| Année: |
1917 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Foulquier |
IV. — Birmanie Septentrionale
Population catholique 10.372
Baptêmes d’adultes 212
Baptêmes d’enfants de païens 86
Conversions d’hérétiques 25
____
En commençant son compte rendu Mrg Foulquier rend témoignage au zèle et à l’activité de ses missionnaires, qui ont travaillé et remué sans relâche le terrain confié à leurs soins ; mais il constate que la Birmanie septentrionale ne semble pas promettre dans un avenir prochain une riche moisson.
« Le Birman, écrit Sa Grandeur, offre en effet un terrain très peu favorable à l’éclosion de la foi et des vertus chrétiennes. C’est une de ces natures faites d’insouciance, de frivolité et d’inconstance où la bonne semence de l’Evangile ne peut germer que difficilement et comme par miracle.L’insouciance du Birman ! Point n’est besoin d’un long séjour en Birmanie pour la toucher pour ainsi dire du doigt. Pourvu qu’il ait aujourd’hui son riz et son cigare, le Birman ne se soucie guère du lendemain. Il dépense aisément en un jour le fruit d’une année de travail, quitte à vivre ensuite d’expédients, c’est-à-dire, le plus souvent, d’emprunts. Si encore cette insouciance native se bornait aux choses matérielles, ce ne serait que demi-mal ; mais elle s’étend aux choses qui intéressent au plus haut point l’âme et sa destinée. Cette insouciance, cette espèce d’apathie et d’indifférence pour ce qui touche ses intérêts les plus essentiels, est sans aucun doute, le plus grand obstacle à la conversion du Birman.
Un autre défaut de son caractère, c’est la frivolité. Je me fais difficilement l’idée d’un peuple plus léger que le peuple birman. A l’insouciance de la cigale, il joint un amour immodéré des jeux, des fêtes et des chansons. Le Birman a toujours la chanson sur les lèvres et la moindre musique lui chatouille les pieds. Par les nuits claires et chaudes, penchez-vous sur votre balcon pour humer un peu d’air frais, au-dessous de vous, vous entendez le Birman qui passe, hurlant à tue-tête sa chanson, réminiscence du « pwé » ou opéra auquel il a précédemment assisté, car le Birman est fou du « pwé ». Pour une de ces représentations théâtrales, il oublie facilement le manger, le boire et le dormir. A certaines époques de l’année, surtout après la récolte du riz, il y a de ces « pwé » partout. Alors vous pourriez voir de longues théories de vieux et de vieilles, de mères de famille avec leurs tout petits enfants, de jeunes gens et de jeunes filles rentrant à la maison à la pointe du jour, avec une couverture ou une natte sur la tête ou sous le bras. D’où viennent-ils ? Du « pwé » où ils ont passé toute la nuit, et soyez sûrs qu’ils sont tous prêts à recommencer la nuit suivante. Une pareille passion pour des spectacles qui n’ont rien de moralisateur, prédispose évidemment très peu à recevoir les graves enseignements de l’Evangile.
Insouciant et léger, le Birman est aussi inconstant. Une vérité vient-elle à le frapper ? il l’accepte volontiers et sincèrement, je crois ; mais il a tôt fait de l’oublier. Après vous avoir écouté, il dit : « C’est bien, c’est vrai. » Il n’en fait ni plus ni moins ; et le lendemain, il est revenu à ses propres doctrines. En outre il est indéniable que le Birman s’attache souvent plus à la personne du missionnaire qu’aux enseignements qu’il donne, et à la religion qu’il représente : c’est un fait constaté que, maintes fois, la mort ou le déplacement d’un missionnaire ont été la cause de défections.
A ces obstacles provenant du caractère même du Birman, il faut ajouter une multitude de difficultés qui viennent de l’extérieur. Sans parler de celles qui sont communes à tous les âges et à tous les pays, il y en a d’autres qui sont d’une certaine manière particulières à la Birmanie, et qui se sont révélées formidables à notre époque. De celles-ci il faut bien dire un mot.
