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Rapport annuel des évêques

Année: 1918
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Cardot

III.  Birmanie Méridionale

Popolation catholique 60.046
Baptêmes d’adultes 361
Baptêmes d’enfants de païens 104
Conversions d’hérétiques 66
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« Pendant le dernier exercice, écrit Mgr Cardot, l’état de la mission est resté stationnaire pour les raisons suivantes : pauvreté croissante de nos chrétiens indigènes, développement des associations bouddhistes, toutes néfastes par leur influence sur les Carians, pénurie de Missionnaires, insuffisance des ressources matérielles.
« La Mission a perdu deux de ses meilleurs prêtres indigênes, les PP. Carolus et Daniel. Quoique avancés en âge, ils rendaient d’immenses services par leurs talents et leur zèle, leurs successeurs auront beaucoup à faire pour les remplacer.
« Ceci dit, voici quelques détails sur les différentes races que nous évangélisons :

Européens et Eurasiens ( Métis ).

« Les Européens et surtout les Eurasiens sont sont notre force à Rangoon ainsi que dans les autres villes de la Basse-Birmanie ; en général, ils donnent des satisfactions et méritent d’être loués pour leur participation aux œuvres. Malheureusement trop d’entre eux, dans la grande paroisse de la cathédrale, ne remplissent pas leur devoir pascal ; et parmi les autres, la communion fréquente n’est pas encore en honneur.
« La paroisse de Saint-Jean paraît un peu plus fervente. L’agrandissement de l’église s’impose, mais il faut le remettre à plus tard à cause de la cherté des matériaux.

Mission Cariane.

