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Rapport annuel des évêques

Année: 1924
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Foulquier

IV. — Birmanie Septentrionale

Population catholique 11.246
Baptêmes d’adultes 273
Baptêmes d’enfants de païens 306
Conversions d’hérétiques 43


Mgr Foulquier s’attriste devant les vides causés par la mort dans les rangs de ces ouvriers apostoliques : Cette année encore, deux missionnaires, en pleine activité de service, MM. Couillaud et Remandet sont morts à quelques mois d’intervalle ; c’est aussi avec angoisse que Monseigneur constate l’affaiblissement des forces produit, parmi ceux qui restent encore sur la brèche, par l’invalidité de l’âge et les atteintes de la maladie.
« Si les épreuves ne nous ont pas été épargnées, continue Mgr de Corridallus, il serait injuste de ne pas reconnaître que les consolations ne nous ont pas fait défaut non plus. En dépit des obstacles, l’œuvre de Dieu progresse quand même. Les chiffres ont leur éloquence, mais ils ne disent pas tout. Pour apprécier le travail de l’ouvrier, il ne suffit pas de compter ses gerbes et de les soupeser au moment de la moisson ; il faut connaître aussi la nature du sol d’où ses gerbes sont sorties ; il faut suivre l’ouvrier pas à pas dans ses travaux de labour et d’ensemencement ; en un mot, les résultats se mesurent aux difficultés au milieu desquelles ils ont été acquis.
« Or, il faut le dire, ces difficultés deviennent de plus en plus grandes dans notre Mission de Birmanie Septentrionale : Sans parler de la gêne matérielle, les missionnaires ont à lutter contre l’esprit nationaliste révolutionnaire qui, depuis quelques années, souffle en rafales. Depuis que l’Inde a donné le branle, la Birmanie a vu éclore toute une armée de politiciens qui réclament le « Home Rule » à cor et à cri. Le mot d’ordre est donné ; la politique a pénétré jusque dans les villages les plus reculés et c’est surtout une politique qui sème la défiance envers les étrangers. « La Birmanie aux Birmans », cela veut dire, n’est-ce pas, « Sus à l’étranger, boutons l’étranger dehors » La secte Wunthanu le dit d’ailleurs clairement. Tant que durera cet état d’esprit, et il a des chances de durer longtemps, comment espérer faire de nouvelles conquêtes, chez les Birmans du moins ?
« Dans de pareilles conditions, nos villages de néophytes ne peuvent que rester stationnaires, et c’est déjà un beau résultat d’avoir pu maintenir les positions à peu près intactes. M. Mandin, qui à lui seul dessert les six villages que comprend le district de Kyaukse, tout en constatant que la situation est difficile, ne se plaint pourtant nullement de ses ouailles ; au contraire, entendons-le se féliciter de la bonne volonté de ses chrétiens, de leur empressement à s’approcher des sacrements à chacune de ses visites, et noter que, depuis son arrivée, il n’a eu à enregistrer aucune défection... Même note chez M. Herr, qui depuis plus de trente ans évangélise le district de Swebo. « La gerbe que j’ai à offrir cette année, est bien maigre, écrit-il, jamais elle n’a été aussi maigre.. » Le temps n’est plus où celui que nous appelons « le Patriarche » fondait de nouveaux villages ! C’est qu’il n’a pour unique auxiliaire qu’uns vieux prêtre indigène de soixante-seize ans pour quatorze postes à desservir. On conçoit qu’il n’ait pu mieux faire que d’entretenir ce qui existe déjà. Il a à déplorer plusieurs défections dans le village de Mariagon, où des semeurs de zizanie ont réussi à créer deux camps opposés. Pour le reste, la ferveur se maintient ; le pasteur a la joie d’annoncer une augmentation de plus d’un millier de communions de dévotion, quoique ses visites dans chaque poste soient nécessairement de courte durée, la construction d’une nouvelle église à Medawgon ayant absorbé une grande partie de son temps.
« Chez les vieux chrétiens, la crise politico-religieuse que le pays traverse a moins de répercussion. Ils savent trop bien ce qui les attendrait, le jour où les étrangers seraient boulés dehors. Ils ne sont pas de descendance birmane ; quoique ils aient adopté l’habit et les coutumes du pays, jamais les bouddhistes n’ont voulu les reconnaître comme des leurs : pour eux, ils restent des « Kalas », des étrangers. L’administration des vieux villages s’est donc faite comme par le passé. Monhla, privé de son pasteur par la mort de M. Couillaud à qui a succédé un prêtre indigène, le P. Aloysius, ne nous a fait parvenir qu’un très sec tableau d’administration. M. Pelletier nous informe que dans son village de Chanthaywa, c’est le printemps, et, comme l’écolier, il nous en fait la description avec ces deux mots : « Tout pousse. » Il nous rappelle que, depuis la dernière maladie de M. Couillaud, le village de Chaungye est devenu la part de son héritage. Quoique les chrétiens n’y soient pas sans défaut — et l’ivrognerie en est un —, ce village l’intéresse à cause du zèle que bon nombre de grandes personnes mettent à s’instruire plus à fond des choses de la religion. « Il n’est pas rare, nous dit-il, lorsque je fais le catéchisme aux enfants, de voir certains hommes mûrs, voire même des notables de l’endroit, venir s’accroupir au milieu des enfants pour écouter les explications. Et ce n’est pas pour le seul plaisir de savoir ; c’est surtout afin de mieux pouvoir confondre les bouddhistes avec qui ils aiment à avoir de fréquentes discussions. »
