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Rapport annuel des évêques

Année: 1924
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Perroy

III. — Birmanie Méridionale

Population catholique 61.603
Baptêmes d’adultes 618
Baptêmes d’enfants de païens 34
Conversions d’hérétiques 65


Mgr Perroy nous écrit : « Cette année, nous sommes heureux de constater que nos chiffres d’administration relèvent un progrès sensible : Nous avons augmentation dans les nombres de baptêmes d’enfants de chrétiens, de baptêmes de païens, de confessions et de communions. Ces gains, chaque missionnaire les voudrait plus considérables, mais il trouve tant d’obstacles à surmonter !
« Il y a deux ans, quand les Birmans commençaient à s’organiser et à manifester en vue d’obtenir que l’administration du pays fût remise entre leurs mains, le fait que des bonzes prenaient part à l’agitation me faisait dire que nous avions tout à craindre pour notre sainte Religion. C’est bien ce qui est arrivé. Aujourd’hui, non seulement les bonzes favorisent ces troubles, mais ils les dirigent, et cela avec une violence qui a valu de la prison à plusieurs, d’entre eux. Une partie de leur programme, déjà mise en application par la création d’associations locales, est celle qui nuit le plus à notre travail, en rendant les conversions extrêmement difficiles. Ces associations, qu’ils appellent nationales, ont pour but de détacher les gens de tout ce qui est étranger au pays et, par étranger, ils comprennent d’abord le gouvernement anglais, mais aussi les différentes religions chrétiennes qui se sont implantées en Birmanie. Un vrai nationaliste doit suivre la religion de son pays et ne peut être que bouddhiste. Tout individu qui dans un village ne donne pas son nom à l’association doit être mis à l’index, et soumis à tellement de tracasseries, qu’il renonce à rester à l’écart du mouvement ou qu’il se décide à quitter le village. Si cette propagande nationaliste s’était bornée aux villages birmans, nous n’en aurions que peu souffert, car hélas ! le moment de la grâce ne semble pas encore venu pour eux, et rares sont les conversions de birmans bouddhistes ; mais les villages carians ont été aussi atteints. Leur crédulité qui n’a pas de bornes a été exploitée : on leur a dit que bientôt la Birmanie retrouverait son roi et ses institutions d’antan et que seuls les membres des association nationales seraient reconnus sujets loyaux du royaume et, comme tels, auraient part aux bienfaits inimaginables du nouveau régime, tandis que les autres seraient traités en parias. Il en faut moins pour tourner la tête d’un carian, et il est bien évident que cet état de choses est loin de favoriser le travail du missionnaire.
« Un antre obstacle à l’évangélisation du Carian est le fait que beaucoup d’entre eux, humiliés de se voir traités en inférieurs par les birmans bouddhistes, ont essayé plus ou moins de se mettre au pas en se donnant eux-mêmes comme bouddhistes. Dans grand nombre de villages, bien que les Carians aient conservé toutes les pratiques superstitieuses de leur culte animiste, on trouve conjointement toute l’organisation bouddhiste : pagode avec monastère, un bonze birman ou même carian qui se charge des fonctions religieuses et de l’éducation des enfants, et surtout, trois ou quatre chefs dont l’autorité est admise par les gens du village. Si ces chefs, qui sont des instruments entre les mains des bonzes, ont la haine du christianisme, ce qui est le cas le plus ordinaire, ils défendent à leurs subordonnés d’écouter le missionnaire ; et le carian, en général sans éducation, indolent et peureux, n’ose pas résister. Il faut ajouter que le bouddhisme qui est pour la majorité de ses adeptes une religion toute d’extérieur, sans sanction effective, ne troublant en rien les habitudes et les superstitions du carian, a pour lui plus d’attraits que les dogmes et les préceptes gênants du christianisme.
« A ces obstacles s’ajoute la pénurie de plus en plus alarmante de missionnaires : « Depuis le mois de novembre, m’écrit le P. Pascal, Votre Grandeur ayant été obligée de m’enlever un de mes vicaires, nous ne sommes plus que deux prêtres pour le poste considérable de Myaunmya. Conséquemment, comme la plus grande partie de notre temps est prise par l’administration des chrétiens, nous ne pouvons nous occuper comme nous le voudrions de l’évangélisation des païens et le nombre des conversions a diminué. Un certain nombre de carians païens sont venus me demander d’aller les instruire, mais je n’ai pu que les renvoyer avec des promesses et des bonnes paroles. Mon assistant, le P. Gabriel, put y aller une fois seulement et baptisa quelques familles qui se préparaient depuis plus d’un an. » M. Provost insiste sur le même point : « Trente conversions sont encore une gerbe bien humble, mais les besoins des vieux chrétiens