| Année: |
1917 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Cardot |
III. — Birmanie Méridionale
Population catholique 60.016
Baptêmes d’adultes 370
Baptêmes d’enfants de païens 67
Conversions d’hérétiques 50
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« Depuis mon dernier rapport, écrit Mgr Cardot, la mission a perdu quatre confrères. M. Béruard est mort en France, MM. Cartreau, Sadoux et Tardivel en mission. Ce dernier, notre doyen d’âge depuis longtemps, travaillait encore malgré ses 82 ans; sa mort a causé un vide que j’ai dû combler, faute de personnel, en faisant un autre vide.
Maintenant examinons, si vous le voulez bien, la condition des différentes races de chrétiens qui composent la population catholique de la mission.
I. — Européens et Eurasiens.
Il y en a environ 8.000, dont plus de 7.000 à Rangoon, et le reste en groupements plus ou moins considérables, à Moulmein, Bassein et autres villes du delta et de la côte de Tenasserim. De Tavoy à Victoria-Point, à cause des mines et des plantations, leur nombre augmente sensiblement chaque année, et M. Riouffreyt aurait besoin d’un assistant, connaissant comme lui l’anglais, le birman et le tamoul.
C’est parmi les catholiques européens et eurasiens que se rencontrent les plus nombreuses omissions du devoir pascal, surtout à Rangoon. Un tiers est bon, même très bon ; les indifférents et les réfractaires composent le reste. Parmi les bons, la communion est en honneur, surtout dans nos écoles. Cette année comme les précédentes plusieurs protestants ont abjuré leurs erreurs et sont entrés dans le sein de notre Mère, la sainte Eglise. Quand nos frères séparés peuvent être amenés à étudier le catholicisme, la grâce de Dieu agissant sur les âmes de bonne foi, le premier pas est fait et la conversion est proche. Les brochures des « Catholic Truth Society » de Londres et de Dublin font beaucoup de bien sous ce rapport.
Les écoles européennes ont eu encore cette année de beaux succès aux examens ; le couvent de Rangoon a mérité la première place d’excellence parmi les institutions pour filles, le couvent de Moulmein la seconde place.
Les catholiques, en toute occasion, ont prouvé leur fidélité à la cause britannique pendant cette guerre ; toutes les cérémonies d’intercession publique ont été bien suivies par eux; et ils n’ont pas montré moins d’empressement à donner leur argent aux œuvres charitables de guerre. Nos deux établissements des Frères des Ecoles chrétiennes ont fourni parmi leurs élèves anciens et actuels un beau contingent à l’armée, et de ces soldats, 10 sont déjà tombés au champ d’honneur.
II. — Mission cariane.
Les chrétiens carians sont près de 30.000 dans la mission répartis en 20 stations avec 19 missionnaires européens et 18 prêtres indigènes pour les administrer. C’est dans les districts civils de Henzada, de Myaungmya et de Bassein, qu’on les trouve principalement, en petits groupes et souvent à des distances considérables de la résidence du missionnaire. Ils appartiennent à deux tribus, les Sgaw-Karens (Birmans-Carians) et les Pwo-Karens (Thalines-Carians). L’administration est difficile et ne peut avoir lieu que pendant la saison sèche, de novembre à juin. Le soin des écoles, l’administration des sacrements aux malades et mille autres travaux nécessaires absorbent la plus grande partie du temps du missionnaire ; il ne lui en reste guère à consacrer à l’œuvre de la conversion des païens. C’est peut-être la raison principale du petit nombre de conversions que nous enregistrons chaque année. Mais il faut aussi l’attribuer à la nonchalance et à l’apathie naturelle du Carian. La misère ou la gêne dans laquelle il est tombé ces dernières années, surtout par son imprévoyance, et d’où nous ne pouvons guère le tirer, contribue aussi à le rendre sourd à la parole de Dieu. Les chrétiens eux-mêmes déploient peu de zèle pour amener au christianisme leurs parents, leurs amis, ceux sur lesquels ils ont une certaine influence. Enfin les motifs humains, qui autrefois poussaient les Carians vers le missionnaire catholique et déterminaient leurs premiers pas vers notre sainte religion, n’existent plus aujourd’hui. Nous ne pouvons pas grand chose pour servir leurs intérêts temporels, et ils ne songent guère aux spirituels.
