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Rapport annuel des évêques

Année: 1916
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Foulquier

IV. — Birmanie Septentrionale

Population catholique 10.410
Baptêmes d’adultes 175
Baptêmes d’enfants de païens 76
Conversions d’hérétiques 18
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« L’année qui vient de s’écouler, écrit Mgr Foulquier, s’est passée pour nous dans des conditions presque normales. Toutefois, bien que l’administration des différents postes ait été faité comme à l’ordinaire, j’ai le regret de constater une légère diminution dans presque tous les chiffres des résultats obtenus.
« Au cours de ma visite pastorale, qui s’est étendue à tous les chefs-lieux des districts, il m’a été donné de voir que le zèle des missionnaires ne s’est nullement refroidi ; et que chacun
fait de son mieux pour procurer la conversion des païens, l’instruction des catéchumènes et la persévérance des néophytes.
« Presque toutes nos chrétientés donnent pleine satisfaction aux prêtres qui les dirigent ; deux seulement, composées d’anciens chrétiens birmans, causent de grandes préoccupations à leurs pasteurs. C’est d’abord Nabeck qui naguère encore comptait 400 chrétiens, et qui aujourd’hui n’en a plus que 230. Les autres sont allés chercher ailleurs du riz et du travail. Les jeunes gens surtout, qui étaient l’avenir du poste, sont partis bien loin du missionnaire et de l’église, pour se louer comme domestiques chez des païens, au grand risque de perdre la foi en gagnant un peu plus d’argent.
Chaungu est une cité de 15.000 habitants environ. Dans cette importante localité, les fêtes païennes et les scènes théâtrales se succèdent d’un bout de l’année à l’autre ; il y en a tous les jours, et elles exercent une grande attraction sur les Birmans. Les 340 chrétiens de l’endroit, groupés dans un coin de la petite ville, succombent trop souvent à la tentation et vont voir la fête, la représentation ou la danse, comme les autres. Ils ne participent pas aux superstitions ; mais ce qu’ils voient et entendent a une bien mauvaise influence sur leur moralité.
« En outre, presque tous nos chrétiens de Chaungu vivent de l’élevage et du commerce des porcs. Ils se trouvent par le fait même en relations continuelles avec les païens ; très souvent absents de chez eux, ils parcourent le pays, font des voyages à Mandalay, même à Rangoon, dans l’intérêt de leur commerce. Tout cela les éloigne peu à peu de l’église et des pratiques religieuses ; quelques-uns en sont venus à mener une conduite déplorable.
« Quant aux postes de fondation plus récente, leurs titulaires vont nous dire les résultats qu’ils ont donnés.
« M. Herr écrit de Shwebo : « Durant cet exercice, la ferveur de mes chrétiens s’est « maintenue ; elle a même augmenté, si j’en juge d’après le nombre de communions de « dévotion. Une centaine de néophytes ont été confirmés, et 24 adultes ont été régénérés dans « les eaux du baptême. J’ai eu à déplorer quelques défections ; mais j’ai inscrit avec joie « plusieurs nouvelles familles de catéchumènes, dont 7 à Médawgon. »
« Par suite de la mobilisation de M. Bazin, et de la maladie de deux autres confrères, MM. Pelletier et Collard, de district de Kyauksè se trouve momentanément sans aucun missionnaire : « Je n’ai malheureusement pas une bien grosse gerbe à vous présenter, écrit M. « Pelletier dans son rapport. Le chiffre des baptêmes est très inférieur à celui de certaines « années. Il ne faut pas trop s’en étonner, car le missionnaire ne peut pas toujours planter ; il « doit aussi veiller sur ses jeunes plantes, s’il veut qu’elles se développent et portent des « fruits. C’est ce que nous faisons à Kyauksé, et il me semble que nous pouvons nous rendre « le témoignage d’avoir poussé l’instruction religieuse de nos néophytes aussi loin qu’il est « possible de le faire. A ce point de vue, M. Collard mérite une bonne note. En effet, ce zélé « confrère était encore tout jeune missionnaire, quand la maladie nous obligea, M. Bazin et « moi, à partir pour la France. Or, à mon retour, après trois années d’absence, j’ai été heureux « de voir que les œuvres du district s’étaient maintenues sur un bon pied. »
