| Année: |
1919 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Foulquier |
IV. — Birmanie Septentrionale
Population catholique 9.798
Baptêmes d’adultes 194
Baptêmes d’enfants de païens 114
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Quelle série de deuils pendant ces douze mois, écrit Mgr Foulquier. L’impitoyable mort a frappé, sans merci, dans nos rangs déjà si peu compacts et les plus forts sont tombés. Dans le court espace de onze mois, six prêtres, quatre Européens et deux indigènes, ont été couchés dans la tombe. Nos dévouées auxiliaires, les Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, et les religieuses de Saint-Joseph de l’Apparition ont, elles aussi, payé un lourd tribut. — Neuf d’entre elles, tant Européennes qu’indigènes, ont été moissonnées par l’implacable faucheuse. Certes le champ a été bien ravagé cette année. Mais Dieu est le Maître : Dominus dedit, dominus abstulit, sit nomen Domini benedictum. D’ailleurs qui sait ? Ces épreuves qui sont venues fondre sur nous coup sur coup, et qui ont tant endeuillé nos âmes, ne sont-elles pas les signes avant-coureurs de bénédictions spéciales que le bon Dieu s’apprête à répandre sur notre Mission ? Nous aimons à vivre de cette espérance. La foi chrétienne a ses racines dans un tombeau : la croix a précédé le triomphe du Christ, et elle est dans les fondations de toute institution durable. Espérons donc en un avenir meilleur, mais avant tout : Fiat !
Pardonnez-nous cet exorde douloureux, c’est un hommage à nos chers disparus, à ceux de nos frères qui n’ont pu achever le sillon qu’ils avaient commencé. Ayant participé aux travaux de l’année, ils ont bien droit à une place dans ce compte rendu. Ceci dit, examinons succinctement les résultats du présent exercice. Chose étrange, le chiffre de la population catholique est inférieur de près de 600 à celui de l’année précédente. Sans doute, la mortalité a été particulièrement grande : diverses épidémies, la peste, l’influenza surtout, ont fait beaucoup de victimes. Cependant, cela ne suffit pas pour expliquer cet écart. Ou les chiffres du passé ont été exagérés ou bien ceux d’aujourd’hui ne sont pas exacts. En examinant les choses de près, il nous a paru que c’est plutôt le passé qui est en faute, Dans certains postes, par inadvertance sans doute, les catéchumènes avaient été englobés dans la population catholique : cette année, ils ont été mis à leur vraie place, au moins le constatons-nous pour la Mission Shan. Ainsi s’expliquerait la diminution de la population catholique. Au fond, il n’y a pas de diminution ; le recensement précédent était inexact, et nous rétablissons simplement les faits.
En outre, nous avons encore le regret de constater une diminution dans le nombre des communions de dévotion, diminution d’ailleurs qui s’explique aisément : « Filii petierunt panem : sed non erat qui frangeret eis. Des districts, qui auparavant comptaient quatre missionnaires, n’en ont plus maintenant que deux, voire même un seul. Rien d’étonnant que, dans de telles conditions, le chiffre des communions soit quelque peu réduit. Pour le reste du tableau d’administration, rien qui s’écarte notablement de la moyenne habituelle.
Et maintenant faisons, si vous le voulez, un petit voyage à travers nos districts. Partons du Nord. C’est Bhamo, avec ses Missions Shan et Katchin. Là, tous les fidèles sont unanimes à réclamer des écoles, des maîtres, des catéchistes. Les Anabaptistes Américains ont envahi le pays, semé partout des écoles. Ils ont de l’argent, peu de principes, et la concurrence est rude Sur les montagnes Katchins, MM. Gilhodes et Juery luttent avec énergie. Ils ont quelques bonnes écoles, mais il en faudrait d’autres. Où trouver de bons maîtres ? Impossible encore d’avoir des maîtres Katchins bien formés. D’autre part, les Birmans ne veulent pas entendre parler de Bhamo : pour eux Bhamo c’est la fièvre, la mort. Heureusement nos voisins de Toungoo des Missions Etrangères de Milan, nous ont été secourables : ils nous ont envoyé quelques-uns de leurs jeunes Carians, bons, dévoués, qui, eux, ne craignent pas trop de s’expatrier. Mais ce n’est là évidemment qu’une solution temporaire. Il faut à tout prix trouver des maîtres sur place, il faut en former. C’est ce à quoi M. Gilhodes travaille avec acharnement, pendant que, dans la plaine, M. Allard poursuit exactement le même travail.