L’œuvre des écoles est la meilleure pour instruire les chrétiens et amener des conversions parmi les païens qui y envoient leurs enfants. Aussi tous les missionnaires s’efforcent-ils de maintenir celles qu’ils ont et d’en établir de nouvelles. Malheureusement nos maîtres d’école catholiques ne sont guère plus zélés que leurs congénères, et le missionnaire a beaucoup à faire pour obtenir d’eux l’enseignement régulier du catéchisme aux enfants. »
Après cet aperçu général sur la mission cariane Mgr Cardot expose la situation de ses différents postes. Nous glanerons quelques traits édifiants.
« M. Fargeton se plaît à constater l’esprit de foi de ses chrétiens. Il en cite cet exemple. Un jeune homme, Gon Yin Léon, baptisé il y a quelque dix ans, à l’époque de son mariage, et fervent chrétien depuis ce temps, devint tuberculeux et ne doutait pas de sa fin prochaine. Ses parents, tous païens, ne cessaient de l’importuner pour le faire participer aux diableries qui, disaient-ils, devaient le guérir ; mais lui voulait sauver son âme, à défaut de son corps. Il prit un moyen héroïque : quittant tout, femme, enfants, parents, il se fit transporter du point le plus éloigné de la mission à l’hôpital de Myaungmya. Il dut user de ruse et tromper tout le monde pour obtenir ce résultat. Trois semaines après, ses parents vinrent le chercher : il refusa de les suivre. Quelle ne fut pas ma surprise, quand je lui en demandai la raison, de l’entendre dire : « Père, ici je suis près de vous, je ne mourrai pas sans sacrements ; là-bas je suis assailli nuit et jour avec leurs diableries ; je n’en veux pas, et j’ai peur que, quand je n’aurai plus ma connaissance, il se livrent sur moi à leurs superstitions. Je veux mourir près de vous. » Il est mort, le cher jeune homme, muni des sacrements de l’Eglise, pressant le chapelet sur son cœur, et je n’ai pas de doute qu’il ait reçu déjà la récompense éternelle.
M. Ravoire, grâce à son école, enregistre plus de quarante catéchumènes. « Dans le village de Beyo, écrit-il, l’ancien Kyang-Taga bouddhiste, qui s’est converti, travaille de son mieux. Il a bâti une chapelle, y a installé deux cloches et s’y rend six fois par jour pour prier. Il a converti sa femme et toute une famille de sa parenté. Les païens de son village sont enchantés d’entendre les d’entendre les cloches : « car, disent-ils, nous savons que Kobé prie pour nous. » Il voulait même faire vœu de pauvreté et de continence ; je lui ai conseillé d’être prudent et de remettre sa décision finale à plus tard.
Dans ce même village de Beyo les hérétiques veulent s’introduire à tout prix. C’est la lutte tangible entre la vérité et l’erreur. L’un des villageois s’étant fait baptiste, ses propres enfants le raillèrent en disant : « Mieux vaut rester bouddhiste que d’embrasser une religion qui n’a ni principe fixe ni hiérarchie. »
III. — Mission tamoule.
Les chrétiens de langue tamoule ne cessent d’augmenter. Cela est dû principalement à l’émigration en Birmanie de nombreux Indiens de la province de Madras qui viennent travailler dans les villes comme coolies ou dans les campagnes comme cultivateurs. Ils sont généralement bien groupés, et il est relativement facile de les administrer, d’autant plus que presque chaque groupe a sa chapelle. C’est ce qui explique qu’avec si peu de prêtre parlant le tamoul on puisse les visiter plusieurs fois chaque année. Cependant il y a aussi des chrétiens tamouls dispersés dans les villes du delta et de la côte de Tenasserirn. Pour les atteindre sérieusement un missionnaire ambulant serait nécessaire. Dans les campagnes, le nombre des mariages réguliers s’accroît d’année en année, comme le montre le chiffre des baptêmes d’enfants de chrétiens, 316 pour les deux postes de Kyaikhat et de Kyauktan. Cela indique que bon nombre de familles s’y sont définitivement établies.