dispersés dans 26 villages, l’administration de la paroisse et des écoles au poste principal nous laissent peu de temps à mon assistant et à moi pour défricher et cultiver de nouveaux terrains. » Toujours sur le même thème, M. Granger écrit : « J’avais réussi à enregistrer, dans quelques villages très éloignés de Thonze, un bon nombre de catéchumènes que j’espérais pouvoir baptiser cette année, mais à la première visite que je leur fis, je vis qu’ils n’avaient pas fait d’efforts sérieux pour apprendre les prières ; je dus différer le baptême. Lors d’une seconde visite, la situation ne s’était pas améliorée ; il y avait eu des défections. Ces gens-là étaient certainement bien disposés et feraient de bons chrétiens ; mais il faudrait que je pusse les visiter souvent et même m’installer au milieu d’eux pendant quelque temps, pour les instruire et les initier peu à peu à la vie chrétienne. Or, Monseigneur, vous savez bien si cela est possible !
« Malgré toutes ces difficultés, nous avons eu l’audace de pousser encore notre offensive. C’est d’abord le bon vieux Père de Chirac qui, avec son zélé vicaire, le P. Michel, a ajouté au travail si absorbant de la paroisse Saint-Mary à Moulmein, l’ouverture d’une mission carianne dans le nord du district de Thaton. Les débuts ont été consolants : ils ont baptisé quelques familles, enregistré plusieurs catéchumènes et ouvert une petite école. La petite chrétienté naissante donne de belles espérances.
« La seconde avance a été vers Papun, dans le district de Salween. Les circonstances n’avaient pas permis jusqu’ici d’ouvrir un poste dans cette partie extrême nord-est de notre Mission. Ces dernières années, M. Loizeau y avait fait quelques visites, pendant lesquelles il découvrit que la population carianne de ce vaste district était disposée à recevoir la bonne nouvelle et qu’il était urgent de s’installer dans le pays, car des sectes protestantes y avaient déjà pénétré. Notre confrère n’hésita pas à quitter le poste qu’il avait eu tant de peine à établir à Theinzeik. Il partit avec un catéchiste et arrivé à Papun, il loua une bicoque et s’y installa tant bien que mal. Voici ce qu’il écrit lui-même de sa conquête : « La nouvelle Mission de Papun compte actuellement environ 130 catholiques, quelques-uns vieux chrétiens venus d’ailleurs, les autres baptisés lors de mes précédents voyages dans le district. Evidemment, ce n’est pas dans l’espace de quelques mois que l’on peut obtenir de nombreuses conversions. Les Carians sont timides et ne donnent leur confiance que lorsqu’ils se sont rendu compte qu’on leur veut réellement du bien. Il faut d’abord les visiter et se faire connaître d’eux, tout en essayant de leur inculquer une idée de la Religion. Il faut aussi s’installer et se loger à peu près convenablement, sous peine de nuire à sa santé. La hutte de bambous que j’habite actuellement n’est pas précisément très confortable, surtout à la saison des pluies ; les insectes de toute espèce semblent en avoir fait leur quartier général, et l’humidité pénètre partout. Je travaille maintenant à préparer des matériaux pour me bâtir une maison pendant la saison sèche ; mais les ouvriers sont rares et se font payer très cher. Il faudra absolument que je mette la main à la pâte, au risque de faire souffrir pour un temps le travail d’évangélisation, à moins que vous puissiez m’envoyer un aide. Je mets cela entre les mains de la Petite Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus, que j’ai choisie pour patronne de mon nouveau poste. Le district est encore très peu peuplé ; avec ses nombreuses allées où l’eau abonde toute l’année, il pourrait nourrir le double et même le triple de sa population actuelle. Malheureusement les communications sont difficiles. Le gouvernement va bientôt, paraît-il, relier Papun, par deux routes, avec la rivière Salwen d’un côté et la ligne de chemin de fer Rangoon-Moulmein de l’autre : il y aura alors un mouvement d’immigration sérieux. Papun est assez malsain, encaissé entre de hautes montagnes très boisées, mais c’est le chef-lieu du district, c’est le seul bureau de poste et télégraphe du district, c’est aussi un carrefour de plusieurs routes importantes de caravanes, d’où on peut se transporter, avec plus ou moins de facilité, vers n’importe quelle partie du poste. C’est donc bien le meilleur endroit pour établir la résidence du missionnaire. J’ai ouvert une petite école dans un village carian où j’ai déjà plusieurs familles baptisées qui, je l’espère, seront le noyau d’une chrétienté importante. A Papun, j’ai déjà recueilli cinq orphelins, et je réunis tous les jours une douzaine d’enfants à qui je fais enseigner l’alphabet et les éléments de la Religion. » Ces lignes démontrent que M. Loizeau n’a pas perdu son temps, mais elles crient aussi bien haut qu’il lui faut du renfort sans tarder.