Celle qu’il faut mentionner tout d’abord parce qu’elle est toute d’actualité, c’est l’éducation. Ces dernières années, il s’est ouvert un peu partout de nombreuses écoles, voire même des « high schools » exclusivement bouddhistes, et une campagne très active a été menée pour engager les parents à n’envoyer leurs enfants que dans ces écoles. Les journaux de la région, rédigés par des Birmans influents, ont poussé le cri d’alarme, publiant à tous les échos que la foi bouddhiste était en danger. L’un d’eux, « The Star of Burma », a nommément
désigné notre école de Frères comme un centre de prosélytisme dangereux. Pendant les vacances qui ont précédé la grande rentrée, tout a été mis en œuvre pour détourner de nous la jeunesse birmane. Mais malgré cette propagande insensée, l’école Saint-Pierre reste pleine ; ses magnifiques succès plaident en sa faveur; la discipline et le bon ton qui y règnent sont tellement connus, que les bonnes familles birmanes font la sourde oreille aux déclamations enragées des ultra-bouddhistes. Il n’en est pas moins vrai que nous avons à faire face à une recrudescence du bouddhisme. L’engouement factice ou réel d’un certain nombre de lettrés européens pour les faits et gestes de Bouddha, n’a pas peu contribué à réveiller une religion qui semblait s’assoupir, en attendant de rentrer dans le néant. De tous côtés, des associations se forment sur le modèle des sociétés américaines et anglaises déjà existantes, pour ranimer les vieilles croyances dans le cœur de la jeunesse birmane qui a une tendance de plus en plus marquée à s’affranchir de tout joug religieux. De là ces «Young Men Buddhist Associations » qui ont pris racine un peu partout dans les centres de quelque importance. Qu’en sortira-t-il ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais il est de toute évidence qu’il n’en sortira rien de bon pour nous et notre sainte religion. »
Après avoir ainsi longuement exposé les obstacles que dans la Birmanie septentrionale rencontre le zèle des missionnaires, Mgr Foulquier continue : « M. Herr, après des tracas et déboires de tous genres a fini par mettre la dernière main à son église de Myikyina qui fut solennellement bénite en janvier dernier. Depuis, toute son activité s’est tournée vers un village autrefois presque entièrement catholique, mais qui, depuis près de cent ans, avait abandonné toutes les pratiques chrétiennes. A cette époque déjà reculée, les missionnaires étaient très peu nombreux, deux ou trois au plus, et ces chrétiens n’étant ni visités, ni soutenus, étaient très peu à peu retombés dans le paganisme. Dernièrement quelques-uns d’entre eux ont manifesté le désir de revenir à la religion de leurs pères. M. Herr, tout heureux de ces bonnes dispositions, s’est transporté à Letsangyi (c’est le nom du village), y a bâti une chapelle provisoire, et poursuit activement l’instruction de ces nouveaux catéchumènes. Nous souhaitons plein succès au vaillant défricheur.
Un autre événement marquant de l’année a été le cinquantenaire de l’arrivée à Mandalay des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition de Marseille. C’est en effet en 1866 que deux sœurs de cet ordre furent envoyées de Rangoon par Mgr Bigandet, pour fonder une école à Mandalay. Le petit bulletin catholique The Voice a raconté les débuts et les développements successifs de cette école qui, comme le grain de sénevé, est devenue un grand arbre abritant sous ses rameaux des centaines d’orphelines. En novembre dernier, alors que tous les missionnaires se trouvaient réunis à Mandalay pour la retraite annuelle, nous avons fêté en famille le cinquantième anniversaire de cette fondation. Une grand’messe pontificale fut célébrée dans la chapelle du couvent. Jamais ce lieu béni n’avait entendu un si joyeux Te Deum. Nous ne saurions laisser échapper une occasion si belle de renouveler ici à ces Sœurs si dévouées l’expression de notre reconnaissance pour l’aide inappréciable qu’elles nous ont fournie pendant ces cinquante dernières années, et de leur offrir à l’avance tous nos remerciements pour les services plus grands encore qu’elles s’apprêtent à nous rendre à l’avenir. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|