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Rapport annuel des évêques

Année: 1922
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Foulquier

IV. – Birmanie Septentrionale.

Population catholique 10.397
Baptêmes d’adultes 234
Baptêmes d’enfants de païens 151
Conversions d’hérétiques 27


Le vent révolutionnaire qui souffle en ce moment sur la Birmanie, écrit Mgr Foulquier, sans ébranler la confiance des ouvriers apostoliques dans l’avenir, n’en a pas moins fortement entamé les espérances qu’ils avaient conçues pour le présent et dont ils nous faisaient part dans le précédent exercice. A lire les rapports des missionnaires qui travaillent sur l’élément purement birman, on voit que le mouvement politique vers l’autonomie les préoccupe singulièrement, dans la crainte trop fondée de sa répercussion sur le travail d’Evangélisation. Ainsi, du district de Kyaukse, M. Bazin nous signale que ses chrétiens ont été par endroits menacés de « boycottage », s’ils refusaient de crier avec les autres : « La Birmanie aux Birmans. » Est-il étonnant, dans ces conditions, que certains catéchumènes, d’ailleurs bien instruits et préparés au baptême, aient hésité à faire le pas décisif et aient demandé à réfléchir encore ? Que de points d’interrogation, en effet s’imposent trop naturellement à leur réflexion : l’Européen est l’oppresseur ; embrasser sa religion, n’est-ce pas faire cause commune avec lui ? Les jeunes Birmans victorieux et les étrangers boutés hors du pays, que deviendront les chrétiens ? Attendons, concluent-ils et voyons comment tout cela va tourner. Et le missionnaire attend lui aussi, obligé qu’il est d’attendre. Il défriche, il sème, mais à quand la moisson ?
M. Herr donne aussi une autre raison de la stérilité momentanée de nos efforts : « Ventre affamé n’a pas d’oreilles, dit-il. Allez donc prêcher à des gens qui n’ont pas un grain de riz à se mettre sous la dent… » Son district de Shwebo est mal pourvu de moyens d’irrigation. Cette année, comme souvent du reste, la pluie ayant fait défaut, un bon nombre de villages n’ont pas eu de récolte. La disette a suivi avec sa conséquence fatale : l’exode, à la recherche d’un travail suffisamment rémunérateur.
A ces deux raisons il faut en ajouter une troisième d’ordre plus général : c’est l’absence de catéchistes bons et nombreux. Cette question des catéchistes est une de celles qui nous préoccupent le plus, comme elle préoccupe le plus tous les chefs de Mission. Son Excellence, Monseigneur Pisani, Délégué Apostolique aux Indes, lors de sa visite à Mandalay au mois de février dernier, est revenu à plusieurs reprises sur cette question qui, avec celle du Clergé indigène, semblait lui tenir le plus à cœur. Il faudrait des hommes d’expérience, bien instruits, bien formés, à qui on puisse offrir un salaire, au moins égal à celui auquel peuvent prétendre ceux qui ont reçu le même degré d’instruction. Il faudrait ! Oui, nous en sommes tous convaincus. Mais comment, pour réaliser une œuvre si importante, remplir ces trois conditions très difficiles sinon irréalisables pour nous : trouver des hommes zélés qui veuillent se consacrer à cette œuvre ; les entretenir pendant leur période de formation ; leur donner un salaire suffisant pour les retenir et les empêcher d’ambitionner des situations plus rémunératrices.
Cependant, des efforts sont actuellement tentés dans ce sens. M. Roche écrit de Nonghline qu’il essaie de réunir un groupe de jeunes gens afin de les former lui-même pour sa Mission Shan. Là surtout, où les deux missionnaires européens sont si souvent immobilisés par la fièvre, la nécessité de catéchistes sérieux, capables, actifs et entreprenants est si grande que le bon Dieu daignera, j’espère, bénir ce beau projet et en procurer l’aboutissement.

Après la question des catéchistes, l’œuvre des écoles prend naturellement sa place. Sur ce terrain, j’ose dire que nous faisons assez bonne figure. Grâce à l’appui du gouvernement anglais, il y a longtemps que des écoles catholiques se sont ouvertes un peu partout et certes, elles supportent superbement la comparaison avec n’importe quelles autres écoles du pays. Nos grandes écoles anglaises de Mandalay et de Maymyo, sous la direction des Frères des Ecoles chrétiennes et des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, l’école anglo-tamoule de M. Hervy et l’école anglo-chinoise de M. Lafon, remportent chaque année de magnifiques succès aux examens officiels. Pour nos écoles vernaculaires des districts, les inspecteurs du gouvernement en font les, plus beaux éloges. L’école devient dans la main des missionnaires, et cela nous réjouit le plus, un fécond moyen d’apostolat. C’est même presque exclusivement de ce moyen que MM. Gilhodes et Juéry se servent sur les montagnes Katchines. Après bien des tâtonnements pour amener à la Foi ces peuplades sauvages, nos confrères ont fini par se persuader que tous leurs efforts n’aboutiraient qu’à de faibles résultats, s’ils s’obstinaient à fixer toute leur attention à la vieille génération, encroûtée dans ses routines et le culte ancestral des esprits, et par là rebelle à la loi de l’Evangile. C’est à la jeune génération qu’ils résolurent de s’adresser. Aussi, se sont-ils consacrés avec ardeur à l’œuvre des écoles : le bon grain lève et promet une belle moisson. Jusqu’ici ils ont dû prendre des étrangers, des Carians comme maîtres d’école, mais ils espèrent pouvoir bientôt les choisir parmi les Katchins. Leur rêve serait de voir leurs chrétiens se fixer près d’eux. Mais il faut compter avec l’humeur vagabonde de la race. C’est le point noir qui assombrit un peu M. Gilhodes, car les conséquences de ces changements de domicile sont souvent désastreuses.

