en plus et est devenu une des institutions les plus populaires de la ville. Au couvent de Moulmein est adjoint un petit refuge pour les vieilles femmes.
« Nos deux associations pour Européens et Anglo-Indiens marchent assez bien, mais elles ne sont pas sans se ressentir du défaut capital de ceux qu’elles aspirent à grouper ensemble. Ce terrible défaut est le manque d’union, la jalousie.
« L’association des catholiques Tamouls se développe d’une manière satisfaisante. Elle a créé un petit organe mensuel très intéressant : The Friend (l’Ami). Là aussi l’esprit de caste crée bien des difficultés.
« La Voice, notre organe mensuel, a failli sombrer à la mort de son fondateur, le regretté M. Luce. Le cher défunt faisait tout pour son petit journal : il le rédigeait, en surveillait l’impression, recueillait les abonnements et, chaque mois, l’expédiait lui-même. Nous aimons à espérer que la Voice survivra à son fondateur, grâce à la bonne volonté de tous et de chacun.
« La revue mensuelle birmane, le Semeur, est en vogue parmi nos populations catholiques et parmi les païens. Nos Carians se la passent entre eux et la font lire à leurs amis païens. Puisse-t-elle pénétrer de plus en plus dans la masse et y faire son œuvre de prédication silencieuse !
« L’œuvre des publications du Catholic Truth Society est désormais implantée dans notre mission.
« La guerre crée en Birmanie, comme dans beaucoup d’autres missions, une situation financière particulièrement angoissante. Notre mission, en effet, n’a pas de revenus fixes et assurés. Nous vivons au jour le jour, de la générosité des vieux pays catholiques et de celle de nos chrétiens. La charité catholique ne pouvant plus nous venir en aide comme dans le passé. un projet de denier du culte est en ce moment à l’étude. Réussirons-nous à obtenir un résultat satisfaisant ? Dieu seul le sait. Mais nous devons faire au moins l’essai et tenter l’effort humain, selon le proverbe : « Aide-toi, le ciel t’aidera. » C’est ce que nous allons faire. »


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