« Le nombre des chrétiens de cette race a diminué depuis le dernier exercice, alors que, par les baptêmes de païens et d’enfants de chrétiens, il aurait dû augmenter d’un millier environ. Cela vient de ce que beaucoup d’anciens fidèles ont émigré ou cessé de pratiquer le religion. La situation matérielle de nos Carians s’aggrave par suite de leur paresse, de leur facilité à emprunter et à dépenser. La guerre a augmenté leur misère. En effet, faute d’acquéreurs et surtout de bateaux pour le transporter, le riz s’est mal vendu quand il a été possible de le vendre. De là des emprunts que les cultivateurs n’arriveront jamais à payer.
« Quelques extraits des rapports des missionnaires chargés des différents postes archèveront de renseigner sur la situation de la Mission.
« Gyobingank, 2.175 chrétiens, 1 missionnaire européen, 2 prêtres indigènes, 12 chapelles ; 31 conversions.
« Nous avons à déplorer cette année, écrit M. Pavageau, la mort du P. David ; c’était un zélé missionnaire et un excellent prédicateur. » Il est toujours difficile d’administrer les chrétiens des montagnes de l’est ; ils ne veulent ni descendre dans la plaine, ni envoyer leurs enfants aux écoles, et la malaria qui sévit chez eux empêche d’y placer en permanence des maîtres et des catéchistes. »
« Thonze  1.987 chrétiens  1 missionnaire européen  11 chapelles  26 conversions.
« Les Birmans bouddhistes », écrit M. Granger, « poursuivent avec acharnement leur « propagande anti-chrétienne soit en formant des associations, soit en ouvrant des écoles « établies selon leur système, et leurs nombreux chefs ne manquent jamais l’occasion « d’exercer une pression et de détourner de nous leurs compatriotes. Les Carians, manquant « en général de caractère, se laissent facilement entraîner par leurs voisins bouddhistes et « tombent dans le scepticisme. »
« D’autre part, la formation religieuse des enfants carians cause beaucoup de soucis. Le « plus grand obstacle à cette formation vient de ce que les parents Carians n’ont aucune « autorité sur leurs enfants. Ceux-ci, devenus jeunes gens, ont un très grand esprit « d’indépendance ; ils n’admettent pas que quelqu’un puisse avoir le droit de leur imposer sa « volonté ou d’aller contre leurs désirs. De là, de bien fâcheux mariages.»
« Bassein  1.488 chrétiens  1 missionnaire  1 prêtre indigène  13 chapelles  14 conversions.
« Les conversions », nous apprend M. Provost, « sont encore en petit nombre, mon « assistant et moi ne pouvant guère nous occuper que des vieux chrétiens. Au pied des « montagnes qui nous séparent de la mer, un jeune couple catholique a ouvert une écoles et « les habitants de ce village se seraient convertis depuis longtemps, car ils ne cachent pas leur « sympathie pour le catholicisme, si les Baptistes ne leur avaient inculqué des préventions « contre nous. »
« Kanazogon  4.500 chrétiens  1 missionnaire  2 prêtres indigènes  14 conversions.
« Ce vieux poste, où jusqu’à présent les chrétiens avaient vécu dans l’aisance, se trouve maintenant dans un état lamentable, la récolte du riz ayant été très défectueuse et sa vente très mauvaise.
« Beaucoup de cultivateurs », dit M. Mourier, « n’ont pu payer leurs dettes et leurs « propriétés ont été confisquées ; d’autres ont dû engager le peu qu’ils possédaient. Nombre « de familles ont quitté leur foyer pour chercher fortune ailleurs et, de ce fait, un de mes « villages chrétiens se trouve complètement dispersé. »
« La générosité de nos chrétiens, en un pareil moment, n’en est que plus méritoire. « Quelques vieux chrétiens de Kanazogon viennent de se distinguer particulièrement : ils ont « décidé de former un fonds, dont l’intérêt suffira, dans une dizaine d’années pour payer le « viatique de deux prêtres indigènes. La souscription est de 8 annas par personne et par an. « Etant donné leur pauvreté, le premier résultat est très encourageant. »
« Kade, Mergui, Tavoy  928 chrétiens  1 missionnaire  1 prêtre indigère  6 chapelles  9 conversions.
« La popution catholique de Tavoy a augmenté très sensiblement », écrit M. Riouffreyt ; « celle de Mergui est à la fois plus nombreuse et plus pauvre, les Manillois se sont ruinés par « le jeu et la boisson, ils ne se relèveront pas. Plus habiles et plus tempérants, les Japonais les « ont définitivement supplantés. »
« Le Missionnaire n’a plus d’espoir que dans les écoles. Avec des enfants habitués à vivre en communauté dans une école, on doit arriver à former des hommes capables de vivre en « société dans un village. « Les cinq ou six couples mariés et établis près de la plantation en « sont la preuve, dit-il, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que d’autres se joignent à « eux. »
« Theinzeik  345 chrétiens  1 missionnaire  3 chapelles  11 conversions.
« Mes chrétiens », dit M. Loiseau, « se rendent bien compte maintenant qu’ils ont tout « intérêt à rester près de moi. J’ai du travail pour les hommes, les femmes et les enfants, mais « il faut avoir l’œil constamment ouvert pour ies empêcher de tomber dans la paresse et les « réprimander avec beaucoup de tact afin de leur faire comprendre que c’est pour leur bien. »
« J’ai maintenant un noyau de chrétiens solides qui seront la base du développement futur « de la religion dans le district. Je croïs pouvoir compter sur eux et, d’un autre côté, ils « dépendent absolument de moi pour leur existence journalière, ce qui augmente mon « influence sur eux. Le travail de plantation me met souvent en rapport avec les païens des « environs et me donne une certaine importance à leurs yeux. Les Carians sont naturellement « bien flasques, mais les Taungthus, qui forment maintenant près de la moitié des chrétiens, « ne manquent pas d’énergie. J’en ai baptisé plusieurs cette année et d’autres, que je prépare, « me donnent bon espoir. »

Mission Tamoule.

