| Année: |
1915 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Hervy |
IV. — Birmanie Septentrionale
Population catholique 10.410
Baptêmes d’adultes 206
Baptêmes d’enfants de païens 79
Conversions d’hérétiques 25
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« C’est avec une certaine appréhension, écrit M. Hervy, provicaire de la Birmanie septentrionale, qu’un supérieur de mission voit venir le moment où il lui faudra le compte rendu annuel. Il serait si heureux d’avoir à signaler d’importants succès ! Aussi est-ce d’une main tremblante qu’il déplie, un à un, les rapports que lui envoient les missionnaires. Il note les chiffres, les additionne et, prenant dans son tiroir le tableau des résultats de l’exercice précédent, il fait la comparaison. Hélas ! progrès nul. Sur le coup, le pauvre supérieur serait tenté de tout laisser là et d’envoyer au Séminaire de Paris, ce billet laconique. « Rien à signaler, nous piétinons sur place. » Heureusement, le bon Dieu ne l’a pas fait pessimiste. Il n’est pas de ceux qui, lisant au coin du feu les communiqués du général Joffre, lèvrent les bras au ciel, et disent : « Toujours la même chose...; mon Dieu ! que font-ils donc là-bas ? à quand « la fameuse avance tant de fois annoncée et si impatiemment attendue ? » Non, le supérieur de mission n’est pas de ceux-là. Il se dit qu’on ne doit pas être pessimiste, quand on combat pour le bon Dieu. D’ailleurs il connaît ses lieutenants ; il sait, par expérience, pour avoir lui-même bataillé et souffert avec eux, quelques luttes et quelles souffrances ils ont à endurer. Il se souvient que la guerre en mission, comme en Champagne et en Argonne, est une guerre de tranchées, et que les progrès y sont nécessairement lents et pénibles. Alors son front se déride ; les feuilles qu’il avait momentanément abandonnées sont examinées de nouveau, avec soin, et à la première impression de découragement succède un sentiment de joyeuse confiance. En effet, toutes les positions sont maintenues ; il n’y a pas eu de recul qui vaille la peine d’être mentionné, et quelques succès partiels ont été réalisés. N’y a-t-il pas là de quoi justifier et entretenir la confiance ?
« Je disais tout à l’heure que nous faisions ici une guerre de tranchées ; l’exercice 1914-1915 n’est pas fait pour contredire cette assertion : travaux de sape et de mine, attaques et contre-attaques, rien n’a manqué. Les résultats obtenus sont peu considérables, mais nos troupes demeurent pleines de confiance et d’entrain. Malheureusement, un des nôtres est tombé. Le cher M. Prétot, que la Providence nous avait donné il y a deux ans seulement, et qui semblait appelé à fournir une longue carrière, est tombé, on peut dire, en pleine bataille, le 6 juillet dernier. Sa perte nous est d’autant plus sensible qu’elle était moins prévue, et qu’elle se produit dans un temps où nos réserves en hommes sont épuisées et où le dépôt de Paris est si peu fourni. Mais nous endormons notre douleur par la pensée que déjà, là-haut, celui que nous pleurons a reçu la croix des braves et qu’il est heureux pour l’éternité.
« Il y a eu aussi des blessés, qui, contraints d’abandonner momentanément leurs postes, ont été évacués à l’arrière, où ils ont reçu les meilleurs soins et pris un repos bien mérité. Tous, Dieu merci, sont maintenant retournés au front, à l’exception d’un seul, M. Ruppin, qui a été classé par la Faculté dans la catégorie des grands blessés et a, en conséquence, été rapatrié. Espérons que l’air vivifiant de la Vendée lui redonnera des forces et le mettra à même de rejoindre bientôt le corps expéditionnaire de Birmanie septentrionale. »
Après avoir rendu hommage aux soldats qui sont tombés, M. Hervy nous invite à passer avec lui les troupes en revue ; d’abord, les troupes de première ligne.
