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Rapport annuel des évêques

Année: 1921
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Perroy

III. – Birmanie Méridionale.

Population catholique 60.880
Baptêmes d’adultes 444
Baptêmes d’enfants de païens 54
Conversions d’hérétiques 108


Mgr Perroy, coadjuteur, nous écrit au nom de Mgr Cardot :
Les chiffres de notre compte rendu pour l’exercice 1920-1921 sont en général un peu supérieurs à ceux du précédent exercice. Malgré cette constatation, la lecture des rapports envoyés par les missionnaires donne l’impression qu’il se produit comme un arrêt dans la vie religieuse de notre Mission. Ce fait tient d’abord à la pénurie d’ouvriers apostoliques, et aussi à plusieurs autres causes : le manque d’instruction religieuse donnée en famille, le caractère nomade d’une grande partie de nos chrétiens et surtout des carians, le mariage des chrétiens dans des familles païennes, et enfin la mentalité nouvelle qui envahit le pays.
Partout jusque dans les plus lointains villages, on a entendu sinon des théories socialistes et révolutionnaires, au moins des conseils de se grouper pour s’affranchir de l’autorité établie et renouveler le pays, des idées d’insubordination qui ont pénétré partout. Il y a eu la grève des étudiants, surtout dans les écoles du gouvernement ; grève enfantine, disait-on, dont on a essayé de rire et qui a abouti à un antagonisme formel entre le parti national et le gouvernement au sujet de l’instruction publique.
Puis ce fut la grève des chemins de fer, qui fit réfléchir les plus optimistes. Actuellement c’est le boycottage de tout produit européen. En même temps se forment des groupements à étiquettes variées, calqués sur les groupements protestants et toujours composés de jeunes. L’autorité a été sapée : autorité du maître à l’école, des parents à la maison, autorité du prêtre en matière religieuse. De là viennent des alliances avec les païens, malgré l’opposition des parents dont on ne tient plus compte. « Il y a une quinzaine d’années, écrit M. Chagnot, je n’avais pas chez moi deux mariages sur dix faits sans le prêtre, et pourtant les chrétiens n’étaient pas aussi instruits qu’ils le sont aujourd’hui. J’attribue le relâchement sur ce point au fait que les parents ont perdu sur leurs enfants leur autorité d’autrefois. »
De cet état d’esprit résulte une attitude moins respectueuse vis-à-vis du prêtre et aussi moins d’estime pour la religion catholique. « Les Birmans, constate M. Granger, ont la conviction que dans un avenir assez rapproché ils seront débarrassés des étrangers et gouvernés par leurs compatriotes ; ils ne sont nullement disposés à étudier et à embrasser la religion des étrangers. »

Malgré tous ces obstacles, les missionnaires, si réduits en nombre, continuent leurs efforts sans se lasser. Ils plantent, ils arrosent, s’épuisant à la tâche, assurés que Dieu bénira un jour leurs travaux.
A la Mission tamoule, ils ne sont que cinq prêtres pour vingt mille fidèles répandus dans tout le pays. Les deux prêtres installés en dehors de Rangoon passent ordinairement un seul dimanche par mois à leur résidence. De là ils rayonnent dans les chapelles lointaines où ils comptent une moyenne de trois cents confessions et communions à chaque visite.

Dans la Mission chinoise, les espérances de l’année dernière ne se sont pas encore réalisées. La santé de M. Allard est très éprouvée, et son assistant M. Roy, depuis son retour de la guerre, ne s’est pas encore relevé d’une maladie contractée en France.
Dans la Mission cariane, M. Chagnot a terminé une église en briques qui a été solennellement bénite le 8 mars dernier. « C’est, écrit-il lui-même, une église dédiée à sainte Rita, de par la volonté d’une bienfaitrice américaine qui a donné 3.500 roupies pour cette œuvre. Cinq années durant, la construction de cet oratoire dont les fondations avaient été jetées avant la guerre, m’a causé les plus vives inquiétudes. Les chrétiens qui avaient d’abord bien répondu à l’appel de fonds, se virent obligés de diminuer leurs souscriptions ; deux ans après les matériaux étaient devenus d’un prix inabordable ; plusieurs fois je me suis repenti de m’être lancé dans cette entreprise ; je suis enfin arrivé au bout de mes peines. »
M. Fargeton, de retour de France, termine la construction d’un grand couvent dont on attend beaucoup, tant pour les vocations religieuses que pour l’instruction des jeunes filles du poste.
A Bassein, M. Provost achève son église par la construction d’un magnifique clocher qui sera le couronnement parfait de ce bel édifice, l’orgueil des paroissiens qui y ont contribué généreusement.
M. Ravoire, rentré de France au commencement de l’année, s’est remis immédiatement à l’œuvre dans sa belle Mission de Danbi qu’il aime et apprécie bien davantage après une longue absence. Lui aussi déplore la faiblesse des parents envers leurs enfants, et par suite le manque de déférence de ceux-ci envers ceux-là. Mais je suis heureux de constater que dans ce district, les catholiques ne craignent pas la lutte ouverte avec les baptistes, et que dans plusieurs endroits, ils ont, grâce surtout aux écoles, remporté de belles victoires. Il semble que Dieu, pour suppléer au petit nombre de ses ouvriers, fasse faire le premier travail de défrichement par leurs concurrents. Les baptistes tirent de leurs superstitions les indigènes du pays, et les habituent à l’étude de l’Evangile et à la discussion. Et ceux d’entre eux qui sont sincères, arrivent dans leur libre examen, à se demander si la religion qu’on les habitue à combattre, ne serait pas la vraie. « Et ils veinnent à nous, m’écrit M. Provost, avec l’esprit combatif dont leurs anciens maîtres les ont imprégnés ; ils ne se contentent pas de voir la lumière, ils veulent la montrer aux autres. En cela ils ont besoin d’une main ferme et expérimentée qui les dirige, afin d’empêcher que les discussions religieuses dégénèrent en regrettables animosités. »