« Saint-Antoine (Rangoon)  11.000 chrétiens  3 missionnaires  1 prêtre indigène.
« Par l’émigration constante des Tamouls de la Présidence de Madras, le nombre des chrétiens de cette race augmente d’année en année dans cette Mission. Mais les difficultés sont nombreuses dans la paroisse de Saint-Antoine, qui comprend toute la ville de Rangoon et ses environs.
« Parmi nos Tamouls », écrit M. Dessalle, vicaire de M. J-B. Mourlanne, « ceux qui « peuvent écorcher quelques mots d’anglais sont fort enclins à renier leur race pour se poser « en Européens ou en Eurasiens ; ils trouvent alors l’église Saint-Antoine trop indienne pour « eux. Pour ceux qui peuvent se confesser en Anglais, il n’y aurait que demimal, mais trop « nombreux sont les autres. Ils craignent de se rappeler qu’ils sont Indiens s’ils vont à l’église « indienne ; par suite ils abandonnent la confession et mettent toute la religion à parader, en « beaux habits européens, aux offices des églises européennes. »
« L’Indian Catholic Association nous échappe de plus en plus. L’Indian Chirstian « Association travaille à se l’annexer. On constate malheureusement que les nôtres sont trop « enclins à se joindre ce groupement essentiellement protestant. L’Indian Catholic « Association cherche trop à se désindianiser ; à ses réunions, on parle exclusivement « l’anglais ; son journal est exclusivement rédigé en anglais ; ceux de ses membres qui se « respectent, sauf de rares exceptions, affectent de ne fréquenter que les églises anglaises. La « plupart de nos Indiens se trouveraient certainement dépaysés dans cette association « cependant fondée par eux mais qui devrait plutôt relever d’une paroisse anglaise. Nous « sommes trop natifs » « ici pour exercer une influence sur ses membres. »

Mission Chinoise.

« Rangoon  347 chrétiens  1 missionnaire  1 chapelle  45 conversions.
« Malgré la dépense de zèle et d’ativité de M. Allard, cette mission est restée stationnaire. La guerre a créé une perturbation profonde dans les esprits et une prévention menaçante contre le christianisme. Pour avoir tué des missionnaires, les Chinois ont dû payer de fortes indèmnités aux Puissances ; ils trouvent étonnant que des chrétiens s’entretuent en Europe. Pour avoir détruit des églises, ils ont eu leur territoire envahi par des troupes européennes ; or, les chrétiens, en Europe, disent-ils, bombardent des églises ou les incendient. La civilisation chrétienne n’ayant pas empêché la guerre mondiale, ils en rendent responsable le christianisme.
« Le commerce périclite de plus en plus, les marchandises restent rares et hors de prix ; les Birmans sont très appauvris et la vie ne cesse de renchérir. Aussi les Chinois regagnent-ils la Chine où ils trouvent à vivre dans de meilleures conditions.
« Toutefois, au point de vue financier, la Mission n’a pas à se plaindre. Nous avons obtenu à très bon compte une plantation de caoutchouc, ainsi pourrons-nous en finir avec nos dettes et achever d’établir la mission. Cela n’exigera pas moins d’une vingtaine d’années, mais nos successeurs, délivrés des soucis d’argent, pourront se consacrer entièrement à leurs œuvres.
« Les écoles européennes de Rangoon, Moulmein et Bassein continuent de remporter de grands succès ; les Frères et les Sœurs qui les dirigent avec un dévouement admirable sont à la hauteur de leur noble tâche. Parmi les écoles catholiques où l’anglais est enseigné aux garçons indigènes, celle de Saint-Antoine, à Rangoon, pour les Tamouls est la plus importante par le nombre de ses élèves comme par ses succès. M. Sellos, qui s’y dépense sans compter l’a rapidement élevée à un état de prospérité inespéré.
« Les autres écoles d’anglais rencontrent force difficultés ; par contre, les écoles carianes se sont un peu développées. Les écoles où la langue indigène seule est enseignée abondent dans les districts et chaque missionnaire s’applique à les multiplier. Grâce à nos deux écoles normales de Bassein et de Thonze, plusieurs maîtres et maîtreses capables sont mis, chaque année, à la disposition de la mission. MM. Provost et Perroy, qui dirigent et entretiennent ces écoles avec une habileté remarquable, ont droit à la reconnaissance de leur Evêque et de leurs confrères.
« Le noviciat des Sœurs indigènes prend peu à peu de l’extension. De nouvelles Sœurs ont été envoyées dans les bois, il en reste actuellement onze à la Maison Mère pour l’enseignement et les différents besoins de l’établissement. Neuf postulantes travaillent à leur formation religieuse en même temps qu’elles se préparent au brevet. »
Mgr Cardot termine son rapport en exprimant sa reconnaissance aux Petites Sœurs des Pauvres, qui font un bien incalculable à Rangoon, à M. Rieu et aux Franciscaines Missionnaires de Marie qui, à la léproserie de Kemendine, soignent plus de 140 malheureux.


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