En descendant de Bhamo, arrêtons-nous un instant chez M. Couilland, qui a maintenant trois chrétientés à administrer : Monhla, Chaungyo et Yeu. Tout semble marcher aussi bien que possible dans ce petit coin. Le Père très satisfait, nous conte ses projets, nous parle de sa coopérative, de ses différentes sociétés : Il nous montre ses écoles, petits modèles de bonne discipline, et nous partons de là enchantés.
Un peu plus loin, c’est Chanthaywa. Ce « village du bonheur » semble bien avoir été cette année, le village du malheur. M. Vulliez, le pasteur, est mort ; M. Granié, son remplaçant est mort et M. Faure, l’ancien pasteur, qui dans sa retraite ne vivait que pour Chanthaywa est mort lui aussi. Que de deuils, donc, autour de ce seul nom ! Cependant, cette chrétienté a reçu quelques avantages. En janvier dernier deux Sœurs européennes, Franciscaines Missionnaires de Marie, accompagnées de quatre Sœurs indigènes, se sont installées dans le nouveau local, bâti et aménagé par M. Faure ; elles s’occupent de l’éducation des petites filles et soignent les malades dans leur dispensaire.
De Chonthaywa à Shwebo, le trajet n’est pas excessivement long ; mais les chemins sont si incommodes ! D’ailleurs, nous n’avons qu’une chance très minime de trouver M. Herr à Shwebo, il est infiniment plus probable que nous le rencontrerons en chemin. Effectivement, le voici tout souriant dans sa barbe touffue : il s’en va visiter un de ses nombreux villages. Il s’arrête et nous conte, de l’air le plus naturel du monde, ses déboires et ses désenchantements. Il nous parle surtout de son village de Letpangyi, autrefois chrétien, puis apostat, qu’il cherche à ramener au giron de notre Mère la sainte Eglise : « Pauvres gens ! dit-il, c’est bien lent. Mais aussi, au lieu de trois assistants que j’avais l’année dernière, me voici seul avec le vieux P. Tobias âgé de soixante-dix ans. » Là-dessus , M. Herr, toujours pressé, nous quitte. En voilà un qui ne marchande pas sa peine.
Après Shwebo, Chaungu. Depuis treize ans, M. Remandet se dévoue à convertir ses paroissiens dont la conduite n’est point exemplaire, et il se désole de n’avoir pas mieux réussi. Il leur reconnaît cependant une qualité : la générosité. Ils donnent libéralement pour les œuvres, plus libéralement que les autres centres chrétiens.
En mettant le pied dans le district de Kyaukse, nous sommes reçus par M. Bazin. Il est seul maintenant là où, autrefois, quatre missionnaires travaillaient. Heureusement, notre confrère n’est pas de ceux que les difficultés abattent. Chanthagon, Myaukine, Kinlat, Zawgyi, Sinbyugon et Magyidaw, le voient tour à tour. Le village de Sinbyugon lui donne de grandes consolations et le repose un peu de la peine qu’il éprouve à voir, non loin de là, Magyidaw presque désert.
Il ne nous reste plus qu’à visiter Maymyo avant de rentrer à la capitale. A Maymyo, c’est un accueil empressé de la part de M. Jarre, qui me dit être satisfait de tout son monde : personnel du couvent, petits séminaristes, soldats irlandais de sa paroisse. Et M. Moindrot qui, sur ces entrefaites, arrive la serviette sous le bras, après son cours au Séminaire, partage entièrement la satisfaction de M. Jarre.
