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Rapport annuel des évêques

Année: 1921
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Foulquier

IV. – Birmanie Septentrionale.

Population catholique 10.348
Baptêmes d’adultes 220
Baptêmes d’enfants de païens 181
Conversions d’hérétiques 27


Dans son rapport, Mgr Foulquier expose successivement cette année les travaux accomplis chez les Katchins, chez les Shans et chez les Birmans.

Mission Katchin.

Deux missionnaires, M. Gilhodes et M. Juery travaillent depuis près de 20 ans sur les montagnes limitrophes de la province de Yunnan à évangéliser une tribu de sauvages, les Katchins Cauris. Les progrès ont été lents. Tout était à fonder, sans cathéchistes et avec des ressources très limitées. Jusqu’en 1902 les missionnaires n’avaient travaillé que parmi les Cauris de la plaine ; or la plupart de ces sauvages avaient quitté leurs montagnes pour cause de dettes, rivalités, querelles et autres raisons de même nature. La terre n’était pas encore préparée à recevoir le bon grain de l’Evangile : aussi les efforts des missionnaires ne furent-ils couronnés que de succès très passagers.
En 1901 quelques familles du village de Tinkong, situé non loin de la frontière de Chine et à mi-côte des montagnes, vinrent demander au missionnaire de Nanhline de s’établir au milieu d’eux. M. Accarion alla visiter l’endroit, se rendit compte des bonnes dispositions de ces braves gens et promit au chef du village de transmettre la requête à l’évêque en la recommandant chaudement. L’année suivante, en effet, sur l’invitation de Mgr Cardot, M. Gilhodes s’installait parmi ces catéchumènes. Il explorait aussitôt les montagnes environnantes et découvrait un pays très peuplé tout en constatant que le village de Tinkong n’en était pas le point central. On ne pouvait y fonder une mission avec espoir de développements. C’est pourquoi, peu de temps après, il allait s’établir plus haut dans la montagne, à un mille environ du grand village de Kou-Toung, centre considérable de la tribu des Katchins Cauris. Il construisait d’abord une petite résidence-chapelle en bambous, couverte de chaume, qui groupait autour d’elle une dizaine de familles de bonne volonté.
M. Gilhodes resta là deux ans environ ; l’étude de la langue, l’observation attentive des us et des coutumes des Katchins étaient un travail préalable nécessaire. Tout en instruisant ses nouveaux catéchumènes, il cherchait à attirer d’autres familles par des visites fréquentes faites dans les villages les plus rapprochés. On se demandera peut-être pourquoi il avait choisi un endroit ainsi écarté du grand village de Kou-Toung. D’abord il voulait éloigner ses nouveaux convertis du centre de superstitions païennes et leur faciliter ainsi la persévérance dans la religion ; ensuite il craignait, en allant s’établir dès le début au milieu du grand village, que les habitants supertitieux à l’excès, n’attribuassent à la présence de l’étranger la moindre calamité qui aurait pu survenir : maladie, accident, mauvaise récolte, épidémie auraient été interprétés comme des vengeances exercées par les mauvais esprits délaissés. Il courait le risque d’être chassé, et pour toujours. Fixé à quelque distance du village, au contraire, il pourrait se faire connaître peu à peu, distribuer des médecines, soulager les malheureux, s’attirer des sympathies. C’est grâce à cette méthode qu’il put baptiser quelques familles groupées autour de sa résidence.