La note générale des rapports qui m’ont été adressés, est la déception un peu triste provoquée par les obstacles que les missionnaires ont rencontrés sur leur route. Ils parlent surtout de leurs espoirs déçus et des résultats, désirés de toute leur âme d’apôtres, mais seulement entrevus au-delà des obstacles qu’ils ne peuvent franchir. Ils passent presque sous silence le bien qu’ils ont réalisé quand même, se contentant de donner des chiffres. Mais ces chiffres démontrent éloquemment l’intensité de vie chrétienne qui pénètre nos vieilles chrétientés et le labeur des ouvriers qui ont su la faire épanouir. Quand on compare le nombre des confessions et communions de l’année avec celui hélas ! si restreint des missionnaires, on se fait assez facilement une idée de la somme de travail que cela représente. Partout on a la joie de constater une progression bien sensible. A Chantayva, M. Pelletier se plaît à en faire la remarque : à la suite d’une retraite prêchée pendant le carême, les chrétiens de M. Pelletier ont compris davantage leur dignité d’enfants de Dieu et donnent depuis des signes visibles d’une ferveur plus grande. M. Couillaud à Monhla et Chaungyo, M. Remandet à Chaungu, M. Laurent à Nabek, signalent également cet accroissement d’esprit chrétien dû à la fréquentation assidue des Sacrements. Mandalay, avec ses paroisses, ses écoles et ses œuvres de bienfaisance, ne le cède en rien sous se rapport aux villages des districts. Que nos chrétiens deviennent fervents et donnent partout l’exemple des vertus chrétiennes, il y a, là aussi, une forme d’apostolat capable d’impressionner les païens, en leur faisant reconnaître l’arbre à ses fruits. »

Mgr Foulquier ne veut pas terminer son compte rendu sans mentionner les faits les plus saillants de l’année. « Le 11 février, nous avions la joie de recevoir Son Excellence, le Délégué Apostolique avec toute la solennité possible, dans notre ville épiscopale. Ce fut un bien beau jour pour nos populations catholiques, qui ont conservé le meilleur souvenir de la simplicité et de l’affabilité du Représentant du Saint-Père. Des quatre jours que Mgr Pisani passa avec nous, il voulut en consacrer un à la visite d’un village de néophytes birmans, afin de se rendre compte de la marche et de l’organisation de ces chrétientés nouvelles. Visiteur et visités furent enchantés.
Un autre fait que je tiens à signaler, c’est la remise de décorations pontificales à trois membres de la paroisse de la cathédrale. M. Rodgers, comptable à la banque de Mandalay et président de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, fut fait chevalier de Saint-Grégoire le Grand, pour ses services signalés à la Mission, et en particulier pour ses secours pécuniaires à l’œuvre du Séminaire. Les deux autres reçurent la décoration « Pro Ecclesia et Pontifice »
Enfin, comment ne pas mentionner l’importance croissante que prennent Yennangyang avec ses puits de pétrole et Namtu avec ses mines. M. Falière, chargé des régions pétrolifères, a obtenu de la Compagnie une subvention pour la construction d’une chapelle à laquelle il travaille actuellement. Son compte rendu tient en deux mots : « Pas le temps de causer, dit-il, je travaille. »
M. Moindrot est chargé de la région des mines à Namtu : lui aussi cherche des fonds pour bâtir une chapelle et il y arrivera. »

« Si nos résultats, conclut Mgr de Coridallus, ne sont pas tels que nos âmes d’apôtres le souhaiteraient, nous ne saurions oublier que le succès ne dépend pas de nous, que c’est Dieu seul qui le donne. « Deus autem incrementum dedit. » Qu’Il nous conserve cette bonne volonté qui nous a tous animés durant cet exercice. Pour le peu de bien qu’Il a daigné opérer par notre entremise, nous Lui rendons nos actions de grâces et nous attendons patiemment que notre grand jour vienne. « Donec dies elucescat. »


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