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Rapport annuel des évêques

Année: 1920
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Foulquier

IV. — Birmanie Septentrionale

Population catholique 50.242
Baptêmes d’adultes 199
Baptêmes d’enfants de païens 94
Conversions d’hérétiques 14
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C’est une impression de lassitude, écrit Mgr Foulquier, qui se dégage de la lecture des rapports de mes confrères : les résultats obtenus correspondent si peu à leurs désirs et aux efforts de leur zèle ! Parvis parva decent. Nous devons nous contenter du tout petit progrès que nous enregistrons à la fin de cet exercice.
Dans le district de Bhamo, MM. Gilhodes et Juéry, chez les katchins, continuent de lutter avec ardeur, 11 familles de catéchumènes ont été inscrites et d’autres demandent leur admission. Malheureusement ces catéchumènes sont répartis entre 6 villages, à des distances considérables les uns des autres. Et pas de catéchiste, sur qui se reposer du soin de leur instruction première.
Quant à la Mission Shane, sans pasteur depuis la mort de M. Faucheux, son avenir risquait d’être irrémédiablement compromis. Courageusement, M. Mandin est allé prendre possession de ce district, nouveau pour lui. Il s’est mis immédiatement à l’étude de la langue ; ce par quoi il fallait commencer.
La pénurie de missionnaires ne nous a jamais permis d’organiser les Missions Shanes et Katchines sur une base solide. Dans cette région où le climat est si meurtrier, les ouvriers apostoliques ont disparu trop tôt, pour que l’ancien ait pu suffisamment initier le nouvel arrivé et lui faciliter l’étude de la langue. D’autre part, la multiplicité des langues et leur diversité empêchent les missionnaires de ce district de s’entr’aider. Tous regrettent que leurs prédécesseurs ne leur aient légué ni catéchistes ni catéchisme, — car l’unique texte qu’ils possèdent se réduit à peu de chose, — mais nul n’en saurait être blâmé. Les anciens comptant sur l’avenir, s’étaient appliqués à prendre pied partout où on les appelait. Leurs remplaçants se sont trouvés en présence d’une tâche infiniment lourde et malgré tous leurs efforts ils peuvent à peine maintenir les positions acquises. A tous, les moyens et le temps ont manqué. Une solution s’imposant, voici celle à laquelle je viens de m’arrêter : notre village de Nanglaïng relie à souhait les deux Missions Shane et Katchine ; je vais y mettre un missionnaire expérimenté qui ouvrira une école de catéchistes shans et katchins.

Passons à la Mission birmane. M. Herr, qui dirige 14 stations conserve, malgré maintes épreuves, une bonne humeur qui semble s’accroître avec le nombre des années. La famine a obligé beaucoup de ses néophytes à se disperser pour chercher leur subsistance ; il le regrette parce que les catéchismes et les classes en ont souffert et que les sacrements ont été moins fréquentés ; toutefois, ces pertes ne lui paraissent pas irréparables. Il court après ses chrétiens dispersés ; c’est un surcroît de travail, et voilà tout !
Avec l’aide du P. Tobias, le doyen de nos prêtres indigènes, à présent septuagénaire, M. Herr a enregistré 46 baptêmes d’adultes.
Dans le district de Kyauksé, où quatre missionnaires trouvaient amplement à déployer leur zèle, M. Bazin reste seul ; encore cette année la maladie l’a-t-elle immobilisé pendant plusieurs mois. Il se félicite de l’esprit de ses néophytes. Ses catéchistes ont rempli leur tâche avec zèle, ajoutant même à leur travail ordinaire la classe des enfants dans les villages. Il regrette seulement d’en être réduit, à cause de la multiplicité de ses postes, à faire passer des examens et à contrôler le travail de ses catéchistes.
M. Fallières doit donner tout son temps à l’administration de ses chrétiens ; il ne peut donc entreprendre actuellement l’évangélisation des païens qui l’entourent. Il n’a qu’une vingtaine, de baptêmes d’adultes à son avoir. Ses 1.500 chrétiens sont disséminés dans 14 stations.
Chanthaywa, avec ses 600 chrétiens, reste le village modèle où la vie chrétienne est intense. M. Pelletier enregistre 6.800 communions de dévotion.
M. Couillaud obligé de se partager entre les 3 villages de Monhla, Chaungyo et Yeu, ne peut administrer ses chrétiens comme il le voudrait, et la pratique religieuse en souffre.
Plus au sud, à Chaungu et Monywa, M. Remandet se plaint de l’apparente stérilité de ses efforts. A Nabek, M. Laurent, serait pleinement satisfait si ses villageois pouvaient garder la résidence. Malheureusement les champs ne suffisent pas à nourrir la population, et les jeunes gens s’en vont gagner leur vie dans les villes. Quand ils reviennent, quelques-uns semblent ne plus connaître le chemin de l’église et leur conduite laisse à désirer.
A Mandalay, M. Collard se félicite de l’esprit et de la conduite des chrétiens de la paroisse Saint-Michel. Notre cher confrère se dépense avec un zèle qu’il faudrait louer sans réserve, s’il ne s’exerçait parfois au détriment de sa santé.