Mandalay a aussi sa colonie de vieux chrétiens birmans, tous réunis autour de l’église Saint-Michel. M. Ruppin, leur pasteur, se plaint de ce que les jeunes gens lui échappent. Dès qu’ils arrivent à l’âge de quinze ou seize ans, ils se laissent fasciner par toutes les attractions qu’offre la ville, cinémas et le reste.
« Puisque nous sommes à Mandalay, restons-y quelques instants pour visiter les différentes paroisses et œuvres de la vile. A la paroisse de la Cathédrale, M. Darne continue d’être satisfait de ses ouailles ; l’assistance aux offices est très benne et les sacrements bien fréquentés ; les écoles qui s’abritent à l’ombre de la flèche de la cathédrale, écoles des Sœurs de Saint-Joseph, écoles des Frères, ne cessent de prospérer et d’accuser de brillants succès aux examens. M. Hervy qui, depuis de longues années, dirige la paroisse indienne et les écoles qui s’y rattachent, a eu de gros soucis causés par la départ simultané de plusieurs maîtres et maîtresses d’école. M. Lafon, pour la première fois, fait l’aveu qu’il est débordé de travail et envisage sérieusement le projet de confier son orphelinat de garçons à quelque ordre religieux.
« A la Léproserie Saint-Jean, le bien continue à se faire, grâce surtout au dévouement des Sœurs Franciscaines. Outre les soins donnés aux lépreux, ces braves Sœurs parcourent les villages avoisinants, distribuant des médecines et guettant les occasions de baptiser les enfants moribonds. Ces baptêmes d’enfants de païens n’ont jamais été aussi nombreux que cette année ; c’est surtout aux Sœurs de la Léproserie qu’est dû cet heureux résultat.
« Passons à Maymie. C’est là que se trouve le Séminaire. M. Moindrot, tout en s’occupant de la paroisse de l’Immaculée Conception, a la haute direction de cet établissement et vient plusieurs fois par semaine donner des leçons très appréciées. Un prêtre indigène, le P. Leo, lui sert d’auxiliaire et réside continuellement avec les séminaristes, actuellement au nombre de douze. M. Jarre s’est cassé le bras droit, mais auparavant il a eu la joie d’achever les travaux d’agrandissement entrepris au Couvent des Sœurs de Saint-Joseph et au Séminaire, qu’il a dotés aussi, dernièrement, d’une installation électrique. Grâce au concours de M. Jarre encore, M. Moindrot a vu s’ériger auprès de son église une jolie et spacieuse salle de conférences où il donne des séances de projections lumineuses et peut ainsi expliquer bien des points de doctrine qu’il est difficile d’aborder en chaire.
« Avant d’aller plus loin, saluons M. Fallière. Où est-il à l’heure où j’écris ces lignes ? Il serait malaisé de le dire. Il a à desservir une multitude de postes et à parcourir dès distances considérables. De Myingyan, son centre de rayonnement, il emprunte la voie ferrée pour aller visiter Meiktila, Thazi, Yamethin, Shwemyo, Pyinmana ; revient sur ses pas, prend la ligne des Etats Shans du sud, visite Kalaw, Taunggyi ; revenu à Myingyan, il s’élance sur les flots de l’Irawady, administre Pakkeku, Yenangyat, Chauk, etc., etc. Toujours sur les chemins, il a trouvé néanmoins le moyen de construire, pendant cet exercice, en pleine région pétrolifère, la jolie église de Yenangyaung, dont la population s’accroît de jour en jour.
« Le compte rendu de l’an dernier a été presque exclusivement consacré à notre Mission de Bhamo. Je n’en parlerai que très succinctement cette année. A Bhamo même où il réside, M. Allard s’est occupé de ses différentes écoles et a servi de procureur aux missionnaires qui évangélisent les Shans et les Katchins. Malheureusement les circonstances vont nous obliger à le retirer de là pour prendre la place du regretté M Remandet. L’arrivée de M. Paquet a été un gros appoint pour la Mission Shan. Des relations orales que nous a transmises M. Roche, il semble bien que cette Mission soit appelée à de grands développements. Pourquoi faut-il qu’au moment où les deux missionnaires se trouvaient si bien lancés, la maladie soit venue arrêter leur élan ? M. Roche se trouve condamné à un retour immédiat en France, et l’enthousiasme de M. Paquet ne saurait hélas ! Suppléer à son ignorance de la langue et à son inexpérience.
« Des montagnes Katchines, M. Juéry constate avec joie que le bon mouvement se maintient et s’étend. Dans certaines localités, il n’a encore aucun local pour réunir les gens et se loger lui-même. Voilà encore des constructions en perspective pour le prochain exercice. L’école de Lamaibang, dit-il, a souffert du départ du premier maître en mars dernier ; faute de maîtres, il a fallu prendre des maîtresses et il est assez difficile de dire dès maintenant quels seront les résultats de ce changement de direction... M. Gilhodes, à Huten, a eu à déplorer la mort de Sœur Perpétua, première Supérieure de son Couvent, décédée en décembre dernier, un peu plus de six mois après son arrivée sur les montagnes. M. Collard aîné aide M. Gilhodes dans l’administration de six villages où les catéchumènes sont déjà plus de deux cents. « Vu les circonstances, tout va bien. Deo Gratias ! » C’est ainsi que M. Gilhodes termine son rapport.
« Deo Gratias ! C’est aussi par ces paroles que je veux clore ce compte rendu. Merci à Dieu des joies qui nous ont été accordées. Merci du bien qui s’est opéré. Merci des épreuves aussi. Merci de tout. Deo Gratias ! »


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