IV. — Mission tchine.
Les tribus tchines se rencontrent au nord et à l’ouest de la mission, sur les montagnes et dans les plaines voisines. Kyangin est le seul poste qui se compose presque exclusivement de chrétiens de cette race. Il y en a aussi qui sont attachés aux postes de Zaungdan, Dambi, Letheman le long de l’Arracan Yoma, sur le versant de l’est. C’est M. Bringaud qui commença avec succès l’évangélisation des Tchins, et ses successeurs l’ont continuée principalement vers le nord.
KYANGIN (HENZADA). — Un missionnaire, un prêtre indigène, 5 catéchistes, 840 chrétiens, 10 chapelles, 11 conversions.
Fondé d’abord à Yenandaung, qui appartenait alors à Zangdan, ce poste a été transféré, il y a dix ans, à Kyangin, sur la rive gauche de l’Irawaddy, d’accès plus facile aux Tchins du nord. On y trouve une maison-école-chapelle et une école de filles. M. Maisonabe qui dirige ce poste avec zèle et intelligence écrit : « Les nouveaux chrétiens, j’entends les baptisés de l’année dernière, m’ont donné pleine satisfaction. Ils se réunissent chaque dimanche pour prier, travaillent durement pendant la semaine et donnent le bon exemple. »
V. — Mission chinoise.
RANGOON ET MOFUSSIL. — Deux missionnaires européens (1 mobilisé), 2 catéchistes, 316 chrétiens, 1 chapelle, 16 conversions.
M. Allard dans son long et intéressant rapport décrit les nombreuses difficultés suscitées par le démon pour entraver le développement de sa chrétienté, et les tracasseries sans nombre causées par une catholique canadienne apostate, maintenant baptiste à tous crins, afin de le forcer à quitter le terrain qu’il occupe, ce voisinage l’irritant au plus haut degré. Grâce à la bienveillance des autorités, cette campagne semble terminée, et la mission chinoise est tranquille. Tout cela a forcé M. Allard à rester à Rangoon plus qu’il ne l’eût voulu, et par suite l’a empêché de travailler comme d’habitude au dehors ; de là le petit nombre de conversions obtenues. La guerre affecte de plus en plus nos petits marchands chinois de l’intérieur. Bon nombre d’entre eux ont dû quitter le pays pour aller chercher fortune ailleurs et constituent une perte pour nous.
Deux des morts de l’année sont aussi une très grosse perte pour la mission. Le Chinois, qu’il soit catholique ou non, suit toujours une personnalité, a toujours un homme qui exerce sur lui l’influence d’un chef. Nos Hakkas avaient parmi les catholiques deux hommes qu’ils reconnaissaient comme chefs, un Kayintchou et un Yountien. Le Kayintchou, converti il y a deux ans, avait un commerce assez important à Rangoon et cinq ou six succursales dans l’intérieur. Sa conversion avait été le fruit de ses longues études, il avait lu de très nombreux livres de doctrine. La guerre l’ayant ruiné, il avait dû se retirer à Pyapon. il jouissait encore d’une grande influence. La peste l’a emporté en quelques heures, ne me donnant pas le temps d’arriver pour les derniers sacrements.