« Si nous considérons ce dernier exercice au point de vue de la vie spirituelle de nos chrétiens, nous trouvons dans tous les rapports des missionnaires la preuve de notre marche en avant. Notons d’abord le succès de M. Picot à Rangoon : « J’ai enfin obtenu, écrit-il, que tous les mariages de catholiques dans ma paroisse aient lieu le matin ; avec messe et bénédiction nuptiale. » J’espère que bientôt, dans toutes les paroisses des villes, l’esprit catholique l’emportera ainsi sur l’esprit, protestant et que nous n’aurons plus de ces mariages à cinq heures de l’après-midi. L’assistance à la sainte Messe est, me dit-on de partout, très bonne. Je connais un village d’où environ trente personnes font, chaque dimanche huit kilomètres pour aller à l’église, et autant pour retenir prendre le déjeuner chez elles.
« Le chiffre de confessions et de communions de dévotion sont de 148.328 et 379.502 contre 134.184 et 342.336 de l’an dernier. Il ne faudrait pas croire que cette augmentation vienne exclusivement des villes et que nos grandes écoles y contribuent pour la presque totalité, car nos diverses chrétientés de la brousse nous fournissent une bonne partie de ces confessions et de ces communions et nous donneraient encore bien, davantage si nos gens étaient plus à proximité de l’église et du prêtre. M. Ballenghien, qui a obtenu cette année le plus grand nombre de conversions, me fait remarquer que dans son district la communion fréquente est très en honneur. M. Provost écrit aussi : « Les confessions et les communions de dévotion ont encore augmenté dans des proportions consolantes. Cette augmentation s’explique surtout par la pratique de la communion quotidienne bien établie dans nos écoles ; dans les villages aussi, beaucoup de nos chrétiens reçoivent la communion, chaque jour, aussi longtemps que le prêtre reste chez eux. »

« Il est une œuvre qui, j’ai le regret de le dire, ne fait pas de progrès dans notre Mission : C’est celle du baptême des enfants de païens in articulo mortis. Il serait bien à désirer que nous pussions convaincre nos chrétiens de l’importance de cette œuvre et d’y consacrer dans chaque poste quelques personnes spécialement formées et dévouées. M. Ballenghien nous apporte la preuve que cela n’est pas impossible : « J’ai perdu cette année, lisons-nous dans son compte rendu, une de mes bonnes chrétiennes qui avait à son actif pas moins de 80 baptêmes d’enfants de païens. Elle allait partout où elle apprenait qu’il y avait un enfant malade, se donnait comme médecin et s’installait au chevet de l’enfant. Tous les enfants qu’elle ne guérissait pas quittaient ce monde marqués du sceau des Enfants de Dieu. »

« Convaincus de l’importance de l’école, cette année comme par le passé du reste, les missionnaires ont fait de cette œuvre une de leurs principales préoccupations. Quatorze nouvelles écoles ont été ouvertes et le nombre des élèves dans les différentes institutions de la Mission a passé de 9.000 à 10.000. Le poste de Giobingauk a été doté d’une école supérieure pour jeunes filles birmanes et carianes qui désirent apprendre l’anglais. Le résultat de cette éducation est nul, au moins pour la majorité d’entre elles, aussi les missionnaires s’étaient-ils opposés au mouvement qui commença, il y a une dizaine d’années. Cependant, la vanité l’emportait souvent sur l’obéissance due aux ordres du pasteur, et l’on voyait déjà un certain nombre de nos jeunes filles fréquenter les écoles anglaises protestantes, surtout celle des Baptistes américains, où elles étaient très recherchées, mais où leur foi était en grand danger. Pour porter remède à ce mal, et avant de quitter son poste pour celui de Thonzé, M. Pavageau se décida à ouvrir une école de filles où l’anglais serait enseigné avec le birman. La magnifique bâtisse qu’il érigea pour cela a été complétée et bénite en juin dernier. Désormais, comme l’écrit M. Mamy, successeur de M. Pavageau, nos catholiques qui veulent apprendre l’anglais à leurs filles ne seront plus excusables de les placer chez les protestants.