« La petite église de Zawgye fut bénite le 22 février, qui était le 25e anniversaire de l’ordination sacerdotale de M. Pelletier. Presque tous les chrétiens du district se trouvèrent rassemblés pour cette double fête. Le missionnaire voulut les y préparer par une retraite de trois jours, qui produisit d’excellents fruits.
« La mission Katchin reste dans un état stationnaire. Les 150 catéchumènes qui composent « mon petit troupeau de Lamaïban, écrit M. Juéry, se répartissent en 29 familles. La plupart « sont suffisamment instruits pour recevoir le baptême ; mais leur volonté paraît encore « indécise : ils hésitent à renoncer pour de bon et pour toujours aux Nats ou démons. Leur « mentalité sur Dieu est celle de pauvres sauvages. Pour eux, adorer Dieu n’est pas se « soumettre entièrement à lui et le reconnaître comme souverain Seigneur et maître ; au « contraire, Dieu doit se plier à tous leurs caprices, les préserver de toute infortune et faire « réussir toutes leurs entreprises.
« Cette année cependant, j’ai cru m’apercevoir que cette mentalité commence à changer. « Deux petits enfants étant tombés gravement malades pendant mon absence, deux femmes du « village, plus instruites que les autres, les baptisèrent comme je leur avais appris à le faire « dans mes instructions.
« J’ai remarqué, en outre, que les enfants qui fréquentent l’école se débarrassent bien plus « vite des idées païennes, et que, grâce à eux, l’esprit chrétien se développe dans les familles. « Dernièrement, je demandais à une catéchumène, qui auparavant ne pouvait pas s’astreindre « au repos dominical, comment elle était parvenue à s’amender sur ce point : C’est que, « répondit-elle, mes deux garçons me grondent, quand ils viennent de l’école. »
« MM. Gilhodes et Juéry insistent sur la nécessité des écoles pour arriver à la conversion des Katchins. M. Gilhodes en a établi une à Kutong ; elle est prospère, mais empêche pour ainsi dire le missionnaire de s’absenter jamais. Lui seul sait ce qu’elle lui coûte au point de vue pécuniaire, à cause de la difficulté de trouver de bons maîtres. Il a aujourd’hui pour instituteurs deux Carians munis du brevet pédagogique, qui lui donnent toute satisfaction. Notre confrère désire depuis longtemps avoir une école pour les filles ; mais il manque jusqu’ici des moyens nécessaires à sa fondation.
« L’instruction de la jeunesse a fait, en 20 ans, d’énormes progrès en Birmanie ; elle a pénétré jusque dans les endroits les plus reculés de nos districts. Le nombre des écoles et des élèves augmente d’année en année, et tous les Birmans tiennent à placer leurs enfants dans quelque école. Aussi, chez nous, les Frères des Ecoles chrétiennes, qui n’avaient que 60 élèves en 1896, en ont plus de 700 maintenant. Je dois ajouter que, durant l’année qui vient de s’écouler, les grandes écoles de la mission ont maintenu leur réputation : maîtres et élèves ont été récompensés par les succès obtenus aux examens.
« Bien que la guerre ait presque tari la source des aumônes que nous recevions d’Europe pour l’entretien de la léproserie Saint-Jean, cet établissement a pu vivre grâce aux subsides accordés par le gouvernement ou les municipalités, et aux revenus assurés par son fondateur M. Wehinger. M. Roche, qui dirige la maison, me dit dans son rapport le dévouement des Franciscaines Missionnaires de Marie qui continuent de soigner nos pauvres lépreux. Sur 190 hommes et 118 femmes qui ont été hospitalisés dans le courant de l’année, on a enregistré 60 décès. Le nombre actuel de nos lépreux est de 242. »


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