« Ils méritent bien le nom de troupes de première ligne, dit-il, ceux qui travaillent exclusivement sur l’élément païen. Ils sont tous les jours aux prises avec l’ennemi du genre humain. La lutte est vive, les attaques fréquentes. L’ennemi se terre, et il est difficile de le déloger de ses abris savamment organisés. Il se terre dans les préjugés qu’il entretient contre tout Européen propagateur d’une religion nouvelle, et dans les superstitions qu’il sait si bien répondre aux secrètes aspirations du peuple ; il se terre dans les haines soulevées contre nous par les sectes chrétiennes dissidentes (protestants, anabaptistes, wesleyens et autres) ; il se terre enfin dans la vie molle et facile que les Orientaux recherchent instinctivement. Voilà les obstacles que nos troupes de première ligne rencontrent devant elles. Est-il étonnant que leurs progrès soient peu sensibles ? Et, si le Dieu des armées n’était pas avec les missionnaires, pourraient-ils même soutenir la lutte ? Parfois, cependant après une vive attaque ils ont la joie de voir quelques unités ennemies, lasses et dégoutées de la vie qu’elles mènent, déserter la légion infernale et se rendre à merci ; mais là se bornent à peu près leurs conquêtes. Demandez à MM. Gilhodes et Juéry, qui combattent le démon katchin sur les montagnes de Bhamo ; demandez à MM. Faucheux et Roche, qui ont devant eux le démon shan dans les plaines insalubres du même district ; demandez à MM. Herr, Collard et Mandin, qui, à Shwebo et à Kyaukse, luttent contre le démon birman : ils sont à même de vous dire contre quelles difficultés leur activité et leur zèle viennent se briser. Est-ce à dire qu’ils n’avancent à rien ? Non, certes. Ils ne font pas de grands exploits ; mais, les unités s’ajoutant anx unités, le nombre de leurs néophytes augmente d’année en année. MM. Gilhodes et Juéry, il est vrai, font entendre une note un peu plaintive : ils ont des adversaires puissants dans les Américains baptistes, dont toute la propagande consiste, ce semble, à dénigrer le catholicisme. Mais, nos deux confrères, non contents de conserver leurs positions, ont agrandi et perfectionné leur école, qui doit servir de point d’appui sérieux pour de prochaines conquêtes. Chez MM. Roche et Faucheux, l’avenir semble plein de promesses. Ah ! si nous pouvions leur envoyer les renforts qu’ils réclament à cor et à cri et dont ils ont si grand besoin ! M. Herr, dans son vaste secteur, se porte sur tous les points menacés ; il est partout à la fois : c’est certainement lui qui a su le mieux mettre à profit les voies de communication. Quant à M. Collard, qui dirige les opérations dans le district de Kyankse, il se réjouit du prochain retour de M. Pelletier, chef habile et expérimenté, que la maladie avait éloigné du champ de bataille, et auquel il sera heureux de remettre le commandement pour reprendre lui-même le second rang. Voilà nos troupes de première ligne passées succinctement en revue ; voyons maintenant celles de seconde ligne.