Les néophytes paraissaient être dans les meilleures dispositions. Mais le démon veillait et profitait de la moindre absence du missionnaire pour faire retourner à quelque vieille pratique superstitieuse l’un ou l’autre des nouveaux convertis. Il arriva plusieurs fois qu’à cause de la mort d’un membre de la famille, la famille tout entière quitta le Père pour retourner au paganisme. Voyant le résultat de son travail, de ses prières et de ses sacrifices s’émietter aussi facilement, convaincu, expérience faite, qu’il lui serait difficile d’obtenir des conversions solides parmi les Katchins d’un certain âge en raison de l’emprise qu’avaient sur eux les superstitions ancestrales, M. Gilhodes se tourna vers la jeunesse. Les adultes passaient au second plan. Il alla s’établir dans le village même de Kou-Toung où il était maintenant connu, estimé, et y construisit une petite école orphelinat. Quelques sauvageons vinrent à lui, le petit sac Katchin en bandoulière et l’inévitable petit coutelas à la ceinture : pour compléter cet habillement un peu sommaire il distribua quelques habits ; ce fut grand succès ; les petits Katchins arrivèrent nombreux se faire inscrire à l’école…
M. Gilhodes exploitait d’ailleurs là un désir commun à tout jeune Katchin de s’instruire, de savoir lire et écrire ; prenant en mains le petit sauvageon au moment où son âme n’est pas encore pétrie des superstitions de famille, il trouvait là les dispositions les plus favorables pour recevoir les vérités de notrre sainte religion et s’habituer aux pratiques de la morale chrétienne. C’est à cette œuvre et suivant cette méthode que travaille depuis plus de seize ans M. Gilhodes à Kou-Toung, la population catholique est de 135 néophytes ; M. Gilhodes a baptisé 16 adultes et continué l’instruction des catéchumènes dispersés dans 6 villages. Trois écoles groupent 117 élèves dont 82 garçons et 35 filles ; six maîtres et une maîtresse y enseignent le birman, le katchin, et, pour les filles, la couture et le tissage.
« Cette année, dit M. Gilhodes, mon champ de culture Katchin s’est encore un peu agrandi ; j’ai pu prendre pied dans le village de Pakkong et admettre au catéchuménat une douzaine de familles. Pour défricher ce nouveau terrain et cultiver l’ancien nous manquons toujours d’ouvriers. Il me faudrait construire là une maison-chapelle, et ouvrir au plus tôt une école. J’usqu’ici nous utilisions surtout les catéchistes carians ; c’est sur leurs élèves que nous comptons pour avoir plus tard des chrétiens bien formés et quelques auxiliaires. Déjà cinq ou six enfants Katchins nous aident beaucoup comme petits maîtres d’école ; mais nous ne pouvons encore absolument compter sur eux, car comme tous les enfants et les jeunes gens de cette région, ils sont très indépendants, capricieux, avides d’argent et d’aventures ; ils peuvent nous quitter à l’improviste pour aller chercher fortune ailleurs…C’est ce qui s’est déjà produit. Un beau jour on remarque l’absence de quelques élèves, on s’enquiert et on apprend qu’ils se sont sauvés pour s’enrôler dans l’armée ou la police, devenir interprètes, boys, cuisiniers, cochers, etc. La plupart ne tardent pas à regretter leur fugue ; mais des contrats imprudemment signés, la fausse honte, l’amour de l’indépendance, l’ « auri sacra fames » aussi, les empêchent de revenir. Certains finissent par obtenir des places bien rétribuées, et le succès de quelques-uns est une tentation pour leurs jeunes camarades.. Où qu’ils soient, ils gardent cependant toujours de bonnes relations avec nous ; et la misère, la souffrance nous en ramèneront sûrement, tôt ou tard. L’expérience qu’ils auront faite de la vie nous les rendra plus forts, plus constants, par suite plus utiles. Au reste ce mal d’exode et d’aventures s’atténuera peut-être, mais pour l’instant c’est un obstacle qui nuit beaucoup à la formation chrétienne et retarde la préparation des catéchistes et maîtres d’école dont nous avons si grand besoin ».