Nos œuvres de charité chez les Petites Sœurs des pauvres et à la léproserie, continuent leur marche en avant. Le nombre des malheureux hospitalisés cette année a doublé dans chacune de ces institutions.
Le nombre d’élèves dans nos écoles a diminué un peu, à cause du mouvement bouddhiste et national ; les pertes ne portent que sur l’élément païen et dans les écoles « anglo-vernacular ». Les autres écoles ont comme de coutume donné toute satisfaction. Les chers Frères des Ecoles chrétiennes viennent d’ouvrir une institution spéciale pour les Eurasiens. Le nombre des enfants pauvres de cette classe allait toujours en augmentant et encombrait leur grande école de Saint-Paul à Rangoon. Comme il devient difficile de trouver un emploi à ces Eurasiens qui ont fini leurs études, les Frères ont eu l’heureuse idée de leur enseigner le travail manuel. Sur une immense concession que le gouvernement, très favorable au projet, a bien voulu leur accorder, ils ont commencé de belles plantations, qui doivent un jour aider à établir ces jeunes gens. Déjà une colonie de soixante enfants y apprennent à travailler la terre, ainsi que plusieurs métiers.
Nos écoles normales, à Thonze pour les garçons, à Bassein pour les filles, maintiennent leur haute réputation et continuent à nous fournir d’excellents maîtres et maîtresses d’école.
Je suis heureux de signaler que notre œuvre si importante de la formation de religieuses indigènes, est désormais bien établie. « Fondé il y a quelque vingt ans, écrit M. Provost, le noviciat commence à sortir de la période de tâtonnement et à s’affermir. Jusqu’ici on nous demandait des sœurs indigènes sans nous donner le moyen de les former. Pendant près de dix-huit ans, j’ai dû être le seul maître des novices. L’arrivée d’une nouvelle sœur européenne qui a relevé la supérieure de son travail d’enseignement, a mis fin à cette situation anormale. L’œuvre compte maintenant 25 professes : 16 à qui sont confiés l’enseignement et la surveillance dans les écoles de six postes différents, 9 à la maison-mère pour l’enseignement, le soin du matériel et des malades, 6 novices feront profession au mois d’octobre et pourront fonder de nouvelles maisons ou compléter les anciennes. »
De plus en plus convaincu que notre clergé indigène doit briller par sa science autant que par sa piété, nous avons résolu de prolonger le temps de formation au petit séminaire et de renforcer considérablement les études. Nous espérons pouvoir mettre notre projet à exécution dès la prochaine entrée.

Mgr Cardot termine ce compte rendu par le récit de l’évènement qui a été pour lui le plus consolant de l’année. « Le 18 janvier, à mon retour de Rome, j’ai eu la joie de consacrer mon coadjuteur, Mgr Perroy, évêque de Médéa. Mgr. Foulquier, vicaire apostolique de la Birmanie septentrionale, et Mgr Sagrada, vicaire apostolique de la Birmanie orientale, ont bien voulu remplir les fonctions d’évêques assistants. Ce fut une belle cérémonie qui, outre tous les confrères de la mission et beaucoup des missions voisines, avait attiré un grand nombre de fidèles tant de la ville que de la jungle. Notre vaste cathédrale était devenue trop petite pour la circonstance. Les autorités civiles et militaitres, les chefs de différentes administrations et plusieurs notabilités, dont un bon nombre connaissaient intimement Mgr Perroy, avaient répondu à son invitation et assistaient au premier rang à la cérémonie.
M. Perroy est l’élu de tous ses confrères, du clergé indigène et des fidèles ; je peux, en toute confiance passer sur ses épaules le fardeau que les miennes ne peuvent plus porter. C’est ce que j’ai fait sans tarder ; je lui ai laissé l’entière administration de la mission, et renversant les rôles, je me suis institué son coadjuteur. »



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