Le chef yountien, baptisé il y a huit ans, était venu de bien loin à la foi. Grand fumeur d’opium, il avait dû faire de grands sacrifices pour arriver au baptême. C’était un homme de jugement très sûr et tous aimaient à s’appuyer sur lui. Au point de vue des vertus chrétiennes, il pouvait servir d’exemple à tous. Poitrinaire à 54 ans, il était reparti en Chine pour éviter les pluies ; il y est mort quelque temps après son arrivée. Se sentant près de mourir, il a envoyé un testament spirituel aux chrétiens. Il y dit en substance : « Je sens la mort venir, et je veux demander à tous pardon de la peine que j’ai pu leur causer même involontairement ; je pardonne à tous ceux qui ont pu m’offenser. Si près de la mort, je vois la vanité de tout ce qui nous entoure. Je demande à tous les chrétiens de bien observer la doctrine et de suivre les avis et les exhortations du père spirituel. Pour moi, presque toute ma vie, j’ai cherché à amasser de l’argent; et maintenant de tout cet argent, je ne puis prendre une sapèque. Ne m’imitez pas, et travaillez surtout pour Dieu et pour votre âme. Que l’amour de l’argent et de la face ne vous détourne jamais de Dieu. Le Maître du ciel m’appelle à Lui, et volontiers je réponds à son appel. Je ne regrette rien de ce que je laisse dans ce monde, et ne veux maintenant que me préparer au jugement. »
Il continuait en maudissant le mauvais chrétien qui vit mal, et finissait par une exhortation à la vertu et à l’amour de Dieu. J’ai vu des païens pleurer en écoutant la lecture de cette lettre qui a produit ume impression profonde chez eux et chez les chrétiens qui le respectaient également. C’est la digne fin de huit années de vie chrétienne intense, car cet homme n’usait de son influence que pour le bien et pratiquait lui-même tout ce qu’il disait. Ces deux morts contribuent encore à la désorganisation de la chrétienté déjà si éprouvée par la guerre.
CLERGÉ INDIGÈNE. — Le recrutement du petit séminaire est régulier ; l’établissement compte 17 élèves se répartissant en trois ou quatre années de latin. Le P. Michel qui le dirige est satisfait de ses élèves. Malheureusement une partie de son temps est prise par la paroisse de Sainte-Marie dont l’administration lui a été confiée pendant l’absence du titulaire, M. de Chirac, retenu en France par son état de santé. Trois de nos élèves, ayant terminé leurs études à Pinang, sont rentrés dans la mission pour y subir leur probation de deux ans ; nous avons encore 14 élèves au Collège général.
ŒUVRES DE CHARITÉ. — Les Petites Sœurs des Pauvres au nombre de 14 ont hospitalisé cette année 197 vieillards dans leur maison de Langoon, qui est au complet et qu’il faudrait agrandir. La guerre n’a aucunement diminué les ressources qu’elles trouvent dans la générosité des habitants de la ville. Cette année elles nous fournissent 17 conversions. La maison de Moulmein continue à donner asile à quelques femmes indigènes ; aucune ne meurt sans avoir reçu le baptême.
La léproserie de Kemmendine continue à prospérer sous l’habile et zélée direction de M. Rieu, aidé de 10 Franciscaines Missionnaires de Marie dont l’héroïque dévouement est connu du monde entier. On y a enregistré cette année 7 conversions. L’asile contient 140 malades qui occupent tout l’espace libre ; il faudra bâtir sans délai. Cet établissement est aussi entièrement entretenu par la charité publique.
ECOLES NORMALES. — La mission a deux écoles normales : celle de Thonze pour les garçons, sous la direction de M. Perroy, celle de Bassein pour les filles, sous la direction de M. Provost et des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition. Elles sont prospères. A l’école normale de Bassein est rattaché un noviciat des religieuses indigènes ; il compte huit postulantes.
DERNIER DU CULTE. — Cette œuvre, qui a été établie à l’avant-dernier exercice, a déjà fourni à la mission quelques ressources appréciables. Les chrétiens des villes ont montré plus de générosité que les autres. Il est vrai que ceux-ci n’ont guère les moyens de se montrer généreux ; la récolte a été mauvaise en beaucoup d’endroits et les coptributions qu’ils ont dû fournir aux œuvres de guerre leur ont enlevé le peu de roupies dont ils pouvaient encore disposer. »
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