M. Juery n’a pu baptiser que 4 adultes et 13 enfants in articulo mortis. Il a deux écoles de garçons avec 65 élèves. Aidé de trois catéchistes il travaille à l’instruction religieuse de 64 familles donnant un total de 300 catéchumènes dispersés dans une dizaine de villages. « Cette année, écrit-il, presque tout mon temps a été pris par la construction de l’école et par la maladie ; l’instruction de mes catéchumènes en a souffert, mais je vais y remédier de mon mieux. A Lamaiban, l’école progresse et se développe régulièrement ; j’ai une cinquantaine de pensionnaires ; la cherté des vivres me donne bien des soucis pour entretenir tout ce petit monde ! Et pourtant, de plusieurs points on me demande d’ouvrir encore des écoles… Je le disais déjà l’an dernier : le vent nous est favorable, que ne pouvons-nous déployer nos voiles ! Il faudrait ouvrir des écoles, oui, mais, sans se laisser immobiliser par elles, il faudrait aussi voyager, visiter les catéchumènes, nous faire connaître davantage : un seul prêtre ne peut pas faire face à tout ce programme. »

Mission Shan.

Après la mort de M. Faucheux, il n’y avait plus de missionnaire qui parle la langue des tribus établies dans le plaines de Bhamo. Ces tribus viennent de Chine et leur dialecte est totalement différent de ceux parlés par les missionnaires dans les autres parties de la mission. Il présente des difficultés très particulières, surtout pour celui qui a déjà passé une dizaine d’années uniquement en contact avec des Anglais, des Indiens ou des Birmans. M. Mandin envoyé à Meinkat ne put se faire ni à la langue ni au climat. M. François Collard le remplace depuis six mois : il s’est mis de tout cœur au travail mais il s’assimile encore difficilement la langue shan. Voyant ces postes péricliter de plus en plus, je me suis demandé s’il ne valait pas mieux les abandonner provisoirement, en attendant, pour de nouvelles tentatives, un renfort de personnel. Deux missionnaires y ont donné leur vie, d’autres y ont sacrifié leur santé : fallait-il demander encore d’autres immolations ? La lecture de l’histoire de la Mission des Bahnars, dont la fondation a tant coûté à nos confrères de Cochinchine mais dont ils sont si heureux aujourd’hui de voir le développement, m’a décidé à ne pas abandonner nos Shans. J’ai demandé à M. Roche de regagner son ancien poste de Meinkat. La fièvre des bois y avait autrefois miné sa santé à tel point qu’il dut aller la rétablir en France. De retour à Bhamo, la fièvre le reprit. Je lui demandai alors de prendre la direction de la léproserie Saint-Jean. Mais son cœur était resté au milieu de ses Shans ; il en avait une invincible nostalgie… Je l’ai rendu à ses anciennes ouailles depuis deux mois. Il connaît parfaitement leur langue et le courage ne lui manque pas : que Dieu lui donne les forces dont il besoin !


Mission Birmane. Nos villages de néophytes.

Les jeunes chrétientés birmanes se trouvent presque toutes dans les districts de Schwebo et de Kyauksé.
Le district de Schwebo a 1142 chrétiens et 115 catéchumènes répartis dans 14 stations : il y a eu 708 communions pascales et 6.711 de dévotion dans le courant de l’année. M. Herr a pu y baptiser 48 adultes, 4 enfants de païens in articulo mortis et 53 enfants de chrétiens. « Voici la quatrième année, écrit-il, que mon district se débat dans la misère ; sécheresse, disette épuisent mes nouveaux villages en poussant à l’émigration vers des régions plus favorisées. C’est la raison de la faible élévation de la population chrétienne dans ces villages de nouveaux convertis. Seules les statistiques du village de Payan montent un peu chaque année. Situé sur un terrain d’irrigation, il a du riz pour sa consommation ; les enfants y sont nombreux : dans ce village de 160 habitants nous avons à l’école 50 enfants ».
Le district de Kyauksé compte 446 chrétiens, 7 stations et 96 catéchumènes : il figure cette année pour 264 communions pascales et 2.573 de dévotion. C’est M. Bazin qui en a repris la direction depuis sa démobilisation. « Voici deux ans, écrit-il que je marque le pas, sans avancer, mais aussi sans reculer. Mon travail consiste surtout à visiter le plus souvent possible mes divers postes ; le séjour dans chacun d’eux est nécessairement très limité. Malgré les difficulés, je n’ai qu’à me louer des bonnes dispositions de mes chrétiens. Ma plus grand joie est de m’occuper spécialement des enfants de l’orphelinat Saint Nicolas : ils sont actuellement 25, très assidus au catéchisme quotidien et à l’école. Sortis de l’orphelinat et placés dans de bonnes familles catholiques il fonderont un jour des foyers foncièrement chrétiens. »
Deux confrères, MM. Gilhodes et Darne ont fêté cette année le 25e anniversaire de leur ordination sacerdotale. M. Gilhodes perché sur des montagnes d’accès peu facile ne s’attendait guère à voir autour de lui, en cette occacion, un aussi grand nombre de ses frères dans le sacerdoce. Ils furent une douzaine au rendez-vous. Ce lui fut une agréable surprise ; il en fut extrêmement touché, tant pour cette manifestation de fraternelle sympathie qui lui allait droit au cœur que pour la salutaire impression produite sur ses sauvages Katchins par une pareile affluence de prêtres catholiques. Les fêtes données à Kou-Toung le dimanche de Quasimodo et le jour suivant attirèrent une foule considérable de païens ; ce fut une prise de contact dont nous avons lieu d’espérer les meilleurs résultats pour la propagation de notre sainte religion.
Pour le jubilé de M. Darne célébré à Mandalay le 29 juin, la difficulté de communications ne pouvait retenir personne. Aussi presque tous les missionnaires se trouvèrent-ils réunis autour de l’heureux jubilaire. Les paroissiens de la cathédrale mirent tout leur cœur à organiser une fête digne de leur pasteur ; ils manifestèrent en cette circonstance la profonde affection qu’ils ont vouée et toute la reconnaissance que s’est acquis un dévouement de plus de vingt ans au service de leurs âmes.


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