« Depuis bien des années, M. Chave, dans son compte rendu, se posait cette question pleine de tristesse : « Quand donc verrai-je une école à Kyauktan ? » La plus grande difficulté qu’il rencontrait à l’ouverture de cette école était le manque de religieux ou religieuses possédant la connaissance du tamoul, auxquels il pût la confier. Enfin, le bon Dieu a entendu les prières de notre confrère et son ardent désir a été réalisé. Grâce à la condescendante bonté de Mgr Faisandier, évêque de Trichinopoly, M. Chave obtint des religieuses tamoules de l’ordre de Notre-Dame des Sept-Douleurs, qui dirigent aujourd’hui son école mixte naissante. M. Chave est tout heureux de pouvoir écrire : « L’école officiellement ouverte le 1er juin avec cinq élèves en compte aujourd’hui 41 dont 30 internes. Je suis déjà à l’étroit pour le logement et à court de personnel. Si je pouvais accepter les enfants des pauvres, j’en aurais plus de cent ; mais où les loger ? Il faudra cependant bien trouver le moyen de les recevoir, au moins pour quelque temps, juste assez pour leur apprendre à lire et écrire, leur expliquer le catéchisme et leur donner une petite formation chrétienne. La Mère Supérieure, encore plus impatiente que moi, et peut-être plus confiante dans la divine Providence, me pousse à aller de l’avant. Je suis très content de ces bonnes religieuses ; elles ont 40 communions quotidiennes parmi leurs élèves ; leur influence se fait aussi sentir en dehors de leur couvent ; dernièrement elles m’ont amené deux protestants tamouls qu’elles avaient instruits et dont je vais recevoir l’abjuration. »
« Nos écoles normales de Thonzé pour jeunes gens et de Bassein pour jeunes filles sont de plus en plus prospères ; nous avons maintenant plus d’instituteurs et d’institutrices brevetés que n’en requièrent les écoles de la Mission. Le surplus n’est pas perdu, mais avantageusement utilisé dans d’autres écoles comme moyen de propagande. M. Bouche nous en donne un exemple : « J’ai maintenant, écrit-il, 27 instituteurs ou institutrices sortis de mes écoles. Je ne trouve pas à les employer tous dans mes villages chrétiens ; quelques-uns enseignent dans des écoles baptistes, d’autres dans des villages entièrement païens. Un nouveau diplômé de cette année a pris du travail dans une grande école Talaing-cariane et je n’en suis pas fâché car le directeur de l’école, homme influent dans le village, a déjà exprimé le désir de faire ma connaissance et d’entendre parler de notre Religion. »
« En Birmanie, nous avons été vraiment favorisés jusqu’ici par le Gouvernement anglais pour l’établissement et l’entretien de nos écoles soit européennes soit indigènes. En sera-t-il longtemps ainsi ? Je ne le crois pas. Le régime birman, absolu ou mitigé, nous menace et nous pouvons nous attendre à un traitement qui nous paraîtra d’autant plus dur que le présent nous est favorable. Déjà, cette année, un groupe de nationalistes a demandé la réduction presqu’à néant des subsides accordés à nos écoles normales. La proposition a été rejetée à une voix de majorité seulement par le comité intéressé. Je vois là un signe avant coureur du danger. Espérons toutefois qui si on nous retranche les secours pécuniaires, on nous laissera au moins le droit d’exister et la liberté de gérer nos écoles à notre gré.
« Je ne peux pas clore ce paragraphe des écoles sans faire mention du jubilé de diamant de notre grande et belle école catholique de filles à Moulmein. L’école Saint-Joseph fut ouverte en 1847, par six Religieuses de la jeune Congrégation Saint-Joseph de l’Apparition. Cette année marquait, par une coïncidence rare dans les annales d’une institution, trois anniversaires à la fois : le soixante-quinzième de la venue des premières religieuses en Birmanie ; le cinquantième de l’arrivée de la Révérende Mère Supérieure actuelle, et le vingt-cinquième de son Supériorat. Ce triple jubilé fut célébré par une belle fête de famille, au mois de février dernier. Le Gouvernement s’associa au clergé et aux catholiques de la Mission pour témoigner publiquement à la Révérende Mère Léonie et à ses auxiliaires sa reconnaissance pour leur œuvre d’éducation dans la province. Sur la recommandation de Son Excellence le Gouverneur, Sa Gracieuse Majesté George V, Roi d’Angleterre et Empereur des Indes conféra à la Révérende Mère Léonie la médaille de l’Ordre Indien du Kaiser-I-Hind.
« Notre Petit Séminaire a ouvert ses cours dans le nouveau bâtiment que j’annonçais l’an dernier. L’utilité et l’économie ont présidé, à la construction de cette nouvelle maison qui, dans ses lignes simples, a très belle apparence et répond entièrement aux différents besoins de semblable institution.