« J’appelle ainsi les missionnaires qui s’occupent des anciens chrétiens, birmans et tamouls, eurasiens et européens. Ici, nous sommes en pays conquis ; mais que d’efforts à faire encore pour organiser la conquête, consolider les positions et se prémunir contre tout retour offensif de l’ennemi ! En effet, l’ennemi n’est pas loin ; la ligne de feu est toute proche. Ecoutez bien, vous entendez le bruit de la bataille. Voyez les mauvais exemples que nos fidèles ont continuellement sous les yeux. Y a-t-il lieu de s’étonner, si parfois les missionnaires sont forcés de prendre de sévères mesures de discipline, comme l’a fait récemment M. Remandet à Chaungu, en retranchant de la communion des fidèles certaines unités trop indisciplinées ? Mais ces mesures extrêmes, parfois nécessaires, sont toujours exceptionnelles ; car, selon le vieil adage : Plus fait douceur que violence. Qu’ont fait les missionnaires pour maintenir le bon esprit et la discipline parmi les chrétiens ? Qu’ont-ils fait pour organiser la conquête ? Ils se sont mis en contact avec leurs subordonnés, les visitant souvent, les soutenant dans leurs diffcultés, les soulageant dans leurs besoins. Si quelqu’un, dans un moment de découragement ou de folie, paraissait vouloir déserter, ils ont couru après lui, l’entourant, de plus de soins que d’autres, l’exhortant fortement pour lui remonter le moral et l’empêcher de passer à l’ennemi. Par la prédication assidue des vérités chrétiennes, par les catéchismes, ils leur ont montré ce que doit être un bon soldat du Christ ; ils ont stimulé leur ardeur et ranimé leur espérance. Qu’ont-ils fait encore ? Ils ont conduit les néophytes à la source d’eau vive ; ils les ont abreuvés du vin qui fait germer toutes les vertus ; ils les ont nourris du pain des forts : en un mot, ils les ont acheminés vers la Sainte Eucharistie. Combien ont ainsi retrempé leur âme dans la sainte communion ! Pour une population totale de 10.410 catholiques, nous comptons 138.380 communions. Voilà ce qu’ont fait nos troupes de seconde ligne ; comment elles ont consolidé la conquête.
« Pour finir, voulez-vous connaître l’organisation des services de l’arrière ? Un rapide coup d’œil suffira pour vous en donner une idée. Voici d’abord les écoles, où la jeunesse se forme et s’entraîne aux luttes de demain ; c’est un vrai plaisir de voir nos jeunes bataillons scolaires, espoir assuré de l’avenir. Oui, nos écoles nous donnent pleine satisfaction, et nous sommes légitimement fiers d’entendre faire leur éloge par des protestants et des païens. Merci aux Sœurs de Saint-Joseph, merci aux Frères des Ecoles Chrétiennes, merci à tous ceux qui se dévouent à l’œuvre si intéressante et si belle de l’éducation de la jeunesse. Je ne puis m’empêcher néanmoins de regretter que le Frère John, fondateur et directeur de l’Ecole Saint-Pierre, ait été appelé, par la volonté de ses supérieurs, à un poste plus élevé ; et je tiens à lui dire ici toute notre reconnaissance, en lui donnant l’assurance qu’il ne sera jamais oublié à Mandalay, où il a fait tant de bien !
« Voici maintenant les orphelinats. Bon nombre de missionnaires recueillent et élèvent des orphelins dans leurs districts ; mais c’est à Mandalay que se trouvent nos deux grands orphelinats : l’un de filles birmanes, dirigé par les Sœurs de Saint-Joseph ; l’autre de garçons chinois, auquel M. Lafon consacre toutes les ressources de son zèle. M. Lafon est le type du soldat intrépide qu’aucune difficulté ne rebute. Puisse-t-il réussir à faire de ses jeunes recrues une solide compagnie d’avant-garde pour la conversion des Chinois, si nombreux en Birmanie !
« Enfin, voici les hôpitaux, indispensables à une armée comme la nôtre : dispensaires, refuges, pharmacies, léproserie, rien ne manque pour assurer à ceux qui tombent blessés dans le combat de la vie, un bon lit et des soins assidus. C’est à l’hôpital, au dispensaire, au refuge que la charité chrétienne se donne libre cours ; c’est à la léproserie Saint-Jean qu’on admire les sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie soignant avec un dévouement inlassable leurs 300 pensionnaires.
« Somme toute, la situation générale reste satisfaisante dans notre mission, et nous sommes en droit d’espérer qu’un jour viendra, où nous aurons la joie d’annoncer de meilleurs résultats... Quelles que soient d’ailleurs nos épreuves, l’issue de la lutte n’est pas douteuse : le bien triomphera du mal, car Dieu est avec nous. C’est pourquoi nous promettons tous de combattre jusqu’à la mort ; et nous avons l’espoir que l’arrivée prochaine de Mgr Foulquier, notre chef vénéré, retenu loin de nous par la maladie pendant le dernier exercice, donnera une nouvelle impulsion à notre marche en avant. »
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