M. Lafon toujours infatigable réussit à faire marcher de pair la direction de son orphelinat chinois et celle d’un ouvroir, d’un refuge de jeunes et de vieilles personnes, d’une crèche, et d’une école de télégraphie. Et comme cela ne suffisait pas encore à son énergie, il a trouvé le moyen, à ses moments perdus — j’avoue que l’expression est ici très impropre — de grouper un certain nombre de catéchumènes dans la vieille cité d’Amarapoura, à 8 milles au sud de Mandalay, et d’y bâtir une chapelle, une résidence et une petite école.
Notre confrère enregistre 35 baptêmes d’adultes.
A la paroisse de la cathédrale, le nombre des communions de dévotion a sensiblement augmenté. M. Darne signale la bénédiction d’une grotte de Lourdes, que les paroissiens avaient érigée par souscription.
Dans la paroisse tamoule de Saint-François-Xavier et dans ses annexes de Saint-Lazare et de Saint-Antoine, administrées par M. Hervy, Provicaire, le nombre des décès a atteint le dixième du chiffre de la population.
A la paroisse de l’Immaculée-Conception à Maymyo, Européens, Eurasiens, Tamouls et Birmans, se coudoient. M. Moindrot se réjouit de n’avoir pas reçu, cette fois, la visite de la peste et de l’influenza. Le nombre des décès est retombé bien au-dessous de celui des naissances. D’autre part, notre cher confrère, constate une légère augmentation dans le nombre des communions de dévotion.
M. Jarre, à qui incombent la direction du Séminaire, le soin des employés du chemin de fer et la charge des soldats de la garnison, se déclare satisfait de ses séminaristes. La congrégation civile lui a donné des consolations ; ses membres s’approchent plus régulièrement des sacrements et quelques égarés sont rentrés au bercail. Mais l’élément militaire n’a pas toujours la docilité désirable.

La léproserie Saint-Jean se maintient toujours au premier rang de nos établissements charitables ; 404 lépreux y ont été hébergés pendant l’année et les Sœurs y ont fait 25.190 pansements.
Nos écoles méritent tous les éloges : celle des Frères, à Mandalay, l’emporte de beaucoup sur toutes les écoles de garçons de la Haute-Birmanie ; celles des Sœurs de Mandalay et Maymyo tiennent la tête des écoles de filles ; et l’éducation y marche de pair avec l’instruction. Je dois au directeur, à la directrice et aux professeurs, tous mes remerciements. L’école chinoise de M. Lafon tient un record : depuis treize ans, aucun de ses élèves n’a échoué aux examens du 7e standard, dont l’importance est extrême. Partout où nous avons des écoles, nous arrivons bons premiers pour le pourcentage ; ce qui ne saurait surprendre puisque les missionnaires se dépensent sans compter pour cette œuvre absolument indispensable.
Les Birmans ayant pour l’instruction un véritable engouement, nous voici obligés, pour suivre le mouvement, de modifier le programme d’études de notre Séminaire. Nos jeunes prêtres indigènes hésitent à prêcher, parce qu’ils se trouvent trop inférieurs à beaucoup de simples fidèles dans la connaisance de leur propre langue. Entrés au Séminaire après avoir passé le 4e standard, ce qui équivaut à peine au certificat d’études primaires français, ils n’ont eu ni l’occasion ni le loisir, de se perfectionner en birman. Nous continuerons à recevoir les enfants au Séminaire après le 4e standard, afin de les former plus tôt, mais nous établirons un cours régulier de birman, quitte à prolonger les études d’un an ou deux.
L’œuvre de nos Sœurs indigènes, commencée avec beaucoup d’hésitations et de tâtonnements, vient d’entrer dans sa phase définitive. Formées par les Franciscaines Missionnaires de Marie et soumises, depuis déjà plusieurs années, à un règlement sévère, ces religieuses nous ont donné pleine satisfaction. J’attends de Rome la décision qui me permettra d’ériger une congrégation diocésaine et de disposer des religieuses indigènes selon les besoins de ma Mission. Les vocations ne nous manqueront pas et, avantage notable, M. Roche a obtenu que le Directeur de l’Instruction Publique reconnaisse son école normale, où nos religieuses peuvent préparer leur brevet d’institutrices sans avoir à subir de fâcheux voisinages dans les écoles normales du Gouvernement.
Au mois de février, l’influenza sévit de nouveau parmi nous. Six missionnaires, l’évêque en tête, ont été atteints, et un moment l’état de MM. Bazin et Collard nous a donné de vives inquiétudes. Heureusement, grâce aux prières et aux bons soins, chacun finit par recouvrer la santé.
Comme événement joyeux de l’année, signalons le jubilé d’argent sacerdotal de M. Bazin. Presque tous les missionnaires de Birmanie Septentrionale s’étaient réunis chez lui pour chanter les exploits de ses vingt-cinq ans de mission et lui souhaiter de voir son jubilé d’or.
Je ne terminerai pas ce compte rendu sans adresser au Séminaire de Paris, l’expression de notre vive reconnaissance pour avoir eu pitié de notre détresse en nous envoyant du renfort. La santé de M. Collard, sa belle humeur, son amour du travail, nous font espéter qu’il sera un excellent missionnaire.


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