« L’école des catéchistes à Thonzé est désormais bien établie. Commencée l’année dernière, je dus en prendre moi-même la direction, à cause du manque de personnel. Ne pouvant lui consacrer que mon temps libre, l’œuvre était évidemment mise dans l’impossibilité de prospérer. Cette année, elle est confiée à M. Pavageau et elle fait des progrès très sensibles. Le nombre des étudiants est à ce jour de treize.
« Les Petites Sœurs des Pauvres, à Rangoon, ont obtenu 16 conversions parmi leurs vieillards. Leur admirable dévouement est visiblement béni de Dieu. Leur maison, de plus en plus populaire, ne peut plus suffire aux demandes d’admission et force leur est d’agrandir de nouveau. Son Excellence le Gouverneur a, en novembre dernier, posé la première pierre des nouvelles constructions qui doivent compléter l’édifice.
« J’estime devoir consigner dans ce compte rendu un événement de grande importance pour la Mission : C’est la création d’une Association générale de nos Catholiques Birmans et Carians. En Birmanie, le temps est aux associations bonnes ou mauvaises, plutôt mauvaises que bonnes. Les différentes races et les différentes sectes se groupent pour s’entr’aider et défendre les divers intérêts communs. Laisser nos catholiques dans l’isolement, c’était dangereux ; c’était aussi les porter à croire qu’ils n’étaient qu’une quantité négligeable, un corps sans vie. Après consultation des confrères, je décidai d’essayer de les grouper en une association générale pour toute la Mission. A cette fin, il fallait les atteindre, au moins en grand nombre, entrer en conversation avec eux, questionner, expliquer, etc. Notre Revue Birmane, « Le Semeur » prépara les voies par une série d’articles et la bénédiction de la nouvelle église de Kanagoson fournit une magnifique occasion polir une réunion générale. Kanagoson est une grande et vieille mission avec un groupement autour du presbytère d’environ 800 catholiques sinon riches, du moins bien à l’aise. Au mois de mars ils se cotisèrent et lancèrent à travers la Mission une invitation générale pour la fête de la bénédiction. Je dois dire en passant que cette nouvelle église fait honneur aux chrétiens qui en ont fait les frais, en même temps qu’elle révèle chez M. Mourier un véritable talent d’architecte.
« Environ 4.000 personnes répondirent à l’invitation et vinrent de tous les coins de la Mission. Pendant deux jours, ils furent en contact, firent connaissance et s’entretinrent amicalement. Ces gens, qui vivent dispersés dans des centaines de petites chrétientés perdues au milieu de villages bouddhistes, sentirent qu’ils n’étaient plus isolés et la vue de ces milliers de frères fut pour eux un réconfort et un encouragement. Des conférences aux hommes et aux femmes avaient été organisées : Aux femmes, la directrice de l’Ecole anglaise de filles à Gyobingauk enseigna comment élever les enfants au corporel et au spirituel ; les hommes traitèrent de leur association en projet, en déterminèrent le but et en posèrent les premiers fondements. Il eût été par trop importun d’être plus longtemps à charge aux charitables hôtes de Kanagoson, qui avaient déjà immolé aux estomacs de leurs invités 30 bœufs, 20 cochons et une quantité considérable de friandises telles que poisson pourri, etc., sans compter les sacs de riz. On se sépara le troisième jour, tous enchantés des bonnes heures passées ensemble et non sans se promettre de se retrouver l’an prochain, car il a été décidé d’avoir désormais une réunion annuelle dans les différents postes de la Mission, à tour de rôle. Aujourd’hui, l’Association est définitivement organisée, avec un comité général, des comités régionaux et un comité local pour chaque poste.

« La conclusion que je veux donner de ce compte rendu, la voici : Notre Mission est bien vivante. Mais combien plus beau serait l’épanouissement de cette vie si nous avions plus d’ouvriers à l’œuvre ! Le bon Dieu a pitié de notre petit nombre et Il a daigné accorder, cette année, à chacun de nous la santé suffisante pour tenir à son poste. Le seul malade, ou plutôt infirme, est notre cher et vénéré Vicaire Apostolique, Mgr Cardot. Aucune amélioration ne s’est encore opérée dans l’état de sa vue, et malgré l’espoir que nous laissent les docteurs, nous trouvons tous que la réalisation de nos vœux se fait bien attendre. »


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