Enfin nous voici à Mandalay, ou du moins presque, car la léproserie Saint-Jean est en dehors de la ville. Il faut bien nous y arrêter un instant. Les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie y continuent leur œuvre de dévouement. Nous sommes dans un hôpital, nous dit-on dès l’abord ; ne vous étonnez pas si les enterrements y sont nombreux. Les lépreux que les épidémies avaient jusqu’alors respectés, sont décimés par l’influenza. Mais si la léproserie est surtout un hôpital, elle n’est pas que cela ; elle est aussi une pépinière de Sœurs indigènes plantée et cultivée jadis avec soin, par M. Faure, cultivée maintenant avec non moins de soins par M. Accarion. Enfin la léproserie est une sorte de Béthanie où les missionnaires malades ou fatigués trouvent des soins intelligents et dévoués.
Mais rentrons en ville. Que signifient ces briques, ces blocs de ciment, ces poutres, ces échafaudages ? une église qui fait effort pour sortir de terre ? C’est l’orphelinat chinois de M. Lafon. Il y aurait probablement à glaner ici des choses très intéressantes sur le présent exercice. Mais son compte rendu... viendra plus tard.
Chez M. Hervy où nous passons ensuite, c’est la paroisse indienne. Entre l’école et l’église, les enfants jouent : ce sont les orphelins que le Père a recueillis et qu’il loge dans sa propre maison, faute d’autre local, Les gamins ont l’air heureux, et le Père aussi ; il se plaint seulement de se trouver seul. Le bien spirituel de la paroisse s’en est ressenti nous dit-il.
Nous voici maintenant chez M. Collard. Là c’est la paroisse birmane. Un délicieux petit nid où les chrétiens vivent autour d’une jolie église bâtie, il y a quelques années, par le très regretté P. Paul. Pourtant M. Collard regrette la vie des bois ; il préfère, nous dit-il, les mœurs simples, et le langage des gens de la campagne. Tout à côté de l’église Saint-Michel (ainsi s’appelle la paroisse birmane), se dresse le pensionnat des Frères des Ecoles Chrétiennes. C’est sans contredit, la meilleure des écoles de la Haute Birmanie. Le nombre des élèves ne peut plus augmenter, car il n’y a pas de place pour les recevoir. Le Frère Directeur, toujours très occupé, trouve cependant une minute pour nous montrer ses classes bondées et ses dortoirs archicombles. Bon signe pour une institution, cela dit assez de quelle estime l’école Saint-Pierre jouit dans la région.
Nous visitons ensuite l’école des filles, ou plutôt les deux établissements que dirigent les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition : un pensionnat pour jeunes filles européennes et eurasiennes et un orphelinat de filles birmanes. Ces deux maisons, situées l’une en face de l’autre, semblent prospères ; et, là aussi, faute de place, il est devenu impossible de satisfaire aux demandes d’admission qui affluent de toutes parts. Les vaillantes Sœurs ont beau se multiplier, se dévouer dans leurs diverses tâches, elles ne sauraient suffire à tout.
Du couvent à la cathédrale, il n’y a qu’un pas. M. Darne, le curé de la paroisse, nous exprime sa satisfaction : le nombre des communions de dévotion reste très bon, la fréquentation des offices très régulière et il y a eu huit conversions d’hérétiques pendant l’année. Voilà évidemment de quoi réjouir le cœur d’un pasteur. Mais, depuis quelque temps, M. Darne ne peut plus s’occuper régulièrement de son troupeau. Tous les quinze jours, il s’en va visiter les soldats irlandais à Meiktila et, en partant, il remet l’administration de la paroisse entre les mains de M. Ghier. Curé de paroisse, procureur, aumônier, de telles fonctions ne s’allient pas sans beaucoup de fatigues ; aussi la santé de M. Ghier en est-elle très éprouvée.
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